Dossier. GOBE ET MAGOBE : ISRAËL et L’OCCIDENT [ Eliahou Abel]

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Les derniers développements de la situation géopolitique au Moyen-Orient, avec l’arrivée en force en Syrie de l’armée russe, peut-être bientôt épaulée – dit-on – par un détachement de la marine chinoise, ont déjà fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les milieux chrétiens, et notamment parmi ceux qui se proclament – à tort ou à raison – amis d’Israël. Que l’on s’en alarme ou que l’on s’en frotte les mains – c’est selon –, le discours est à peu près le même : « la fin est proche, le scénario prévu par les maîtres en décryptage des prophéties bibliques est en train de se réaliser sous nos yeux; et cela – me permettrai-je d’ajouter–, à la grande satisfaction de nos idées préconçues, et pour le plus grand confort de nos âmes assoupies, douillettement bercées par le ronronnement de prédictions toutes plus lugubres les unes que les autres, mais au fond si peu dérangeantes… »

Face à un tel déferlement d’unanimisme bien-pensant, bien-croyant, où l’on retrouve pêle-mêle tous les clichés concernant l’Islam, la guerre de Gog et Magog et la montée au pouvoir de l’anti-Christ et de la Bête, une réaction s’impose. Je la déclinerai en trois cercles : les deux premiers, alternant repères bibliques et historiques autour des thèmes d’Edom, puis de Gog et Magog, destinés à remettre en perspective les enjeux des (r)évolutions en cours; et un dernier cercle portant sur les relations d’Israël avec l’Occident.

EDOM

Chacun se souvient de la manière dont le prophète Daniel explique au roi babylonien Nebucadnetsar le songe de la statue à la tête d’or, au torse d’argent, au ventre d’airain et aux pieds de fer et d’argile (Dn 2) : il s’agit des quatre empires qui vont se succéder jusqu’à la fin des temps. Notons au passage que les empires en question ont ceci en commun que le sort du peuple d’Israël dépendra tour à tour de chacun d’eux : exit, donc, les grands empires étrangers à la sphère d’influence au sein de laquelle va se jouer, de siècle en siècle, le destin du peuple choisi. Après la Babylone d’or, voici la Perse d’argent, celle d’Assuérus (souvenons-nous de l’histoire d’Esther et de Mardochée) et de Cyrus – le « Messie » d’Esaïe 45 –, puis la Grèce d’Alexandre, et enfin l’Empire romain : cet Empire romain aux appétits d’éternité, toujours prompt à renaître de ses cendres, inépuisablement disposé à digérer toutes les cultures, à séduire et dominer toutes les nations, fort de son aptitude à se subdiviser en sous-ensembles parfois antagonistes, en autant de tentacules capables à l’occasion de s’entre-déchirer férocement, sans qu’aucun d’entre eux pourtant ne renonce jamais au rêve démesuré, oh combien fédérateur, du triomphe de l’unification définitive, de l’inclusion sans retour…

Cet Empire romain – décrit dans le fameux « Maoz Tsour » chanté pendant la fête juive de Hanouccah comme la « nation méchante » à l’ombre de laquelle « les jours du malheur n’en finissent pas » –, cet Empire romain domine aujourd’hui plus que jamais la scène internationale, à partir de ses quartiers généraux basés à Washington, New-York, Londres, Paris, Berlin, Bruxelles et… Rome ! Que l’on parle de l’ONU, de l’OTAN, du FMI, de la Banque Mondiale, de L’UNESCO, de l’OMS, mais aussi des institutions européennes, c’est toujours de l’Empire romain qu’il s’agit, obsessivement taraudé par le même désir de tout contrôler, de tout ordonner aux critères de valeurs présentées comme incontestables, et cela uniquement parce qu’elles servent au mieux les impératifs de son intérêt du moment. L’empereur Constantin et ses successeurs font plus que jamais figure de pères fondateurs de la mondialisation à l’occidentale, eux qui n’érigèrent le Christianisme au rang de religion officielle qu’à seule fin de garantir la cohésion et la pérennité de l’Empire : c’est du reste cette aura de la référence au « Saint-Evangile » qui permet encore aux maîtres de la « Rome » contemporaine de maintenir sous contrôle des populations soumises parce qu’apeurées, assoiffées de protection devant des monstres fabriqués de toutes pièces dans le seul but de pouvoir, sur commande, en faire planer la menace ! Oui, pauvres citoyens chrétiens de l’Occident romain d’aujourd’hui, éperdument désireux aussi bien de croire ce qu’on leur dit que de ne jamais s’interroger sur ce que l’on ne leur dit pas…

Dans l’Apocalypse – best-seller de tous ceux qui, friands de scénarios décrivant par le menu les convulsions de la fin des temps, vont pouvoir s’en repasser en boucle le déroulement, pour mieux se dispenser d’essayer de comprendre ce qui se passe autour d’eux, sur la terre des vivants –; dans l’Apocalypse, donc, on reconnaît aisément l’Empire romain, grâce à la couleur rouge du deuxième cavalier de 6:3 et du dragon de 12:3; couleur renvoyant explicitement au deuxième surnom d’Esaü, « Edom », du nom de ce plat de couleur rouge dont sa faim dévorante fit le symbole de sa vocation future de verseur de sang : « de ton épée tu vivras » (Genèse 27:40, à rapprocher d’Apocalypse 6:3 : « à celui qui montait le cheval rouge, on donna de bannir la paix de la terre, et de faire que l’on s’égorge les uns les autres; on lui donna une grande épée »). Quant aux rouges (écarlate et pourpre) de la Bête décrite au chapitre 17, ainsi que des vêtements portés par la grande prostituée qui la chevauche, il est l’accoutrement favori de la Rome mégalomane et sanguinaire, dissimulant sa cruauté foncière derrière le masque de grands élans religieux, aux rites directement inspirés du culte rendu par les Israélites au D.ieu Vivant ! Il suffit de penser ici aux « grands-messes » de nos « démocraties », dès qu’il s’agit d’exalter la grandeur et la noblesse de la République, de préférence en temps de crise, à l’heure où se manifeste l’urgent besoin de faire croire au bon peuple qu’un grand méchant loup s’apprête à le dévorer.

Dans l’Apocalypse toujours, le cavalier rouge, le dragon dévoreur d’enfant (ch. 12), les deux bêtes du chapitre 13 et le couple bête/prostituée du chapitre 17, ont ceci en commun qu’ils font la guerre à ceux qui s’opposent à leur hégémonie : 6:4 (« il lui fut donné d’enlever la paix »); 11:7 (elle « leur fera la guerre, les vaincra, et les mettra à mort ») 12:7 (« le dragon fit la guerre, ainsi que ses anges »),17 (« Il s’en alla faire la guerre avec le reste des descendants de la femme »); 13:7 (« il lui fut donné de faire la guerre aux consacrés et de les vaincre »); 17:14 (« Ils – les rois assurant à tour de rôle la présidence de l’Empire – guerroieront contre l’agneau »; 19:19 (« Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée. »). Enfin, ce même Empire « édomite » aux innombrables avatars, l’apôtre Jean lui donne un autre nom : « Babylone », capitale de l’Empire symbolisé par la tête d’or de la statue de Daniel : la boucle est ainsi bouclée, en même temps que nous est révélée l’exorbitante ambition de ce dernier Empire, sa prétention à récapituler tout ce qui l’a précédé, à réaliser une manière de synthèse de l’histoire de l’humanité, de façon à imposer, à terme, à tous les habitants de la planète, le joug d’un asservissement total et à perpétuité. Cela ne vous fait-il pas penser à quelque-chose ? Quête de la vie éternelle par le truchement des avancées du génie génétique et de la biologie moléculaire ? Progrès accélérés des recherches sur l’intelligence artificielle ? Assujettissement du genre humain aux dictats des laboratoires dans les domaines de la santé – médicaments et vaccins –, de l’agriculture et de l’alimentation – engrais, pesticides, semences génétiquement modifiées – ?
Quant à la dimension proprement économique de l’impérialisme final, il nous est décrit en termes saisissants au chapitre 19 de cette même Apocalypse, à propos de l’écroulement de la « grande Babylone » : tous les trafiquants de la terre, « Se tenant éloignés(…), pleurent et sont dans le deuil à cause d’elle, parce que personne n’achète plus leur cargaison d’or, d’argent, de pierres précieuses, de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d’écarlate, de bois de senteur, d’objets d’ivoire et de bois précieux, d’airain, de fer et de marbre, de cannelle, d’aromates, de parfums, de myrrhe, d’encens, de vin, d’huile, de fine farine, de blé, de bœufs, de brebis, de chevaux, de chars, de corps et d’âmes d’hommes ». Tout y passe, du pillage des ressources en tous genres jusqu’à la traite des esclaves…
Telle est la réalité du monde dans lequel nous vivons, de ce monde dont l’un des pôles, le pôle occidental européo-américain, a décidé de régner sans partage sur tous les autres, à tout prix, quelle que soit l’énormité des sacrifices à consentir pour y parvenir. Voilà le seul obstacle, l’unique Ennemi dont il soit explicitement prophétisé que la volonté mauvaise se dressera jusqu’au bout, dans l’espoir insensé de barrer la route à la venue du Roi de vérité, de ce Messie dont la prise de pouvoir inaugurera le règne du Très-Haut Lui-même.

Esaü/Edom, dans les récits bibliques des origines, ne meurt pas : tout se passe apparemment comme s’il était immortel. C’est tellement vrai qu’un très beau midrash nous raconte comment, revendiquant pour lui-même la place de son frère Jacob/Israël dans le tombeau familial de Hébron, Esaü fut décapité au cours du duel l’opposant à un petit-fils du patriarche, et comment sa tête roula jusque sur la poitrine de son père Isaac. En d’autres termes, l’identification juive traditionnelle d’Edom/Esaü à Rome présuppose qu’en dépit des apparences, il n’est rien, dans les pulsions ayant présidé à l’édification de cet Empire réputé indestructible, qui ne relève de la pure matérialité : Rome n’a jamais été qu’un corps sans tête, artificiellement maintenu en vie par la sève de la civilisation grecque, à laquelle il doit absolument tout; inversement, de tout ce qui, de l’engeance d’Edom, a pu au fil du temps mériter d’être sauvé, il n’est rien qui ne repose par anticipation depuis trente-deux siècles dans le giron d’Isaac, père d’Israël. Tirer, en tant que croyant, les conséquences de cette troublante et vertigineuse évidence, n’est-ce pas répondre tout simplement à la pressante exhortation d’Apocalypse 18:4, faisant écho à celle d’Esaïe 48:20 : « sortez du milieu d’elle, ô mon peuple ! »

Il est affligeant de constater à quel point les Chrétiens d’Occident, formatés par des siècles de propagande insidieuse ayant progressivement amalgamé la cause de la fidélité à D.ieu et celle de la fidélité à leur Civilisation, la « Civilisation par excellence » – bizarrement auréolée d’une sorte de légitimité de droit divin –, peinent à s’extraire de la logique de l’Empire dès lors que leur sécurité – ou ce qu’ils croient naïvement l’être – semble mise en péril. Pourtant, ne sont-ils pas bien placés pour voir aujourd’hui les masques tomber l’un après l’autre, et l’opposition des maîtres de l’heure aux vérités de la Foi se manifester au grand jour ?

Mais n’est-ce pas là, justement, que réside le problème ? A force de les spiritualiser, ces vérités de la Foi, les croyants occidentaux n’ont-ils pas peu à peu perdu le sens des réalités ? A force d’ajouter « foi » aux dires du prince – que ce prince soit Louis le quatorzième, Sarkozy, Hollande, Valls, Obama, Merkel ou Cameron –, sous prétexte que tout ce beau monde vit en Chrétienté, et va jusqu’à se fendre à l’occasion d’une visite au gentil Jean-Paul – paix à son âme –, au gentil Benoît ou au gentil François, n’ont-ils pas insensiblement hypothéqué leur capacité à distinguer le vrai du faux, au point de s’accoutumer à l’omniprésence de mensonges dont ils se laissent passivement nourrir et abreuver ?

Depuis quelques années, je me suis astreint à un retour en arrière, sur la trace de quelques-unes des « vérités » que l’opinion moyenne – façonnée à leur convenance par les détenteurs du pouvoir, assistés de leurs relais dans les medias et le système éducatif – s’est, au fil des années, ingéniée à me faire tenir pour des évidences – alors qu’il ne s’agissait, au mieux, que de postulats maquillés en démonstrations, ou, au pire, de mensonges drapés d’arguments fallacieux –. Je cite, en vrac : l’attaque de Pearl Harbour fut une surprise totale pour le gouvernement américain; le bombardement d’Hiroshima était nécessaire et légitime; les Etats-Unis ont sauvé l’Europe en 1944; l’URSS était l’empire du mensonge; la Vendée fut pacifiée par le général Hoche sans que soit tiré un coup de feu; Louis XIV n’était pas au courant des persécutions des Protestants; les guerres d’Indochine, d’Algérie, du Vietnam, étaient inévitables; les deux millions de morts du Biafra ? Un malheureux concours de circonstances; la mort du Général Leclerc ? Un banal accident d’avion; le drame de Lockerbie ? Un coup de Kadhafi; l’attentat de Buenos Aires ? Un coup des Iraniens; l’intervention soviétique en Afghanistan ? Une nouvelle preuve de l’expansionnisme russe ; l’apparition du sida ?

Les laboratoires n’y sont pour rien, tout est parti d’une affaire de fornication entre des humains et des singes; les sept millions de morts du Congo ? Que voulez-vous, ces africains sont incorrigibles; l’assassinat du commandant Massoud ? La France n’y est pour rien; Saddam Hussein faisait le malheur de son peuple; Le colonel Kadhafi aussi; la guerre Iran-Iraq ? Un règlement de comptes entre peuples; les deux guerres en Iraq ? Des guerres propres; la guerre contre la Serbie ? Une nécessité; le massacre de Srebrenica ? L’Otan n’a rien pu faire; le génocide rwandais ? Idem; les sanglantes dictatures argentine et chilienne ? Les USA n’y sont pour rien; narcotrafiquants de Colombie ? Idem; la guerre des Malouines ? Quel mec, cette dame de fer ! Le génocide rwandais ? La France n’y est pour rien .

Alors, quand on a dit aux Chrétiens occidentaux que Kadhafi martyrisait son peuple, ils l’on cru; et, deux-cent-mille morts et trois millions de travailleurs africains privés de ressources plus tard, ils n’ont rien dit. Quand on leur a dit que le Président Laurent Gbagbo était un méchant dictateur qui s’accrochait au pouvoir alors qu’il avait perdu les élections, ils l’ont cru; et vingt-mille morts plus tard, devant le bombardement méthodique toutes des infrastructures ivoiriennes ils n’ont rien dit, pas bougé. Quand on leur a dit que Bachar El Assad était un méchant dictateur, et qu’une gentille rébellion méritait qu’on la soutienne dans son combat contre le tyran, ils l’ont cru; et trois-cent mille morts plus tard, ils n’ont toujours rien dit, sauf pour plaindre les centaines de milliers de réfugiés chrétiens orientaux qui, après avoir fui un Irak voué au chaos par le traitement de choc des légions occidentales, fuient aujourd’hui la Syrie mise à feu et à sang par les supplétifs locaux de l’Occident « chrétien ». Quand on a dit aux Chrétiens occidentaux que la Russie préparait l’annexion de l’Ukraine, ils l’ont cru; mais quand, à la suite du coup d’état de février 2014, on a coupé en morceaux et brûlé vifs les dizaines de personnes réfugiées à la Maison des syndicats de Kiev, ils n’ont rien dit; enfin, quand ils ont appris que les nazis de « pravy sektor », auteurs du massacre, étaient entrés au nouveau gouvernement ukrainien, ils ont pudiquement détourné les yeux, peut-être pour ne pas voir dans l’œil de leurs propres dirigeants la même lueur mauvaise qui brillait dans celui d’Hitler.

Quand, en juin 2014, Bachar El Assad a organisé de vraies élections transparentes – satisfaisant l’une des principales revendications de son opposition –, et s’est fait réélire avec 88% des suffrages, les Chrétiens occidentaux sont restés sourds et aveugles. Quand Daech – ou l’EI – a débarqué sur la scène irakienne, ces mêmes Chrétiens ont docilement imité la surprise feinte par leurs dirigeants. Alors que tout avait été fait par les Occidentaux pour permettre au monstre de se préparer, de s’équiper, de s’armer; Le but ? Empêcher les Kurdes d’Irak d’accéder à quelque forme d’indépendance que ce soit, pétrole oblige… Vous avez dit surprise ? Alors que dès le printemps 2012, les islamistes qui s’étaient livrés à des horreurs en Lybie avaient déjà été acheminés en Syrie pour accomplir le même travail : la fin ne justifie-t-elle pas les moyens ?

Et voilà qu’aujourd’hui, certains ont l’indécence de nous resservir Gog et Magog, pour la simple raison que Vladimir Poutine, après être resté de marbre devant les incessantes provocations dont il fait l’objet, après avoir par deux fois désamorcé, grâce à son génie diplomatique, un risque réel de déclanchement d’une troisième guerre mondiale, a décidé d’intervenir pour aider Bachar El Assad à lutter efficacement contre les destructeurs de son pays. Alors que la seule nation à avoir démontré sa bonne foi dans la lutte contre le terrorisme ces dernières années – c’est-à-dire pour le bien des peuples, sans arrière-pensée manipulatrice –, c’est précisément la Fédération de Russie. La difficulté des Occidentaux à juguler le terrorisme, ce n’est pas leur incompétence : c’est leur volonté délibérée de ne pas y parvenir, pour pouvoir continuer à en brandir la menace, et garder cette menace bien au chaud, au service de leurs sordides intérêts ; en effet, qui ignore encore aujourd’hui les liens de connivence unissant Al-Qaïda et la CIA – cette dernière n’est-elle pas allée jusqu’à salarier Ben-Laden ? –; ou la manière dont la France instrumentalise Boko Haram ? Et qui n’a pas encore flairé l’odeur putride des mensonges d’Etat derrière les affaires Mérah et Charlie Hebdo ? Ceux qui tonnent aujourd’hui contre les opérations russes en Syrie ne cherchent qu’à se donner une contenance pour masquer leur déconvenue : le succès de ces opérations ne projette-elle pas une lumière insupportable sur leur propre mauvaise foi, leur propre duplicité ?

GOG et MAGOG

Gog et Magog ? Parlons-en ! Notons d’abord qu’il ne s’agit pas d’un empire, mais d’une coalition ponctuelle. Or nous avons clairement identifié le dernier ennemi impérial cherchant à faire obstacle à l’avènement du règne de D.ieu : il s’agit d’Edom, Rome, le cavalier rouge, le dragon rouge, les deux bêtes et la troisième : Babylone et sa chevauchée monstrueuse. Notons également que le cavalier rouge d’Apocalypse 6:4 est en concurrence directe avec le cavalier blanc du verset 2, leur ultime confrontation étant décrite au ch. 19, v.11, lorsque l’apôtre Jean voit « la bête, les rois de la terre, et leurs armées rassemblés pour faire la guerre à celui qui Était assis sur le cheval et à son armée ». La bataille finale est bien celle qui doit mettre un terme à l’existence d’un empire, l’Empire concurrent de celui du Roi-Messie. Quant à Gog et Magog, où sont-ils mentionnés dans l’Apocalypse ? Au chapitre 20, c’est-à-dire – soyons littéralistes, dans le sillage de l’enseignement des rabbins – mille ans plus tard !

Certes, Nous n’ignorons pas que la majorité des grandes dénominations chrétiennes se rattachent au courant « amillénariste », qui interprète symboliquement les mille ans de règne messianique (Apocalypse 20) comme celui du règne de l’Eglise. Mais à bien considérer les traits saillants de l’histoire « idyllique » de la Chrétienté – guerres innombrables au cours desquelles ne cessèrent de s’entre-déchirer les nations dites chrétiennes, colonialisme, esclavagisme, antijudaïsme, antisémitisme, Shoah… –, tout cela avec l’aval, pour ne pas dire le joyeux consentement des hiérarchies ecclésiastiques de toutes obédiences, une telle doctrine n’apparaît-elle pas a posteriori comme l’alibi théologique idéal fourni à l’Empire par une « Eglise » complice ?

Ceux parmi les Chrétiens qui s’accrochent à leur fantasme d’un déchaînement des forces du mal en la personne de Vladimir Poutine et des armées de la Fédération de Russie, sur la base de vagues assonances de noms au ch. 38 d’Ezéchiel – Rosh/Russie; Méshèk/Moscou – ne font que démontrer la sévérité de leur addiction aux drogues de la propagande impériale : comment expliquer autrement leur persistance à se dévouer à la survie de l’Occident ? Cet Occident dont ils ont reçu l’ordre de se détacher, mais auquel ils se cramponnent frénétiquement comme le singe à sa cacahuète, pris au piège de son poing fermé dans la fable du docteur Moody. Quand je parle de propagande, je n’ignore évidemment pas la collusion entre les sphères du politique et du spirituel; collusion à l’aune de laquelle la star Billy Graham, au cours de son règne interminable, a largement contribué à formater les consciences du monde dit « évangélique », banalisant la bipolarisation du monde en deux empires : celui du bien, les Etats-Unis et leurs satellites, et celui du mal, l’URSS – aujourd’hui Fédération de Russie – et ses satellites. N’oublions pas le rôle joué par ce personnage, en tant que caution morale et spirituelle des dessous nauséabonds de plus cinquante ans de politique américaine !
Pour en revenir à Gog et Magog, notons que dans le texte d’Ezéchiel 38, tous les noms mentionnés se rattachent à la descendance de Japhet et de Cham. Ce qui signifie tout simplement que l’ennemi le plus implacable d’Israël, Edom, de la lignée de Shem, n’existera plus à ce stade de l’histoire, pas plus que ne restera trace d’une quelconque hostilité des autres Sémites que sont les descendants d’Ismaël ou ceux d’Abraham avec Hagar/Qetura – en un mot le monde arabo-musulman –. Dans Ezéchiel comme dans l’Apocalypse, l’arrière-plan de la coalition de Gog et Magog est celui d’une terre préalablement pacifiée, et cela depuis longtemps, sous la férule d’un roi qui ne peut être que le Messie d’Israël.

Si dans mille ans, la Russie doit devenir le foyer d’une dernière révolte contre le règne du Messie, en quoi cela peut-il nous concerner aujourd’hui ? Qu’est-ce qui nous empêche au contraire de voir dans l’actuelle alliance russo-chinoise, un instrument de choix entre les mains du Créateur, susceptible de contribuer, pour le compte du Messie lui-même, à mettre un terme à l’hégémonie de l’Empire de la démesure, cet Empire d’un Occident romano-chrétien aveugle et sourd aux terrifiantes conséquences de ses crimes innombrables, oh combien plus inexpiables que ceux de Sodome et de Gomorrhe ?

En effet, beaucoup de discours chrétiens sur la fin des temps, outre leur dimension purement descriptive – incitant le croyant à attendre passivement que se déroule, sous ses yeux de spectateur privilégié parce qu’averti, le scénario du film dont le happy end ne fait aucun doute –, ont en commun leur omission d’une donnée essentielle : celle du jugement de l’Empire dont ils sont officiellement devenus les sujets entre le treize juin 313 et le 24 novembre 380 . Au creux de l’évocation exaltante de cette ultime bataille au cours de laquelle doivent s’affronter les forces du mal et celles du bien, se tapit la secrète conviction d’être du bon côté : l’ennemi est clairement identifié, il s’agit de Gog et Magog – La Russie et l’Iran, tiens donc ! –; face à eux : les armées célestes, dont les soldats de notre Empire à nous, l’Empire du bien, ne peuvent qu’être les alliés. « Gott mit uns » est de retour, avec le remake de la seconde guerre mondiale, mais en mieux, en plus définitif : car cette fois-ci, voilà nos G.I. et autres légionnaires promus au rang de forces combattantes des phalanges célestes, angélisés qu’ils sont par leur présence dans le bon camp, celui qui s’oppose au Méchant dans sa manifestation dernière. Tout va pour le mieux, à un détail près – uniquement biblique et prophétique, il est vrai – : Rome n’est pas Moscou; Rome n’est pas Téhéran; or c’est Rome – la Rome de Washington, New-York, Londres, Paris, Berlin, Bruxelles – qui doit disparaître. Le jugement de la « grande Babylone », décrit au ch. 18 de l’Apocalypse, c’est le jugement de l’Empire romain, le jugement de la « Chrétienté » occidentale et de sa prétention à prendre la place de D.ieu.
Car on a bien compris la supercherie : en couplant subtilement leur rhétorique sur l’imminence du « retour du Christ » à l’annonce de l’attaque de Gog et Magog – grossièrement assimilés à la Russie et à l’Iran d’aujourd’hui –, les clercs de l’Empire – qu’ils soient évangélistes, pasteurs ou théologiens – travaillent, consciemment ou non, à attirer les chrétiens occidentaux dans le piège qui se refermerait sur eux – ce qu’à D.ieu ne plaise ! – le jour où, les forces de l’Otan ayant mis en déroute les armées russo-iraniennes, l’Occident Romain aurait beau jeu d’identifier son triomphe et le fait accompli de sa domination planétaire avec l’inauguration du règne divin… La manœuvre est habile, et le choix du thème de Gog et Magog – bien moins innocent qu’il n’y paraît –, trahit la véritable intention de ces stratèges de la mise au pas du peuple des croyants. D’après l’Apocalypse, nous l’avons vu, la coalition de Gog et Magog doit se lever au terme des mille ans de règne de paix du Messie sur la terre entière. Le règne de D.ieu proprement dit ne commence qu’à partir de l’écrasement de cette ultime révolte. Or, convoquer pour aujourd’hui le déroulement d’événements prévus pour dans mille ans, cela revient ni plus ni moins qu’à faire l’impasse sur le règne du Messie, en se préparant à lui barrer l’accès de notre monde, unilatéralement rebaptisé à terme – Rome oblige – en « royaume de «dieu» » – mais quel dieu ? – . L’aboutissement d’un tel projet permettrait alors de faire d’une pierre deux coups, en soustrayant l’Empire au jugement qui lui était réservé pour l’interminable histoire de ses meurtres impunis… Quant au « jugement dernier », postérieur – toujours selon l’Apocalypse –, à la fin du règne de mille ans et à la dernière révolte des vrais Gog et Magog, ce sont les maîtres de cet Occident romain éternisé qui, après s’être dérobés au jugement qui devait les frapper avant la venue du Messie – avènement ajourné sine die ! –; ce sont eux, donc, qui s’en arrogeraient le privilège, disposant à leur gré d’un bétail humain privé de toute ressource, jusques aux confins d’un monde officiellement déclaré « Gottesrein » .
Notons au passage que la doctrine de « l’enlèvement de l’Eglise », derrière laquelle se retranchent bon nombre de croyants qui, eux, semblent bien admettre l’idée de la condamnation d’un Empire devenu apostat, leur permet en fait de s’en désolidariser in extremis, sans avoir à se poser de questions sur la manière dont ils ont pu pendant des siècles en cautionner les crimes; des crimes portant la marque indélébile d’une apostasie non pas nouvelle, mais originelle et foncière. Alibi de dernière minute en somme, les dispensant de répondre à l’injonction évoquée plus haut : « sortez du milieu d’elle, ô mon peuple ! » (Esaïe 48:20, Apocalypse 18:4). D’ailleurs, Indépendamment du débat sur les textes bibliques utilisés pour justifier cette doctrine – présente à partir du 17ème siècle au sein des premières colonies britanniques d’Amérique du nord , ayant ensuite accompagné la naissance et le développement des Etats-Unis, avant de se diffuser de plus en plus largement dans le monde entier –, on peut se demander s’il ne faut y pas voir le reflet d’une forme d’orgueil spirituel : celui de ces Puritains ayant héroïquement quitté la vieille Europe afin de fonder le « Nouveau Monde », un « Nouveau Monde » exposé à l’illusion de se croire définitivement délivré du joug romain, et méritant de ce fait d’échapper d’un seul tenant au jugement de la « Grande Babylone ». On connaît la suite…

ISRAËL et L’OCCIDENT

Nous avons à peine effleuré le sujet des crimes de l’Occident. Rappelons ici brièvement les méfaits du colonialisme, – expression conquérante de presque autant d’impérialismes concurrents que l’Europe comptait de nations–, et son cortège sans fin d’exactions, toujours justifiées au nom de la raison d’Etat. Rappelons aussi la traite négrière – 11 millions et demi de déportés et 46 millions de morts en cinq siècles –, et son effroyable corollaire : un effondrement démographique ayant conduit à l’affaiblissement, voire à l’anéantissement des cultures africaines : sociétés coupées de leurs racines, artificiellement réorganisées autour de l’activité esclavagiste, contaminées par le culte du profit auquel d’adonnait par leurs destructeurs. Rappelons l’anéantissement des civilisations amérindiennes – sud-américaines dans le sillage de la colonisation espagnole ; nord-américaines dans celui de la colonisation européenne et de la « conquête de l’Ouest » –; Rappelons les innombrables tourments infligées aux civilisations d’Extrême-Orient, ayant abouti, entre autres, aux guerres de Corée, d’Indochine, du Vietnam , puis au génocide cambodgien. Sans parler des monstruosités perpétrées « en interne » – guerre de sécession, première et seconde guerre mondiale (respectivement 18,5 et 60 millions de morts), ni des génocides dont on parle – Rwanda – ou de ceux dont on ne parle jamais – Australie, Algérie, Indochine, Cameroun, Biafra, Congo, etc… Et que dire du génocide arménien, officiellement imputé au parti « jeunes turcs » de l’empire ottoman agonisant, mais largement planifié et encadré par l’Allemagne du Kaiser Guillaume II ? Il n’est pas un arpent de terre de la planète qui n’ait, à un moment ou à un autre, vu planer sur lui l’ombre funeste et dévastatrice de l’aigle impérial décliné dans ses versions française, portugaise, espagnole, néerlandaise, britannique, allemande, belge, italienne ou américaine…
En tête de liste de ces forfaits figure bien évidemment l’abîme de la Shoah, terrifiant aboutissement de 18 siècles d’antijudaïsme théologique, converti sur le tard en un antisémitisme idéologique nourri de la pensée de théoriciens, français notamment, comme Gobineau ou Druon. Pour Israël, le peuple juif, l’Occident romain incarne aujourd’hui avant tout le lieu où toutes les souffrances, toutes les brimades, toutes les expulsions, toutes les persécutions subies au cours de dix-huit siècles d’errance ont fini par culminer dans le paroxysme d’un déchaînement inimaginable : l’extermination industrielle, soigneusement planifiée et méthodiquement mise en œuvre sur le sol européen, de sept millions d’innocents.
Reste évidemment l’Amérique, cette Amérique idéalisée, rêvée, riche de potentialités dont beaucoup ont tenu leurs promesses, depuis que, fuyant les pogromes en Russie – à l’instar de Fievel, héros du film d’animation de Don Bluth –, beaucoup de Juifs y ont prospéré après y avoir trouvé refuge. La réussite de cette immigration, ayant abouti à l’implantation sur le sol américain de la plus forte communauté juive de la planète, a certes contribué à rendre au concept de « Nouveau Monde » une nouvelle jeunesse; mais elle a du même coup incité les Juifs américains à succomber à la même illusion que les Puritains du Massachussetts au 17ème siècle : celle consistant à croire qu’ici, outre Atlantique, la malédiction de l’Empire était levée. Or les Etats-Unis, loin d’être exempts des tares de l’antisémitisme chrétien – les Juifs n’y devant l’essentiel de leur bien-être qu’à la puissance des lobbies qu’ils contrôlent et à la fortune de quelques-uns de leurs milliardaires –, se livrent de surcroît depuis longtemps sur la scène internationale à un jeu dont le cynisme aurait fait rêver les plus pervers des empereurs romains de la grande époque…
Et voici bien le paradoxe : les Juifs, que leur mémoire de perpétuelles victimes exilées aux quatre coins de l’Empire prédisposait à faire preuve de la plus haute lucidité quant aux liens unissant la malignité de la politique impériale et la haine dont ils ont toujours été l’objet, s’obstinent à cautionner sans méfiance des dérives, qui, à terme, ne peuvent que se retourner contre eux. Mais ce qui est vrai pour les Juifs vivant sur le sol américain ne l’est pas moins pour ceux vivant en Israël; chez eux aussi s’est insidieusement développé un sentiment de confiance aveugle dans les ressources inépuisables de vertu de « l’Empire du Bien »; et ce sentiment perdure, quand bien même la politique de certains dirigeants comme Obama serait condamnée. C’est le sentiment exprimé à longueur de discours par un Netanyahou, lors de chacun de ses « shows » – toujours chaudement applaudis – devant le congrès américain : pourquoi en effet s’évertuerait-il à jouer la « bonne Amérique » – celle de la droite conservatrice – contre la mauvaise – celle d’Obama – s’il n’avait « foi » en l’Amérique – la vraie selon lui – au moins autant qu’en ce D.ieu dont il se réclame surtout pour flatter les sentiments puritains de ses pieux auditeurs, dont bon nombre, d’ailleurs, sont d’ores et déjà gagnés à la cause de cette guerre contre Gog et Magog que nous évoquions plus haut ?
Parmi les menées inavouables de la très vertueuse Amérique sur la scène internationale figure en bonne place la manipulation à long terme de la politique européenne : beaucoup le savent aujourd’hui, l’Europe, telle qu’elle a fini par se « bâtir » – contre le gré du général de Gaulle –, est une création purement américaine, l’étroite dépendance de Jean Monet et de Robert Schuman – ses « pères fondateurs » – vis-à-vis de la CIA ayant été clairement établie, comme a été établie l’omniprésence de plusieurs agences américaines – dont la NSA – dans tous les rouages des appareils d’état de ses membres. Chacun a pu le constater au fil de ces dernières décennies, l’Europe est devenue une machine à échouer, où les plus prospères finissent, les uns après les autres, par s’enliser dans l’ornière où se débattent déjà les plus faibles; une machine à séduire, aussi, pour mieux pervertir et asservir : comme, à force d’intrigues – la CIA s’y est employée sans relâche depuis plus de vingt ans–, on a fini par persuader l’Ukraine, en lui faisant miroiter monts et merveilles, de tourner le dos à la Russie; résultat : une économie en berne, une guerre sanglante dont personne ne voit le bout, des nazis au gouvernement et des millions d’hectares livrés à la merci des apprentis-sorciers fabricants d’OGM – Monsanto et consorts –.
Dans la perspective de ce que nous avons déjà dit de Rome/Edom, cette mainmise des Etats-Unis sur l’Europe n’a rien d’étonnant : elle signifie en clair que la tête contemporaine de l’Empire a définitivement franchi l’Atlantique; d’ailleurs, dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, la disqualification politique des nations européennes – décrédibilisées par leur propension à s’entre-dévorer –, avait été arrêtée par les dirigeants américains; en clair : « aucun d’entre vous n’est plus digne de porter la couronne de l’Empire; c’est à nous, les Etats-Unis, de reprendre le flambeau : d’ailleurs, ne sommes-nous pas la dernière grande puissance occidentale qui ait un aigle pour symbole ? »
Autre performance de l’administration américaine, très haut placée sur l’échelle de la malice : l’instrumentalisation du terrorisme. Nous avons parlé plus haut du recrutement de Ben-Laden par la CIA. Il faudrait aussi parler de la rencontre courant 2013 en Syrie entre Abou Bakr al-Baghdadi, futur calife de l’Etat Islamique et le sénateur John Maccain, mais plus largement de l’instrumentalisation d’un Islam dévoyé, honteusement favorisé sous sa forme la plus abjecte – Arabie Saoudite, Qatar, émirats… –; Islam dévoyé, puisque tout la fois servilement acquis à la cause des Occidentaux, pourvoyeur de fonds et de « petites mains » pour l’exécution des basses-œuvres du terrorisme islamiste, et propriétaire de pans entiers de l’économie occidentale – notamment britannique –. Monstrueuse ambiguïté où l’on ne retrouve rien moins que la signature de la Babylone apocalyptique.
Enfin, est-t-il nécessaire de le rappeler : les Etats-Unis et leurs alliés européens ont réussi – toujours sur la base de fausses accusations du style de la fiole brandie par Colin Powell le 5 février 2003 à la tribune de l’ONU – le tour de force de réduire au chaos l’Afghanistan –, l’Irak de Saddam Hussein et la Lybie de Kadhafi – cette dernière par l’entremise de leurs fidèles vassaux français et britanniques –. Prochaine étape : la Syrie, puis l’Iran. L’objectif ne variant jamais : abattre ce qui tient debout, et empêcher à tout jamais que ce qui a été abattu se relève. Meilleure méthode possible pour que les peuples ainsi détruits et désorganisés en viennent à se contenter, comme au bon vieux temps de l’asservissement du monde arabe par les « sidis » venus de loin pour faire « suer le burnous », de leur statut d’esclaves des temps modernes, tout dévoués au service de leur nouveaux maîtres et de leur entreprise de pillage méthodique de ressources et de richesses qui commencent à leur faire sérieusement défaut, là-bas, endettement exponentiel oblige…
Pour en revenir à l’Europe, évoquons encore la Conférence de Berlin (15 novembre 1884-26 février 1985), au cours de laquelle les grandes puissances coloniales se sont partagé l’Afrique; ou bien la Belgique du sinistre roi Léopold II – « Le roi avec 10 millions de morts sur la conscience », d’après l’écrivain Marc Twain – propriétaire à titre personnel de l’intégralité des terres congolaises , sur lesquelles mutilations et amputations infligées à quiconque méritait une réprimande – homme, femme, enfant, vieillard – relevaient de l’ordinaire de la répression; ou plus près de nous la très respectable Allemagne d’Angela Merkel, dont la dette envers la Grèce – ruinée !– s’élève à 162 milliards d’euros – intérêts non compris –, et qui a unilatéralement décrété quelle ne les paierait pas; ou enfin – last but not least – la France, qui applique avec zèle, pour son propre compte et celui de ses petites multinationales aux crocs plus blancs que nature (EDF , Areva, Bouygues, Veolia, Suez, Orange, Elf), la même politique dévastatrice et génératrice de chaos – à coloration volontiers génocidaire – dans les 14 pays « indépendants » d’Afrique de l’Ouest qu’elle maintient sous sa botte en les exploitant économiquement et monétairement .
Cette sombre énumération – non exhaustive, hélas ! – des crimes perpétrés par l’Occident chrétien au cours de sa trop longue carrière n’a d’autre but que de souligner le paradoxe évoqué plus haut : comment le peuple juif, victime emblématique du pouvoir de nuisance de l’Empire, et au lendemain de l’annihilation d’un tiers de sa population, peut-il persister à cultiver et quêter le soutien de ses bourreaux d’hier et d’avant-hier, de ces bourreaux bien-pensants et souriants dont la haine et le mépris séculaires ne seront jamais découragés qu’en surface, quand bien même ils professeraient haut et fort – comme beaucoup de « chrétiens sionistes » américains – leur « amour d’Israël », mais cela uniquement en fonction de la coïncidence conjoncturelle de leurs intérêts – mêlant en l’occurrence bien souvent théologie et politique – avec les siens ?
L’amitié pour Israël d’une certaine droite américaine reste en effet indissociable de cette vision manichéenne de la scène internationale dont nous avons déjà parlé, opposant l’Empire du bien à l’Empire du mal : dans les scénarios prévoyant l’ultime confrontation entre ces deux blocs, Israël n’est qu’un otage, celui qu’il faut absolument avoir avec soi pour pouvoir marquer du sceau d’une transcendance imaginaire la conquête de l’hégémonie à laquelle on prétend – pour la plus grande gloire de « dieu », cela va sans dire –. Ne nous y trompons pas : l’Israël chéri par les scénaristes politiques de la puissance régnant aujourd’hui sans partage sur les destinées de l’Empire, cet Israël tout à la fois adulé, fantasmé, et maintenu sous la pression de critiques et d’inachèvements délibérément pérennisés; cet Israël tout à la fois instrumentalisé à des fins géopolitiques bien précises, et auréolé du prestige de son appartenance à « dieu », cet Israël-là n’a que peu à voir avec l’Israël réel, celui dont le vrai Maître de l’histoire gouverne les destinées, comme il gouverne les destinées du monde entier.
Et cet Israël qu’à la tribune du Congrès américain, sous les yeux de parlementaires subjugués, Netanyahou repeint régulièrement aux couleurs de la vertu et de l’héroïsme guerriers, émaillant son discours de citations bibliques, cet Israël-là ne vaut que par son aptitude à mener à bien, pour le compte des maîtres du monde, le projet d’établissement d’un nouvel ordre mondial dont la réussite passe aujourd’hui, de toute urgence, par la neutralisation de la Syrie et celle de l’Iran. Et ce, dût-il le payer de sa vie ! Cette dernière éventualité, bien que non formulée par les plus sincères, découle logiquement du caractère hautement aléatoire de l’aventurisme impérial, incitant Israël à prendre des risques insensés; et si un Netanyahou ne l’envisage à aucun moment, dans son zèle à incarner lui-même l’aventurisme impérial sous sa forme la plus virulente – allant jusqu’à fournir aux antisionistes de tout poil leur argument favori, selon lequel ce sont les Etats-Unis qui seraient aux ordres d’Israël –, c’est moins en raison de sa foi en l’Eternel que de sa confiance aveugle en la puissance américaine; une Amérique identifiée avec l’Empire du bien au point de passer à ses yeux pour un avatar de la providence divine ! Conviction partagée par ces élites chrétiennes américaines dont la farouche détermination à protéger Israël tient uniquement à ce qu’elles trouvent en lui une justification commode de leur vision de l’histoire du monde; elles qui s’attendent naïvement à ce que, le moment venu, l’Eternel vienne parer des atours de son Royaume une Amérique restée fidèle, contre vents et marées, aux valeurs auxquelles Il tient, au premier rang desquelles figure évidemment la sécurité de Son peuple.
Or, au regard de ce que nous a montré un bref survol des crimes de l’Occident, l’identification de ce dernier avec l’Empire romain dans sa phase terminale ne fait aucun doute. Ce qui revient à dire que l’on ne peut identifier cette « Babylone » sanguinaire et résolument destructrice avec l’Empire du bien qu’au prix d’une distorsion monstrueuse de la vérité, ne pouvant qu’aboutir à court terme à un traité d’allégeance avec les forces ennemies du Créateur. En d’autres termes : libre à Satan et à ses adeptes de se faire passer pour les garants de la sécurité d’Israël; mais malheur à Israël, s’il accepte les termes du marché qu’on lui propose ! Car c’est bien d’un marché qu’il s’agit, la sombre actualité du Moyen-Orient ne cessant de le confirmer. L’Israël de Netanyahou s’embourbe chaque jour un peu plus profondément dans la fange des contreparties exigées par les maîtres de l’Empire : une complicité de plus en plus ouverte, une collaboration de plus en plus étroite, une adhésion de plus en plus complète à des objectifs de plus en plus ténébreux.
Dernière en date des compromissions criminelles : le bombardement systématique par l’aviation israélienne des positions reprises par l’armée syrienne aux forces de l’EI/Daech. En d’autres termes, plusieurs mois de soutien à la progression des Islamistes en territoire syrien, dans le cadre de la mise en œuvre par l’Empire de sa stratégie globale de généralisation du chaos; chaos générateur à terme de juteux profits, sur fond de fragilisation extrême de populations redevenues manipulables et corvéables à merci, comme au bon vieux temps… A lui seul, cet exemple consternant suffit à montrer la profondeur du piège dans lequel l’Occident est en train d’attirer l’Etat d’Israël.
Aujourd’hui, Israël joue sa survie, bien moins sur le terrain militaire que sur le terrain moral. Certes, l’immense majorité des Israéliens ignorent à peu près tout des crimes de leurs dirigeants, comme c’est le cas en France ou aux Etats-Unis. Mais c’est le peuple tout entier qui, tôt ou tard, doit faire les frais de l’infidélité et de la perversité de ses dirigeants, comme nous l’expérimentons amèrement au travers de la vague d’attentats de ces derniers jours. D’où l’urgence d’appels analogues à celui dont ces pages veulent se faire l’écho : appel à une repentance collective pour des crimes réels commis en notre nom, et au nom de la soumission à l’Empire, à Rome/Edom, au dragon et à la bête.
L’important est de ne pas se tromper d’ennemi. Je m’explique : Le Hamas est aujourd’hui notre ennemi. Mais ce sont les dirigeants israéliens des années 90 eux-mêmes qui, en finançant son développement pour contrer l’influence d’Arafat, font aujourd’hui figure de commanditaires objectifs des tireurs de roquettes. En l’occurrence, il s’agit bien d’un ennemi intérieur caractérisé par son manque de clairvoyance, sa naïveté ou son cynisme; un ennemi découvert après coup, et échappant de ce fait au jugement du peuple. Mais ceci n’est pas une fatalité. Aujourd’hui, nous savons qu’il existe un lien direct entre le Hamas, la Turquie – autant dire l’OTAN –, et, via l’OTAN, les Etats-Unis. Lorsque le Hamas nous tire dessus, nous pouvons directement incriminer l’oncle Sam. Mais lorsque Netanyahou, patron de l’une des deux pièces maîtresses du dispositif de l’OTAN dans la région – avec le turc Erdogan – feint la surprise à chaque déclanchement d’une nouvelle offensive du Hamas, il nous ment; il nous ment, parce qu’il est notre ennemi, ennemi intérieur au service des intérêts de l’Empire.
La veille de leur appel au déclanchement d’une troisième intifada, les dirigeants du Hamas ont violemment pris position contre l’offensive russe en Syrie, calquant ainsi leur position sur celle de Washington, Londres ou Paris. Le déclanchement de cette intifada apparaît ainsi comme une tentative d’intimidation d’Israël par Washington via le Hamas et ses robots interposés : « ne lorgnez surtout pas du côté de la Russie; l’Empire est votre patrie ! » Tout cela, Netanyahou le sait, comme il sait qu’il n’a d’autre choix – mais il ne le voudrait pour rien au monde –que d’aligner servilement sa position sur celle de ses maîtres, et d’essayer de nous convaincre de faire de même. En attendant, le peuple souffre, avant de se décider, lorsqu’on lui aura ouvert les yeux sur les vrais enjeux géopolitiques des manipulations en cascades dont il est l’objet, à faire sa révolution…
Peut-être en effet serait-il temps, au lieu de continuer à nous bercer de refrains morbides sur l’air du méchant Russe, du méchant Iranien, du méchant Arabe, de nos méchants ennemis héréditaires; peut-être serait-il temps de nous interroger enfin sur la nature du véritable ennemi : celui qui menace notre âme, en se faisant passer pour l’allié du Rocher d’Israël, alors qu’il s’est juré de le déraciner du monde; celui qui, depuis avant même la création de l’Etat d’Israël, n’a jamais cessé, en coulisse et par tous les moyens, de souffler sur les braises de l’inimitié quand elle existait, et de les allumer quand elles n’existaient pas; celui qui, à force de ruse, a fini par faire de nous les complices – actifs ou passifs, volontaires ou involontaires, informés ou ignorants – de ses mensonges, de ses meurtres, de ses conspirations dévastatrices. Israël a été le témoin, ces dernières années, de la mise à mort de l’Irak ; de celle de la Lybie; de la longue tentative de mise à mort de la Syrie. Pour ces trois dossiers, les charges de l’accusation sont lourdes : non-assistance à personne en danger ? Complicité de meurtre ? Il est impossible de se retrancher derrière le prétexte selon lequel ces pays étaient nos ennemis : le seul moyen dont nous disposions pour les convaincre de ne plus l’être, c’était la sainteté, l’intégrité et la droiture d’une conduite affranchie des codes pervers de l’Occident. Nous avons préféré continuer à absorber les poisons concoctés par nos persécuteurs et nos assassins d’hier – et de demain ! –, jouant cyniquement le jeu de leurs macabres machinations, et donnant à tous les « damnés de la terre » d’excellentes et nombreuses raisons de nous haïr…
Or Israël dispose aujourd’hui d’une incroyable opportunité, dont les dernières évolutions en Syrie et lui offre la chance inespérée : celle consistant à renverser son système d’alliances, en tournant délibérant le dos aux tombes, aux fosses communes et aux charniers du Romain verseur de sang. Nul doute que dans le cadre du dialogue et de la coopération avec une Russie délivrée de ses démons passés , et déterminée à ne plus laisser le champ libre au destructeur occidental, Israël aura davantage d’occasions de rencontrer l’Eternel – et de lui plaire– que dans la fréquentation des salons et couloirs d’administrations étatiques ouvertement vouées à la perte des peuples.
J’irai même plus loin, en osant assigner au Président de la Fédération de Russie le rôle d’un nouveau Cyrus –Korèsh–, voué, lui, à l’épanouissement et à l’affranchissement « pré-messianique » de tant de peuples condamnés à la souffrance et méthodiquement asservis par le cynisme mercantile de l’Occident chrétien, en particulier en Afrique. Et de la même manière que le Korèsh/Cyrus des temps bibliques a contribué au renouveau physique du peuple juif en autorisant le retour des exilés et la reconstruction du Sanctuaire de Jérusalem, puisse ce Korèsh-là devenir l’instrument du renouveau spirituel de la nation juive, en l’aidant à s’affranchir elle aussi de ses démons occidentaux d’hier et d’avant-hier !
Très concrètement, la manière la plus efficace de désamorcer l’intifada en cours avant qu’elle ne dégénère, c’est de sceller avec la Russie une alliance forte, étroite et déterminée. Lorsqu’ils verront Israël quitter le camp de ceux qui les protègent et instrumentalisent leur violence, pour rejoindre celui de leurs vrais ennemis, les dirigeants du Hamas, commanditaires de l’intifada, prendront peur, et tout rentrera dans l’ordre.
Alors cessons de Gober et Magober les théories dilatoires des anesthésistes de l’Empire : si affrontement il doit y avoir, dans cette vallée d’Harmaguédon au nom redoutable, puisse Israël, en toute connaissance de cause, être en mesure de combattre ce jour-là dans le bon camp, celui dont la victoire fraiera la route à la venue du Roi-Messie !

Eliahou Abel, 30 Tishri 5576/13 octobre 2015

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