Investig’Action présente le nouveau livre de Michel Collon: Je suis ou je ne suis pas Charlie

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Quelles sont les causes profondes ? Quels liens entre cet attentat horrible et les événements du Moyen-Orient : Irak occupé, Syrie en guerre, chaos en Libye, escalade Israël-Palestine, ascension dite « incompréhensible » de Daesh ? Quel lien aussi avec le racisme et les politiques actuelles d’austérité ?

Michel Collon enquête sur le phénomène des « eurojihadistes » et sur les dessous du terrorisme dit « islamiste ». Mais aussi sur le malaise de la société française et occidentale. Comment empêcher ces départs vers la Syrie et ces atrocités ? Quel rôle peuvent jouer l’école, l’information et le débat démocratique ? Pourquoi deux parties de la population s’informent-elles de façon complètement différente, ne croient plus aux mêmes infos et ne se parlent jamais ? Que recouvre le terme fourre-tout « islamisme » ? Qu’en est-il de l’antisémitisme et de l’islamophobie ? Le Moyen-Orient peut-il échapper à la guerre permanente et au chaos ?

Des enjeux vitaux justifiant un large débat.

Extrait: Le retour de la stratégie Brzezinski

Après le piteux bilan des guerres par occupation directe de Bush en Irak et en Afghanistan, Obama hésite. La guerre directe par des bombardements de l’aviation US ne suffit pas à prendre le contrôle d’un pays.

La guerre directe par l’envoi de troupes au sol pourrait y arriver mais présente de gros inconvénients : elle coûte cher, elle réunifie la résistance de la population locale, elle choque l’opinion internationale et augmente l’impopularité des Etats-Unis. Le nouveau président entend éviter le retour des énormes manifestations internationales de 2003 lorsque Bush a déclenché sa guerre contre l’Irak et pour son pétrole. Tout faire pour éviter l’impopularité d’un nouveau Vietnam.

Dès lors, Obama va recourir de nouveau à la « stratégie Brzezinski » qui avait donné de si bons résultats en Afghanistan à partir de 1979. Financer et armer une guérilla recourant au terrorisme pour déstabiliser et puis renverser le pouvoir.

Ce changement de méthodes, appliqué en 2011 contre la Libye mais surtout contre la Syrie n’est pas une surprise. Nous en avions décrit les motivations en 2008 dès l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche après l’échec de George Bush . D’abord, il faut situer ces questionnements sur la tactique dans le contexte global des Etats-Unis et du déclin inévitable de leur Empire.

Dont Brzezinski est lui-même parfaitement conscient, puisqu’il écrit en 1997 : « A long terme, la politique globale est vouée à devenir de moins en moins propice à la concentration d’un pouvoir hégémonique dans les mains d’un seul Etat. L’Amérique n’est donc pas seulement la première superpuissance globale, ce sera très probablement la dernière. »

De façon surprenante, ce pessimisme est partagé par les idéologues et stratèges néo-conservateurs qui pensent derrière et pour George Bush. En effet, dans leur célèbre manifeste Project for a New American Century (PNAC), rédigé en 1992 par Paul Wolfowitz et ses amis, on trouve évidemment toute l’idéologie militariste de la nouvelle croisade, mais aussi cette remarque qui attire l’attention : « Actuellement, les Etats-Unis ne rencontrent aucun rival mondial.

La grande stratégie de l’Amérique doit viser à préserver et étendre cette position avantageuse aussi longtemps que possible (…) Préserver cette situation stratégique désirable dans laquelle les Etats-Unis se trouvent maintenant exige des capacités militaires prédominantes au niveau mondial. » .

La guerre indirecte : de « basse intensité »…

Analysant en 2008 l’échec de Bush et de sa guerre brutale à visage ouvert, nous avions annoncé : « L’autre option, c’est celle défendue par Brzezinski et qu’il aime à appeler ‘soft power’ (le pouvoir en douceur). D’autres parlent d’un ‘impérialisme intelligent’. En fait, il s’agit de réaliser les mêmes objectifs des Etats-Unis, mais par des formes de violence moins directes, moins visibles. En comptant moins sur les interventions militaires US, très coûteuses, et davantage sur les services secrets, les manoeuvres de déstabilisation, les guerres par pays interposés, et sur la corruption aussi… »

En droit international, on distingue les conflits de basse et de haute intensité. Le premier oppose soit un État à un ou des groupes armés, soit un groupe armé à un autre groupe armé. Par contre, le conflit de haute intensité implique un centre de commandement unifié pour ces groupes.

Tous deux sont bien distingués du « conflit armé international », au sens classique, auquel on réserve le terme de « guerre » parce que c’est un conflit militaire entre deux Etats. L’inconvénient d’une guerre déclarée est évident pour les Etats-Unis : ils seraient soumis au droit international (même s’ils ont toujours refusé de le respecter) et pourraient être tenus pour responsables des dommages créés.

Pour diverses raisons – qui peuvent se résumer en deux mots : discrétion et non-responsabilité – les Etats-Unis ont décidé de recourir le plus possible aux guerres de basse intensité. Plus efficaces, moins chères, plus discrètes.

… bien plus discrète…

A la différence des années Bush, la stratégie Brzezinski privilégie ces guerres de basse intensité. Elle n’est donc nullement plus morale, mais se veut seulement plus intelligente et plus efficace. Il s’agit de recourir à d’autres formes d’intervention.

Souvent, on ne pense qu’à la forme la plus visible de l’agression, c’est-à-dire l’intervention militaire des Etats-Unis. En réalité, ils disposent de toute une panoplie. Si on veut établir une typologie complète, dans l’ordre d’intensité, on doit compter les formes suivantes : 1. Corruption des dirigeants locaux. 2. Chantage sur ces dirigeants locaux. 3. Campagnes médiatiques de diabolisation. 4. Déstabilisations diverses. 5. Embargos et blocus commerciaux. 6. Coups d’Etat. 7. Provocations de séparatismes. 8. Guerres par intermédiaires. 9. Bombardements. 10. Occupations terrestres.

Toute une gamme de méthodes, on le voit, et qui peuvent évidemment se combiner. Mais toutes constituent des agressions, toutes appliquent une conception violente des relations internationales.

Sur base de cette analyse, nous annoncions en 2008 : « Si les Etats-Unis décident d’appliquer la stratégie Brzezinski, il y aura sans doute moins de guerres directes. Et elles se feront le plus possible en concertation avec les alliés. Ce qui permettra également de mieux soigner l’image médiatique et la manipulation de l’opinion. Et surtout, en faisant travailler davantage la CIA, on s’efforcera de remplacer les guerres menées directement par les Etats-Unis par des guerres ‘indirectes’. Faire se battre des pays voisins en soutenant ‘le bon’ sous toutes sortes de prétextes. Ce fut la méthode employée avec succès par Clinton contre la Yougoslavie. »

…et en sous-traitance

Les stratèges US appellent cela « proxy war » : la guerre par intermédiaires. Quels intermédiaires ? Il y a plusieurs possibilités. Soit des groupes locaux formés et encadrés par la CIA pour mener des coups d’Etat. Soit des mouvements séparatistes qu’on arme pour fomenter des guerres civiles. Soit un Etat de la région qu’on finance pour attaquer son voisin. Et quand tout cela n’est pas possible ou a échoué, Washington finance des organisations terroristes pour créer le chaos.

Aujourd’hui, que peut-on trouver mieux que ce qu’on appelle « les islamistes » pour faire le sale boulot à la place de l’armée US ? Ce fut le cas en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie, en Irak, en Libye, en Syrie et dans bien d’autres pays encore. Washington n’a aucun scrupule à utiliser les pires instruments pour s’assurer le contrôle de certaines régions stratégiques : Moyen-Orient, mais aussi Caucase, Asie du sud et du centre, Corne de l’Afrique et même Afrique centrale. C’est en fonction de leurs seuls intérêts que les Etats-Unis s’allient un jour avec des terroristes qu’ils combattent le lendemain avant de se réconcilier le surlendemain.

Dans d’autres pays, on peut utiliser les tribalismes ou les intégristes hindouistes (Tigres tamouls, droite fasciste hindoue en Inde) ou les bouddhistes islamophobes (comme au Sri Lanka) ou les intégristes bouddhistes (Falung gong, Birmanie, Sri Lanka), ailleurs les groupes néo-évangélistes (comme l’Armée de libération du Seigneur en Ouganda, au Congo, en Centrafrique) ou encore d’autres sectes.

Investig’Action            

 

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