Togo. Le CST et son argument fallacieux… !

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Les responsables du CST affirment avoir décidé d’aller aux élections bien que les conditions de la transparence et de l’équité du scrutin ne soient pas réunies parce que le régime, par ses manœuvres, veut pousser les partis du Collectif Sauvons le Togo au boycott.

L’argument ne résiste pas à l’analyse politique. Il faudra y revenir. Les partis de l’opposition démocratique ont le devoir de clarifier les idées pour réduire la confusion, afin de faire avancer le combat pour la démocratie. Dans tous les cas,  ce n’est pas parce que le régime pousserait au boycott qu’il faut aller aux urnes, même si les conditions de la transparence et de l’équité du scrutin ne sont pas réunies.

Le Bureau politique de la CDPA-BT a examiné dans un article paru le 15 juillet 2013, le récent « communiqué » de APEVON Dodji à l’issue de la rencontre entre le régime et le couple CST/ARC-EN-CIEL. On sait que cette rencontre est organisée sous l’impulsion et sous l’égide du Prélat BARRIGAH et l’Ambassadeur des Etats Unis.

Quelques temps après ce communiqué lu au nom des deux groupements, le CST a organisé à son tour une conférence de presse sur le même « dialogue ». Plus explicite, la déclaration liminaire faite par les dirigeants du CST à la conférence de presse invite à revenir sur cette malheureuse décision des deux organisations de participer chacun de son côté aux élections législatives du 25 juillet 2013 « malgré tout ».

Le dialogue embourbé…

Avant d’aborder le contenu des discussions, les responsables du CST informent l’opinion qu’ils ont formulé le souhait d’élargir le cadre des conversations pour faire du dialogue un dialogue inclusif, mais que Faure Gnassingbe a rejeté cette demande en leur envoyant dire qu’« il serait sage que l’examen de vos sujets de préoccupation continue de se dérouler dans le format des acteurs qui discutent sous l’égide de Monseigneur BARRIGAH ».

« Ce énième dialogue se trouve embourbé du fait que pour Faure Gnassingbe, le dialogue politique n’est qu’un marché de dupes » conçu pour lui permettre de se maintenir au pouvoir. « Ce dialogue politique répondait à une demande largement exprimée par le peuple togolais… », affirme la déclaration. Et il conclut sur un ton de désolation : « Le dialogue politique entrepris prend ainsi un goût amère et ne manqua pas de provoquer un sentiment…d’exaspération et de révolte. »

Ces aveux traduisent bien l’échec de ce « énième dialogue ». Naturellement, la déclaration en impute la responsabilité à Faure Gnassingbe : « Duplicité », « fourberie », « déloyauté », « refus du Chef de l’Etat de prendre la mesure de la gravité de la situation » (sic)…

Les premiers responsables du CST ne sont pas tombés de la dernière pluie. Parmi eux, certains étaient d’insignes dirigeants de l’UFC ; d’autres, d’éminents responsables de l’UTD de Kodjo, puis de la CPP, avant de débrayer pour aller investir dans la « société civile ». Pourquoi parlent-ils donc comme s’ils venaient seulement de découvrir la nature profonde du régime ? Pourquoi donnent-ils l’impression de comprendre seulement maintenant que « pour Faure Gnassingbe [et d’ailleurs pour Eyadema déjà]un dialogue politique n’est qu’un marché de dupes » pour flouer ceux qui acceptent de faire ce genre de dialogue, et l’ensemble de l’opposition avec eux ?

Le sort des « mesures d’apaisement » et des « sujets de crispation »

Dans sa déclaration liminaire, le CST fait ensuite une énumération des « mesures d’apaisement » et « d’amélioration du processus électoral » proposées comme sujets de discussion. Une liste plus détaillée que celle du communiqué lu par APEVON Dodji du CAR. « Tous ces sujets de crispation portés à la connaissance du Chef de l’Etat ont essuyé une fin de non-recevoir », affirme la déclaration, qui poursuit en disant aux Togolais que les responsables du CST « ont [alors]sollicité une rencontre urgente avec le Chef de l’Etat afin d’attirer son attention sur la gravité de la situation et le devoir impérieux qui lui incombe de trouver une solution adéquate à ce déni de droit… ».

Et de fait, on apprendra par la presse qu’« une délégation des deux entités de l’opposition, avec à sa tête Mgr Nicodème BARRIGAH introduit une demande d’audience à Faure GNASSINGBE pour discuter directement avec lui des points de désaccord …», et que le Prélat n’aurait eu aucun retour de la Présidence. Selon la presse donc, la demande d’audience aurait été formulée par les « deux entités », alors que la déclaration liminaire nous dit qu’elle l’a été par « les responsables du Collectif “Sauvons le Togo” ». La demande d’audience a-t-elle été introduite conjointement par les « deux entités » sous l’égide du Prélat, ou par les responsables du CST ? Un détail apparemment insignifiant, mais qui a beaucoup d’importance si l’on veut comprendre le fonctionnement des partis et organisations du courant majoritaire de l’opposition togolaise.

Le sort réservé par le pouvoir aux mesures d’apaisement et d’amélioration du processus électoral proposées par le couple CST/ARC-EN-CIEL montre l’ampleur de l’échec du « énième dialogue », et le mépris dans lequel le régime tient les représentants du couple et le Prélat. « Sur l’ensemble de ces sujets, aucun résultat probant n’a été acté… Tous « les sujets de crispation portés à la connaissance du Chef de l’Etat ont essuyé une fin de non-recevoir. »

Le tour de force

Au bout du compte, le dialogue des 6, 7 et 8 juillet est, sur toute la ligne, un échec pour les représentants du couple CST/ARC-EN-CIEL. Ils n’ont pas pu imposer l’idée d’un dialogue inclusif ; ils se sont trouvés obligés de passer par les quatre volontés du régime ; toutes leurs propositions supposées devant « décrisper » la situation politique et créer un climat « d’apaisement » ont, comme on peut le lire dans la déclaration liminaire, « essuyé une fin de non-recevoir », autrement dit rejetées par le régime.

Au sujet du cadre électoral, ils ont mis de toute évidence beaucoup d’eau dans leur vin : il ne s’agit plus de « recomposition de la CENI » (une exigence pourtant légitime) mais seulement « d’amélioration du cadre électoral ». Mais même dans ce cas, sur toutes les mesures qu’ils ont avancées, « aucun résultat probant » ont-ils déclaré. Aucune des concessions faites par le régime n’est de nature à rendre les élections transparentes et équitables.

Il en est ainsi de « la reconnaissance de la responsabilité des forces de l’ordre… dans le décès de l’élève DOUTI… », de la promesse d’un règlement définitif du contentieux opposant le régime « aux 9 députés… exclus de l’Assemblée nationale ». Les concessions relatives à « la représentation des forces politiques dans les CELI et dans les bureaux de vote et la publication instantanée des résultats par les média » sont considérées par  eux mêmes pour des « améliorations mineures ».

Au bout du compte, les conditions de la transparence et de l’équité des élections ne sont pas plus réunies après le pseudo dialogue du 8 juillet qu’avant. La déclaration liminaire établit le même constat. Les deux parties ne sont parvenues à aucun accord sur l’essentiel. Les responsables du CST vont pourtant faire un curieux tour de force pour retomber sur leurs fesses : « Toutes ces manœuvres [de Faure Gnassingbe]ne visent qu’un seul objectif : pousser les partis du Collectif SAUVONS LE TOGO au boycott. » Et ils décident d’aller aux élections, soit disant « pour faire échec à cette entreprise machiavélique… avec la ferme détermination de mettre fin à l’immobilisme et au conservatisme… » !

Le Satan ou le rapport des forces ?

L’échec de cet autre pseudo dialogue n’est une surprise pour personne. Comme pour tous les autres dialogues du même genre menés depuis le 28 juillet 1992 (Commissions paritaires), tout le monde savait qu’il n’en sortira rien de positif pour l’opposition démocratique. Les responsables du couple CST/ARC-EN-CIEL aussi. Cela veut dire que ce genre de dialogue ne peut pas permettre à l’opposition de créer les conditions de la transparence et de l’équité des élections.

Il n’y a pas de mystère. L’échec s’explique par l’état du rapport des forces à tous les points de vue. Si le régime se permet d’user de la « duplicité », de la « fourberie » de la « déloyauté » comme le dit la déclaration liminaire, c’est parce que l’état du rapport des forces Opposition/Régime lui permet de prendre ceux qui vont dialoguer toujours dans les mêmes conditions et toujours de la même manière « pour du beurre » comme on dit, en d’autres termes pour des gens qu’on peut flouer, qu’on peut duper, envers lesquels on peut être déloyal et qu’on peut humilier à loisir, sans que rien ne se passe d’autre qu’une conférence de presse ou des marches de protestation.

« Ce énième dialogue… embourbé » montre donc une fois de plus la nécessité pour l’opposition de modifier le rapport des forces en sa faveur, si elle veut atteindre le but du changement de politique dans le pays. Mais une opposition démocratique ne modifie pas le rapport des forces simplement avec des hommes qui parlent au nom du peuple ; c’est avec une pression constante de tous les opposants organisés qu’elle y parvient.

Les responsables du CST affirment avoir décidé d’aller aux élections bien que les conditions de la transparence et de l’équité du scrutin ne soient pas réunies parce que le régime, par ses manœuvres, veut pousser les partis du Collectif Sauvons le Togo au boycott. Avant eux les partis de l’Arc-en-ciel se sont cabrés eux aussi sur le même argument pour annoncer qu’ils ne boycotteront pas les élections.

L’argument ne résiste pas à l’analyse politique. Il faudra y revenir. Les partis de l’opposition démocratique ont le devoir de clarifier les idées pour réduire la confusion, afin de faire avancer le combat pour la démocratie. Dans tous les cas,  ce n’est pas parce que le régime pousserait au boycott qu’il faut aller aux urnes, même si les conditions de la transparence et de l’équité du scrutin ne sont pas réunies.

Fait à Lomé, le 23 Juillet 2013

Pour la CDPA-BT

Son Premier Secrétaire.

E.GU-KONU

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