Le 21 Juillet, date de la déraison

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Décidément, le Togo détient le titre régional de l’escamotage, des catastrophes électorales. Mieux que tous ses voisins alentour, le chantre des crises politiques, de nouveau, s’apprête à esquiver un rendez-vous crucial. Avec des législatives manoeuvrées qui vont, davantage, pousser le pays au fin fond du tréfonds. La CENI, chargée de la conception puis de l’exécution de l’entourloupe, charrie son lot de vices. Comme l’effet suit toujours la cause, de pauvres hèdres vont se faire égorger, et personne ne dira rien.

L’ombre des vieux démons du parti unique plane sur l’organisation des prochaines législatives. Mgr Barrigah, le prélat en charge de l’impossible mission de réconcilier les Togolais, voyant dans ce scrutin, au lieu de la réconciliation, une pale recette du désastre, tire la sonnette d’alarme. Le président de la CVJR a fini par choisir le camp de la sagesse, pour interpeler, tacitement mais surément, le pouvoir sur la nécessité d’un dialogue avant la tenue des élections. La phrase que beaucoup de Togolais, depuis, tambourinent à l’attention de la communauté internationale est enfin lachée: “Il suffit d’une étincelle pour embrasser le Togo”. L’évêque penche pour un consensus, comme seul moyen d’éviter les frustrations qui pourraient dynamiter et éviscérer le petit fil auquel, miraculeusement, tient encore le Togo. Monseigneur Barrigah sera-t-il entendu?

Pas forcément! Le régenteur de la République a déjà pris l’habitude de trôner dans le fauteuil du déshonneur, dans la sombre légende des crimes politiques. Faure n’écoute que son inconscince. Mais, si ce processus électoral, malgré les appels incessants à la raison, poursuit le modèle tordu que le clan impose au peuple souverain, les nouveaux députés ne représenteront qu’eux-mêmes, inutilement inféconds, à l’identique de leurs prédécesseurs? Conséquemment, les positions vont se radicaliser. Nous avons, ces dernières années, vu les limites d’une institution quand celle-ci est confusément installée sur des fraudes. Jusqu’alors, il n’existe même pas un minimum de consensus sur la loi fondamentale qui gouverne le pays. Les réformes promises sont partout introuvables.

C’est cette situation qui a conduit à un législatif difforme et affaibli que d’aucuns considèrent, à juste titre, comme un enclos de moutons hideux dont l’incapacité de rappeler à l’ordre l’exécutif dans ses multiples avanies crapuleuses contre les citoyens n’est plus à démontrer. Les chances que cela change, par le miracle des urnes que nous promettent les prestidigitateurs de la CENI, pour permettre au Togo de sortir de son état d’exception, sont infinitésimales, quasi inexistantes.

Là où les togolais veulent des députés élus, selon les normes démocratiques, à travers un scrutin crédible qui donne des chances égales à chaque candidat, Faure Gnassingbé, lui, veut des députés qui siègent dans l’hémicycle munis de son quitus, presque nommés par lui. Un genre de majorité oblique, quantifiée à la mesure de ses appétits surdimentionnés.

Voilà qui explique largement le refus du génocidaire de 2005 – encore lui –, de ses tonton macoutes et des rénégats de l’ancienne opposition qui l’accompagnent pour des privilèges égoistes, de se laisser conduire à un vrai dialogue qui rapproche les vues, permettant de tirer au clair les conditions légales d’éligibilité du chef de l’état, du député, du maire ou encore du conseiller municipal. Ce type de dialogue, du coup, devient un épouvantail que fuit la Mafiosi. Ça fait peur et l’idée d’en organiser un, connote, chez eux, comme une voie d’altération du pouvoir usurpé. Céder sur ce qui peut apaiser le climat ne fait pas partie de leur agenda. Une chose est sûre, si ces législatives ne sont pas précédées d’un dialogue qui identifie, pour les corriger, les tares récurrentes de notre système politique, les députés seront anxiogènes pour le pays et ne seront pas différents de l’actuel troupeau monocolore, pleutre et sans gloire, qui légifère en toute illégalité en se remplissant les poches sur le dos du peuple durant un long mandat(?) supplétif.

Les lendemains ne chantent pas. Ni pour l’opposition, ni pour le peuple, moins encore pour le pouvoir. Alors qu’il y a au Togo un gigantesque travail de normalisation à faire, des individus totalement discrédités, aveuglés par le profit, ont abandonné le terrain des principes immuables pour des contingences matérielles. Ils travaillent d’arrache-pied, se dépensent en faveur du statut quo. On aimerait bien savoir en quoi Dola Aguigah et Jean-Claude Homawoo pourront dire qu’ils vont dans le sens de l’intérêt général? Un autre collabo à peu près du même acabit, dernièrement, a osé nous enseigner du faux en prenant la défense d’un dialogue après les élections. Il s’appelle Francis Ekon. Le donneur de leçon a tort d’oublier trop vite que les témoins de la tragédie togolaise ne sont pas tous morts. Pour mieux mesurer la dimention et les positions de cet individu qui aime pantoufler dans le tordu, il est peut-être utile de rappeler que le leader de la CPP, un minuscule parti inféodé au RPT, a passé sa vie entière dans le giron des faussaires, lequel giron il n’a d’ailleurs nulle intention de quitter. Heureusement, ses chances sont nulles dans sa vaine tentative de faire avaler aux Togolais que “c’est seulement au sein de la prochaine assemblée nationale que pourra se tenir le vrai dialogue”.

Tout le monde sait qu’aucune mauvaise foi au monde, jamais, n’atteindra les chevilles surenflées du RPT. Ce parti répète à qui veut l’entendre qu’il est le plus grand, qu’il gagnerait haut la main n’importe quel scrutin basé sur n’importe quelle loi. En réalité, il compte sur les crimes, prêt à vendre des organes humains pour atteindre ses objectifs. N’a-t-il pas réussi l’exploit de rendre obsolète et stérile le rôle de la morale en politique? Dans ses jeux troubles chaque fois remis au goût du jour, l’opposition se retrouve autant de fois dos au mur.

Des législatives? Sans dialogue? Sans réformes? Sans la libération des prisonniers politiques issus des rangs des éternels victimes, ni même une amorce d’enquêtes pour trouver les assassins des récents martyrs, Yakanou notamment? RIEN? Le scrutin du 21 Juillet, alors, risque d’être une promenade de santé pour le RPT/UNIR, l’apothéose de sa toute puissance, le point d’orgue du processus d’extermination de l’opposition. On ne peut pas mieux perdre la face quand, au bout des comptes, le renouveau est  interdit, quand, avec allégresse, la terreur peut prétendre au record de longévité.

Kodjo Epou

Washington DC

USA

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