Un psychiatre démontre comment l’infidélité peut sauver un couple…

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L’infidélité ne sonne pas forcément le glas du couple. Car il est possible de se reconstruire après cette crise majeure. Et même, de se choisir à nouveau, conscient des imperfections de chacun, et de faire évoluer la relation vers un amour plus mature, assure le psychiatre Christophe Fauré, auteur de Est-ce que tu m’aimes encore ? Se reconstruire après l’infidélité (Albin Michel).
Dans votre livre, vous avez décidé d’encourager la reconstruction du couple après l’infidélité.

Pourquoi ce parti pris ?

Il s’agit d’un constat tout simple : après une infidélité, des couples se reconstruisent. Bien sûr, parfois, on ne s’aime plus et on se quitte. Mais l’amour n’est pas mort dans tous les cas. Très souvent, la relation extraconjugale n’est pas recherchée en tant que telle. Hormis dans les cas pathologiques, elle a une fonction. Ainsi, une infidélité peut parler de bien d’autres choses que de désamour. Elle peut être liée à un problème dans le couple : perte de communication, du souci de l’autre, du désir, éloignement des deux partenaires, conflits… Elle peut aussi répondre à un problème très personnel, comme la peur de vieillir et le besoin de savoir qu’on plait toujours, la transition du milieu de vie…. Parfois, elle peut également constituer un moyen de faire face à une circonstance de vie. Par exemple, chez un couple qui n’a plus de relations sexuelles depuis la mort de son enfant, car la femme ne veut plus être touchée, tandis que son compagnon va chercher du réconfort…

D’où l’importance de chercher à comprendre ce qui s’est passé…

Oui, pour pouvoir évaluer la situation. Car comme disait Churchill, si on oublie l’histoire, on est condamnés à la revivre. Et si on ignore où on en est dans la relation, on ne peut pas élaborer de stratégie de reconstruction. Pour la personne trompée, comprendre ce qui s’est passé implique que son conjoint se remette en question et lui explique ses motivations. Elle va lui demander : « pourquoi as-tu fait ça ? ». Mais il est important qu’elle réalise qu’elle est partie prenante de ce qui est arrivé. Qu’elle-même a peut-être délaissé son couple au profit de son travail ou des enfants, s’est peut-être négligée, a peut-être laissé le couple se rétrécir, a cessé de s’intéresser à l’autre… Quand le couple choisit de revenir ensemble, j’observe d’ailleurs souvent un potentiel de croissance pour les deux partenaires, y compris pour la personne trompée. L’infidélité peut être bénéfique pour elle et lui permettre d’avoir un regard plus lucide et plus mature sur ce qu’elle veut vivre.

Mais les premiers temps qui suivent la découverte de l’infidélité sont très douloureux, difficile de penser à une réconciliation à ce moment-là…

Il y a beaucoup d’ambivalence et c’est normal. Le cœur n’y est quasiment jamais. On a tellement mal de part et d’autre. Il y a beaucoup de colère, de culpabilité, de souffrance… Il est donc difficile de penser correctement. L’important, c’est de ne pas prendre de décision radicale sous le coup de l’émotion. Il faut se donner du temps pour bien mesurer ce dont il est vraiment question dans cette infidélité et si l’on s’aime encore. Et puis vient le moment de faire un choix : rester ensemble, ou pas. Souvent, ceux qui continuent ne sont pas sûrs. Il y a cette peur de souffrir à nouveau, toute cette colère, ce désir de vengeance… qui sont autant d’obstacles à la reconstruction du couple. Mais ce qui est fondamental, c’est d’avoir envie de se redonner une chance.

Quelles sont les étapes de la reconstruction du couple ?

Pour reconstruire, il faut parler, afin de restaurer la sécurité et la confiance. A l’inverse, le silence engendre de l’insécurité et de la colère (« il/elle me cache des choses »). Le mieux, c’est de répondre aux questions. Mais peut-être pas à toutes. Les détails trop intimes, notamment en matière de sexualité, et tout ce qui peut amener une comparaison (elle était plus jeune, plus mince, il était plus intelligent…) sont à éviter. Il faut que les réponses aux questions soient utiles. Elles peuvent d’ailleurs devenir un levier de reconstruction : « qu’est-ce que je pourrais transformer, améliorer, faire naître en moi, pour que tu puisses y trouver ce que tu as recherché chez l’autre ? ». Parler permet de se dire ce que l’on attend l’un de l’autre, et de partager à nouveau ensemble ses rêves, ses aspirations, ses besoins… Un beau travail d’amour en perspective.

Sauf qu’au début, l’envie de parler et de passer du temps avec celui/celle qui nous a trompé(e) n’est pas forcément au rendez-vous…

Au début, il va souvent falloir faire « comme si ». L’idée, c’est de revenir au minimum basique de ce qui marche dans la relation. De nourrir à nouveau le quotidien de petites attentions et de rituels, qui sont source de sécurité. Mais ces gestes, déjà faits par le passé, vont devoir être plus significatifs. La personne qui a été infidèle va devoir donner de nombreux signes de réassurance à son/sa partenaire pour reconstruire la confiance, c’est-à-dire le sentiment de sécurité dans la relation. Sans aller jusque-là, je connais un homme qui avait installé un logiciel de localisation dans son smartphone pour que sa femme puisse toujours savoir où il était. Ce faisant, il se coupait de toute possibilité de dire « je suis à tel endroit », et d’être en réalité ailleurs. Elle a regardé pendant très longtemps et puis au bout d’un moment, elle a été rassurée car ce qu’il disait était conforme avec ce qu’il faisait. Pour que le couple continue, il faut aussi qu’à un moment, la personne trompée accepte de refaire confiance et prenne le risque d’aimer à nouveau. C’est un mouvement à deux.

Quid de la relation extraconjugale dans ce processus de reconstruction ?

Si l’on veut donner une chance à son couple, il faut s’engager à interrompre la relation. Peu de gens le font. C’est un deuil à faire, surtout quand il y a un vrai lien d’amour à côté. Difficile d’accepter ce renoncement lorsqu’on s’aime très fort, que l’on a une grande complicité, un grand plaisir sexuel… Mais si le choix est donné à la survie du couple, il va falloir faire une croix sur cette source de bonheur.

Vous dites que bien après, vient la question du pardon, un autre pilier de la reconstruction…

Le pardon renvoie à la colère. Plus on en veut à l’autre, moins on a de capacité de pardon. Et inversement. Quand une personne dit « je ne pourrai jamais lui pardonner », elle dit en fait qu’elle est toujours en colère. Certaines colères, du type « je t’ai tout donné, comment as-tu pu trahir ça ? », ou d’autres, liées à des blessures d’amour propre, sont difficiles à dépasser et peuvent empêcher le couple d’avancer. Dans tous les cas, l’incapacité à pardonner est intéressante : qu’a fait l’autre ? Cette colère du présent ne renverrait-elle pas à des blessures du passé qui ont été réactivées par l’infidélité ? Comprendre ce qui s’est passé permet de se détacher de l’émotionnel du présent et d’en trouver parfois les clés de résolution dans le passé.

En quoi le pardon trop rapide est un piège ?

Pardonner trop rapidement, c’est escamoter son niveau de colère. Mais elle est toujours là, et derrière elle, se tapit la souffrance. Le pardon trop rapide prive d’une exploration de fond de ce qui est blessé en soi. C’est un évitement, pour faire en sorte que la situation redevienne au plus vite comme elle était avant. Mais c’est cet « avant » qui a créé les conditions de la relation extraconjugale. Il faut donc changer les lignes de force. Sinon, mêmes causes, mêmes effets.

Comment peut-on savoir que le pardon est partagé ?

C’est un sentiment subjectif. Mais on peut dire à l’autre où en est dans son niveau de colère. Et un jour, lui signifier qu’on ne lui en veut plus. On peut aussi se sentir apaisé par rapport à soi. Pour la personne qui a été infidèle, c’est par exemple ne plus être en colère d’avoir fait du mal à la personne qu’elle aimait. Et pour la personne qui a été trompée, ce peut être se pardonner de s’être abandonnée (en devant mère, en travaillant trop…), et ce faisant, d’avoir abandonné l’autre.

Pour vous, le plus important, après toutes ces étapes, c’est de restaurer l’intimité émotionnelle. De quoi s’agit-il ?

C’est un sentiment de connexion à l’autre. Un souci de l’autre : comment vas-tu ? Est-ce que je peux faire une différence ? Est-ce que le fait d’être avec moi te rend heureux ? Restaurer cette intimité émotionnelle, c’est parvenir – ou pas – à recréer ce pont intime entre deux solitudes fondamentales. Ce qui fait qu’il peut se passer à peu près n’importe quoi et que ça va aller. Il est là, le lieu de sécurité ultime. Quand on arrive à retoucher ce tendre de l’intime de l’un et de l’autre, on n’a plus besoin, plus envie d’être infidèle. Cette promesse est réelle. L’infidélité met à bas des illusions que l’on avait sur l’autre : on est déçus par lui/elle. C’est l’occasion de s’interroger : « quelle attente illusoire avais-je de l’autre ? », « qu’est-ce que j’attendais de lui qu’il ne pouvait pas me donner, quelle réparation ? ». Sur la base de ces questions et de ces déceptions, on se choisit à nouveau, avec nos imperfections respectives, pour cheminer dans l’existence. Et on cesse de voir l’autre pour ce qu’il n’est pas. On le voit pour ce qu’il est, qui n’est peut-être pas le nirvana, mais qui nous plait énormément.

A vous entendre, l’infidélité pourrait finalement être une chance pour un couple ?

Potentiellement, oui. Bien sûr, c’est souvent un ouragan, mais ce peut-être aussi l’occasion d’une renaissance. Il y a des possibilités de reconstruction qualitative. Et même d’un niveau au-dessus, car les deux partenaires sont plus lucides, plus matures, et se voient dans leur vérité. C’est aussi l’occasion de se réapproprier ses responsabilités, de ne plus attendre que l’autre réponde à tous nos besoins, et de tenter d’y répondre soi-même, sans forcément aller chercher ailleurs.

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