Pour parvenir à la vérité qui sous-tend la réconciliation, il faut que les esprits soient disposés à travailler à son éclatement

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 Propos recueillis par Camus Ali Lynx.info 

Lynx.info : Beaucoup d’analystes disent que le RPT va de nouveau prendre de vitesse toute l’opposition.La notion de temps est déjá évoquée dans le cadre des élections présidentielles de 2010…

Rodrigue KPOGLI : Qui évoque le temps ? Personnellement, nous n’avons entendu personne évoquer le temps dans le cadre de cette présidentielle. Au contraire, on sent un certain enthousiasme au sein des différents états-majors politiques. Des candidats se sont manifestés depuis un bon moment. Des calculs politiciens et carriéristes sont effectués à longueur de journée : ceux qui ont collaboré clament la fin de leur contrat avec le diable et se déclarent plus opposants que jamais et ceux qui ont légitimé Faure Gnassingbé et refusant pourtant d’aller jusqu’au bout durcissent le ton pour mieux taper dans l’œil de l’électorat. Des organisations associatives avides d’argent ou ailes marchantes de partis politiques sont à pied d’œuvre. Donc, tout ce monde semble plutôt marcher dans le calendrier de cette dynamique électoraliste. Ils ont leur raison de marcher dans ce tunnel qui les conduit à une destination qu’ils ignorent visiblement eux-mêmes.

Sachez que le RPT ne prend jamais personne de vitesse. Les intentions de ce parti sont claires et ses dirigeants ne s’en cachent d’ailleurs pas. Leur ambition affichée c’est j’y suis, j’y reste peu importe l’état du pays encore moins les opinions. D’ailleurs Faure Gnassingbé avait dit en 2005 que son père lui a confié que s’il arrivait un jour que leur clan perdait le pouvoir, il ne le retrouverait plus jamais. Koffi Sama, premier ministre d’alors avait lui aussi déclaré au cours d’un Conseil des ministres qu’il vaut mieux découper 10.000 togolais à la machette et garder le pouvoir que de le perdre. Où est donc la surprise dans les comportements du clan Gnassingbé et de ses alliés ? Nous n’en voyons aucune. 

Lynx.info : Pour Staline l’important n’est pas celui qui vote mais celui qui compte le vote. Avec l’élection de Kolani Lardja du PDR peut-on dire que le Togo  a désormais un arbitre impartial ?

Rodrigue Kpogli: Que signifie le vote dans un pays où l’armée décrète, sous l’œil protecteur de la France, le gagnant après avoir détruit les urnes, bourré des milliers d’autres et fusillé le peuple réclamant pacifiquement le respect de sa voix ? Si nous considérons la citation que vous faites de Staline, Faure Gnassingbé a trouvé la solution. Il a celui qui va lui octroyer la victoire. Mais laissons Staline là où il est. Revenons au cas togolais. Kolani Lardja et son PDR sont de cette classe de carriéristes qui sait se prostituer avec tous ceux qui gagnent. Peu leur importe que ces gagnants le soient par vol et par viol. L’essentiel pour eux c’est d’être avec les vainqueurs.

Kolani a été de toutes les CENI qui ont proclamé les victoires frauduleuses du père Gnassingbé et du RPT depuis les années 1998. Il était de la partie en 2005 lorsque le fils a été imposé. Il faut dire que cet homme s’est accoutumé aux bidouillages de la CENI au Togo. Plus que tout, le fait que Kolani ait accepté sa nomination nuiteuse en l’absence des autres composantes qui ignoraient avoir affaire à des voleurs pour qui la nuit est le complice le plus efficace, est le signe de son raffinement moral. Son impartialité se trouve donc dans les conditions de sa nomination par le RPT.

Dans une lutte politique, il faut savoir l’identité du camp d’en-face. Si on est incapable de faire cet exercice, eh bien, on est victime de sa propre négligence infantile. Quand on ne maitrise pas l’identité de ses adversaires, on choisit mal les outils avec lesquels on veut les combattre. C’est ce qui se passe avec ce qui est couramment dénommé l’opposition togolaise qui arrive toujours à trouver le moyen de dormir au moment décisif. Une fois encore le clan Gnassingbé et ses alliés les ont laissés sur le carreau. Mais cela n’est pas un coup soudain. Cela vient de loin. C’est tout un processus engagé depuis au moins 2006 par le clan pour parvenir à cette fin.

Lynx.info : ….On croyait que le concenssus allait prévaloir en amont pour l’organisation des élections de 2010. Le boycott n’est plus  à proscrire…

Rodrigue Kpogli:Ceux qui croyaient au consensus au Togo ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Car, ces individus manquent de lucidité analytique. Ils ne savent donc pas décoder le cirque politique togolais. Le clan au pouvoir au Togo comme c’est le cas dans d’autres territoires africains n’utilise que deux leviers pour garder la main : la Ruse et ses dérivés et la Violence et ses dérivés. Ils sont exactement dans la ligne de leurs géniteurs colonialistes.

Quant au boycott, il ne revient pas à nous de dire à tel ou tel d’en recourir ou non. Les partis politiques togolais ont l’habitude de patauger dans des contradictions indescriptibles immédiatement excusées par un peuple permissif et sans formation politique. Ils font exactement le contraire de ce qui relève du premier degré de l’analyse politique. A partir de là, c’est une perte de temps de vouloir s’autoproclamer leur conseiller.    

Lynx.info : Conformément au code électoral et au réglement intérieur de la CENI qui dispose : les membres du bureau sont élus par consens  à défaut du consensus, il est procédé au vote conformément à l’article 36, alinéa 5 du code électoral. Mr Kpogli pourquoi l’opposition remet-elle en cause la loi ?

Rodrigue Kpogli: Excusez-moi, nous ne voyons pas de quoi vous parlez. Ce que nous savons en revanche, c’est que le Code électoral à son article 36 alinéa 4 dit ceci : « les décisions de la CENI sont adoptées par consensus. A défaut de consensus, il est procédé au vote. Dans ce cas, la majorité requise est : au premier tour, la majorité qualifiée des deux tiers (2/3) des membres présents ; à défaut, au second tour, la majorité relative des membres présents. ».

Quant à l’élection des membres de son bureau, c’est l’article 20 du Code électoral qui en parle et qui confère aux membres de la CENI le pouvoir d’élire en leur sein un président et son vice et un rapport et son adjoint. Cette disposition, à l’aune du coup de force accompli par le clan et ses alliés dans la nuit du 14 septembre dernier, n’est pas respectée. La moindre des choses que « l’opposition » puisse faire c’est de protester. Si c’est à cela que vous faites allusion en soulignant la remise en cause de la loi par « l’opposition » alors nous vous laissons vivre avec vos contradictions.

Lynx.info : Si  Kolani Lardja est maintenu faut-il aller aux élections avec un Monsieur que Jean pierre fabre taxait dans une interview à Togoforum en 2006 qu’il était défenseur  des idéaux du RPT  que du PDR?

Rodrigue Kpogli:C’est à Jean-Pierre Fabre et à ses amis de tirer les conclusions de cette affirmation.

Lynx.info : Quelle appréciations faites-vous de la  médiation  de Blaise compaoré ?

Rodrigue Kpogli: Nous avions été clairs depuis 2006 sur cette question. Compaoré ne satisfait pas aux conditions d’impartialité ni de neutralité nécessaires à un médiateur. Des faits objectivement vérifiables attestent nos propos: lorsque le 5 février 2005, Faure Gnassingbé a réalisé sa forfaiture en s’emparant du pouvoir, non seulement le « Rectificateur » de Sankara n’a pas suivi ces pairs de la sous-région qui, avant d’être retoqués par Chirac et les réseaux maffieux, ont condamné ce pronunciamiento et demandé le retour à l’ordre constitutionnel, mais aussi et surtout, il a déroulé le tapis rouge à Faure Gnassingbé quelques jours plus tard à Ouagadougou.

Ensuite, lors de la campagne pour la présidentielle du 13 novembre 2005 au Burkina Faso, Faure Gnassingbé a notoirement soutenu le candidat Blaise Compaoré en lui fournissant deux hélicoptères et probablement un soutien financier. Il sera dur de café que tous ces bienfaits soient ignorés par ce médiateur  qui, il faut le souligner est la main noire de l’Elysée en Afrique Occidentale. N’oublions pas que depuis que l’agression de la Côte d’Ivoire a jeté le froid entre le président Gbagbo et Compaoré, l’accès du Burkina Faso à la mer est facilité en grande partie par le Togo. Cette forte dépendance du Burkina Faso du port autonome de Lomé qui est une propriété privée des héritiers Gnassingbé est une circonstance aggravante de la méfiance que nous avons vis-à-vis de cette médiation.

A notre avis, il vaut mieux se rendre directement à l’Elysée que de s’adresser à la succursale qu’est le Burkina Faso dirigé par Blaise Compaoré qui couvre d’impunité les assassinats de Norbert Zongo et de Thomas Sankara que la justice du Faso aux ordres, tente d’enterrer vaille que vaille. Or une des préoccupations majeures du peuple togolais, est la fin de l’impunité que Blaise Compaoré ne veut pas lui non plus réaliser dans son pays pour des raisons évidentes. De plus, pour se faire élire en 2005, le président Compaoré a procédé à un dépeçage de la constitution de son pays ; une pratique particulièrement aimée au Togo. Donc, en matière démocratique et de droits humains, le président du Faso n’a pas de leçons à donner. C’est pour ces raisons qu’il a toujours passer l’éponge sur l’essentiel lors des différentes étapes de sa médiation avec le consentement de « l’opposition » qui croyait aller quelque part. 

Lynx.info : Beaucoup de togolais pensent que le mal est dû à une constitution quasi toilettée par un seul parti. Etes-vous de cet avis ?

Rodrigue Kpogli:Si vous pensez que le RPT est un parti politique au sens classique du terme, vous avez tout faux. C’est la branche locale du néocolonialisme. Tout ce que cette organisation réduite au clan Gnassingbé fait est l’œuvre d’une entité bicéphale : les mains noires locales qui agissent sur le terrain directement et les cerveaux blancs nichés à des milliers de kilomètres qui mettent en mouvement ces mains. D’où la nature double de la lutte qui est la nôtre.

La constitution togolaise, malgré ses imperfections et surtout certaines de ses dispositions imitatives du texte fondamental français, est celle adoptée par referendum en 1992 par le peuple. A partir de là, son respect s’impose à tous. Mais comme nous l’avions dit ce que le clan Gnassingbé ne peut pas obtenir par les artifices et la corruption, il l’arrache avec violence. Contrairement à ce que vous dites, ce texte n’a pas été « quasi-toiletté ». Il a été totalement réécrit par Debbasch et ses apôtres sous le contrôle de Chirac. C’est un énorme problème. Mais, « le mal » vient de la volonté la puissance tutélaire française de ne pas permettre aux togolais de choisir leurs dirigeants et de révoquer ceux-ci lorsqu’ils n’accomplissent pas leur mission. En procédant à l’assassinat de Sylvanus Olympio, la France et les USA ont installé au Togo par le truchement de soldats anti-indépendantistes, incultes et aliénés pro-colonialistes, le chaos. Ils ont semé le crime qui, en se reproduisant dans une impunité absolue, ne cesse de ronger l’âme de notre peuple. C’est en cela que la lutte pour notre affranchissement reste entière. Nos ancêtres l’ont commencée. Ils ont été écrasés. A nous de reprendre le flambeau en ayant la capacité de ne pas répéter certaines de leurs erreurs.

Lynx.info : Dans un cahier touffu de reformes que constitue l’APG, le critère d’illigibilté aura été la grande victoire de l’opposition. Beaucoup disent que l’opposition porte les germes de sa faiblesse…

Rodrigue Kpogli: Il faut savoir comment sont nés nombre de ces partis politiques pour comprendre que ce sont des proto-partis. Parmi eux, beaucoup jouent le rôle que leur confie leur metteur en scène. Obtenir des miettes de la part du clan Gnassingbé quand on connaît la violence de son avidité et son radicalisme  est une sorte de victoire que les minimalistes peuvent savourer. Mais la politique, c’est aussi des ambitions en faveur des populations surtout dans des pays sinistrés comme ceux d’Afrique où on ne saurait se contenter des acquis à minima qui se révèlent d’ailleurs très souvent éphémères.  

Comme collectivement, nous semblons incapables de faire la révolution, le moins qu’on puisse espérer de « l’opposition » c’est que lors des négociations aux lendemains des drames électoraux, elle obtienne le plus d’espace possible. Hélas, si nous prenons les actes les plus récents, « l’opposition » a légitimé Faure Gnassingbé contre des miettes et des promesses folles. Le clan Gnassingbé et ses alliés ont compris que le temps a fait son œuvre et a tempéré ces hommes ayant révisé leur ambition à la baisse et par ricochet revu à la baisse les revendications démocratiques du peuple. Plus la tyrannie détruit le Togo et ruine leur espoir de devenir « président » ou « Ministres », moins les conditions posées au pouvoir en place sont contraignantes. Ils n’ont pas été capables d’obtenir à la suite d’incessantes négociations, ne serait-ce que la suppression du 13 janvier et du 23 septembre. Encore moins la suppression du vote anticipé des corps habillés. Ces hommes vont jusqu’à faire la cour au pouvoir. Ils se sont lancés dans un concours de docilité. Chacun se présente comme le moins radical, le moins exigeant et donc disposé à coopérer avec ce syndicat du crime.

Ces « opposants » qui crient à la fraude électorale sont aussi les premiers à s’humilier et à « s’entretuer » pour que le tyran autoproclamé dans un bain de sang leur accorde le poste de premier ministre que le clan et ses alliés ont vidé préalablement de sa substance. Ces derniers ayant la certitude que la stratégie marche, ils ont monté les enchères et réduit en fin de compte leur offre au seul assouplissement des conditions d’éligibilité. Vous avez vu ou entendu ce que ça a donné dans certains partis politiques lorsque cette annonce fut faite. Sans tenir compte du passé ni de ce qui vient après ce « cadeau », c’était de la joie totale.

Lynx.info : On dit que le RPT est truffé de bons idéologues qui ont la capacité d’anticiper les coups du parti…On cite des exemples comme les Mivedor, les Vouley  Frititi, les Barry Moussa Barqué  les Charles Debbasch, idéologues que apparemment l’opposition n’a pas.

Rodrigue Kpogli:Il ne faut pas se tromper, le RPT n’est pas un parti politique au sens traditionnel du terme. Un parti politique au pouvoir sait que par le jeu de l’alternance, il se retrouvera tôt ou tard  dans l’opposition. Donc, il fait tout pour rendre le cadre politique serein. Sans aller jusqu’à octroyer sa place à son opposition, il lui facilite relativement dans un cadre légal et institutionnel, la vie en sachant que demain, c’est son tour d’être dans l’opposition. Le jeu du RPT n’est pas celui-là. Le RPT n’envisage même pas de quitter un jour le pouvoir.

Le RPT est un clan du crime qui s’appuie sur une armée spécialisée dans la terreur soutenue par des pays étrangers et autres multinationales. Les noms que vous citez ne sont pas ceux d’idéologues mais de criminels endurcis méprisant leurs propres parents. Pendant que des personnes réfléchissent sur l’avenir du pays, eux mettent leur talent au service du néocolonialisme qui leur retourne une partie du fruit de leurs rapines. C’est là qu’est leur génie.

Quant à « l’opposition », elle doit se frotter les mains de ne pas avoir des hommes d’une telle carrure en son sein. Maintenant qu’elle n’ait pas d’idéologues, des guerriers et des bâtisseurs ou qu’elle n’arrive pas ou qu’elle refuse d’en avoir pour arracher le pouvoir des mains de cette racaille, c’est un autre problème.

Lynx.infos. Les preuves : le coup d’Etat du 12 avril, les inondations, la pauvreté, le chômage. Le mûr RPT semble ne pas être sécoué ou au moins lézardé…

Rodrigue Kpogli: Si le clan avait des idéologues qui anticipent comme vous l’affirmiez, le Togo ne serait pas si sinistré. Les ponts s’effondrent. Les inondations ne cessent de surprendre notre peuple. Vous parlez de chômage, nous, nous parlons de non-emploi érigé en doctrine de gouvernement. Vous parlez de pauvreté, nous, nous parlons d’appauvrissement constant de notre peuple.

Tout ce que les idéologues du RPT planifient c’est l’assassinat des têtes gênantes et le vol du suffrage populaire. De ces idéologues là, on n’en veut pas.

Lynx.info : C’est le tout Togo qui est en chantier le positif  á mettre á l’actif de Faure Gnassingbé…

Rodrigue Kpogli: Nous ne voyons qu’un pays en stagflation avancée. Personne mis à part ses mentors et alliés n’a mandaté Faure Gnassingbé pour construire ou reconstruire le Togo.

Lynx.info. Aucun opposant ni journalistes n’est en prison  depuis que Faure est au pouvoir…

Rodrigue Kpogli: Pourquoi voulez-vous qu’ils aillent en prison s’ils n’ont pas offensé Faure Gnassingbé ? Ne voyez-vous pas l’état de la presse et le comportement des « opposants » au Togo ? Ne voyez-vous pas des journalistes les plus critiques hier, voyager avec Faure Gnassingbé à bord du même avion ? Ne les voyez-vous pas manger à tous les râteliers ? Ne savez-vous pas qu’ils sont reçus majoritairement et régulièrement à la présidence d’où ils sortent avec quelques petites enveloppes ? Pourquoi voulez-vous que des « opposants » aillent en prison dès lors qu’ils collaborent, qu’ils légitiment Faure Gnassingbé contre des gadgets ? Sachez qu’il y a plusieurs moyens de mettre des gens en prison. On peut aussi leur fermer la gueule par l’argent, les petites sollicitudes et les intimidations.

De plus, quel statut accordez-vous à Kpatcha Gnassingbé et les personnages qui l’accompagnent dans son périple pénitentiaire ? Les quelques rares journalistes qui osent revendiquer par moment le respect de leur métier, n’avez-vous pas entendu les menaces de Yark à leur encontre ?  Où mettez-vous Atsutsè Agbobli ? Où mettez-vous le millier de personnes tuées en 2005 par Faure Gnassingbé et ses alliés ?

Lynx : Une commission Vérité Reconcialiation est a pied d’ouvre.L’évêque paraît confiant, les togolais ne sont pas impressionnés appremment.Voyez-vous des résultats convaincants venir ?

Rodrigue Kpogli: Si vous n’en voyez pas, nous n’en voyons pas non plus. Il est de tradition en France  que lorsqu’on veut enterrer une affaire, on crée une commission. Apparemment la leçon est bien assimilée par les pions africains. Ce n’est pas sous Faure Gnassingbé que les Togolais auront la vérité, la justice et la réconciliation. Il est le premier à devoir comparaître devant les tribunaux.

Pour parvenir à la vérité qui sous-tend la réconciliation, il faut que les esprits soient disposés à travailler à son éclatement. Voyez-vous cette volonté au Togo ? Nous, non ! Et pour parvenir à la vérité, il faut avoir accès aux archives. Or à la mort d’Eyadema Gnassingbé en février 2005, la DGSE – les services secrets français – a envoyé une mission à Lomé pour voler tous les dossiers compromettants pour la France. Cela signifie que malgré le dévouement d’un esprit fut-il d’un évêque, une bonne partie de la vérité sur cette nuit togolaise ne sera pas retrouvée.

Lynx.info : Curieusement ni l’opposition ni les parlementaires ni mêmes les barons qui grugeaient autour de Kpatcha n’ont pu faire entendre leur voix que Kpatcha est un député qui jouit d’une immunité.C’est la justice qui tient Kpatcha ou le pouvoir exécutif ?

Rodrigue Kpogli:ll revient à ceux qui selon votre terme, « grugeaient  autour de Kpatcha » de répondre à cette question. Ce n’est pas notre problème. Nous avions nous aussi constaté une sorte de silence de « l’opposition » et des « parlementaires » lorsque nous leur avions demandé d’exiger une enquête parlementaire sur l’assassinat d’Agbobli. Il en est de même sur beaucoup d’autres sujets. Comme quoi, vous voyez que nous avons raison de dire qu’il n’y a pas que la prison pour enfermer les esprits.

Quant à savoir qui de la justice ou de « l’Exécutif » tient Kpatcha, nous dirons simplement que la justice togolaise n’est pas indépendante de « l’Exécutif ». C’est les deux qui le tiennent. Le second l’attrape et pour se donner un visage démocratique, il le remet au premier. On a joué la même tragi-comédie avec Agboyibo dans l’affaire Akomabou-Agbéyomé. 

Lynx.info : La JUDA votre mouvement se veut panafricaine vous n’étiez pas cette année  au congrès du COJEP de Charles Blé Goudé…

Rodrigue Kpogli:Oui. Si nous y allons toutes les années, comment fera-t-on pour élargir nos idées à d’autres personnes ou organisations? Il faut que d’autres y aillent eux aussi. Si nous n’étions pas à Abidjan cette année, cela ne veut pas dire que nous ne communiquons pas régulièrement avec nos compatriotes de la Côte d’ivoire.

Lynx.info : Mais la Francafrique est une puissante machine et la JUDA est si petite et sans moyens .Pourriez-vous défendre la maison Togo en 2010 comme les ivoiriens l’ont fait chez eux avec les patriotes ?

Chaque peuple se défend quand l’heure a sonné pour lui de ne plus accepter l’humiliation et les injustices. Comme outil de lutte, les moyens oui, mais les hommes conscients, convaincus et engagés d’abord.

Pour ce qui est du Togo en 2010, l’avenir étant imprévisible, nous ne pouvons rien dire. Seulement, lorsque chacun assumera sa part de responsabilité avec gravité en pensant à l’avenir et au devenir de nos enfants, nous pourrons nous lever pour dire non au vol à mains armées du suffrage démocratique au Togo et ailleurs en Afrique. Et ça nécessite de la formation et des hommes cohérents et aguerris. A la différence de la Côte d’ivoire où on a lancé des jeunes à qui on a fait confiance, au Togo on coupe toutes les têtes qui veulent sortir du lot des thuriféraires falots.  

Lynx.info : Kofi Yamgnane, Gylchrist Olympio Agboyibor ont-ils les moyens de leur politique face à  Faure qu’au RPT on vente les mérites ?

Rodrigue Kpogli:Il va falloir leur poser la question. Tout ce que nous savons c’est qu’en 2005, ayant collecté personnellement tous les résultats de la préfecture de Kloto pour le compte du Cascost (Collectif des Associations de la société civile et des organisations syndicales du Togo), nous avons vu des villages entiers où le candidat de « l’opposition » a eu 100 pour 100 du suffrage exprimé. Après, lorsque les miliciens du RPT et l’armée ont déclenché les violences, personne n’a pu résister car étant les mains nus. Ceux qui doivent être tués l’ont été, ceux qui doivent fuir l’ont fait et tous ceux qui doivent être blessés l’ont été. Les 100% n’ont servi à rien devant les fusils et les gourdins cloutés.

Maintenant,  nous ne savons quels mérites on reconnaît au RPT à Faure Gnassingbé. On a dit plus sur le père. Mais le constat électoral en 1993, 1998 et 2003 a montré que dans les urnes, ces mérites étaient des fausses louanges pour soutirer de l’argent à Eyadema père. Il en était de même pour le fils en 2005 si bien qu’on a dû violer le peuple togolais afin qu’il renonce à son choix.

Faure Gnassingbé n’a aucun atout pour gagner des élections propres au Togo. Et le sachant, il a décidé d’injecter des centaines de millions pour s’octroyer la voix des militaires ; de procéder avec le concours des natifs imbéciles de  quelques villages, à la distribution d’un kilo de riz et de 200 Fcfa aux villageois qui accepteraient la carte de membre du RPT ; de corrompre des chefs traditionnels sans personnalités; d’injecter des millions dans plusieurs fêtes traditionnelles au cours desquelles on lui ouvre les portes des couvents où on lui livre quelques secrets. Malgré tout ceci, nous pouvons affirmer par expérience que Faure Gnassingbé n’aura rien dans les urnes. Il le sait.

Lynx.info : Pour les élections de 2010 avez-vous un flair sur la particularité au soir de la proclamation au Togo ?

Rodrigue Kpogli: Nous ne savons rien. Seuls ceux qui sont dans le tunnel électoraliste peuvent savoir ce qu’ils vont faire et ce qui va se passer.

Lynx.info : Je vous remercie

Propos recueillis par Camus Ali   Lynx.info 

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