Chronique de Kodjo Epou : Boycotter l’assemblée ou négocier une cogestion

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Accrochés de toutes leurs forces aux honteux privilèges indus, les angelots du RPT viennent d’appliquer à l’opposition la règle de la “fraude légale”. Tout y est passé: un dialogue à la hussarde,  mitraillette sur la table, la bénédiction conjuguée d’un prélat et de mandants blancs, un mince report de quatre jours et, ce fut le vote. Le vote des morts, des animaux domestiques, des mineurs et des étrangers. Le bourrage des urnes venu en apothéose et le tour est joué: UNIR – le parti qui n’a pas encore tenu son congrès constitutif – rafle la mise et devient majoritaire. C’est à peine légal! Faure peut en tout cas se féliciter de n’avoir pas brûlé les marches pour rien. La fin justifiant les moyens, il a réussi à avoir le beurre, l’argent du beurre et la culotte de la crémière.

L’extravagante et indicible manœuvre du pouvoir de s’accaparer une nouvelle fois de l’assemblée nationale est à la fois une insulte et un singulier tour de force. Dans cet indicible capharnaüm, c’est Gilchrist Olympio qui a le plus perdu. Telle une vieille chaussette usée, l’homme que le RPT a utilisé pour les besoins de sa démocratie est désormais dépouillé de tout. Son honneur, le prestige de son nom et ses électeurs l’ont tous quitté. Il ne reste à la honteuse épave humaine qu’à recourir au cyanure pour s’infliger la peine de mort qui est, depuis la nuit des temps, le prix de la trahison. Quant au pays, il reste suspendu à des interrogations sur les jours à venir. Le sort fait à Gilchrist Olympio par ses alliés est bien prévisible et ne peut en connaissance de cause constituer un sujet d’intérêt. Par contre, c’est celui des partis d’opposition qui préoccupe. Qui nécessite de sérieuses réflexions.

À tout prendre, on pourrait se demander finalement s’il est encore utile de participer à des élections organisées par le RPT. Pour l’opposition, trouver une réponse à cette question est un vaste programme politique qu’elle doit aborder avec tout le sérieux que cela requiert. N’empêche, ce sera bientôt une nouvelle guirlande de guignols qui vont s’agiter dans tous les sens, créer des embouteillages monstres sur le boulevard qui dessert la présidence. Des zélateurs au sourire niais vont frétiller à l’idée d’occuper quelques misérables portefeuilles ministériels. Et  ce sont ces genres de sarabande autour de la mangeoire qui plongent notre pays dans une régression sans précédent. À en croire certains tuyaux crevés de diplomates et observateurs borgnes, aussitôt relayés par des thuriféraires locaux, l’élection qui vient de se tenir est signe de bonne santé démocratique !

On ne peut pas passer sous silence le jeu trouble qu’a joué RFI pendant la couverture de ces législatives. Aussi bien pour cette radio ou l’on compte de moins en moins de journalistes de valeur que pour ces observateurs vénaux que  l’UA et la CEDEAO envoient se pavaner dans les hôtels, rien que du très normal pour une République bananière, où même les bananes sont inaccessibles aux affames à qui la République n’a rien à offrir  que la débauche, le désespoir, la dépression mentale, bref la misère. Vue sous tous ses angles, ce coin de terre agitée, bruyante, dangereuse et désordonnée qui nous sert de pays ne va pas. Ce serait contraire à sa nature de s’éclipser de l’actualité pour cause de bonne conduite. Une nation fait des choix. Etre en harmonie en tant qu’entité nationale vivant sur le même territoire ou avoir en commun des histoires permanentes a démêler les unes des autres. Entre les deux, Notre pays a choisi les histoires dont certaines, à l’instar des législatives du 25 Juillet, sont à dormir debout.

Fabre, Agbéyome, Ajavon et autres Adjamagbo ont, sur le terrain, fait un travail admirable: le peuple est désormais entièrement sensibilisé et  a fini par connaitre dans toutes leurs limites et dimensions le RPT et la famille Gnassingbé. Mais ces leaders ont eu tort de se laisser conduire à une élection dont les résultats sont connus avant le vote et visibles de loin. Aujourd’hui, c’est  dame Angèle qui est aux anges. Mission accomplie pour la maitresse d’œuvre de la trappe tendue par le pouvoir. Son mandant, Faure Gnassingbé, peut se frotter les mains. L’opposition était mal partie mais quand le vin est tiré, il faut le boire. Parce que l’heure est trop grave pour qu’on jette le manche après la cognée. Le CST, Arc-en-ciel et tous les opposants engagés dans cette course inégale que beaucoup de leurs partisans ont largement contestées peuvent encore agréablement surprendre. Ils ont encore entre leurs mains une arme redoutable, capable de faire mal, de dérouter le camp adverse et chambouler ses prévisions. Il s’agit du boycott pure et simple de l’Assemblée Nationale. Mais le risque est réel que certains électrons facilement corruptibles fassent faux bond à l’ensemble et sapent l’esprit de groupe.

Au cas où le RPT maintient de faire valider les faux chiffres par la cour constitutionnelle de son militant Assouma, l’opposition a la possibilité de refuser d’aller occuper les sièges qui lui seront arbitrairement attribués. A quoi peuvent servir les députes de l’opposition dans une assemblée hostile ou leur présence va se réduire à valider un système de fraude, à légitimer une assemblée factice qui n’émane nullement de la volonté populaire? C’est le moment ou jamais d’user des voies et moyens les plus extrêmes, des actions de fer, susceptibles de gripper une fois pour toute la broyeuse du RPT qui profane le bulletin de vote, banalise les électeurs. L’exercice est difficile. Il est même périlleux parce l’argent achète tout désormais au Togo. Certes, l’opposition n’a rien à perdre! Au cas contraire, si cette action choc n’est pas à portée de main, elle doit alors tenter de négocier la cogestion du pays jusqu’à la prochaine présidentielle de 2015. Cette dernière stratégie  dont les chances de succès sont infimes à cause du caractère gourmand du RPT nous conduit, s’il en est besoin, a un passage du livre de Barack Obama, “Dreams from my father”.

Dans ce passage riche en enseignements, Colo, l’époux de la mère de Barack, un Indonésien, tient les propos suivants: Les hommes se comportent exactement comme le font les pays. L’homme le plus fort prend la terre du plus faible. Il fait travailler le plus faible dans sa propriété. Et lorsque l’épouse du plus faible est belle, le fort la lui arrache… Et Colo de demander au jeune Barack: “lequel entre le faible et le fort aimerais-tu devenir quand tu seras grand ?” Voyant le fils de son épouse confus et muet, Colo, le papa indonésien du Kenyan Hussein, poursuit sa réflexion: Vaut mieux être fort, mais au cas où tu ne peux pas l’être, sois habile et rusé. Et si possible, négocie la paix avec le plus fort tout en veillant à ce que cette paix te profite aussi. Toutefois, conclue le père, c’est toujours mieux d’être fort soi-même, toujours.

Etre fort! C’est la seule quête qui reste à entreprendre. Comment et pour quel objectif ? S’il est vrai que la lutte que Zeus et ses amis mènent vise à sortir notre peuple qui crève dans le gouffre profond, ils doivent trouver une réponse à cette question: comment devenir fort ! Ceci n’est pas une vue de l’esprit, mais un constat qui doit déterminer l’issue finale de la lutte.

Kodjo Epou

Washington DC

USA

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