Législatives 2013 : Décryptage d’une victoire usurpée !

0

A moins d’une surprise, la Cour Constitutionnelle va confirmer les 62 sièges que va occuper UNIR à la future Assemblée nationale. 62 députés pour UNIR dans un contexte de profonde crise politique mais surtout sociale sur fond de manifestations contre le pouvoir à travers tout le pays, cela donne à réfléchir !

 

62 sièges pour l’Union pour la République, UNIR, 19 pour le Collectif Sauvons le Togo, CST, 6 pour la Coalition Arc-en-ciel, 3 pour l’Union des Forces de Changements, UFC et 1 pour un indépendant, Sursaut national, voilà comment la Commission Electorale Nationale Indépendante a partagé le gâteau électoral du 25 juillet 2013. En clair, le parti au pouvoir aura la majorité absolue au prochain parlement. Est-il possible que les Togolais accordent cette chance à un pouvoir pourtant décrié sur plusieurs fronts? De la grève des fonctionnaires à celle des étudiants en passant par les incendies des marchés de Lomé et de Kara, il est quasiment impossible de croire que les Togolais soient si gentils pour donner mandat à UNIR d’aller défendre leur cause.

Kpatcha Gnassingbé : la hantise de Faure à Kara

Ce n’est un secret pour personne, Kpatcha Gnassingbé est considéré comme un demi-dieu à Kara. Son arrestation en avril 2009 pour la fameuse affaire de tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat a non seulement déchiré le tissu familial des Gnassingbé, mais a également provoqué des hostilités aussi bien au sein de leur famille politique qu’à Kara tout comme dans plusieurs autres villes du Nord du pays.

La dissolution du RPT : le blasphème !

S’il y avait quelque chose qui faisait la fierté des héritiers politiques de Gnassingbé Eyadèma, c’était sans nul doute le RPT, Rassemblement du Peuple Togolais. Parti créé en 1969 par le Général Eyadèma et qui avait porté Faure Gnassingbé au pouvoir en 2005 et 2010. Mais pour toute gratitude, Faure Gnassingbé sacrifie en 2012 le vieux parti sur l’autel d’un machin qu’il baptise UNIR, en réalité un conglomérat de copains et qui peine à s’installer. Le nouveau bébé du Président n’est pas connu des populations qui ne se reconnaissaient que dans le RPT devenu pour elle comme une espèce d’institution nationale. Les caciques de l’ancien parti ont gardé des dents contre la nouvelle équipe. Voici une histoire banale mais qui résume tout : lors de la campagne électorale, Dédé Ahoéfa Ekoué , candidate UNIR était à Légbassito, dans la préfecture du Golfe ; une femme d’un certain âge l’approche et lui demande : « c’est quel parti ? » ; la candidate répond : « UNIR ». La vieille rétorque : « c’est quoi encore ça ? On connaît RPT, UNIR, ça vient d’où ?». No comment !

Dapaong a-t-il fini de pleurer Sinandare et Sinalengue ?

En avril 2013, une manifestation scolaire en signe de solidarité avec des enseignants alors en grève avait été violement réprimée à Dapaong au Nord du Togo. Bilan: deux jeunes élèves sont morts; le premier, 12 ans, des balles d’un policier à la gâchette facile, le second en classe de Première des suites de violences exercées sur sa personne. Leur mémoire est-elle déjà oubliée pour que leurs parents, frères et soeurs Moba (Tone, Tandjouare et Kpendjal) accordent 6 sièges à UNIR sur les 9 à pourvoir ?

Doufelgou complice des injustices du pouvoir ?

Les violentes manifestations récemment provoquées à Niamtougou par l’arrestation d’un enseignant accusé d’avoir commis un crime de lèse-majesté en se trouvant sur le convoi du Chef de l’Etat, sont encore vivaces dans les mémoires. Le commissariat de la ville a été mis à sac. La population de Niamtougou était même prête à en découdre avec les autorités militaires et administratives de la localité. Par quelle étrange alchimie alors, UNIR a pu rafler les trois sièges à pourvoir dans cette circonscription électorale, ne laissant rien même au Nouvel Engagement Togolais, NET, de Gerry Taama, natif du milieu, qui a pourtant été en contact permanent avec ses frères et sœurs. Ne me dites pas que Gilbert Bawara a pesé de tout son poids pour la victoire d’UNIR chez les Losso !

Que dire de Badou ?

On se souvient encore comme si c’était hier de l’audace de la population de Badou qui a implanté le drapeau ghanéen sur son sol dans une histoire de football, un sport si cher à elle. D’importantes personnalités ont été déployées dans la localité pour tenter de désamorcer la bombe. Parmi elles, l’actuel Directeur Général de la Gendarmerie, le Commandant Kossi Akpovi, anciennement Préfet de Wawa. Est-ce cette médiation qui à calmé les ardeurs et convaincu Badou de voter pour UNIR ? Ce n’est pas suffisant comme argument !

Qui a incendié les marchés de Lomé et de Kara ?

Cette question reste une énigme que seul le temps pourra résoudre. Janvier 2013, les deux plus grands marchés du Togo ont été mis à feu. Les pertes sont estimées en milliards de Fcfa. Dans une précipitation inouïe et avec une improvisation déconcertante des opposants togolais vont être jetés en prison pour leur implication présumée dans cette affaire. Mohamed Loum, un pseudo-Sénégalais, va être mis à contribution pour noyer une opposition de plus en plus embarrassante. Mais certainement illuminé par le Saint Esprit, le principal accusateur va revenir sur ses déclarations pour charger le pouvoir de Faure Gnassingbé et ses sbires. Personne n’écoutera le pauvre Loum ; il est traité de « forcené ». Un militant de l’opposition, Etienne Yakanou, est mort dans cette puante affaire. D’autres sont toujours dans les goulags. Alors question : ce sont ces femmes commerçantes ou leurs époux, ou encore leurs enfants ou proches qui ont voté pour UNIR dont les indices sont clairs qu’il regorge les vrais pyromanes dans son propre camp ? A cette liste déjà très longue, s’ajoutent les cas Pascal Akoussoulèlou Bodjona, Bertin Sow Agba, Olivier Amah, Frédéric Abass Kaboua, des frères géo-ethniques du Chef de l’Etat togolais mais qu’il a fini par humilier en les jetant tous en prison. Leurs proches et sympathisants n’ont pas encore oublié cette ingratitude.

Les fonctionnaires togolais sont mal payés, leurs revendications ne sont pas prises en compte. Des élèves sont plutôt tués pour leur cause. Des manifestations estudiantines sont systématiquement réprimées. Le RPT a été dissout avec son lot de conséquences qui ont pour noms le mécontentement de ceux qu’on appelle les caciques du pouvoir, Faure Gnassingbé à réussi à mettre en prison ses propres frères et ceux qui l’ont installé au pouvoir, les femmes des marchés pleurent toujours. Dapaong n’a pas encore fini de pleurer Anselme Sinandare et Douti Sinalengue. Mais alors qui a voté pour les 62 candidats UNIR ? Angèle Aguigah à la barre ! Si c’est vraiment ce même peuple qui a tranché en faveur de UNIR, alors Thomas Sankara avait raison lorsqu’il disait à un sommet de l’OUA : « les peuples ne s’affranchiront jamais s’ils ne choisissent pas de quitter Johannesbourg pour Soweto ». En tous les cas, le vin est déjà tiré. La prochaine opposition parlementaire a du pain sur la planche avec ses 25 députés contre les 62 de UNIR sans compter les 3 de l’UFC.

Ambroise DAGNON

http://malfakassa.info/

Laisser une réponse