Dadis Camara : Je suis un homme d’Etat et non un plaisantin, ou un alcoolique

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De passage à Ouagadougou en provenance de Lomé et Niamey, j’ai rendu visite, ce jeudi 22 mars 2012, au Président Moussa Dadis Camara en séjour dans la capitale du Faso depuis trois ans. Logé dans le quartier chic de Ouaga 2000, le bouillant Capitaine n’a point perdu sa verve. Il est, cependant, devenu plus serein et pondéré. Arrivé à sa Résidence de Ouaga 2000, située non loin du palais Kosyam (Présidence de la République du Faso), l’ex homme fort de Conakry m’a accueilli avec beaucoup d’enthousiasme.

D’un sujet à un autre, nous sommes parvenus, malgré lui, à un entretien plus ou moins long, nonobstant la réticence du Capitaine Dadis Camara d’aborder certains sujets comme celui des attaques du général Konaté contre sa personne. A noter que le Capitaine est venu plus tard, me rendre visite à l’hôtel, situé dans le même quartier.

Le Défi : Bonjour Monsieur le Président, Comment allez-vous ?

Capitaine Dadis Camara : Je vais bien comme vous le constatez. Je suis en pleine forme et rien ne me manque ici. J’ai tout ce qu’il faut et cela grâce à Dieu le Tout-Puissant, au peuple burkinabè et à mon grand frère le Président Blaise Compaoré qui ne ménage aucun effort pour m’entourer de tous les soins. Je les en remercie infiniment.

Le Défi : Avez-vous des nouvelles de notre pays, la Guinée ?

Capitaine Moussa Dadis Camara : Oui, je suis régulièrement informé de ce qui s’y passe. En plus de la famille et des amis, je suis en contact régulier avec monsieur le Président Alpha Condé, que je salue et encourage au passage. Certains frères de l’opposition aussi me rendent souvent visite lorsqu’ils sont de passage ici à Ouagadougou. Je les en remercie tous.

Le Défi : Alors, quand est-ce comptez-vous retourner au pays ?

Moussa Dadis Camara : j’y retournerai lorsque Dieu, le Tout-Puissant, le voudra.

Le Défi : Par ailleurs, avez-vous entendu ce que le Général Sékouba Konaté a dit de vous ?

Moussa Dadis Camara : Vous savez, cela me fait vraiment rire, oh mon Dieu !

Le Défi : Que vous soyez attaqué et insulté par Konaté, cela vous fait-il rire ?

Moussa Dadis Camara : Oui, franchement c’est marrant. Konaté, m’insulter moi Dadis ? Ça doit étonner plus d’un militaire guinéen (rires nourris). Je ne considère pas ça du tout.

Le Défi : C’est quand même la deuxième fois que votre ami vous attaque et vous insulte non ?

Moussa Dadis Camara: Oui en effet. Mais vous savez, cela peut très bien se comprendre. Il tente en vain de déverser son venin. Il faut le comprendre, il a été plusieurs fois frustré pour ne pas dire complètement meurtri. D’abord pour n’avoir pas pu prendre le pouvoir à la mort du général Lansana Conté et aussi, pour d’autres raisons très graves et plus ou moins connues.

Le Défi : N’est-ce pas lui qui vous a donné le pouvoir ?

Moussa Dadis Camara : Non et non !
Non, pas du tout mon cher ami, vous le savez bien. (Ndlr : A cet instant le ton commence sérieusement à monter)

Le Défi : Non je n’en sais rien, sans blague, monsieur le Président !

Moussa Dadis Camara : Alors, à la mort du général Lansana Conté, paix à son âme, nous étions trois postulants pour le même fauteuil. Il y avait lui Sékouba, le Général Mamadouba Toto Camara et moi-même. Personne de nous trois ne voulait laisser pour l’autre. C’est à travers la troupe et le collectif des officiers présents ce jour au camp Alpha Yaya Diallo, dont le Général Mathurin Bangoura, qui pilotait les discutions et les négociations, que j’ai été choisi. Figurez-vous que je n’étais même pas dans la salle de réunion à l’étage pour les pourparlers. Je suis resté serein avec mes hommes et la troupe dehors, et eux, étaient à l’intérieur pour trouver une solution. C’est, un moment après, que le Général Mathurin Bangoura est venu au balcon du premier étage du bloc administratif, du Camp Alpha Yaya Diallo, pour me dire ceci : « Mon Capitaine Dadis, venez ici s’il vous plait. Montez, tout est déjà fini ! »

A cet instant, les hommes étaient prêts à ouvrir le feu si jamais quelqu’un, outre que moi, tentait de toucher au pouvoir. J’ai passé beaucoup de temps à préparer ce jour et je ne voyais pas comment quelqu’un qui n’a aucune attache, aucune base avec les hommes de rang, les sous-officiers et officiers, et qui ne savait même pas ce qui se passait dans la capitale et qui était en plus, basé à l’intérieur du pays, à Macenta, à la frontière libérienne depuis plus de dix ans, avec seulement un petit détachement militaire qui est loin d’être un bataillon, prendre le pouvoir devant moi. Moi qui sais aimer et respecter la troupe. J’étais suffisamment fort et bien entouré, bien encadré par le collectif des officiers, sous-officiers et hommes de rang pour prendre, sans que personne n’ose me contredire, le pouvoir. C’est ainsi, circonstances obligent, après des discutions houleuses, qu’il a été déclaré publiquement par le collectif : « Capitaine Dadis, après débats et avis, vous êtes le Président du CNDD, Président de la République et Commandant en Chef des Forces Armées de Guinée ».

A cet instant, Sékouba Konaté a failli se suicider mais en fait, il n’osait même pas montrer sa frustration au risque de se faire discipliner par les hommes, ivres de joie et de fierté. Vous pouvez vérifier tout ça en interrogeant certains officiers dont le Général Mathurin Bangoura (actuel ministre de l’Habitat), le Colonel Tidiane Camara (ex Directeur des Garages du Gouvernement), Le Colonel Claude Pivi (ministre de la Sécurité présidentielle), le Général Idi Amin (actuel Directeur de Cabinet du ministère de la Défense) et le Colonel Moussa Keita pour ne citer que ceux-là. Tous ont participé à la rédaction du Communiqué du CNDD pour la prise du pouvoir. Ils sont à Conakry, ils peuvent en témoigner. C’est à BATA (Bataillon Autonome des Troupes Aéroportés) que ce communiqué a été rédigé par le collectif des officiers et sous-officiers.

Et, c’est de là, avec la permission de ce collectif et à cause de tout le respect dont je jouis de la part des officiers, sous-officiers et hommes de rang, que je suis allé, accompagné d’un groupe important dont Sékouba Konaté lui même, à la RTG (Radio Télévision Guinéenne) pour lire la déclaration de la prise du pouvoir par l’armée. C’est dans son fief de BATA, où il était le Commandant que je me suis imposé sur lui. Devant ses hommes qui étaient acquis à ma cause et qui me font entièrement confiance. Sékouba m’a même supplié à la RTG de Koloma de le laisser lire le communiqué ; ce que j’ai balayé d’un revers de main.
En plus, la troupe mise de côté, entre nous militaires, on se connaît bien. Ce n’est pas puisque quelqu’un est gros qu’il est forcément fort. Entre nous, nous savons qui est capable de quoi.

Le Défi : Oui, mais vous dites que Sékouba Konaté serait frustré pour plusieurs raisons, mais vous n’avez évoqué qu’une seule, n’est-ce pas ?

Moussa Dadis Camara : Encore une fois, je ne veux pas parler de ça si non, j’ai beaucoup de choses à dire. Des choses très graves, mais pour l’instant je préfère garder le silence. Il est quand même facile de comprendre quelqu’un qui a été aussi frustré, aussi bafoué dans sa dignité, s’il en a une, comme Sékouba. La première frustration comme je le disais tantôt, c’est le fait de voir le pouvoir lui échapper à la mort du Général Conté. Ensuite, malgré l’attentat ourdi et perpétré contre ma personne, je ne suis non seulement pas mort, mais en plus on n’a pas pu effacer ma mémoire, mes souvenirs, ce que je sais de lui et d’autres, comme pour tourner, et définitivement alors, une page encombrante.

Plus grave que toutes ces frustrations précitées, vous n’êtes pas sans savoir, en guise de rappel, que les braves femmes de Kaloum, qui savent beaucoup de choses et qui sont nos mamans, ont révélé au grand jour, sa vraie identité familiale (Ndlr : Allusion faite à la sortie fracassante des femmes de Conakry contre le général Konaté après la présidentielle du 27 juin 2010. Dadis était déjà en exil au Burkina Faso). Elles lui ont dit qu’il n’était pas le fils de son père. C’est justement une des raisons principales de sa démence, cette crise identitaire tardive-là, n’est pas rien. Et, depuis, il n’a eu autre solution que de trouver refuse dans l’alcool. Comment voulez-vous, moi qui suis le fils de mon père, un père connu et respecté de tous, qui est Mamadou Koulé Camara, lui-même fils de Koulé-Moriba, que je me mette à me tirailler avec quelqu’un qui s’est auto éduqué ? Hélas !

Nous devons être compréhensifs et avoir le dos large à l’égard d’un tel homme qui n’a ni repères, ni dignité et encore moins une identité. Cette crise identitaire familiale, va au delà de l’intéressé lui-même. C’est toute sa progéniture qui se retrouve souillée et perdue. Lorsqu’un homme se demande qui est son vrai père, figurez-vous que c’est le comble du malheur. Est-ce un fou, est-ce un gigolo, ou un drogué-alcoolique comme le fils lui même ? Voici entre autres des raisons valables, qui peuvent, sans difficulté aucune, expliquer les raisons d’une panique et d’une démence qui s’emparent d’un homme sans vergogne et mentalement atteint pour le reste de sa vie.

Le Défi : Vous êtes, pour une fois, très dur à l’égard de votre ami Sékouba Konaté, n’est-ce pas ?

Moussa Dadis Camara : Non pourtant ! J’ai beaucoup de choses à dire mais je préfère ne rien dire pour l’instant. Il s’est attaqué à moi deux fois de suite sans que je ne réagisse. Mais si jamais il se le permet pour une autre fois encore, eh bien, j’ouvrirai la boîte de pandore et ça ne serait pas bon pour lui. Je suis un homme d’Etat et non un plaisantin et un alcoolique. Un homme ne doit pas, même pour des raisons personnelles ou de famille, comme par exemple une crise d’identité familiale, se livrer à une diatribe gratuite et sans fondement contre celui qui fut son super patron. Quand même mon cher ami !

Le Défi : Mais, monsieur le Président, n’aviez-vous pas peur de lui un petit peu ?

Moussa Dadis Camara : Avoir peur de lui ?

Non vous aussi, pas du tout alors, sinon je n’aurai rien dit sur sa crise identitaire confuse et sur le fait que je me sois imposé sur lui dans son propre bataillon!

Le Défi : C’était quand même le co-président à votre temps ! Vous scandiez son nom partout, El-Tigre par ci, El-Tigre par là… N’est-ce pas ?

Moussa Dadis Camara : Oui c’est vrai, nous étions très proches sinon il n’a même pas pu avoir la place de Premier Vice–président du CNDD. Il n’était que deuxième Vice-président. Une autre raison de frustration d’ailleurs. Mais comment voulez-vous que je rejette quelqu’un, fut-il un subordonné, qui me demande toujours la permission pour fumer et même pour aller à la toilette. Il me disait : « Monsieur le Président, permettez-moi d’aller à la toilette s’il vous plait… » Plus intéressant que tout cela, il est venu plus d’une fois me trouver dans ma chambre à coucher pour m’assurer de toute sa fidélité. Il est allé jusqu’à me dire : « Excellence monsieur le Président, si pour sauver votre pouvoir il vous faut un sacrifice humain, moi je suis ici disponible. Vous pouvez faire de moi ce sacrifice.
J’en serai très fier ». Alors quelqu’un qui vient et qui se met à genou ou qui se couche carrément à plat ventre et les mains au dos, sous vos pieds avant de faire une telle déclaration, comment voulez-vous que je le rejette ou que je le froisse. Mon éducation m’oblige d’accorder de l’attention à un homme qui sait aussi se soumettre à un chef ; quelqu’un qui peut salir ses vêtements si je ne lui donne pas mon aval pour qu’il se rende à la chiotte. Non vous aussi, je préfère ne pas répondre à un tel ivrogne. En tout cas pas pour l’instant, sauf s’il insiste. A ce moment et à ce moment seulement, je dirai certaines vérités crues, et là mon cher… vous savez qu’il est déjà très fragile ?

Le Défi : Excluez-vous une réconciliation entre vous et votre ami Sékouba ?

Moussa Dadis Camara : Lorsque vous aidez quelqu’un à sortir de l’ornière, vous lui montrer au monde, vous faites sa promotion, vous lui donnez du lait, vous lui accordez respect et considération, et que ce dernier en retour complote contre vous, vous donne du sang à la place du lait, vous coupe même les vivres, et se met en plus de tout ça à vous vilipender et insulter, je me demande si une réconciliation est possible dans ces circonstances, du reste très aggravantes. Un ingrat est un ingrat. C’est aussi simple que ça.

Le Défi : Un dernier mot !

Moussa Dadis Camara : Que Dieu bénisse la Guinée et le Burkina Faso.

 

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