Le visage de la promotion de la femme au Togo

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Les épouses des militaires togolais connues sous le nom de femmes FAT, des politiciens, les filles de chefs cantons et de notables, les maîtresses de barons du régime sont à tout point de vue les bénéficiaires de la politique de promotion de la femme au Togo. Bientôt les législatives en attendant les locales, les Togolais verront les visages de celles qui seront élues pour siéger à l’hémicycle aux côtés de leurs collègues du sexe masculin. Sans surprise, ce seraient encore les mêmes, les femmes ou maîtresses de ministres, de généraux, de colonels, de responsables de partis politiques, de barons du pouvoir, les filles issues de grandes familles. C’est le lieu de le rappeler, cette promotion à sens unique a été mise en place par le système RPT (Rassemblement du Peuple Togolais) ancien parti fondé par feu général Eyadema. C’est ce système qui, au lieu d’encourager et de soutenir la promotion de la femme togolaise en général, s’est attelé plutôt à une promotion particulière. Promotion dont sont issues Ibrahima Mémounatou épouse colonel Télou (elle s’est séparée de son colonel d’époux), qui fut élue député et est devenue ministre, feue Touh Balakiyem, député dont le mari Touh est aussi un corps habillé et ce, pour ne citer que ces cas. Le même système de promotion s’est poursuivi pour donner naissance aujourd’hui aux cas de Mme Ouro-Bangn’a Nassara, 2ème vice-présidente de l’assemblée nationale dont le mari est le colonel Ouro Bangn’a Nassam, Mme Immaculée Bakali, député, femme du colonel Bakali, actuel préfet de la Kozah, Agnélé Christine Atoemme, secrétaire d’Etat et député, épouse colonel Atoemme. Entre-temps, il y a eu la ministre Célestine Akouavi Aïdam, épouse Kwawu Georges Aïdam transfuge du CAR aujourd’hui 1er vice-président du parti Union pour la République (UNIR).

Les autres femmes qui n’ont personne pour les épauler, les soutenir, les promouvoir sont abandonnées à elles-mêmes obligées de s’aligner malgré elles derrière les épouses ou maîtresses des ministres, officiers généraux, supérieurs et subalternes, hommes de rang, gendarmes et policiers, députés, barons du régime. Comme si ces dernières laissées pour compte n’avaient pas d’ambitions politiques. Nous nous souvenons comme si c’était hier la manière avec laquelle les femmes anonymes étaient tout simplement priées de céder place à celles beaucoup plus puissantes des ministres, officiers généraux et supérieurs, barons. Mêmes les organisations de défense des droits de la femme les plus en vue au Togo notamment GF2D (Groupe Femme, Droit et Démocratie), le REFAMP (Réseau des Femmes Ambassadeurs, Ministres et Parlementaires) sont tombées dans les mêmes erreurs. Elles ne font pas mieux. La charité bien ordonnée commençant par soi-même, au lieu que ces organisations fassent en même temps la promotion de leurs membres et celle des milliers de femmes au nom desquelles elles parlent souvent, elles ont fini par ne rouler que pour elles-mêmes. Des rangs du GF2D et du REFAMP-Togo sortent des candidates à la présidente, des ministres mais ces organisations ne font pas grand-chose pour promouvoir les autres femmes, les anonymes ou pauvres non issues du système.

Occasion également pour nous interroger sur la nécessité de la création du ministère de la Promotion de la femme. Un cabinet qui apparemment ne sert pas la femme togolaise. Jusque-là, ce ministère n’a initié de projet digne de ce nom pour promouvoir effectivement la femme. Les  titulaires du poste, femmes elles-mêmes, ne font que se succéder sans exiger et obtenir un budget conséquent à cet effet ou sans prendre des mesures salutaires pour la promotion de la femme. Leurs seules prouesses se font voir lors de la Journée internationale de la Femme célébrée chaque 08 mars où elles étalent leurs talents d’oratrices à travers les mêmes discours ennuyeux et trompe l’œil. Ce qui a poussé un observateur à proposer la suppression pure et simple dudit ministère qui « est beaucoup plus pour le folklore que pour la promotion des femmes».

Comme l’on constate, la promotion de la femme au Togo ne se limite qu’à un cercle donné. Elle ne concerne que celles d’en haut, les femmes qui ont de solides soutiens et surtout des reins d’acier, toujours prêtes à donner ce qu’elles ont de plus cher, leurs corps. Ceci étant, il appartient aux autres vaillantes femmes qui n’ont personne pour les appuyer, les propulser et qui ne sont pas disposées à offrir leurs corps, de prendre leur destin en main. Même si le système en place ne leur est pas favorable, il leur revient de continuer la lutte pour se tailler une place dans le microcosme politique national. Et ce, pour ne pas toujours céder place malgré elles aux femmes FAT, aux maîtresses des hommes puissants du Togo, aux épouses des politiciens, aux compagnons des barons du pouvoir, à celles aux mœurs légères qui ne ferment pas les cuisses. Au fait, la promotion de la femme existe-t-elle au Togo ?

Malika Igomzikpé Lynx.info

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