Des lambris du palais à la taule, c’est possible.

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C’est le triste sort de Karim Wade, le fils de l’ancien président du Sénégal.

Ancien conseiller de son père quand celui-ci était aux affaires, Karim a fait une belle carrière qui l’a conduit successivement aux fonctions de conseiller du président, puis responsable de l’agence nationale de l’Organisation de la conférence islamique, chargée de grands travaux, avant de se voir confier le très « juteux » poste de ministre de la Coopération internationale, des transports aériens, des infrasctructures et de l’énergie. Un « super ministère », apprenons nous, dont les gros budgets étaient équivalents au titre des dépenses de l’Etat du Sénégal. Ce qui a valu à M. Karim Wade le surnom de « ministre du ciel et de la terre »

La fulgurante carrière de M. Karim Wade ne coincide qu’avec le temps que son père, Me Abdoulaye, jadis opposant historique de feu Léopold Sédar Senghor, puis M. Abdou Diouf a dirigé le Sénégal (2000-2013). On ne saurait douter des compétences du fils Wade. Il peut en avoir. Mais n’a-t-il pas été trop exposé par son père qui ne l’a placé que là où il y avait beaucoup d’argent à brasser ?

Etait-ce pour ses compétences de gestionnaire rigoureux ? Où a-t-il fait ses preuves avant ? On le saura peut-être à l’issue du procès qui va s’ouvrir dans un très proche avenir. Détournement de fonds avéré ou règlement de comptes politique, on verra bien. Toujours est-il que Karim Wade est en détention depuis une semaine jour pour jour pour la bagatellle somme de …700 milliards de nos francs qu’il aurait engrangés au bout de 13 ans comme collaborateur de son père dans le gouvernement.

L’affaire Karim Wade arrive comme un autre pavé dans la marre, à un moment où des « affaires de biens mal acquis » traversent l’Afrique, notamment des pays du pré-carré français : Congo-Brazzaville, Gabon et d’autres auxquels il faut ajouter la Guinée équatoriale. C’est depuis 2010 que ces « biens mals acquis » écument les familles de dirigeants africains qui s’illustrent dans les pays occidentaux par leurs avoirs on ne peut plus scandaleux.

Eva Joly, alors juge d’instruction en France il y a quelques années, qui a épinglé dans son tableau de chasse les magnats français du pétrole ainsi que des barons de la droite, a publié un ouvrage qui a étalé au grand jour les avoirs des familles Bongo et Sassou Nguesso. Teodorin Obiang, le fils de l’autre fait l’objet de poursuites judiciaires en France et aux Etats-Unis à cause de sa colossale fortune qui se décline en biens immobiliers, véhicules de luxe et comptes en banques scandaleusement garnis.

Des biens amassés en un temps record par des individus dont le seul mérite est d’être président de la Républqiue, fils ou fille de Chef d’Etat. Des biens taxés de mal acquis à cause de leur traçabilité douteuse. Pour justifier la forfaiture, il n’y a que des comparses qui, par griotisme, sans une once de preuve parce qu’ils n’en savent que dalle, gesticulent sur la scène.

Quand les mis en cause se lancent dans l’arène c’est pour se répandre en menaces de représailles. C’est le cas du Congolais Sassou Nguesso qui, lors de sa récente visite officielle à Paris a clamé : « ce que nous voulons rappeler, c’est que le principe auquel nous avons tous souscrit au plan international est celui de la non-ingérence dans les affaires intérieures… » Le chef de l’Etat congolais, un des doyens de la scène politique africaine au sommet insiste sur le fait que « ce principe doit être respecté pour que la justice française ne se sente pas le droit de traiter de questions qui intéressent les problèmes intérieurs aux autres Etats »

Le président Sassou Nguesso a-t-il la mémoire si courte pour ne pas se rappeler à lui-même que ce sont ces milliards volés en Afrique, investis en Europe et ailleurs ou stockés dans les banques occidentales qui creusent les abysses de la misère dans nos pays ? Ignore-t-il que nos populations survivent souvent et essentiellement de l’aide internationale à travers la construction des points d’eau potable, des ponts, des écoles et hôpitaux ainsi que de l’équipement de ces structures grâce aux contribuables occidentaux ? Même si eux, les chefs d’Etat africains, avec l’argent de cette hémorragie financière et économique dont souffrent nos pays depuis la colonisation, financent les campagnes électorales en France notamment ?

Contrairement aux allégations de M. Sassou Nguesso, les biens mal acquis ne revèlent plus des affaires intérieures des Etats. Il se trompe d’époque dans la mesure où depuis avril 2009, le sommet de G20 tenu à  Londres a décidé de casser le bouclier du secret bancaire, ouvrant ainsi une ère nouvelle de la finance internationale. Certes, la difficulté demeure – écrivait Roger Taakam dans une édition des Cahiers de Mutations en mai 2009 – « d’établir la frontière entre fortunes personnelles et fonds issus des détournements de deniers publics. Pis encore, l’opacité qui entoure le secteur bancaire ne permet pas en l’état actuel des usages, de connaître l’identité des déposants. Pas plus qu’il n’est possible d’en déterminer l’origine ». Il n’en demeure pas moins que les enquêtes et même le rapatriement des fonds d’origine illicite dans nos pays ne se fera pas aisément. Toutefois, on a enregistré des avantages louables. Le Nigeria, voire la Rdc ont pu obtenir le rapatriement des fonds, ne serait-ce qu’une partie des fonds planqués à l’étranger par Sani Abacha et Mobutu.

Revenant sur le cas de Karim Wade, dont les avoirs ont été évalués, rappelons-le, à la mirobolante somme de 694 milliards de nos francs. Ses avocats soutiennent que ce pactole proviendrait des sociétés dont il serait propriétaire. Soit. Il lui reste d’en établir la traçabilité. La Cour de répression de l’enrichissement illicite qui le poursuit n’est pas une invention de Macky Sall, l’actuel chef d’Etat sénégalais. Elle a été mise en place par le prédécesseur de Me. Abdoulaye Wade depuis les années 80. Si l’aîné de la famille Wade, à 44 ans, peut être aussi riche, qu’elle serait la fortune du père, ancien avocat, ancien ministre d’Etat puis ancien chef de l’Etat.

Quelqu’un disait l’autre jour, au sujet de cette affaire qu’ « on peut vivre de l’Etat puisqu’on le sert mais on ne doit pas s’en servir comme s’il était votre propriété. » C’est malheureusement le cas de la plupart des princes qui nous gouvernent, de leur entourage (parents et collaborateurs). Au détriment des masses populaires.

Le Messager

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