La Françafrique fait de la résistance :Communicants, journalistes et juristes français à l’heure de la deuxième décolonisation

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Pour ouvrir le bal et le ban, rien de tel que de tordre le cou à une chimère en vogue : à entendre le chœur des belles âmes et ses oraisons funèbres, la Françafrique serait bel et bien morte, enterrée, avec ses colifichets[1][1] Cet article s’inspire des enquêtes réalisées par l’auteur,…suite.

Politiques ou affairistes, les réseaux hérités de l’ère coloniale auraient ainsi trépassé, balayés par l’harmattan démocratique et l’ouragan de la mondialisation. Et les vestiges visibles de leur âge d’or relèveraient tout au plus de la persistance rétinienne. Pas si vite, car le cadavre bouge encore. Certes, la « Françafrique d’État », cet écheveau touffu de réseaux politiques, clientélistes, affairistes et militaires qui ont longtemps parasité, sinon dicté la politique africaine de Paris, ou ce qui en tenait lieu, s’est atomisée et privatisée. Certes, quiconque parcourt le continent sent bien qu’un cycle touche à sa fin. De Madagascar à la Côte d’Ivoire, via le Tchad, chaque convulsion africaine jette une lumière crue  sur l’archaïsme d’une relation fondée sur le dogme de la stabilité à tout prix – le fameux « lui ou le chaos » – et le primat du lien personnel entre chefs d’État, qu’aura incarné Jacques Chirac. Il n’empêche : en vertu des lois de l’évolution de l’espèce, la Françafrique mute, mais ne se rend pas. Moins d’idéologie, plus de business. Mais toujours autant d’ambiguïtés.

Sur notre lancée, faisons d’emblée un sort à cet autre fantasme, brandi tel un gri-gri par Nicolas Sarkozy : la rupture. En Afrique, il n’y aura ni rupture ni quiétude. En la matière, on aura recourt à la métaphore increvable du pétrolier sur son erre : il faut du temps et des miles au tanker pour infléchir son cap. En soi, aucune alternance n’a jamais suffi à changer la donne. Si quelques têtes tombent, la plupart des acteurs restent et les pratiques demeurent. De même, les systèmes de pouvoir en place secrètent assez d’anticorps pour atténuer, voire anéantir, toute tentative de remises à plat. Qu’on se souvienne de la mésaventure de Jean-Pierre Cot, éphémère ministre de la Coopération en 1981, victime de cette illusion d’optique qui convainquit tant de jeunes loups du PS que François Mitterrand était de gauche. L’idéalisme radical du tiers-mondiste à la tignasse bouclée, dont le credo irritait tant le Zaïrois Mobutu, l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny ou le Gabonais Omar Bongo, ne résista pas longtemps à la realpolitikmitterrandienne. Dans une moindre mesure, Alain Juppé, alors Premier ministre, se heurta aux mêmes écueils quand il prétendit rogner l’autonomie dont jouissait la « Coopé » en son bastion de la rue Monsieur. Quitte à solliciter le concours d’une poignée de dinosaures africains, les ayants droit politiques de Jacques Foccart, le Raspoutine africain du gaullisme, n’eurent alors aucun mal à convaincre Jacques Chirac de perpétuer le statu quo. Ce sera donc la Corrèze et le Zambèze.

Aussi sincères soient-ils, les procureurs les plus pugnaces de la Françafrique pèchent souvent par manichéisme, quitte à ignorer que la persistance de la dépendance repose sur une convergence d’intérêts. Et qu’elle doit beaucoup au concours d’élites africaines si habiles à manier, pour mieux en conjurer les effets, le lexique de la démocratie, de la transparence et de la bonne gouvernance. Au risque de discréditer pour longtemps des valeurs vides de sens, et de baliser ainsi les chemins des révoltes à venir. Chirac et les siens ont-ils, pour leur part, bien mesuré l’effet dévastateur que peuvent avoir sur une jeunesse amère et désœuvrée éloges posthumes et satisfecit ? Citons le communiqué calamiteux publié à l’annonce du décès, en février 2005, du Togolais  Gnassingbé Eyadéma, hommage appuyé à ce « grand ami de la France » dont on eut aimé qu’il fût aussi celui des Togolais. De même, était-il vraiment judicieux de saluer en décembre de la même année, lors du sommet Afrique-France de Bamako la « brillante réélection » d’Omar Bongo Ondimba ? Voilà de quoi alimenter la logomachie des boutefeux populistes qui, tels l’Ivoirien Charles Blé Goudé, figure de proue de la jeune garde gbagboïste, rêvent de bâtir dans l’espace subsaharien une « internationale des Patriotes ». Amant vieille France d’une Afrique rebelle, le successeur de François Mitterrand a tenté d’entretenir l’illusion d’un magnétisme dont, pourtant, le champ d’action n’a cessé de se rétracter. Et c’est sur la Croisette cannoise, à la mi-février 2007, qu’a sonné pour Chirac l’Africain l’heure du testament.

L’ethnologue désireux d’étudier sur un registre darwinien – the survival of the fittest- la capacité d’adaptation vitale des espèces évoluant aux abords du marigot franco-africain peut se pencher utilement sur trois « tribus ». Il y a d’abord les gourous de la communication, ces marabouts au teint pâle parés des atours de l’éminence grise, détenteurs supposés de formules magiques, qu’il s’agisse de peaufiner une tactique électorale ou d’amadouer créanciers et bailleurs de fonds. Les moins scrupuleux soûlent leurs commanditaires de concepts branchés, recyclant faute de mieux sous les tropiques la campagne qui, naguère, fit leur gloire dans nos frimas. Il y a ensuite les patrons de presse et les journalistes, disposés à monnayer et à brader leur prose au mieux disant. Un entretien déférent ou un portrait de complaisance ici ; là, un « dossier spécial » aux allures de piège à pubs. Il y a enfin – c’est la caste la plus secrète – la coterie des juristes et des avocats. Les uns, auréolés de leur science et de leurs titres, bricolent à la demande les constitutions, histoire d’escamoter le malheureux alinéa qui prive le despote élu d’un énième mandat et ses sujets de son immense sagesse. Les autres accourent dès qu’un tyranneau inquiet convie les enfants perdus de Thémis à certifier à la hâte la validité d’un scrutin douteux.

MARABOUTAGES

Les marabouts blancs appartiennent à une tribu étrange et méconnue dont l’étoile n’en finit plus de pâlir. Mais ses membres braconnent encore dans les coulisses des palaces et des palais. Pour étourdir le « roi nègre » en mal d’audience, le conseiller en com’ l’enivre donc de « stratégie », de « plan média », de « cœur de cible » et de « rétroplannings ». « Nos présidents croient aux astres et aux marabouts, soupire un expert congolais. Et s’y accrochent d’autant plus qu’ils savent leur pouvoir précaire. » Reste que, de Nouakchott à Bangui, le cours de la candeur s’effrite. Moins dupes qu’ils ne le furent de la magie du  paraître, les chefs d’État rechignent désormais à signer aux Blancs des bords de Seine des chèques de la même couleur. Quitte à en écouter plusieurs pour n’en choisir aucun, à solliciter l’expertise de cabinets de lobbying anglo-saxons et de griots africains, ou à préférer la mission ponctuelle au contrat de longue durée. Leur méfiance envers les plans média en kit devient patente. Et, la rente s’étiolant, les vrais rentiers se font rares, d’autant que l’essor du lobbying à l’américaine a amputé le fromage des sorciers bleu-blanc-rouge. Après la bonne gouvernance, la bonne consultance ? Là encore, n’anticipons pas. Legs culturel, la « prime au blanc » à de beaux restes, et il serait hâtif de sonner le glas de la com’ de papa pour claironner l’avènement d’une nouvelle ère : celle de l’africanisation du conseil. L’essor d’agences made in Dakar, Libreville, Brazzaville, Abidjan, Cotonou ou Yaoundé n’en est qu’à ses prémices. Si l’on « indigénise », c’est à petits pas, voire à reculons. Le continent et ses chefs doivent déjà digérer le Recamp, ou Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, noble corollaire du désengagement militaire français ; et voilà qu’il leur faut composer avec un Recamp civil : le Renforcement des capacités africaines de marketing politique. Or, si tous appellent de leurs vœux la fin d’une dépendance périmée, rares sont les présidents prêts à confier les clés de leur image à des compatriotes. Un expert du Quai d’Orsay admet :

« Le jeu subtil des équilibres ethniques, régionaux ou confessionnels nous échappe souvent. Mais le chef préfère livrer ses secrets de famille à l’étranger plutôt qu’au frère ou au cousin. Sait-on jamais… D’autant que sur le terrain de la compétence, l’Occidental continue de bénéficier d’une présomption de supériorité. Justifiée ou pas[2][2] La plupart des personnages cités dans ce texte ont requis…suite. »

Quelles figures émergent de cette tribu-là ? Les noms et les visages sont parfois familiers, même si le grand public ignore tout ou presque du tropisme africain des intéressés. Beaucoup, tels Jacques Séguéla, son cadet Stéphane Fouks, Thierry Saussez, Anne Méaux, Patricia Balme, Marc Bousquet, Jean-Noël Tassez ou Jean-François Probst exercent leurs talents sur la scène hexagonale. Pour ceux-là, le marché africain s’apparente un peu à la tournée en province. On s’y remplume, on y soigne un ego endolori, on y recycle avec un bonheur inégal les trucs et les recettes testés dans l’arène française, et l’on y arrondit le chiffre d’affaires, sans toujours forcer son génie. « L’Afrique, concède Saussez (Image et Stratégie), reste l’un des ultimes endroits où vivre ses émotions. S’y lancer, c‘était aussi, convenons-en, une façon de retrouver là-bas le lustre perdu ici, d’exister dans les médias au gré des conférences et des bouquins[3][3] Entretien avec l’auteur, 12 mai 2006. …suite. »

Il n’est pas rare que la confusion des genres et le conflit de loyauté guettent : que penser d’un ponte de la com’ qui, par exemple, prodiguerait simultanément ses conseils au ministre français de la Défense et au président africain hébergeant sur leur sol, bon gré mal gré, des soldats venus de l’Hexagone ? Aujourd’hui au cabinet de Renaud Dutreil, ministre du Commerce et de l’Artisanat, hier proche de Michèle Alliot-Marie, Patricia Balme épaule par ailleurs le Centrafricain François Bozizé, le Camerounais Paul Biya et le prétendant ivoirien Alassane Ouattara. Dans le domaine du media training, Jean-Luc Mano initie simultanément la même MAM et le Togolais Faure Gnassingbé, de même qu’il orchestre au Gabon les soirées électorales télévisées. Les allégeances des acteurs de cette troupe couvrent tout le spectre partisan, de l’extrême-droite à l’ultra-gauche. Certains ont d’ailleurs renoncé à une carrière politique – à moins que la carrière eût renoncé à eux ? – pour s’aventurer sur le marché du conseil. Et quelques-uns ont eu ou ont encore à rendre des comptes à la justice tricolore.

CUISINE ET DÉPENDANCES

Comment dit-on « omerta » en wolof, en dioula ou en swahili ? En Afrique plus qu’ailleurs, une tenace loi du silence éclipse les méfaits des médias. Prompts à flétrir les turpitudes des tyranneaux élus ou galonnés et à infliger à la terre entière des leçons de probité, les journalistes rechignent à balayer devant leur porte. Dommage. Car l’ouvrage ne manque pas.

Sortilège ? Aucun titre de la presse panafricaine, pas même le plus prestigieux, n’a survécu sans s’affranchir des règles de l’éthique, souvent moins impérieuses que celles d’un marché étriqué. Navire amiral de cette flottille de papier, l’hebdomadaire Jeune Afrique (JA), fondé en 1960, doit sa longévité au charisme et à la pugnacité de son fondateur, le Franco-Tunisien Béchir Ben Yahmed, alias Sy Béchir, mais aussi à un pragmatisme commercial qui confine au cynisme. Car « JA » monnaie volontiers ses pages auprès des présidences. En contrepartie de l’achat d’espaces publicitaires par les ministères ou les entreprises publiques, on obtient un cahier spécial à la tonalité bienveillante, voire un de ces longs entretiens censés asseoir votre stature d’homme d’État. En revanche, gare aux candidats qui ont l’outrecuidance de décliner le « plan de communication » qu’on a la bonté de leur offrir. À la clé, un singulier patchwork que le lecteur initié saura ne pas lire au premier degré. Des reportages ou des analyses d’excellente tenue – pour un peu, on écrirait « de bonne facture » – y côtoient des papiers flagorneurs et des portraits affligeants de déférence. Les récits les plus incisifs portent d’ordinaire sur des régimes dont le potentiel, en termes de recettes publicitaires, s’avère modeste ou aléatoire.

Pour quiconque ignore tout du contrat de publicité signé en 2003 avec Kigali, la volte-face éditoriale envers le Rwanda de Paul Kagamé est pour le moins déroutante. Jadis indulgent envers le défunt président – et fidèle client – Juvénal Habyarimana, au point de tarder à admettre la réalité du génocide de 1994 et de malmener dans ses colonnes les rebelles du Front patriotique rwandais, JA finira par découvrir sur le tard les mérites de « Mr K ». Tout aussi insolite fut la brusque conversion mauritanienne : après avoir chanté des années durant les louanges du président Maaouiya Ould Taya, l’hebdo ceindra hâtivement de lauriers le front de son tombeur Ely Ould Mohamad Vall, parvenu au pouvoir le 3 août 2005 à la faveur d’un coup d’État. Voici donc, côté pile, un journal qui grâce à son enracinement de longue date au sein des élites africaines, au talent et à l’énergie de ses « plumes » comme à la densité de son réseau de distribution, parvient à contenir l’érosion de son audience, rongée par l’essor d’une presse africaine aussi vivace qu’inégale. Et, côté face, une entreprise qui, soucieuse de sa pérennité, a érigé en système une version policée du chantage institutionnel. Jeune Afrique, objectent ses cadres, est un miracle permanent : un titre libre pour des lecteurs qui ne le sont pas et n’ont le plus souvent pas les moyens de l’acheter.

Point d’angélisme. Quel magazine peut prétendre vivre de l’air du temps, de ses seules ventes ou des largesses d’un mécène pur et parfait ? Reste que ce principe de réalité ne tient plus quand l’impératif budgétaire dicte les avatars, souvent déconcertants, de la ligne éditoriale. Quelle ligne ? À ceux qui lui reprochent d’en manquer, Sy Béchir se plaît à rétorquer que les cimetières sont pleins de journaux qui en étaient pourvus. Il n’empêche : le recours systématique à des stratagèmes commerciaux déplorables mine la crédibilité du titre. Et, pire encore, alimente l’argumentaire des nihilistes, convaincus qu’il n’y a pas de place, sur le marché des médias panafricains francophones, pour un magazine de qualité authentiquement indépendant[4][4] Bien peu ont échappé à la malédiction, comme l’atteste…

Les bourrasques qui ébranlent les gazettes balaient aussi les revues haut de gamme. Pour preuve, les tourments de Géopolitique africaine et de son clone anglophoneAfrican geopolitics, trimestriels en cale sèche depuis la parution du numéro 22 (printemps 2006). Les mésaventures de ce périodique confidentiel démontrent à quel point le contrôle d’un organe à vocation panafricaine, voire planétaire, demeure un enjeu crucial, tant politique que financier. L’orage a  éclaté au lendemain du décès, le 25 mai 2005, d’André Soussan, directeur des rédactions et clé de voûte d’un gouvernement familial. Pour les uns, la crise n’est que le reflet d’une querelle de succession ou de dérives comptables. Pour d’autres, elle dévoile au grand jour le conflit entre deux écoles : celle qui tient à préserver le standing et la ligne supposée pluraliste du titre, et celle qui rêve d’en faire un instrument de prestige au service de son bienfaiteur, Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo, président en exercice de l’Union africaine (UA) et président d’honneur du comité éditorial de la revue, après avoir été celui du défunt « comité des consultants ». Hypothèse convaincante si l’on en juge par le rôle clé assigné à trois fidèles de Sassou dans la reprise en main opérée fin 2006[5][5] La Lettre du Continent, n° 508, 21 décembre 2006. …

l’ambassadeur congolais à Paris, Henri Lopes, le patron des Dépêches de Brazzaville, Jean-Paul Pigasse, et son ami Patrick Wajsman. Bien sûr, à l’image de Politique internationale, la revue qu’anime le dernier nommé, et dont elle est un peu la nièce africaine, « GA » ouvre largement ses colonnes à des auteurs incontestables, universitaires ou journalistes, même si ces esprits libres côtoient des confrères inattendus, tels Pascal Drouhaud, sobrement présenté comme un « spécialiste des relations internationales » mais qui, en fait de relations internationales, n’était autre jusqu’à l’automne 2006 que le directeur de celles de l’UMP. Pour autant, l’ombre du chef d’État congolais plane sur la revue. « Il est vrai qu’elle a été créée par lui et avec lui », concède Pigasse[6][6] Entretien avec l’auteur, 1er juin 2006. …suite.

Son empreinte peut prendre un tour plus lisible. L’article d’ouverture de la dernière livraison en date porte sur le « président de l’Afrique ». Plus loin, dans la rubrique « Document », on offre au lecteur le texte intégral de l’allocution prononcée à Khartoum le 24 janvier 2006 par Sassou, tout juste porté à la tête de l’UA. Dans des livraisons antérieures, on avait eu droit à un long entretien avec le mécène congolais, ou à une dissertation élogieuse sur la « doctrine Sassou Nguesso pour la paix et la sécurité en Afrique ».

Les entorses à l’éthique ne sont nullement l’apanage des médias panafricains. Dans la presse française, qui peine encore à s’affranchir de la fascination incestueuse que lui inspirent les pouvoirs, les pratiques de corruption, d’ordinaire passive, perdurent. D’autant que, rompus au maniement de la culpabilité coloniale, les chefs d’État et leur entourage excellent, à l’heure des cadeaux, dans l’invocation de la tradition ou d’un tropisme culturel africain : « Comment, cher ami, mais vous êtes mon hôte. En refusant, vous m’offenseriez. » Maints journalistes finissent par abdiquer, non par vénalité, mais par souci de ne pas heurter leurs interlocuteurs. Celui qui se dérobe au rite des cadeaux ou du per diem en cash s’expose à ce dilemme : soit il passe pour un goujat prompt à piétiner une coutume ancestrale, soit on le soupçonne de vouloir faire monter les enchères. Outre les égards dus aux usages locaux,  trois facteurs éclairent la persistance de la corruption: la résignation, la certitude de l’impunité et l’absence de preuves matérielles, rarissimes en l’espèce.

On peut bien entendu faire moins grossier. En Afrique comme ailleurs, le reportage aux frais de la princesse est une calamité pleine d’avenir, que l’offre émane directement de la présidence ou transite par une agence de com’. Et ce d’autant que l’intransigeance déontologique résiste mal aux effets conjugués de l’effondrement durable des recettes publicitaires et du déclin des ventes. Bien sûr, la puissance invitante s’empresse d’invoquer son respect de la liberté de ses hôtes dont, cela va de soi, « elle n’attend rien en retour ». Galéjade : comment dès lors ne pas retenir la plume, fût-ce inconsciemment, par souci de bien-séance ? Et que vaut alors le crédit du débiteur ? Toute hôtesse bien née sait cela: l’art de recevoir s’enrichit d’une infinité de variantes. Pour preuve, le voyage de presse thématique, apparemment dépourvu de tout contenu politique. Valeur en hausse ? L’environnement. C’est ainsi que l’on vit fleurir début 2005 dans les journaux français des reportages consacrés aux parcs naturels gabonais, témoins d’une louable volonté de préserver la forêt tropicale et sa faune. Le secret de cette éclosion : une virée orchestrée par Focus Média, agence fondée par l’un des fils de Béchir Ben Yahmed, avec le concours de l’Autorité gabonaise des parcs nationaux, d’un organisme américain et d’un milliardaire yankee, propriétaire de l’une des enclaves protégées.

Pour soigner leur image, les régimes africains demeurent friands d’un autre procédé, que des cabinets leur facturent à prix d’or : la publicité rédactionnelle. Un genre bâtard consistant à parer des atours du journalisme la promotion du pays, de ses dirigeants et de ses décideurs. Publiscopie, publireportage, publi-information, message, communiqué : quel que soit le nom qu’ils se donnent, en caractères microscopiques de préférence, ces encarts avancent masqués, quitte à imiter le code typographique du quotidien ou du magazine où ils trouvent refuge. À la lecture, ils se révèlent, sauf exception, d’une consternante médiocrité. Style pompier, bâclé et truffé de clichés, mise en pages sommaire, photos d’amateur : le « publi » sert rarement les intérêts du commanditaire et altère l’image du support qui l’héberge. Au sein des rédactions, l’irruption de ces papiers peut d’ailleurs susciter de vives tensions entre les journalistes et leur direction, voire avec les collègues qui ont pour mission – ingrate en ces temps de disette – d’attirer les recettes publicitaires. Le service Étranger du Monde n’a ainsi jamais digéré les « dossiers pays », plutôt réussis techniquement, concoctés par l’« agence de presse » InterFrance Média. En 2005, Le Monde 2,  supplément hebdomadaire, gratifia ses lecteurs d’un cahier spécial sur « l’expression culturelle » au Cameroun. Et il fallait un regard d’aigle pour déchiffrer la mention figurant au bas de la première page : « Publireportage entièrement conçu par Altermédia, seule responsable de son contenu ». Le quotidien du boulevard Auguste Blanqui cédera de nouveau à la tentation à la mi-septembre 2006. On y découvre, sur quatre pages qu’égaie une jolie frise dessinée, une « réalisation Altermédia pour Startline Communication », à la gloire du même Cameroun et de son chef. Une mention insolite, placée au pied de la page d’ouverture sous l’effigie de Paul Biya, intrigue : « Cahier du Monde daté dimanche 17-lundi 18 septembre 2006, n° 19174. Ne peut être vendu séparément ». Il ne manquerait plus que ça. Là encore, on se gardera de toute candeur. Tant il est vrai qu’en la matière, le purisme condamnerait plus d’un journal à une mort certaine. En revanche, le respect dû au lecteur impose a minima un effort de transparence.

Pour amadouer la fée cathodique, hommes et femmes de pouvoir sont prêts à tout. Y compris à s’en remettre au pouvoir supposé magique d’un marabout au teint pâle, ancienne gloire de la télévision française de préférence. Le virus n’a rien d’exclusivement africain. Il frappe sous toutes les latitudes, terrasse le cador du CAC 40 comme l’aspirant député, le ministre ou l’apparatchik happé par le halo des feux de la rampe. Mais il trouve sur le continent noir, éden de l’oralité, un terrain de jeux rêvé. Plusieurs chefs d’État ont ainsi fait aménager un studio dernier cri dans l’enceinte du palais. Pour y enregistrer commodément les adresses à la nation, certes, mais aussi pour affiner leur technique. Envoûté, l’élève abdique d’ordinaire tout sens critique ; le tyran implacable avale trucs et consignes avec une docilité d’agneau. Bienvenue au royaume du media training. Royaume un tantinet fictif : vu d’Afrique, le procédé consiste pour l’essentiel à enseigner au prix fort au patron l’art de répondre à des questions que, selon toute vraisemblance, on ne lui posera jamais.

15Dans un entretien publié en juin 2006 par la revue Médias, Jacques Attali, ancien sherpa de François Mitterrand contaminé un temps par le virus africain, glorifie ainsi les « extras » tant prisés dans la presse : « Le ménage est au journaliste ce que le concert est au musicien par rapport au disque : du spectacle vivant. » L’ancien conseiller spécial de François Mitterrand omet un détail : c’est qu’à force de mettre leur crédit à l’encan, ses concertistes finiront par jouer devant des salles désertes.

DRÔLES DE PÈLERINS

Le coup de sang date du 7 mars 2005. Ce jour-là, Alpha Oumar Konaré, président de la commission de l’Union africaine cloue au pilori les « mercenaires  en col blanc », juristes prompts à parer de pourpre et d’hermine les bricolages constitutionnels de potentats africains allergiques à l’alternance. Il faut dire que le contexte s’y prête : un mois après le décès de son grand timonier, Gnassingbé Eyadéma, le Togo est alors le théâtre d’une funeste mascarade orchestrée par Charles Debbasch, éminent universitaire français et Machiavel de la dynastie togolaise. Peu enclin aux litotes en vogue dans les chancelleries, Konaré plaide pour la « tolérance zéro » envers les putschs institutionnels. À défaut, poursuit l’ancien chef d’État malien, entre courroux et dépit, « nous ouvrirons la voie à une épidémie de coups d’État, de révolutions de palais et de manipulations, la Constitution devenant l’alibi de dispositions antidémocratiques nourries à coups de debbascheries AFP, 4 septembre 2005. Désabusé, « AOK » a…suite. »

Les motivations de la caste des « pèlerins constitutionnels », qui sillonnent le continent pour ravauder les lois fondamentales à la demande, n’ont rien de mystérieux. Il y a bien sûr l’appât du gain. Un conseiller élyséen confie :

« Pour le juriste qui manque d’argent, mais pas de notoriété, le continent offre encore un gisement de ressources. On peut y tripler ses revenus, car les présidents ne comptent pas. »

19D’autres facteurs, moins prosaïques, alimentent les vocations. À commencer par l’ivresse que procure le statut de faiseur de rois ou de conseiller occulte du Prince. Chez certain, cette griserie s’accompagne, au choix, d’un soupçon de paternalisme néocolonial – celui du missionnaire laïc et républicain – ou d’un reliquat de nostalgie tiers-mondiste. Enfin, on se gardera de sous-estimer la fascination qu’exercent parfois sur des experts voués en France au régime austère de l’université le tapis rouge, le vol en première classe, le palace et la limousine avec chauffeur et escorte. Les Paganinis du droit public n’ont pourtant pas à forcer leur talent. Beaucoup se bornent à africaniser quelque peu une matrice constitutionnelle qui fleure bon notre Ve République. Et, à l’heure de la révision, qu’elle soit validée par le parlement ou sanctifiée au fond des urnes, l’effort porte souvent sur des enjeux élémentaires : la limitation du nombre de mandats présidentiels, leur durée, l’âge du capitaine, les critères d’éligibilité ou de citoyenneté, la création ou la suppression d’une seconde chambre. La tâche peut bien entendu s’avérer plus ardue lorsqu’il s’agit, par exemple, d’instiller une dose de fédéralisme dans un pays écartelé, ou de corriger l’équilibre entre exécutif et législatif. Là encore, on évitera de céder à la tentation de la caricature. Les excellences africaines n’ont pas toujours besoin d’un érudit hexagonal pour trafiquer la règle du jeu au beau milieu du  match. En maintes occasions, les « pèlerins » ont fait œuvre utile. Au nom de quel principe prétendrait-on bannir en Afrique des pratiques si communes sous nos latitudes ? Après tout, la sacro-sainte Constitution de 1958 a subi en un demi-siècle dix-sept retouches. En soi, la rédaction, la refonte ou le toilettage d’une loi fondamentale n’ont rien d’intrinsèquement pervers.

La chronique des « conseils de révision » est, comme il se doit, jalonnée de serments trahis. Quand il évince Habib Bourguiba en 1987, le Tunisien Zine el Abidine Ben Ali s’engage à en finir avec la présidence à vie. L’année suivante, la Constitution revue et corrigée circonscrit toute destinée présidentielle à trois mandats. Mais en 2002, soucieux de ne pas priver son pays d’un barreur aussi inspiré, Ben Ali cède aux insistantes pressions des Amis du cheval berbère et des Masseurs de bain maures[8][8] Ces associations figuraient parmi les initiatrices de la…

suite, bientôt imité par les cadres et les militants du Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti au pouvoir. Le Gabonais Omar Bongo, le Togolais Gnassingbé Eyadéma et le Tchadien Idriss Déby ont tour à tour promis de s’effacer au terme de leur mission, avant de se raviser. En 2001, Idriss Déby affirmait ainsi : « Je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle de 2006. Je ne modifierai pas la Constitution, quand bien même j’aurais une majorité de 100 %. Je le dis haut et fort : ce qui me reste à faire au cours de mon dernier mandat, c’est de préparer le Tchad à l’alternance au pouvoir, une alternance démocratique et pacifique, sans rupture[9][9] Le Monde, 4 juin 2001. …suite. »

Mettons cela à son crédit : de rupture, il n’y eut point. Le référendum de juin 2005 a en effet permis à l’ancien chef rebelle, déjà ébranlé à l’époque par une mutinerie venue de l’Est, de briguer un troisième quinquennat. Au Gabon, le Parlement, réuni en congrès en 2003, a lui aussi supprimé l’interdiction de concourir pour une troisième levée. Déjà, en avril 1997, les élus avaient troqué le quinquennat contre le septennat, offrant à Papa Bongo un cinq-à-sept institutionnel. Vu de Libreville, l’usage vient de loin : en 1967, le jeune Albert-Bernard Bongo, ainsi prénommé jusqu’à sa conversion à l’islam, exerce les fonctions de vice-président auprès de Léon Mba, miné par un cancer. Il faudra un tour de passe-passe constitutionnel, opéré avec l’aval du mourant et la bénédiction de Paris, pour lui confier la succession.

23Un petit pays du golfe de Guinée, doigt de gant fiché dans le flanc de l’Afrique, survole le palmarès des replâtrages ad hoc : le Togo. Le décès brutal, le 5 février 2005, de celui qui disputait à Bongo la dignité de doyen du continent va donner les trois coups d’une pantomime dont les minutes mériteraient de figurer dans tous les manuels de droit public[10][10] Pour un récit détaillé de cet épisode, ainsi que sur…

Qui convie le juriste bleu-blanc-rouge à descendre dans l’arène ? Parfois, un collègue africain ou un ancien étudiant devenu ministre, ambassadeur ou haut fonctionnaire. Mais l’invitation peut aussi passer par le canal du Quai  d’Orsay, du ministère de la Coopération ou de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). L’ordre de mission peut encore émaner de l’Élysée et de Jacques Chirac lui-même. Président du Conseil constitutionnel de 2004 à 2007, Pierre Mazeaud le sait mieux que personne. Simple comme un coup de fil présidentiel : « Dis donc, Pierre, le petit Kabila a besoin d’un coup de main. Il faut vraiment que tu ailles voir à Kinshasa ». C’est ainsi que le montagnard au verbe dru, héritier d’une lignée de professeurs de droit et de députés, s’attelle à la loi fondamentale de la République démocratique du Congo : revient-il à celui qui préside le cénacle institutionnel suprême de la République de dispenser ça et là ses avis ? Pas sûr.

Non content de prendre la plume[11][11] Pour un aperçu des oracles délivrés par les « pèlerins…

suite, le pèlerin chausse volontiers ses lunettes pour veiller, avec d’autres, et d’un œil avisé, sur le bon déroulement de tel processus électoral. En l’espèce, le pire côtoie le meilleur. Il arrive que d’éminents observateurs n’observent qu’un silence complice. Parfois, la myopie de nos vigies démocratiques relègue la mission au rang de farce. Tel fut le cas au Gabon, théâtre, lors de la présidentielle de décembre 1998, de la désolante équipée d’une douzaine de magistrats et d’avocats, dont Mes Francis Szpiner et Gilles-William Goldnadel, emmenés par le futur député UMP Georges Fenech. Parrainés par Me Robert Bourgi, conservateur en chef de l’idéal foccartien et homme de confiance d’Omar Bongo, ces ténors du barreau ont alors cautionné au terme d’une mission fort peu incisive, un scrutin soigneusement verrouillé. Même quand ils présentent toutes les apparences du sérieux, les comptes rendus de fins de mission peinent à convaincre de l’efficacité des survols de nos guetteurs. Car, le plus souvent, ces derniers arrivent trop tard, repartent trop tôt, et se bornent à visiter brièvement deux ou trois bureaux de vote aisément accessibles, de préférence dans la capitale, avant de rédiger un blanc-seing.

DESHONORIS CAUSA

Il y a mille manières, pour une grande école, un institut, une université, de ternir, sinon d’anéantir le prestige dont jouissent en France les temples du  savoir. La direction peut, on l’a vu, dépêcher des juristes capés au chevet d’un autocrate mal dans ses lois, ou cautionner ses agissements par son silence. Elle peut aussi prier un professeur fameux de veiller sur la thèse du fils ou de la fille d’une excellence. Mais il existe une méthode plus infaillible encore : brader au profit de chefs d’État avides de lauriers les titres et les diplômes. Attribué, si l’on s’en tient au sens latin, « pour l’honneur », le doctorat honoris causa devient alors déshonorant — moins pour le récipiendaire, au pire suspect de vanité, que pour ceux qui le lui décernent[12][12] Pour le doctorat remis le 23 avril 2004 par l’université…

Quiconque sillonne l’Afrique et ses palais entrevoit souvent la silhouette de quelques ténors du barreau. Logique : le continent procure à la tribu des avocats un attrayant prétoire, gage de notoriété et d’honoraires plus ou moins honorables. Des clients aussi célèbres que controversés, des procès retentissants et lucratifs, un accès privilégié aux coulisses du pouvoir : séduisant fond de commerce. D’autant que le conseil se fait très vite conseiller, pour peu qu’il ait su tirer au moment opportun le prince d’un mauvais pas. Dans ce registre, Jacques Vergès et Roland Dumas rivalisent de zèle à la cour d’Omar Bongo ou chez Laurent Gbagbo. Quel régal, au demeurant, pour le Président ivoirien de s’offrir, à l’heure de défier l’ancienne puissance coloniale, les services de celui qui fut tour à tour l’intime de François Mitterrand, son ministre des Affaires étrangères puis le président du Conseil constitutionnel…

28Inutile d’insister : le lecteur devine au fil de ces pages que le « désir d’Afrique » des politiques transcende le clivage droite-gauche. Certes, les turpitudes africaines de Charles Pasqua et de son clan méritent a minima une thèse de doctorat. Mais de Michel Rocard à Bernard Kouchner, maintes figures de proue d’une gauche réputée morale se coudoient dans les antichambres des présidences africaines, de Lomé à Brazza et de Libreville à Yaoundé, où on leur passe commande de rapports à l’intérêt aléatoire. Délégué national à l’Afrique du Parti socialiste depuis 1993 et contempteur implacable des marabouts blancs dont le cœur bat à gauche, Guy Labertit a renoncé à ses fonctions en septembre dernier pour fonder un cabinet de conseil dont il est le gérant associé. Et jure, acceptons-en l’augure, d’obéir aux canons de l’éthique. Anciens ministres, députés et sénateurs marchent volontiers sur les brisées des consultants, armés de leur notoriété et du crédit, souvent illusoire, dont ils prétendent jouir à l’Élysée, à Matignon ou au Quai d’Orsay. Au risque de brouiller les canaux de communication d’une politique africaine qui n’a nul besoin de cela pour paraître indéchiffrable. Le défilé des cadors qui, à chaque séjour parisien d’Omar Bongo, se pressent sur le seuil de sa suite de l’hôtel Meurice, atteste lui aussi un œcuménisme touchant. Nul mieux que les chasseurs de ce palace de la rue de Rivoli, à deux pas de la Concorde, ne mesure la persistance des archaïsmes franco-africains. Vieux chevaux de retour ou fringants  poulains : tous ou presque sacrifient au rituel. Dans la Chiraquie finissante, plus d’un jeune loup doit en partie son maroquin à l’oracle chuintant du roi du Bongoland. « Dis donc, Jacques, j’ai vu untel. Il est pas mal… » Une mention « bien » au grand oral du petit Omar ne saurait nuire à la carrière.

En l’espèce, Nicolas Sarkozy, visiteur assidu du Meurice, ne professe qu’une version édulcorée de la rupture. Il est en outre, avec Dominique de Villepin, l’un des rares élus à être reçu au domicile parisien de Papa Bongo, niché dans une impasse cossue du XVIe arrondissement, en compagnie le cas échéant de son sherpa Claude Guéant. Au printemps 2006, le candidat de l’UMP prononça au Mali comme au Bénin des discours volontaristes sur la nécessité d’en finir avec les mœurs délétères de la Françafrique. Fort bien. Mais trois écueils en atténuent la portée. D’abord, la nébuleuse post-gaulliste n’a jamais été chiche de credo du même tonneau. Ensuite, tout porte à croire que les impromptus de Bamako et Cotonou obéissaient avant tout au souci de se démarquer du président sortant. Enfin, élu des Hauts-de-Seine, ce département nanti qui, sous Pasqua, politisa jusqu’au dévoiement le concept même de coopération décentralisée, « Sarko » devra traduire en actes son souci affiché de modernité. On ne se souvient pas l’avoir souvent entendu s’offusquer de cette forme très singulière de discrimination positive, qui fit le bonheur, sinon des Gabonais, du moins des dignitaires du Haut-Ogooué, fief de l’ami Omar. Dans un long entretien publié le 5 novembre 2006 par Jeune Afrique, le patron de l’UMP dévoile son catéchisme africain. Au nom des vertus du « langage de vérité », il soutient que « nous n’avons pas besoin économiquement de l’Afrique » et récuse « l’idée fausse » qui veut que « le retard de développement du continent serait dû exclusivement aux pays riches et à la colonisation ». De même, l’ancien ministre de l’Intérieur se propose de « mettre un terme à ce système de relations personnelles dans lequel on traite indistinctement avec les démocraties et les dictatures ». Suivez son regard… « Les Africains, insiste-t-il, savent que je suis un véritable ami. » Pour autant, le prétendant à l’Élysée déjoue sobrement le piège sentimental. Aime-t-il l’Afrique ? « Je m’y intéresse et je la respecte. »

Le credo n’est pas maladroit : il arrive que les mariages de raison résistent mieux que les folles passions à l’épreuve du temps

Vincent Hugeux

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