Mali : l’inquiétant arsenal de guerre des jihadistes

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Des photos satellites le confirment : les groupes terroristes dans le nord du Mali sont plus lourdement armés qu’on ne le supposait. Chars, missiles sol-air…L’armée française est sur ses gardes.

On en parlait depuis longtemps. Mais on ne les avait jamais vraiment vus : les groupes jihadistes opposés à l’armée française au Mali possèdent bien plusieurs dizaines de blindés, notamment des automitrailleuses de type BRDM-2 de fabrication russe et des chars PT-76 d’origine soviétique.

Selon des photos satellites et des clichés pris par les services de renseignement occidentaux que notre journal a pu se procurer, ces engins sont en état de marche et disposent de l’armement nécessaire pour causer de gros dégâts. Ils ont été récupérés par les islamistes lors des combats avec l’armée malienne en 2012 et lors de la conquête des villes de Gao, Tombouctou et Kidal. D’après les experts, quelques blindés proviennent également du gigantesque arsenal libyen abandonné au moment de la chute de Kadhafi. Bien sûr, ces véhicules ne sont pas tout neufs et bien moins performants que les chars français déployés au Mali. Mais, pour l’état-major, cela prouve que l’ennemi n’est pas à prendre à la légère et qu’il a largement eu le temps de se préparer à cette confrontation. « Il ne s’agira pas d’une guerre classique front contre front, analyse le spécialiste de la défense Pierre Servent. L’avantage de ces groupes, c’est d’être très mobiles. De foncer sur un objectif et de repartir aussitôt. Ils vont sans doute chercher l’action qui aura la plus forte plus-value médiatique. On peut s’attendre à une guérilla, des embuscades, des actes kamikazes. Le tout dans une zone grande comme la France et la Belgique réunies. »

Outre les blindés (dont certains sont ciblés en ce moment par les frappes aériennes françaises), les jihadistes disposent aussi de camions lance-roquettes, de mitrailleuses lourdes soudées sur des pick-up, de canons sans recul, de mortiers, de lance-roquettes portables (RPG) et d’une quantité industrielle d’explosifs en tous genres. Assez pour inquiéter les militaires français, qui redoutent les premières pertes sérieuses après avoir passé treize jours sans véritables combats, en dehors de l’engagement des forces spéciales (qui a fait un mort, le pilote d’hélicoptère Damien Boiteux, dans les premières heures de l’offensive).

Des armes lourdes très destructrices

Les services de renseignement occidentaux ont une autre préoccupation — de taille — au sujet de quelques missiles sol-air aux mains des jihadistes. Ce sont potentiellement les armes les plus destructrices, puisqu’une seule ogive est capable d’abattre un avion militaire, un hélicoptère. Voire un avion commercial avec tous les passagers à bord… On imagine le retentissement d’un tel acte terroriste. Pierre Servent tempère tout de même cette menace : « Il faut avoir été formé pour faire fonctionner une telle arme. Par ailleurs, elle doit être stockée correctement pour ne pas endommager le gaz fréon qui permet de guider le missile. Si les islamistes avaient pu utiliser leur stock, ils l’auraient sans doute fait depuis un moment. » Quoi qu’il en soit, les militaires français ne cessent d’appeler à la prudence. « Les islamistes sont des experts en communication, prévient un haut gradé français. On voit en ce moment des images d’eux, en sandales, l’air décontracté, apparemment mal préparés. Mais il faut se méfier. Nous restons sur nos gardes. » La guerre du désert risque de durer, ne cessent de répéter François Hollande et son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Comme pour préparer l’opinion publique à des lendemains plus difficiles.

FRÉDÉRIC GERSCHEL leparisien.fr

 

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