Faure : Il n’a pas encore compris que les Togolais sont fatigués de son amateurisme et de sa gestion acrobatique

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Il a capté le pouvoir dans la précipitation qu’au final, il ne sait plus trop quelle direction choisir. En huit ans aux affaires (2005-2013), Faure puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’en a pas encore fini avec l’amateurisme. Son exercice du pouvoir agace plus d’un et fait monter la tension dans les différentes localités. Et comme il rechigne à descendre de son piédestal pour aller au parfum du mal vivre et de la galère dans le Togo profond, les émissaires qu’il dépêche à chaque occasion dans les coins et recoins du pays ne peuvent que revenir lui tenir ce discours mensonger et flatteur: « Excellence, tout va bien et les populations sont de notre côté. N’ayez aucune crainte ». Faure gère mal le pays et personne dans son entourage n’ose le lui dire par peur de perdre les privilèges.

Les exemples pour prouver à quel point le Togo est géré comme une épicerie de village, ces lignes ne suffiront pas pour les énumérer jusque dans les détails. Cependant des cas majeurs sont à souligner. Le lieutenant-colonel Akpovi Kossi qui entre-temps, c’est-à-dire en 2012, était préfet de la préfecture de Wawa, chef-lieu Badou est nommé directeur général de la Gendarmerie nationale en remplacement du colonel Yark Damehane désigné ministre de la Sécurité et de la Protection civile. Les populations de Badou attendent des mois et ne voient pas arriver un nouveau préfet. La préfecture étant dans les mains réseaux antagonistes dont chacun continuait à tisser sa toile. Badou entre en effervescence au point où la masse laborieuse manifeste et hisse le drapeau ghanéen en lieu et place des couleurs nationales. Le prince et ses boys scouts réunis en conseil des ministres se résolvent à nommer enfin un préfet pour Badou. L’épisode Badou passé, revenons à Lomé et plus précisément au Ministère de la Défense et des Anciens combattants où le titulaire du poste n’est pas toujours connu jusqu’à ce jour. Depuis le débarquement en 2007 de son demi-frère Kpatcha Gnassingbé de ce stratégique poste de la Défense nationale, le prince n’a plus nommé un autre occupant. Faure va-t-il dire aux Togolais qu’il peine à dénicher un ministre de la Défense parmi eux? De la Défense Nationale à la Société d’Administration des Zones Franches (SAZOF), le pas n’est pas si lourd à franchir. Depuis la mise à l’écart du directeur de la SAZOF Kpatcha Gnassingbé, pourquoi un nouveau n’est-il pas nommé? Ces cas ajoutés à d’autres comme ceux du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération qui est resté jusqu’à ce jour sans Directeur de cabinet depuis la mort en mars 2012 du titulaire du poste Kpamatchou Yao Christophe, et des revendications sociales des agents de la Fonction publique, l’on peut conclure sans risque de se tromper que, Faure joue avec le pouvoir. Il gère le pays comme il veut avec un « je m’enfoutisme » révoltant.

A propos des manifestations de la Synergie des Travailleurs du Togo (STT), le prince et ses amis croyaient qu’avec la lassitude, les fonctionnaires allaient abdiquer et déposer les armes. Désillusionnés face à la détermination de leurs interlocuteurs qui confient y aller jusqu’au bout malgré les intimidations, les menaces et les nombreuses tentatives de corruption, Faure et ses chiens de garde appellent au dialogue. Ils étaient où au début ? D’ailleurs, les pourparlers se révèlent un marché de dupes où l’on apprend une augmentation de 5% brandie par le gouvernement. Une offre aussitôt rejetée par les travailleurs qui promettent des actions d’envergure à la fin des examens scolaires. Si deux élèves n’étaient pas tombés à Dapaong, si Niamtougou (localité dont est originaire le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales) n’avait pas manifesté pour exprimer son ras-le-bol, Kara n’était pas entré en ébullition et d’autres localités au bord de l’explosion, Faure et ses affidés n’allaient pas convoquer une rencontre à la présidence pour écouter les uns et les autres. Rencontre que d’aucuns ont trouvé inutile et de nul effet puisqu’une fois invités au nouveau palais la Rotonde, les cadres et barons des localités précitées ont vite fait de récupérer tout pour parler au nom de celles et ceux qui vivent la misère, le manque d’opportunités et le désespoir dans le Togo profond. En vérité, il n’appartient pas aux cadres et hauts fonctionnaires, gros bénéficiaires du pouvoir et résidant la majeure partie du temps à la capitale Lomé, de parler de leurs localités. « N’est-ce pas celui qui est à côté des toilettes qui sent les odeurs ? », avait l’habitude de demander le géniteur du prince, feu Gnassingbé Eyadema. Les cadres laudateurs et guettant toute occasion pour se mettre en vedette afin de taper bien dans l’œil du président, ne disent pas la vérité. Ils sont tous de gros menteurs n’hésitant pas à tancer tous ceux qui ont la vérité à la bouche. « Il ne faut pas susciter le courroux du patron sur nous », ont-ils coutume d’avertir avant toute rencontre avec le maître des lieux. A croire que le fait de présenter les choses telles qu’elles sont et de dire la vérité rien que la vérité est synonyme de manquer de respect au prince.

Au demeurant, un chef d’Etat qui se coupe de ses compatriotes pour n’écouter que ses collaborateurs et visiteurs de midi, qui s’enferme dans sa tour d’ivoire et a très peu de contact avec la réalité du terrain n’en est pas un vrai. « Un chef qui n’a plus pour trône qu’un rocher et pour royaume, un coin dans le maquis, combien de temps restera-t-il caché », fredonnait le Bassari Ouyi Tassane de regrettée mémoire. Des bouts de phrase pleins de sens et d’actualité dans le Togo d’aujourd’hui où celui qui a été désigné en 2005 par l’armée pour diriger le pays n’a pas encore compris que le Togolais s’est lassé de son amateurisme et de sa gestion acrobatique. Faure ne sait pas qu’il surfe dans une zone de turbulence, le foyer d’un ouragan naissant qui va se déclencher bientôt. S’il croit que le Lynx ment, il n’a qu’à prêter attentivement oreille pour écouter les échos en provenance des bases de la grande muette, les camps et garnisons du pays.

Depuis 2005 qu’il est aux affaires, Faure n’a à son actif qu’un seul exploit incontesté et incontestable, celui d’avoir vite et bien enrichi ses amis, ses concubines, ses maîtresses et leurs familles. Et pour ne rien arranger à sa situation déjà inconfortable, au moment où les populations crient leur ras-le-bol, Faure donne l’impression d’être préoccupé par les plaisirs de la vie. Il ne réagit que lorsque le feu a déjà commencé par consumer la maison. « Le père lui au moins savait réagir avec promptitude et parfois anticiper même si c’était avec brutalité. Le vieux nous disait souvent dans son salon à Lomé II qu’il ne faut jamais laisser le feu s’étendre avant de se réveiller car, répétait-il, l’on sait quand ça commence mais jamais quand ça va finir. Avec le fils, les problèmes s’accumulent jusqu’à l’explosion et il ne dit mot», déclare sous couvert de l’anonymat un inconditionnel de feu Gnassingbé Eyadema.

Qui parmi les terriens avait prédit un seul instant que les dictateurs jusque dans les os, fortunés et puissants comme Zine Abdine Ben Ali de la Tunisie, Hosni Moubarak d’Egypteallaient être emportés par une vague instable et sulfureuse nommée Printemps arabe ?

« En toutes choses, il faut considérer la fin », enseigne le célèbre écrivain français Jean de la Fontaine. Mais si le début de toute chose est catastrophique et bancal, ce n’est pas la fin qui sera meilleure. Les Ivoiriens aiment souvent dire ceci : « Si la journée sera bonne, c’est le matin au lever du soleil que l’on le sait ». Un chef qui prend le vilain plaisir de s’amuser avec son fauteuil n’aura que ses beaux yeux pour pleurer au moment chaud. Lorsque le pouvoir tombe, ce ne sont pas les thuriféraires menteurs devant l’éternel, et toujours très alertes et prompts à défendre leur pain chaud qui paient les pots cassés et le plus lourd tribut mais le chef. Aujourd’hui, l’ancien président tchadien Hussein Habré n’a pas encore fini avec la justice alors que tous ses collaborateurs éparpillés un peu partout dans le monde vaquent librement à leurs affaires avec l’argent volé aux Tchadiens. Et ceux qui entonnaient de mélodieuses chansonnettes à l’oreille du général Ben Ali et profitaient pour lui soutirer les sous sont-ils inquiétés de nos jours autant que l’est leur bienfaiteur d’hier? Ceci étant, un dirigeant qui ne veut pas d’ennuis après le pouvoir, doit œuvrer en faveur de l’intérêt général au lieu de rouler pour les amis, le groupe, le clan ou la caste. Au Ghana voisin, le capitaine d’aviation John Jerry Rawlings plus connu sous le nom de JJ, circule librement dans son pays et dans le monde sans être inquiété parce qu’il a abattu du bon boulot lorsqu’il était aux affaires. C’est grâce à lui que le Ghana a entamé son décollage économique pour se retrouver à son niveau actuel. « Si vous touchez à un seul cheveu de Rawlings, vous aurez affaire à la jeunesse ghanéenne », souffle un connaisseur du landerneau politique au pays de Kwamé N’Krumah.

« Un chef est un marchand d’espérance», avait coutume de dire le grand stratège français Napoléon Bonaparte. En huit ans de gestion du pouvoir, si Faure n’a pu vendre l’espérance aux Togolais, ce n’est pas après 20 ans qu’il le fera.  Entre un distributeur automatique de richesses aux proches, amis, concubines et maîtresses et le marchand d’espérance dont parle Napoléon Bonaparte, le peuple togolais sait qui choisir si l’occasion lui est offerte de le faire.

Taffa Biassi Lynx.info

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