L’alcool et la prostitution comme remèdes à la jeunesse togolaise

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Si ce n’est pas encore une épidémie éthylique, ça a l’air de l’être en tout cas vu l’ampleur du phénomène et les dégâts qu’il occasionne au pays des Gnassingbé. La consommation de l’alcool fabriqué localement à base de sève du palmier à huile a gagné plusieurs couches sociales particulièrement les jeunes. Par ces temps qui courent au pays, il faut être armé d’un courage sans faille pour ne pas se noyer dans les flots de « Sodabi » comme l’on l’appelle ici.

Il sonne 5h 25 mn heure locale lorsque Komlan D., la trentaine a foncé droit dans la baraque à rideau blanc de Da Adjo, la revendeuse d’alcool du coin pour sa ration matinale. Nous sommes dans le quartier Agoè Minamadou sis dans le canton d’Agoè, une banlieue de Lomé. Peut être qu’après avoir traversé le rideau blanc, Komlan rencontrera des amis à l’intérieur qui vont lui proposer d’en prendre plus.  Et après lui, d’autres personnes passeront aussi prendre leur dose matinale avant de vaquer à leurs occupations. Ils sont conducteurs de taxi-moto ou zémidjans, chauffeurs de taxis, chômeurs endurcis… Le spectacle des rideaux blancs, les Loméens en sont habitués comme de leurs poches. A chaque lever de rideau, généralement autour de 4h 30 mn voire 5h 00 heure locale, les acteurs de la scène éthylique se succèdent jusqu’au coucher du soleil et tard dans la nuit aux environs de 22h 00.

A l’heure ou nous écrivons ces lignes, la consommation de l’alcool fabriqué localement communément appelé « Sodabi » tend à devenir une affaire de santé publique. Elle est généralisée chez les jeunes togolais particulièrement ceux de Lomé, la capitale. La plupart des jeunes s’adonnant à la consommation abusive d’alcool qui pour « noyer » leurs soucis et qui pour se « blinder » avant d’affronter une situation délicate. Il y en a aussi qui prennent de l’alcool parce que les boissons issues des Brasseries BB de Lomé et de Kara sont hors de leur portée. Les mesures d’alcool local servi par les femmes varient du huitième de litre ou « huitvi » qui est à 150 F CFA, du quart ou « quartvi » à 300 F CFA, du demi-litre à 500 au litre à 1000 F CFA. Il y en a pour 5 et 10 litres destinés à des cérémonies grandioses comme lors des baptêmes, mariages, funérailles et autres.
Vu les difficultés quotidiennes auxquelles les jeunes sont confrontés, plusieurs d’entre eux ont décidé de se réfugier dans l’alcool à leur corps défendant. « Au début, je n’étais pas alcoolique mais au fur et à mesure que je grandissais, certains problèmes familiaux m’ont conduit à en prendre un peu pour finir par en être accroc. C’est plus fort que moi. Je ne peux tout vous expliquer ici », confie Kodjovi dit « Azéa ». Et à Kuami, la quarantaine sonnante de renchérir : « Vous croyez que l’on se lève comme ça pour devenir du jour au lendemain alcoolique.  C est la perte de mon boulot en 2002 qui m’a mis dans cet état. Ma femme m’a quitté pour un autre plus fortuné que moi. Les enfants sont avec ma mère à Adéwui (un quartier populaire de Lomé). Je suis obligé de conduire un taxi-moto pour subvenir à leurs besoins. Ce n’est pas facile et c’est ce qui nous emmène à ingurgiter quelques gorgées d’alcool pour refouler un peu les soucis et le stress ».

En attendant l’embellie sur le plan économique, certains bras valides du Togo s’étiolent dans l’alcool. Au moment où les plus désespérés se meurent dans les flots et crient en vain à la détresse, la minorité de profiteurs et voleurs de la République construit, casse et reconstruit de belles résidences ; achètent des voitures aux nanas et envoient leurs rejetons étudier à l’extérieur. Ces derniers reviendront prendre la place de leurs géniteurs. Ainsi va le Togo de 1967 à nos jours ! Mais pendant combien de temps ce chemin de croix va-t-il durer encore ?

N’paka Gnakou Zimbabwe Lynx.info

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