Scandale – « Contrebande du cacao ivoirien : les chiffres qui accusent le Togo et (un peu) la Guinée »

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La courbe de la production de cacao guinéenne est similaire à celle du Togo 

A condition de toujours les interroger et les analyser avec un certain sens critique, les statistiques portant sur les pays africains peuvent se révéler une mine d’or. Des fois, elles racontent des histoires. Elles peuvent même trahir des vérités, ou révéler (à « leur corps défendant ») l’ampleur de certaines réalités.

Ainsi des chiffres du cacao au Togo. Si l’on les regarde avec naïveté (comme le font malheureusement beaucoup d’observateurs), on en conclut que le pays connaît ces dernières années une baisse préoccupante de sa production. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Les plants ont-ils vieilli ? Comment redynamiser la filière ? On peut même organiser d’inutiles séminaires.

Or, il suffit de prendre un peu de recul historique pour se rendre compte que la production togolaise déclarée s’est mise subitement à grimper en 2004, alors que la rébellion ivoirienne s’installait dans la durée et commençait à exploiter le cacao se trouvant dans sa zone, exporté via le Burkina Faso puis le port de Lomé. Il est d’ailleurs frappant de constater que la vraie-fausse production togolaise explose littéralement après la signature de l’accord de dupes de Ouagadougou, en 2007, qui prévoyait pourtant le retour des Douanes et des Impôts dans la zone contrôlée par les hommes de Guillaume Soro donc la limitation de l’économie contrebandière. Le « record » de la « production » togolaise est réalisé en 2011, l’année de la crise post-électorale ivoirienne et (surtout) de l’embargo sur les exportations de cacao « décrété » par Alassane Ouattara alors qu’il était reclus à l’hôtel du Golf et considéré comme le « président élu » par ses copains de la « communauté internationale ».

Quand on sait que la principale filière contrebandière du cacao cultivé dans le « Soroland » vers le Togo était « animée » par l’entreprise Côte d’Ivoire Fruit d’Adama Bictogo, baron du parti ouattariste, et que la compagnie de trading Armajaro, dont le représentant Afrique était Loïc Folloroux, fils de Dominique Ouattara, avait stocké dans le cadre d’étranges manœuvres spéculatives un tonnage important de fèves finalement achetées au prix fort en raison de la pénurie artificielle créée par le décret de « beau papa », on s’imagine les bénéfices réalisés…

Bien sûr, dès 2012, la « production » togolaise de cacao décroît radicalement, comme si une main criminelle était venue déterrer la quasi-totalité des cacaoyers du pays…

La courbe de la production de cacao guinéenne est similaire à celle du Togo (hausse subite dès le début de la rébellion ivoirienne puis baisse tout aussi subite dès la prise de pouvoir de ladite rébellion dans l’ensemble du pays) mais sur des proportions bien plus modestes.
Ce « petit conte statistique » sur les « déplacements de production cacaoyère » amène forcément à relativiser la « production record » de la Côte d’Ivoire en 2013/2014 (1 746 000 tonnes environ contre 1 480 000 tonnes environ en 2012/2013). La production « externalisée » au Togo et en Guinée est progressivement revenue au bercail. Il faut également prendre en compte une réalité qui « réveille » la contrebande vers la Côte d’Ivoire du cacao ghanéen : la chute du Ghana Cedi, qui a fait dégringoler la valeur en devises du prix garanti aux agriculteurs du voisin de l’est. Alors que les 3,392 Ghanas Cedis le kilo qui leur étaient accordés en 2012/2013 valaient 1,578 dollar en 2012/2013, ils ne représentaient que 0,982 dollars en 2013/2014. De leur côté, les Ivoiriens, qui bénéficiaient de 725 FCFA le kilo (1,479 dollar) en 2012/2013, pouvaient vendre leurs fèves à 750 FCFA en 2013/2014 (1,55 dollar). Un différentiel assez élevé pour rendre la contrebande, qui intègre les coûts de corruption des douaniers et policiers, assez rentable ! Selon une étude d’Ecobank Research, l’ampleur de cette contrebande oscille entre 60 000 tonnes et 100 000 tonnes lors de la saison 2013/2014. Pour éviter que ce scénario se reproduise, les autorités d’Accra ont pris le soin de fixer le prix garanti aux paysans à l’équivalent de 1 100 FCFA le kilo… juste après l’annonce par Alassane Ouattara selon laquelle en 2015/2016, le cacao ivoirien s’achèterait à 1000 FCFA. Les Ghanéens n’ont plus qu’à prier pour que leur monnaie ne dévisse pas, et/ou que l’euro (dont le franc CFA est une « monnaie dérivée ») perde de la valeur…

Par Théophile Kouamouo

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