Attention. Les «affreux» sont arrivés au Nigeria

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Attention. Les affreux sont arrivés au Nigeria

Quelques jours seulement après avoir plus ou moins contraint le président Goodluck Jonathan à accepter contre son gré l’« aide » américaine pour le sauvetage de 223 lycéennes captives du groupe d’insurgés islamistes Boko Haram, le gouvernement Obama effectue des vols de surveillance au-dessus du Nigeria.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney a dit que la totalité, à l’exception d’un seul, des 27 membres de l’équipe de conseillers et du personnel de sécurité, ont installé un bureau dans la capitale d’Abuja pour superviser les opérations au Nigeria. Les membres sur place comprennent cinq responsables du Département d’Etat, dix planificateurs et conseillers du Pentagone, sept soldats du commandement pour l’Afrique et quatre spécialistes du FBI en matière de récupération de personnes victimes d’enlèvement.

« L’ampleur de cette aide a été définie et elle comprend une assistance militaire et juridique, une assistance consultative tout comme un soutien en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, » a dit Carney.

Retrouver les lycéennes ne sera pas facile, vu que les forces américaines devront fouiller une zone de la taille de la Nouvelle Angleterre, a-t-il dit. Il a signifié par là que les forces américaines étaient là pour rester et seraient probablement augmentées.

La signification de « conseillers américains » est rapidement devenue évidente. Faisant référence à la suggestion faite par le dirigeant de Boko Haram selon laquelle le groupe négocierait contre une rançon, l’échange de prisonniers ou quelque autre arrangement, la porte-parole du Département d’Etat, Jen Psaki, a dit que le gouvernement Obama refuserait de payer la rançon pour certaines ou toutes les filles, bien que la décision relevait du gouvernement nigérien. « La politique des Etats-Unis… est de refuser aux ravisseurs le bénéfice de leurs actes criminels, dont les rançons et les concessions, » a-t-elle dit.

Jonathan a consciencieusement suivi la ligne indiquée et refusé tout arrangement avec les ravisseurs.

Son gouvernement et sa clique de riches partisans sont tellement méprisés qu’Abuja n’a que peu d’emprise véritable sur de vastes pans du pays. Le Nord-Est musulman se trouve en état d’urgence depuis un an et l’armée n’a pas réussi à vaincre l’insurrection de Boko Haram. Dans la région du delta du Niger au Sud-Est, 10 pour cent au moins de la production pétrolière sont perdus par suite de vol et d’approvisionnement illégal à une échelle industrielle.

Le président a ignoré le rapt des filles pendant trois semaines puis a ensuite rejeté la faute sur leurs parents pour n’avoir pas fourni suffisamment d’informations sur leur identité. Lorsque les manifestations ont éclaté au motif que rien n’était fait pour obtenir la libération des filles, l’épouse du président, Patience Jonathan, a ordonné l’arrestation de deux dirigeants des protestations, les accusant d’appartenir à Boko Haram et d’avoir monté de toutes pièces l’article sur l’enlèvement dans le but de discréditer le gouvernement.

Dans une situation où le gouvernement du Nigeria est chancelant, les Etats-Unis ont, à toutes fins utiles, pris en charge la gestion du pays et la recherche des lycéennes offre un prétexte bien commode. La présidence de Jonathan ne durera que tant qu’il appliquera les dictats de Washington.

La Grande-Bretagne, la France, le Canada, la Chine et Israël ont envoyé des équipes de spécialistes et de l’équipement pour faciliter les recherches.

Le président français, François Hollande, a profité de l’occasion pour réclamer la tenue d’une réunion au sommet sur la sécurité en Afrique occidentale en se concentrant sur Boko Haram et qui devrait se tenir ce week-end à Paris. Cette réunion comprendra probablement les dirigeants du Nigeria et d’au moins quatre pays voisins: le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Benin.

Bring back our girlsLe déploiement de forces occidentales constitue une escalade significative de l’intervention militaire en cours effectuée par Washington et ses alliés en Afrique, de l’Afrique du Nord et de l’Est à la Corne de l’Afrique et au Sahel, jusqu’à l’Afrique occidentale riche en pétrole.

Le but de ce « pivot vers l’Afrique » est de s’emparer des vastes ressources minérales et énergétiques du continent face à la concurrence de la Chine qui a dépassé les Etats-Unis en tant que principal partenaire commercial de l’Afrique.

La mobilisation d’une entreprise néocoloniale dans un pays qui a dépassé l’Afrique du Sud pour devenir la 27ème plus grande économie du monde a été légitimé par une campagne médiatique sociale internationale menée par les médias sur le hashtag # (mot clé) BringOurGirlsBack (Ramenez nos jeunes filles). Elle a reçu un bon coup de pouce du Forum économique mondial sur l’Afrique qui s’est tenu la semaine passée à Abuja, où les grands patrons milliardaires africains et les PDG des gigantesques sociétés transnationales et des institutions financières se sont côtoyés.

Leur programme est tellement hostile à l’égard des grandes masses de la population que les commerces et les établissements scolaires ont été fermés dans la capitale et que leurs hôtels et leurs lieux de rencontre ont dû être protégés par 6.000 agents de sécurité dont certains étaient venus des Etats-Unis.

Un soutien non négligeable pour le forum est venu de la conférence des femmes entrepreneurs qui se réunissait au même moment à Lagos. Des féministes bien connues et certaines des plus puissantes femmes du monde dans les médias, la mode, les affaires et la politique étaient présentes. Leur rôle était d’utiliser les questions de genre pour promouvoir les intérêts prédateurs de l’impérialisme américain en exigeant une intervention internationale, c’est-à-dire une action militaire pour obtenir la libération des filles.

A Washington, les membres féminins du groupe de délégués noirs du congrès ont tenu une conférence de presse pour dénoncer les actions de Boko Haram et exiger le retour des lycéennes dans leur famille.

La campagne a atteint son paroxysme lorsque le président américain Barack Obama a passé son émission radiophonique hebdomadaire à la première dame Michelle qui a prononcé des inepties en disant que : « Dans ces filles, Barack et moi voyons nos filles. Nous voyons leurs espoirs, leurs rêves et nous ne pouvons qu’imaginer l’angoisse que ressentent leurs parents en ce moment. »

Les Obama sont très sélectifs dans leur angoisse. Selon l’UNICEF, quelque 4,7 millions d’enfants au Nigéria en âge d’entrer à l’école primaire ne vont pas à l’école et il n’est pas rare de voir une centaine d’élèves par enseignant, ou d’élèves assis sous les arbres devant le bâtiment de l’école parce qu’il n’y a pas assez de salles de classe. Dans certains des Etats au Nord du Nigeria, la proportion des filles par rapport aux garçons est de moitié ou du tiers.

Parallèlement aux 16.000 millionnaires du Nigeria, le taux de chômage officiel était en 2011 de 23 pour cent, tandis que quelque 70 pour cent de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2010.

La rengaine « humanitaire » a été reprise et amplifiée par les grands groupes de médias au nom de Washington et du droit du patronat de piller les ressources de certains des peuples les plus pauvres de la planète. De telles campagnes sont devenues un moyen privilégié pour légitimer les guerres en faveur d’un changement de régime et pour venir à bout de l’opposition de masse de l’opinion publique au colonialisme.

L’indignation morale présente des similitudes frappantes avec la campagne #Kony2012 pour la capture de Joseph Kony, dirigeant de l’Armée de résistance du Seigneur qui était responsable de l’enlèvement de centaines d’enfants aux quatre coins de l’Afrique. Cela avait abouti au déploiement de centaines de troupes des forces spéciales américaines en Ouganda et dans les pays limitrophes et qui ont depuis été dotés d’avions de combat de type CV-22 Osprey capables de décoller et d’atterrir à la verticale. Deux ans et demi plus tard, Kony n’a toujours pas été capturé.

Un responsable du Pentagone a dit que l’armée envisageait également d’envoyer des drones au Nigeria. Il a révélé peut-être plus qu’il ne croyait lorsqu’il a dit que des drones pouvaient être détournés de la recherche pour Kony en Afrique orientale vers le Nigeria.

Derrière l’indignation morale il y a l’inquiétude quant à la présence accrue de la Chine au Nigeria. Le volume d’affaires est tel que des vols quotidiens réguliers sont assurés à présent entre les deux pays. Plus de 17.000 Chinois résident légalement à Lagos et dans l’Etat d’Ogun voisin, mais le nombre réel est estimé être bien supérieur. La principale attraction du Nigeria est son pétrole et une entreprise chinoise a annoncé en janvier des investissements pétroliers et d’exploration de gaz de 10 milliards de dollars dans la région du bassin de Bidan dans l’Etat de Niger.

Le premier ministre chinois Li Keqiang a proposé son aide au Nigeria pour lutter contre le terrorisme, dont un entraînement militaire pour des opérations de contre-insurrection.

Jean Shaoul

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