La Mort de Margueritte Gadô et le rendez-vous manqué de la gouvernance Ouattara

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Par Dr. Serge-Nicolas NZI, Chercheur en Communication

I – Le décès de Dame Margueritte Gadô aurait dû être une occasion de rapprochement entre les frères ennemis d’hier et servir la cause de la réconciliation nationale mise à mal par les petits calculs mesquins de basses politiques. Devant cette situation, le gouvernement ivoirien à réagit avec ses méthodes habituelles d’intimidations, de menaces et de muscles pour arriver à la situation ridicule qui pose un problème moral devant le monde entier.

Il est clair qu’un gouvernement composé à majorité des gens du nord aura toujours du mal à comprendre l’univers des bétés ou des akans devant la mort. Chez les musulmans du nord, si vous mourez le matin on vous enterre avant le couché du soleil, le plus vite sera le mieux. Allassane Ouattara et son Gouvernement de rattrapage ont du mal à comprendre le déferlement d’émotions que provoque, l’arrestation du cortège à Noé, la rétention en garde à vue de certains accompagnateurs et les interrogatoires musclés d’une police zélée avaient fini par créer un dégout et un climat délétère autour de la personne malade qui ne demandait qu’à aller mourir en paix chez elle.

Ce que Ouattara et son gouvernement n’ont pas encore compris, c’est qu’ils sont devant des gens qui ont tout perdu, travail, domicile, famille éparpillées, certaines maisons sont encore occupées par des gens de la région nord du pays et les propriétaires ne peuvent même pas se plaindre devant une justice. Ils n’ont donc plus rien à perdre et ils savent qu’il n’y aura que violence et brutalité contre eux. Pour eux tout est défiance envers une gouvernance visiblement dirigée contre eux. Voilà leur état d’esprit.

Ils refuseront tous les diamants du monde venant d’Allassane Ouattara et son gouvernement. Il est possible qu’il n’y a personne dans ce gouvernement y compris le grand vizir Kablan Duncan, pour le comprendre, car justement la vision des rapports interpersonnels des Bété et de leurs rapports au monde est très loin des Ouattara, des Bakayoko, des Koné, des Cissé, des Coulibaly, des Soro, des Touré, Kandia et consorts.

Il y a trois ans, nous fumes à deux reprises de ceux qui proposaient la mise sous la protection de l’Etat ivoirien de la famille de Laurent Gbagbo. Nos écrits sont là et on peut les revisiter pour se rendre compte de ce qui était notre motivation loin des considérations de politique politicienne. Le vainqueur d’un conflit doit toujours tendre la main au vaincu qui est à terre. Même les animaux le font. Il n’y a qu’à assister à une bagarre entre des chiens pour s’en rendre compte. Alors où est cette réconciliation nationale torpillée, inopérante et introuvable, là ou on nous fait croire qu’il a encore de l’intelligence ?

II – Savoir tendre la main aux vaincus

Souvenons nous qu’à la bataille de Hattin le 4 juillet 1187, la fine fleur de la noblesse des croisés furent vaincue et le roi Guy de Lusignan, emprisonné. Le général musulman Saladin ne procéda pas à des décapitations comme le font les islamistes d’aujourd’hui. Non, il offrit sa propre jument de pur-sang arabe pour permette au roi vaincu de quitter les lieux en toute dignité avec ses sujets.

Extraordinaire moment que les nains de chez nous ne seront jamais capables d’écrire dans notre histoire commune. N’oublions pas qu’après la bataille de Kirina en janvier 1235 qui se solda par la victoire des troupes de la coalition menée par Soundjata Keita. La première décision prise par le fondateur de l’empire Manding fut, de mettre la famille de Soumahoro Kanté sous sa protection, il aurait pu ordonner l’extermination de tous les Soumahoro. Mais il ne le fit pas car il avait une haute idée de ce qui était sa responsabilité devant l’histoire et c’est cela qui a permis à des Soumahoro de survivre avec certains aujourd’hui dans l’entourage d’Allassane Ouattara.

Pourquoi l’état moderne échoue toujours là ou l’Afrique traditionnelle, réussit le mieux ? La raison est simple, ils ne fonctionnent pas sur les mêmes bases et ne portent pas les mêmes valeurs. Là où humanisme doit triompher, dans l’Etat moderne c’est beaucoup plus les petits calculs qui sont privilégiés. Le résultat est devant nous, nos peuples sont plongés dans une longue nuit de honte avec nos propres semblables qui ont pris le pouvoir pour maltraiter ceux qui ne sont pas de leur groupe ethnique.

Après l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, Son épouse notre sœur Pauline Lumumba-Opango, connaîtra l’Exil, c’est auprès du président Gamal Abdel Nasser dans le quartier de Zamālek, au Caire en Egypte qu’elle trouvera paix et réconfort pour affronter la vie et l’éducation de ses enfants, sous la protection du gouvernement d’un pays arabe.

L’idée même que le gouvernement de Mobutu n’a même pas eu la décence de protéger la famille de Lumumba, reste aujourd’hui encore une cécité morale qui fait de Mobutu, même dans sa tombe l’incarnation du diable.

À la mort de notre frère le Capitaine Thomas Sankara, c’est en France chez l’ancien colonisateur que sa veuve, Mariam Sankara trouva refuge pour y élever ses enfants, il y a comme une habitude sous nos cieux où on accède au pouvoir pour maltraiter les autres. Cela procure t-il une joie et une jouissance particulière chez ceux qui exerce le pouvoir ? Ephémère, tout est éphémère ici bas. Souvenez vous de cette malédiction lancée contre Philippe le Bel et Clément V, par Jaques de Molay le grand maitre des templiers ce matin du 18 mars 1314. Sur le bûcher qui l’emporta.

«Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! »

Ne jamais abuser du pouvoir, ne jamais utiliser le pouvoir pour régler des comptes personnels. Etre juste, Ne pas s’enrichir avec le pouvoir, mais le mettre au service des plus démunis et surtout ne jamais mépriser ceux qui ne se reconnaissent pas en toi en raison de ta cruauté malfaisante.

Quel est le sens de l’arrestation à Yamoussoukro d’Alain Porquet et d’Alcide Djédjé ainsi que de leur interrogatoire par le commissaire de police Sanogo Ismaïla, originaire du Nord, rattrapage ethnique oblige, leur rétention pendant de longues heures ? Tout cela ne fait que jeter de l’huile sur le feu et retarde la cohésion nationale nécessaire pour reconstruire le vivre ensemble.

Malheur et grands malheurs aux gouvernements qui maltraitent la femme et les enfants de leurs adversaires pour faire payer aux descendants des crimes qu’ils n’ont pas commis.
Bien sur que la famille a rejeté l’aide du gouvernement du rattrapage ethnique, l’hospitalisation, l’argent pour la nourriture les médicaments, l’ambulance toutes ces propositions furent rejetées par notre frère Gossé Henri au nom de la famille.

Il ne pouvait en être autrement puisse que vous avez pris le pouvoir pour nous persécuter que devons-nous accepter de vous ? Telle est la réaction et la psychologie de cette famille que le gouvernement ivoirien n’arrive pas à comprendre avec toutes les intelligences qui le compose. Il faut toujours devancer les problèmes avant qu’ils naissent ? Ceux qui pensent qu’on peut gouverner sans le moindre esprit de prospective et d’anticipation se trompent lourdement. Ils ont échoué là ou la magnanimité était nécessaire, là ou l’attention et une simple visite aurait pu éviter ce qui est devant nous aujourd’hui.

III – Les obsèques de Dame Margueritte Gadô

A l’heure ou nous écrivons, les Bétés et les ivoiriens sensibles au décès de cette femme presque centenaire, sont entrain de cotiser pour organiser les obsèques. De loin nous voyons déjà la réhabilitation de la demeure familiale pillée par les dozos, les gogos, les sakos et les zozos, qui ont porté Allassane Ouattara au pouvoir.

Ensuite il va falloir libérer les cousins, frères et neveux qu’on a mis en prison pour rien et organiser l’arrivée en terre ivoirienne des autres membres de la famille qui sont encore au Ghana. La famille fixera ensuite la date selon sa convenance sans aucune négociation avec le gouvernement. C’est un autre bras de fer qui se pointe à l’horizon pour qui sait voir loin en commençant par ce qui est sur le bout de son nez.

Dame Gadô Margueritte était chrétienne catholique comme son défunt mari le Sergent Paul Koudou, l’église Catholique de Côte d’Ivoire, ne restera donc pas les bras croisés devant un drame humain et national. Laurent Gbagbo est un chrétien évangéliste et bien sur là aussi ceux qui ont introduit la religion et l’ethnie en politique seront servis.

De loin nous voyons le mausolée, les uniformes, les délégations de toutes les régions du pays, les convois de cars qui convergeront vers le village natale de Blouzon. Les pleures, les gémissements, les lamentations, les chants et les danses de nos parents bétés, ils interpelleront le tout puissant pour que justice soit faite.

Les chants d’hommages, de rédemption et de malédictions vers ceux qui n’ont pas de cœur et qui ont fait de la politique non pas la recherche du bien de tous mais la revanche d’une ethnie et d’une région sur les autres. De loin tous ces chants et danses nous parviennent déjà. Les bétés ont le sentiment et cela personne ne pourra le leur enlever qu’ils sont bannis de la vie politique ivoirienne.

Après Victor Biaka Boda, après Dignan Bahi, Capri Djédjé, Gris Camille, Kragbé Gnangbé, Laurent Gbagbo et Blé Goudé, ils estiment que leur groupe ethnique est menacé et maltraité dans un pays qui est le leur. Ont-il eu tord de croire en une Côte d’Ivoire plurielle ? Simone Gbagbo, sera-t-elle autorisée par ses geôliers à assister aux obsèques de sa belle mère ?

Imaginez son arrivée à Blouson ou à Gnaliépa. Comment réagira le gouvernement d’Allassane Ouattara si des partis politiques des pays amis et frères solidaires de Laurent Gbagbo, envoient des délégations aux Obsèques ? Comme vous le voyez, rien n’est réglé entre la famille et le gouvernement du rattrapage ethnique. Que reste-t-il finalement à rattraper dans un pays ou la morale et la compassion ne font plus bon ménage depuis des lustres ?

Pourquoi tant de haines et de cruautés contre eux et leurs descendants ? Tous ceux qui n’ont pas pris en compte la psychologie collective des Bété doivent repenser ici et maintenant les états d’âme de cette région très sensible de la Côte d’ivoire. Voilà pourquoi le lieu d’enterrement de la maman Margueritte Gadô, va devenir un sanctuaire, un lieu où convergeront des fleurs, des bougies, des prières et chants de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le séparatisme du rattrapage ethno tribal d’Allassane Ouattara.

La conjugaison de population qui ira aux obsèques confrontera Gagnoa et sa région à un immense problème d’hébergement et d’hospitalité hors norme. Toutes formes d’aides de l’Etat sera refusé. Les FRCI doivent se faire discret. Certains et ils sont nombreux qui s’appuyant sur une jurisprudence de la CPI souhaite que Laurent Gbagbo soit aux funérailles de sa maman.

Nous ne lui conseillons pas un tel voyage dans un environnement de dozos, de sakos, gogos et autres zozos. Certes l’amour de revoir les siens est très fort pour l’homme privé de liberté qu’il est, mais nous lui demandons en historien de se rappeler de l’assassinat de Benigno Aquino, à l’aéroport de Manille le 21 aout 1983.

Nous déconseillons aussi aux officiels du gouvernement du rattrapage ethnique d’aller se faire voir aux obsèques de dame Margueritte Gadô, car la colère de la foule pourra ressembler à ce que nous avons vu à Palerme en Sicile en septembre 1982, à l’occasion des funérailles du général antimafia Roberto dalla Chiesa, au cour duquel le premier ministre et le ministre de l’intérieur de l’Italie, furent violemment conspués et ne trouvèrent leur salut que dans une prompte retraite dans une voiture blindée.

IV – Postulat de conclusion générale

Le piétinement de la réconciliation nationale dont Ouattara et sont gouvernement n’ont que faire. Le fait que la gouvernance actuelle en Côte d’Ivoire pense pouvoir diriger le pays sur la bases du soutien français, de son armée mono ethnique, du rattrapage ethno tribal, de la menace, du mépris, des arrestations, de l’intimidations, de la violence et des l’emprisonnements, a fini par créer un climat délétère qui empoisonne le vivre ensemble dans un pays qui a tout à gagner en forgeant la confiance entre toutes les composantes de la nation.

De la mort de Paul Antoine Bohounou Bouabré, à celle de Jean-Baptiste Gomont Diagou, en passant par Mahan Gahe pour en arriver à la mort de la matriarche Margueritte Gadô, le pouvoir a toujours affiché sa distance et ne se trouve pas concerné par cette vague de décès qui affectent une partie de la nation.

Il s’accroche à ce qui a toujours été sa raison, à savoir nous avons proposé ceci et cela ils ont refusé. La main qui donne ne doit jamais écraser celle qui reçoit. Félix Houphouët-Boigny, nous avait appris à prendre soins d’un ami ou d’un adversaire dès qu’on apprend qu’il est malade. Houphouët-Boigny en personne allait à la levée de corps à Ivosep de Treichville. Houphouët rendait visite aux familles endeuillées. Cette tradition a disparu au sommet de l’Etat depuis belle lurette.

Toutes ces choses simples qui n’existent plus ont poussé progressivement tous ceux qui ne sont pas du nord à se désintéresser d’une vie nationale qui ne donne plus d’horizon pour se consacrer à un quotidien de plus en plus difficile. Ouattara oublie que le jour viendra et ce jour n’est d’ailleurs pas loin, où il aura besoin de tous les ivoiriens pour quelque chose d’important, le refus d’une bonne partie de l’opinion de son pays est déjà devant lui.

Si on y ajoute les emprisonnements, les dozos et les gogos qui écument nos campagnes, les maisons et les plantations occupées, il y a longtemps que la confiance entre l’Etat et une grande partie de la population n’existe plus. La méfiance étant la denrée la mieux partagée entre les uns et les autres, il ne faut pas s’étonner que même si Ouattara propose de l’or, des truffes et des perles à certains ils les refuseront poliment.

Le danger à moyen terme en Côte d’Ivoire, si cette crise perdure sous les cendres de ce feu mal éteint, c’est la parcellisation à terme du pays. L’Etat n’ayant plus d’autorité, parce que loin d’une bonne partie de la population avec un président qui au lieu de rassembler divise, le pouvoir complètement démonté et emporté ailleurs. L’Etat incapable d’assurer la sécurité collective des personnes et de leurs biens, amène le citoyen ivoirien à se réfugier dans sa tribu ou dans son groupe ethnique si ce n’est déjà fait.

Car il se sent mieux protégé par sa tribu, l’Etat devient ainsi une fiction juridique dans laquelle chaque communauté se bat pour son propre intérêt, ce qui conduit à terme à l’implosion du pays. Nous avons vu cela au Libéria, en Somalie et en Sierra Leone.
Qui sont des pays où l’indépendance nationale est une plaisanterie, l’intégrité territoriale, une fiction et de la souveraineté de l’Etat un rêve complètement inaccessible.

Voilà les faits que nous étalons ici devant nos lecteurs, si l’histoire proche et lointaine contredit notre vision nous serions les premiers à applaudir. Mais pour l’instant nous ne voyons aucun avenir pour un pays couché à plat ventre devant les intérêts des pays étrangers et dont le gouvernement ignore royalement les souffrances morales, économiques et sociales d’une partie de son propre peuple.

Le grand dramaturge Allemand, Bertolt Brecht, dans la bonne âme du Se-Tchouan, résume mieux ici notre propos vers les oreilles de ceux qui gouvernent la Côte d’Ivoire :

« Oh malheureux, On fait violence à votre frère, et vous fermez les yeux ! Le blessé pousse un grand cri, et vous gardez le silence. La brute rôde et choisit sa victime Et vous dites: il nous épargne, car nous ne manifestons pas de mécontentement. Quelle est donc cette ville, quels gens êtes-vous donc ? Quand une injustice arrive dans une ville, il faut qu’il y ait une émeute. Et là où il n’y a pas d’émeute, mieux vaut que la ville périsse, Par le feu avant que la nuit tombe. »

Que la paix soit au cœur de la vie politique ivoirienne, en ces moments de doutes et d’incertitudes, pour rendre au pays des éléphants sa raison d’être et son énergie créatrice.
Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI
Chercheur en communication
Lugano (Suisse)
Tel. 004179.246.53.53
Email : [email protected]

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