Togo. Ce qui est déjà bien !

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Le régime RPT à l’état pur tue. Il doit tuer pour exister. Ou plutôt, c’est sa manière d’exister,  sa logique. Ce n’est donc pas parce qu’il a changé de nom qu’il aurait changé de visée, de fondement et de tactique. Littéralement, il tue brutalement, mais il tue aussi plus subtilement. Il tue en versant le sang, mais il sait aussi tuer plus habilement en vidant ses adversaires de toute énergie, de toute possibilité de   lutter contre lui, désormais, une fois ainsi vidés. Je ne dresserai pas la liste de ceux qui sont ainsi tués subtilement, politiquement, si vous voulez: ils se connaissent eux-mêmes et nous les connaissons. Nous disons aussi que s’il y avait à choisir entre les deux catégories  de morts, victimes du même  régime, il serait peut-être préférable d’être dans celle des Tavio Amorin, Marc Atidépé, Atsutsé Agbobli que celle des hommes dont je ne veux pas citer les noms. Nous pleurons les premiers et nous les respectons. Ce sont nos héros, dans la lignée de Sylvanus Olympio. Mais, les seconds, quels sentiments éprouvons-nous à leur égard? Mépris que l’on a pour ceux qui ont trahi? Dégoût et écœurement en pensant au gâchis qu’ils ont poussé les militants à commettre, aux errements dans lesquels ils ont entraîné les populations? Pitié pour  les loques humaines qu’ils deviennent eux-mêmes, ayant une apparence de vie et même d’aisance, mais morts dans leur for intérieur, c’est-à-dire incapables de dire devant le tribunal de leur propre conscience qu’ils servent encore à quelque chose pour le peuple?

À la suite de la répression brutale des manifestations du CST, Houngbo a donc démissionné. Faut-il croire qu’il voudrait éviter ce genre de mort, qu’il est encore vivant et que sa vie peut servir à quelque chose? Qu’il s’est vu lui-même mourir à petits feux depuis le temps qu’il est entré au service du pouvoir Gnassingbé et tente  maintenant d’échapper à cette mort?

Poursuivons. Le régime a invité les responsables politiques, entre autres, ceux du CST et ceux de l’ANC à des consultations, en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Qui donc ne comprendrait pas, parmi les politiciens togolais, que l’arme de la mort subtile est sortie, visant ceux qui, volontairement et stupidement, pour des avantages sordides, se placeraient eux-mêmes dans sa ligne de mire? Concrètement, cette invitation peut être interprétée ainsi, sous la forme d’une question : qui a envie d’être tué?

Les réactions des principaux leaders,instruits des exemples du passé, et qui ont mené la contestation  ces derniers temps sont, pour nous,  positives. L’ANC a décliné l’invitation. Zeus Ajavon du CST a dit non. Jean-Pierre Fabre a précisé les conditions dans lesquelles il pourrait accepter de dialoguer avec le régime. La liste de ces conditions est-elle complète? C’est là une autre question. Mais, ce que nous pouvons dire, connaissant la nature obstinée du régime, c’est  qu’il ne satisfera même pas le dixième de ces conditions. Fabre ne l’ignorait pas. Ce qui est positif, c’est de mettre à l’épreuve, devant l’opinion nationale et devant l’opinion internationale, la capacité du régime à instaurer un vrai dialogue. Ou d’étaler aux yeux de tous son incapacité dans ce domaine. Car, de vrai dialogue, il n’y en a jamais eu au Togo avec le régime RPT. Il n’y a eu que les armes : celles qui tuent brutalement et celles qui tuent subtilement.

Positif aussi de savoir que Fabre ne parle pas seulement en son nom, ne se croit pas le droit d’autoriser ses amis,  cadres de son parti à entrer au gouvernement, de désigner qui y entre et qui n’y entre pas. Fabre parle au nom de l’ANC, en conformité avec une déclaration de l’ANC signée du vice-président de ce parti, Patrick Lawson. Mieux, Fabre associe dans sa déclaration personnelle, à part l’ANC, le FRAC, le CST… Nous est-il permis de penser que OBUTS, la CDPA, la CDPA-BT, le CAR…font implicitement route commune avec l’ANC? Ce que nous aurions souhaité, c’est que Fabre parle au nom de toute l’opposition, y incluant même ceux qui n’ont pris la carte de membre d’aucun parti. Car, nombreux sont-ils. Que Fabre parle, non seulement au nom de ceux qui sont sur le terrain et luttent, au pays, mais aussi au nom des Togolais de la Diaspora. Quant aux conditions du dialogue, il y en a peut-être que l’on semble oublier : par exemple, la possibilité d’accomplir les devoirs et de jouir des droits de citoyens enfin reconnue au million de Togolais de l’étranger. Nous n’avons pas cessé de réclamer  cela depuis des années sans être écoutés. À quand la plate-forme commune de l’opposition, dont nous parlions il y a belle lurette? Pour que la parole de Fabre ait tout le poids que nous lui souhaitons et retentisse le plus loin possible, aussi bien dans nos petits hameaux que dans les plus grandes capitales du monde, il faut une plus grande concertation, une plus grande unité de l’opposition. On ne peut échapper à cette réalité simple et banale de l’union qui fait la force. Quelque chose est déjà bien. Il peut être très bien et même parfait, pour nous mettre sur la bonne voie. Notre objectif? Changer la nature du régime togolais sans plus lui donner l’occasion de verser  le sang de nos

concitoyens, mais aussi, sans que nos leaders s’exposent à la mort subtile dont ce régime a le secret et les armes.

Cela ne dépend pas seulement de nos leaders. Cela dépend de nous tous. Cela commence par la prise de conscience sur la nature foncièrement meurtrière du régime.

Sénouvo Agbota ZINSOU

 

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