Pour une Rennaissance de l’Etat Togo : Produire un bilan ou disparaître

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A l’affiche, le report du mouvement social pour la revendication d’une victoire dont on s’est dit dépossédé et pour laquelle depuis bientôt un mois on est sur le pied de guerre. Une marche relookée dans laquelle Dieu s’invite par le truchement des croix, des rosaires et une reconnaissance publique des bondieuseries à la mode. Image plus que poignante d’une opposition conquérante en mal de stratégie et au prise avec une crise identitaire innommable. OPPOSITION : Nous y sommes de plain pied, nous aussi. On a vite fait d’y adjoindre l’épithète « démocratique » histoire de ritualiser un vide absolu parachevant ainsi l’érection de l’ovni qui est censé faire peur au régime. Epouvantail sans tête qui attire plutôt les volatiles migrateurs ! Il paraît que seul le gagnant du loto du 04 mars s’en éloigne, qui rechigne à ramasser son gain. Sacré veinard!

Opposition démocratique dites-vous ? Un non sens sémantique –vu la dictature doctrinaire qui se pratique dans presque tous les partis constitués avec à la tête un chef gourou plus souvent ploutocrate. S’en est accommodée une certaine intelligentsia composée d’arrivistes de tous bords ; race d’agités qui tiennent difficilement sur place, tout excités qu’ils sont par la perspective d’emprunter le raccourci politique controuvé pour mettre un peu de sous de coté histoire de garantir les lendemains qui chantent. Songez donc à une opposition « dictatoriale » (avec le Rpt de l’autre côté?) et vous comprendrez qu’il s’agisse là d’une énorme mystification, reflet exact de ce qui se passe dans ce panier à crabe dans lequel les nouveaux venus font toujours plus de bruit que les anciens.

Si opposition et démocratique signifient, l’adjonction oxymorique des deux termes ne recouvre rien de tangible chez nous au Togo. L’effort de représentation intellectuelle de cette aberration est tout simplement fatiguant et ne renvoie, hormis le parterre, qu’aux mêmes, ces chers opposants gloutons toujours précédés quand vous les voyez passer de ce machin que les Centrafricains nomment « ventre administratif ». Il n’est même pas utile de les nommer. Ouvrez deux ou trois journaux privés, visitez deux ou trois sites internet d’information et vous ne manquerez pas de voir en bas des communiqués, leur patronyme et surtout leur cher titre précédé de l’incontournable Docteur -pour ceux qui en ont à glaner! Un label qui rapporte des millions : le président d’un machin. Et cerise sur le gâteau, candidat aux élections présidentielles. On en a connu cinq déjà, ces élections qui se terminent par les mêmes refrains. Docteur, docteur, et j’ai fini par prendre le bonhomme pour un médecin s’énervait le romancier Olympe Bêly-Quenum en parlant des racoleurs du Président béninois Yayi Bony. Soit ! Bonne nouvelle : Le béninois tout comme le Ghanéen n’a rien de spécial mais pourtant !

Il est de plus en plus difficile de distinguer aujourd’hui le bon grain de l’ivraie avec l’embrouillamini actuel porté par le Frac-Obuts, cette sorte de greffe précaire qui pour l’instant parasite les structures populistes de l’UFC et qui, vu l’allure des choses, a tout intérêt à atteindre rapidement les objectifs qu’ il s’était fixé pour échapper aux multiples traquenards venant de tous les côtés.

C’est juste justice de reconnaitre néanmoins que Maitre Agboyibo, Maitre Koffigoh, Monsieur Olympio, Professeur Gnininvi, Messieurs Nicolas Lawson, Edem Kodjo, zarifou Ayéva etc. ont connu leur temps de gloire avant de devenir l’ombre d’eux-mêmes. Le Professeur Gu Konu de la CDPA-BT plus connu pour ses positions conséquentes mais froides politiquement parlant, tarde lui aussi à émerger véritablement comme force alternative et continue par prôner un régime végétarien au milieu de grands carnassiers. La moisson est restée maigre.

L’irruption des nouveaux Opposants n’a pas non plus fondamentalement changé la donne puisqu’au lieu de faire de l’opposition une institution véritable, les nouveaux ont repris la danse avec les mêmes pas. On a compris, pas trop tôt hélas, que les vociférations ne font plus du caqueteur un opposant intègre. Il est à regretter l’émoussement de l’enthousiasme qui a accompagné l’entrée en scène de celui qui est apparu à la veille des élections comme le candidat de la diaspora et meneur en quelque sorte d’une politique exotique des « yovodetowo » et qui a commis l’erreur fatale d’accepter après une petite bourde son éviction de la course présidentielle. Cet acte posé par le Rpt aurait dû être pour Kofi Yamgnane le début de sa lutte et le dépôt de sa marque personnelle dans ce combat épuisant. Il n’en a pas été ainsi. La politique grégaire où on se rassemble pour aboyer l’instant d’un souper ne prive personne de son sommeil. Le besoin de sa force pour crier de nouveau est juste pour le lendemain. On se conserve donc.

Le débat d’idées auquel appelle Sursaut Togo est intéressant ; mais nous avions connu le genre en 2008 lorsque les togolais se demandaient inopportunément s’il fallait commémorer 48 ans (1958-2008) ou 50 ans (1960-2008) d’indépendances. Les avis étaient contraires mais défendus avec les mêmes forces, les mêmes virtuosités par historiens professionnels et plumitifs de sorte que l’Etat même s’est écroulé devant deux vérités inconciliables. Une absurdité de plus à laquelle nous avions répondu par CONTROVERSE. Maintenant toute honte bue, le Togo va fêter grâce à l’intelligence de ses fils et filles deux fois son cinquantenaire ! Il n’y a que chez nous au Togo que les intellectuels refusent d’admettre l’irrationalité de certains actes auxquels ils sont les premiers à donner quitus en produisant des textes comminatoires d’une profonde incohérence.

Reste que l’initiation d’un tel débat par un acteur impliqué dans la logique revendicatrice de la victoire électorale peut au mieux paraitre comme une diversion au pire donner lieu à des échanges d’animosité dans un environnement d’exclusion dont lui-même a montré le chemin dans un bel exercice démocratique en se fâchant contre un ami ( Comi Toulabor, un des promoteurs du Frac ) parce qu’il avait déclaré publiquement (et non démocratiquement en se servant de son téléphone privé) que le poste de Premier Ministre lui sied tellement bien que le Rpt en est intéressé. Kofi Yamgnane n’a pas fait mieux non plus qui déclarait à Plume Libre ses réserves parce que FABRE lors de la campagne électorale et après sa « victoire » ne l’a pas confirmé dans la fonction de Premier Ministre ! Trouvez lui donc le numéro de téléphone de Jean Pierre FABRE, démocratie oblige !

Il est temps que le terrain politique ne soit plus au Togo le réceptacle des discours lénifiants, des envolées démagogiques. Ceux qui ont fait le choix d’être des locomotives doivent rendre compte, absolument. Il est temps qu’on cesse de tourner en bourrique un peuple paisible qui n’aspire qu’à un peu plus de liberté, le droit de vivre et de vaquer librement à ses occupations, l’espérance à la paix véritable, le mieux vivre dans un environnement conviviale et fraternel. Il faut absolument aller au bout des choix ou démissionner, faire de la place à d’autres. La clarification du paysage politique s’impose nécessairement, inévitablement. Le pays regorge de valeurs. Presque dans tous les domaines les togolais sont primés et les candidats à d’autres excellences abondent.

Le régime Rpt au pouvoir depuis 40 ans doit comprendre qu’à l’heure de la modernité, il est vain de vouloir conduire ce peuple comme des moutons. Les gens voient plus clair aujourd’hui qu’hier et moins que demain qui vient. Le Togo qu’on le veuille ou non s’affranchira de la pesanteur que constitue les détournements de deniers publiques, la barbarie des criminels embusqués partout, la psychose d’une mort violente et gratuite. Oui, Il n’y a pas d’Alternative à un Togo libre et réconcilié. Il faut que cela soit clair même au dernier des crétins.

Je crois intimement qu’il faille instaurer un culte du résultat sous forme de bilan d’étape exigible ici et maintenant. A chaque fois qu’un homme politique se présente devant nous ; que ce soit lors des conférences, des colloques ou devant la presse, demandons lui le point sur ses discours passés, ses actifs et s’il n’a rien à montrer qu’il aille se faire foutre ! Nous avons assez de ces charlatans, ces vendeurs d’illusion qui nous prennent pour des cons. C’est là, a mon humble avis, le prix de l’excellence.

Paris le 31 mars 2010

Anani Alex Gomez Logo

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