Togo. A la guerre comme à la guerre !

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Mais surtout, c’est de bonne guerre! Et nous, nous sommes habitués à affûter nos armes, c’est-à-dire à nous agiter, seulement quand la guerre est déjà déclarée. Je voulais dire la bataille, mais au fond, ce n’est pas par simple hyperbole qu’on peut parler de guerre, compte tenu du fait que c’est une bataille, ce sont des batailles qui  ont souvent plongé nos populations dans le sang et dans le deuil, qui se sont presque toujours soldées par des morts, une petite dizaine dans certains cas, mais allant parfois jusqu’à des centaines, comme en 2005.
Vous comprenez que je veux parler de la prochaine, en 2015. Oui, 2015. Vous convenez avec moi, que ce serait trop naïf, pour notre opposition de réclamer, maintenant, alors que dans l’impréparation et la confusion la plus totale, ajoutées à une certaine myopie intellectuelle et politique, le tout pompeusement baptisé par certains « science politique », nous savons tout sauf la direction à prendre, ce serait donc naïf de réclamer les réformes institutionnelles et constitutionnelles, surtout celle de la limitation des mandats. Et à qui les réclame-t-on, ces réformes et cette limitation ? À  un régime qui ignore le mot même de limite. Qui, en plus, s’est rendu tout puissant par toute cette atmosphère de foire (cf. mon dernier article Savoir) et qui n’a jamais eu pour souci premier de favoriser l’avènement de la démocratie au Togo ?

Et, au milieu de tout cela, des voix toujours discordantes : réformes ou pas réformes? A l’assemblée nationale ou en dehors de l’assemblée nationale? Dans une ambassade ou dans les locaux d’une église? Limitation de mandats ( apparemment cela semble un point d’accord, mais seulement apparemment, car dans le fond, chacun sait ce qu’il sait, chacun cache ce qu’il ne veut pas dire) avec effet immédiat ou pas ( ce point divise encore ). Et ce dernier point divise parce que tout se joue là: croyez-vous, chers compatriotes, que si l’on permettait au clan Gnassingbé (non au parti RPT/UNIR, car le parti n’est que l’instrument, le serviteur du clan) croyez-vous que si on lui permettait d’effectuer encore deux mandats successifs, au bout de ce délai, il accepterait d’abandonner le pouvoir, il se retirerait au profit de l’alternance, la mirobolante alternance? Je dis qu’il faut être naïf pour le croire. J’avais entendu, il y a quelques mois de la bouche de certains leaders de l’opposition répéter (l’art de faire le perroquet comme relevant de la science politique n’existe pas que chez nous, bien entendu) un slogan inventé ailleurs : « Le changement, c’est maintenant! ». Et si nous faisions simplement semblant d’être cohérents avec nous-mêmes, même si nous n’avions pas inventé le slogan? Le problème réside en deux points essentiels : le premier est que nous sommes habitués à croire que le slogan, inventé par nous ou simplement importé et répété comme un perroquet suffit pour déplacer les montagnes ; le second est que nous ne savons même pas  faire semblant d’être conséquents avec le slogan.

Voilà : nous devrions nous poser la question de savoir pourquoi aujourd’hui, en 2014, nous réclamons des réformes dont la substance se trouve dans une Constitution adoptée par le peuple togolais en 1992. « Ben…c’est la faute au régime qui a violé cette constitution à plusieurs reprises » répondrait l’homme de la rue. D’accord, la faute est au régime. Mais, au régime seulement ? N’y a-t-il eu personne au sein de cette valeureuse opposition pour l’aider, tant soit peu dans cette œuvre de violation ? Le problème c’est que les violations constatées et même dénoncées peuvent  faire l’objet d’un marchandage auquel chaque camp a les meilleures dispositions du monde : violations contre  argent comptant et  postes enviables. Qui est né de la mère « Je-refuse » pour refuser ces bonnes choses ? Voilà une des formes de négociation dans lesquelles nous sommes passés experts.
Conséquents ? Une pétition initiée par un de nos éminents politiciens était restée longtemps sur nos sites Internet ( on l’oublie peut-être). Je l’avais moi-même signée, car elle réclamait  le retour à cette Constitution de 1992. Ni plus, ni moins. Aujourd’hui, du nombre des initiateurs de cette pétition figurent d’éminents politiciens pour qui la limitation des mandats présidentiels ne saurait avoir un effet immédiat. M’est-il permis d’ajouter:  parmi  ceux qui tiennent de tels propos figurent des gens qui avaient travaillé à la rédaction de la fameuse constitution de 1992 ? De même d’ailleurs que beaucoup de ceux, avec la complicité, la collaboration de qui la fameuse constitution a été violée, à plusieurs reprises. Si j’étais vulgaire, je dirais : « On viole votre fille, pire, votre mère sous vos yeux, avec votre complicité. Si vous n’applaudissez pas, au moins vous négociez pour recevoir des compensations aux dommages. » Mais je ne suis pas vulgaire. Je dis simplement que nous avançons, mais à reculons, sur notre chemin vers la démocratie et que  la faute n’est pas seulement au violeur, pour qui, c’est simplement de bonne guerre. Serions-nous possédés par des esprits d’écrevisses?

Il faut être réaliste, pragmatique ! Bon, réalisme contre constance, pragmatisme contre la nécessité d’une certaine fidélité par rapport à soi-même, à ses propres dires et faits, je ne sais vraiment ce qui relève de la meilleure science politique. Toujours est-il qu’une partie de l’opposition menace ( supposons qu’elle menace, et la menace fait certainement partie des leçons de notre science politique) : s’il n’y a pas réformes, s’il n’y a pas limitation, nous appellerons le peuple à marcher ( la marche aussi est inscrite dans notre science politique ). Marchant donc en marche colorée et joyeuse,vivante, c’est-à-dire brandissant banderoles, pancartes et scandant : Réformes ! Réformes ! Réformes ! Limitation ! Limitation ! Limitation ! ( inutile de dire que la foire permanente est bien un procédé scientifique, chez nous ), nous obtiendrons ce que nous voulons.  « Évidemment, je ne vous promets pas des réformes en profondeur, ni surtout de limitation de mandats, avec   effet immédiat,  il faut être fou pour promettre cela. Mais…j’ai dans l’un de mes tiroirs des objets, des cadeaux qui ressemblent fort à l’APG, aux cadres permanents (même s’ils sont vides) de tout ce que vous voulez !Vous aurez donc ce que vous voulez comme toujours! Quoi? N’est-ce pas que vous aviez déjà accepté ce genre de cadeaux ? Il n’y a aucune raison que vous les refusiez maintenant ». Vous savez déjà qui parle.
Et vous voyez aussi qu’on peut dialoguer et qu’on peut obtenir de bonnes choses grâce au dialogue. Salut. On en reste là pour le moment.

Sénouvo Agbota ZINSOU

 

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