Réflexion sur l’arrestation des opposants au régime « Faure-Gilchrist »

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Il n’y qu’une chose de pire que l’impunité, c’est la loi du plus fort. Il n’y a qu’une chose de pire que l’absence de justice, c’est une justice à deux vitesses.

Après les terribles incendies qui ont   frappé les grands marchés de Kara et Lomé dans la nuit du 10 au 11 janvier et dans la nuit du 11 au 12 janvier, la justice togolaise a été prompte à doigter les auteurs présumés de ces actes criminels. Et bien évidemment, il ne lui a pas fallu chercher très loin. Les coupables étaient tout désignés : les opposants. Dès le lendemain de l’incendie du marché de Lomé, M. Gérard Adja vice-Président du parti OBUTS est arrêté. Par excès de zèle ou sur instruction de leurs responsables, les geôliers de M. Adja iront même jusqu’à foutre au gnouf les avocats venus l’assister. A peine a-t-on eu le temps de réaliser ce qui se passait, qu’Agbéyomé Kodjo, président du même parti et accessoirement ancien ministre, ancien premier ministre et ancien président de l’Assemblée Nationale est à son tour arrêté. Malgré le tollé général et les protestations qu’on suscitées ces arrestations, la vendetta militaro-judiciaire du régime « Faure-Gilchrist » contre ses opposants se poursuit allègrement. Les dernières arrestations en date sont celles d’Alphonse Kpogo, vice-président de l’ADDI et de Jean Eklou, secrétaire à la jeunesse de l’ANC !

Bien sûr, tout Togolais doté de bon sens souhaite le plus ardemment possible que les criminels qui ont mis le feu aux deux poumons de l’économie togolaise, plongeant du même coup les commerçantes et commerçants du pays dans une immense détresse soient traqués, arrêtés et punis conformément à la loi. Personne ne souhaite protéger les psychopathes qui ont eu la bassesse et la cruauté d’infliger de telles souffrances aux braves dames qui tenaient l’économie togolaise à bout de bras. Mais tout laisse à croire que le pouvoir Togolais veut utiliser la colère et le désarroi de la population à des fins politiques. Les conditions de l’arrestation d’Agbéyomé Kodjo et l’accélération des préparatifs pour les élections législatives ne font que renforcer ce sentiment. On dirait que le pouvoir togolais veut casser le CST en éliminant OBUTS de la scène politique et en fragilisant l’ADDI et l’ANC. En tout cas, les incendies semblent étrangement tomber à pic pour servir de prétexte aux arrestations d’opposants. Comment expliquer sinon qu’Alphonse Kpogo soit d’abord appréhendé pour cause de « marche illégale », et que quelques jours après sa libération il soit de nouveau arrêté dans le cadre des investigations sur les incendies ?

D’ailleurs, on se souvient que dès le 22 décembre 2012 OBUTS alertait l’opinion publique dans un communiqué où il déclarait en substance: « Depuis quelques jours, circulent à Lomé des rumeurs tendant à associer le Président National de OBUTS, Agbéyomé Kodjo, à une affaire relative à la préparation d’un coup de force contre les institutions de la République ». L’information n’avait alors pas été prise très au sérieux. Mais avec les derniers développements on se rend compte que le pouvoir « Faure-Gilchrist » a effectivement une stratégie machiavélique pour éliminer ses opposants en utilisant l’appareil judiciaire.

Faure sait effectivement que les coups de matraques et les gaz lacrymogène n’effrayent plus les Togolais qui n’ont plus rien à perdre après 50 ans de misère. Il sait qu’à l’heure d’internet, des téléphones portables, de YouTube, de Facebook, de twister et de la CPI, il ne peut plus se permettre de faire tirer sur une population démunie qui ne réclame que l’alternance politique. Alors, il innove. Il a remplacé la répression militaire brute de son père par une répression judiciaire non moins dangereuse. Il espère ainsi continuer par semer la terreur au Togo en se cachant derrière des juges véreux et sans scrupules et des tortionnaires de la gendarmerie et de l’Agence Nationale du Renseignement (ANR). Les récents exemples de Kpatcha, Tidjani et Bodjona sont édifiants. On serait presque tenter de se poser la question : à qui le tour ? Evidemment, quand lui-même et ses collaborateurs sont condamnés par la cour de justice de la CEDEAO comme ce fut le cas dans l’affaire des 9 députés de l’ANC, il n’y aucune conséquence. Pire il refuse d’exécuter la décision de justice. Quand les services de l’Etat comme l’ANR sont condamnés pour acte de tortures dans un rapport de la CNDH, il n’y aucune sanction. Pire, le gouvernement essaye de falsifier ledit rapport et menace le président de la CNDH qui est obligé de fuir le pays pour se réfugier en France.

Au regard de tout ceci, les Togolais ont fini par perdre toute confiance aussi bien en l’autorité judicaire qu’en l’autorité parlementaire qui s’accommodent de situations ubuesques. Ces deux contre-pouvoirs sont devenus des instruments à la solde de l’exécutif et comme dans toute bonne dictature, Faure Gnassingbé les utilise comme bon lui semble. Dans ces conditions, la probabilité que les Togolais découvrent réellement la vérité sur les incendies de Lomé et de Kara est presque nulle. Tant qu’il n’y aura pas d’alternance politique au sommet de l’Etat, la justice ne pourra jamais devenir véritablement indépendante et impartiale au Togo.

En attendant, les Togolais réclament la libération d’Agbéyomé Kodjo, de Gérard Adja, d’Alphonse Kpogo, de Jean Eklou, et refusent que Faure ajoute de l’injustice à l’impunité dont bénéficient déjà les véritables pyromanes.

Gaëtan Gbati ZOUMARO

CRI-TD (Hollande)

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