TOGO: Gâchis et insouciance au sommet de l’Etat

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 A côté des cris stridents des diplômés affamés, Florent Manganawé, Palouki Massina et Victoire Dogbé-Tomegah cumulent de postes administratifs juteux.

Le manque de sérieux et de rigueur qui caractérise la gestion hasardeuse et approximative du pouvoir en place figure en bonne place parmi les fléaux qui freinent le développement du pays. Le partage des postes juteux entre copains qu’incarne le régime du chef de l’Etat Faure Gnassingbé suscite pas mal de réprobations et de controverses. C’est dans cette course effreinée à l’enrichissement illicite sur le dos des pauvres populations que le phénomène de cumul de poste devient banal comme le coucher du soleil au Togo. C’est légion aujourd’hui de voir des funambules à la tête de plusieurs sociétés d’état ou occuper plusieurs postes à la fois pour la simple raison évidente qu’ils sont dans de bonnes grâces du chef de l’Etat ou de l’un de ses porte-voix.

Mais les cas les plus frappants et remarquables sont bien entendu Florent Yao Manganawé de la Société Nouvelle des Phosphates du Togo, Victoire Dogbé-Tomégah de la Direction du Cabinet de la Présidence et Palouki Massina de l’Autorité de Réglementation des Postes et Télécommunications (ART &P)

Florent Manganawé de la SNPT

Depuis la démission du Directeur Général de la SNPT Charles Takou courant fin décembre 2008, le Président du Conseil d’Administration Florent Manganawé continue d’assurer l’intérim. Ainsi plus de neuf (9) mois après le départ de Charles Takou, l’ancien ministre Manganawé devient le seul maître à bord, Président du Conseil d’Administration et Directeur Général de l’ex OTP. Malgré les multiples problèmes que traverse cette société, rien n’est fait jusqu’alors pour redresser la situation. On se rappelle en avril dernier plus de six cent (600) employés ont été abusivement licenciés sans que leurs droits soient versés jusqu’à ce jour. Et tous les jours que Dieu fait, le pillage continue au sommet de la société qui n’a de cesse de s’endetter. A ce jour, la vétusté des machines fait diminuer considérablement la production des Phosphates, un des poumons de l’économie nationale. Dans quel pays un président du conseil d’administration est en même temps le directeur général ? Qui va alors contrôler qui ? Le maintien du sulfureux Florent Yao Manganawé à ces deux postes clès de la SNPT est un signe d’encouragement au pillage systématique des recettes de la société. Pourtant, l’extraction des phosphates continue de faire des milliers de victimes dans les préfectures de Vo, de Zio et des Lacs. Si Faure Gnassingbé n’est pas lui-même complice de cette situation jusqu’à accepter le départ de son copain Charles Takou, l’un des tout premiers qu’il a nommé après la frauduleuse de 2005, pourquoi va-t-il alors cautionner Manganawé dans sa forfaiture à la tête de la SNPT ? Il importe que Faure Gnassingbé puisse prendre la mesure de la gravité du problème pour décharger dans un délai raisonnable Florent Manganawé afin d’offrir une nouvelle chance de redécollage au secteur phosphatier du Togo. Un agent vecteur du gâchis peut en cacher un autre, l’enseignant Palouki Massina détient également la palme d’or dans cette sinistre réputation de cumul de fonction.

Le liquidateur de Moov Palouki Massina de l’ART&P

Ce professeur de droit à l’Université de Lomé heurte la conscience des Togolais lorsqu’on le déclare également Secrétaire Général du gouvernement togolais. En vérité, Palouki Massina est à la tête de l’Autorité de Réglementation des Postes et Télécommunications (ART&P) depuis des années. En tant que Directeur Général de l’ART&P, chargée d’attribuer les fréquences des radios, télévisions et autres, c’est bien Palouki Massina qui a signé l’arrêt de mort de la Téléphonie Mobile Moov depuis le 10 août dernier. On se rappelle ses sorties tonitruantes à l’approche du délai du 10 août passé.
A la tête d’un secteur aussi vaste et technique, on annonce que ce bonhomme est également le Secrétaire Général du gouvernement. Il fallait le voir au sortir du séminaire gouvernemental de Baguida les 07 et 08 septembre derniers à travers des contorsions et incohérences notoires. Un chapelet de mensonges pour tout dire. Mais la question que l’on se pose est comment un secrétaire général de tout un gouvernement de la République peut être efficace à partir du moment où il occupe également le poste du Directeur Général de la très sensible Autorité de Réglementation ? Faure Gnassingbé et Gilbert Houngbo veulent-ils faire croire aux Togolais qu’il n’y a plus un autre Togolais qualifié pour gérer le secrétariat du gouvernement ? C’est quand même assez triste qu’au moment où des Togolais bardés de diplômes conjuguent le chômage au quotidien, d’autres pataugent dans plusieurs fonctions à la fois. Où est le sérieux des gouvernants ? Et dans cinq (5) mois, Faure Gnassingbé et tout son bataclan vont se présenter sans vergogne devant ces chômeurs « injustifiés » pour solliciter leur suffrage.
Plus qu’une fessée électorale en perspective, Faure Gnassingbé porte en lui le germe de son départ en 2010. Rien ne pourra justifier sa réélection lorsqu’il a du mal même à organiser son propre cabinet de la présidence. Le vacillement de Mme Victoire Dogbé-Tomégah en est une preuve irréfutable.

Victoire Dogbé-Tomégah entre le ministère et la présidence

Illustre inconnue des Togolais, Mme Victoire Sidémého Tomégah épouse Dogbé fait partie des agents du système onusien qui trouvent grâce chez le pouvoir Faure. Ministre déléguée auprès du premier ministre chargée du Développement à la Base, Mme Victoire Dogbé a été parachutée fin mai dernier à la Direction de cabinet de la présidence de la République en remplacement du Général Essofa Ayéva devenu lui, nouveau chef d’Etat-Major des FAT depuis le 17 mai.
Alors qu’on s’attendait à la nomination d’un nouveau ministre à la place de Mme Dogbé, c’est dans une désinvolture manifeste qu’elle continue de cumuler les deux fonctions. Directrice de cabinet de la présidence, Mme Dogbé est moins visible et aurait montré des signes d’incompétence avérée dans le domaine. A preuve, Faure Gnassingbé vient de nommer le Colonel Kouma Biténéwé Directeur de Cabinet du ministre de la Défense et des Anciens Combattants. Poste que le prédécesseur de Mme Dogbé, le général Essofa Ayéva a plus ou moins géré avec Faure, lui-même champion dans le cumul de fonctions.
En réalité, Mme Victoire Dogbé, de par son profil, représentante Résidente Adjointe PNUD-Bénin avant sa nomination le 15 septembre 2008 dans le gouvernement Houngbo, est plutôt mieux placée pour apporter un développement à la base. Mais comme on le dit, qui trop embrasse, mal étreint, faute de temps certainement, Mme Dogbé est plus que médiocre au poste de ministre déléguée. Toutes ses actions se limitent dans les grands discours de salle après des séminaires ronflants et creux. Des anomalies qu’il faudra corriger avant qu’il ne soit trop tard.
De toute évidence, les cas de Florent Manganawé de la SNPT, Palouki Massina de l’ART&P et Victoire Dogbé de la présidence sont des exemples parmi tant d’autres qui illustrent les gâchis, la gabegie et l’insouciance au sommet de l’Etat. Une volonté délibérée de Faure Gnassingbé de nuire gravement à la vie de ses concitoyens sinon, c’est inconcevable qu’à côté des lamentations, des cris stridents des diplômés affamés, certains Togolais soient privilégiés que d’autres. De surcroît, ces Togolais travaillent dans la surabondance de poste. Rien d’autre que de la pure méchanceté !

Xavier NONO

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