Interview Agbéyomé: Travailler avec le RPT serait une insulte

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« Je ne sais pas comment le RPT calcule sa majorité puisse que on peut être élu à 30% à 35% donc on n’est pas majoritaire dans un pays quand on a 30%, 35% de l’opinion. Quand vous allez chez nos voisins au Ghana, c’est deux tours, quand vous allez chez nos voisins au Bénin c’est deux tours, nous, nous choisissons une voie et cette voie nous met dans un tunnel sans fin »

M. Messan Agbéyomé Kodjo, Bonjour, dites nous, quelle lecture faîtes-vous à OBUTS, du dernier accord de ‘Ouaga’ ?

Moi je ne sais pas les problèmes qui ont été posés au médiateur. Mais en fait, les résultats ramenés de Ouagadougou sont à mon avis, très riquiqui ; parce que on peut avoir le double passeport, on peut se passer du quitus, bref, on a réglé le problème de Gilchrist Olympio, c’est une bonne chose. Moi en tout cas je n’aime pas l’exclusion, parce que la politique c’est l’addition et les multiplications, mais ceux qui font les soustractions et les divisions, ils ont également les résultats. Je veux dire par là, que le RPT fait une politique de division et de soustraction, c’est le pourquoi ça ne marche pas. Mais en politique il faut rassembler donc le fait que les signataires de l’Accord de Ouaga se sont entendus avec le médiateur pour ouvrir cette compétition à tout le monde, je crois que c’est une victoire du peuple togolais, c’est une victoire pour la démocratie.

Vous évoquiez le nom de Gilchrist Olympio, donc on peut dire que c’était un accord sur un principe de personnes…

Mais ! Puisque de toutes les façons c’est lui qu’on a exclu par des mesure discriminatoires, qui va participer du moins aux élections, et au delà du fait qu’un principe républicain soit respecté. Je pense que les togolais attendent également d’autres décisions de Ouagadougou qu’ils n’ont pas obtenus notamment le scrutin uninominal majoritaire à deux tours ; ils ne l’ont pas eu. 2 : une décision que la constitution va être révisé pour aménager l’équilibre des pouvoirs entre le Président de la République, le gouvernement et l’Assemblée Nationale et le parlement. Ça n’a pas été fait, parce que nous sommes dans un régime présidentialiste très fort aujourd’hui. Toutes ces institutions obéissent plus ou moins à la volonté du chef de l’état. Nous voudrions que tout cela, soit donc rééquilibré dans l’intérêt de la République et des togolais. On n’a pas encore eu de réponse à cela donc je considère que ce qu’on a ramené de Ouaga, c’est trop peu par rapport aux attentes des togolais aujourd’hui.

Et sur le mode de scrutin, quel est votre choix ?

Je pense que c’est clair hein ! Depuis février 2009, nous avons publié un code électoral où nous avons dénoncé un certain nombre de principes quand on rend compte des habitudes de la maison, des expériences que j’ai acquises, oui c’est vrai, dans la maison au RPT. Nous avons fait un certain nombre de propositions pertinentes qui, si elles sont appliquées devraient assurer non seulement la garantie de la transparence des élections mais aussi éviter les violences post-électorales qui constituent malheureusement des barrières d’ajustement que le RPT utilise pour se maintenir au pouvoir.

Donc vous optez pour le scrutin uninominal majoritaire à deux tours…

A deux tours, et je viens de saisir le Président de la République française, le Président des Etats-Unis, en tout cas l’union européenne, le parlement européen pour que ces grandes personnalités du monde occidental puissent agir en amont et ne pas intervenir en sapeur pompier en 2010.
De l’autre côté, nous voulons parler du RPT et du gouvernement, on estime que ces deux modes de scrutin sont démocratiques…
C’est quoi la loi de la démocratie ? La loi de la majorité ? Je ne sais pas comment le RPT calcule sa majorité puisse que on peut être élu à 30% à 35% donc on n’est pas majoritaire dans un pays quand on a 30%, 35% de l’opinion. Quand vous allez chez nos voisins au Ghana, c’est deux tours, quand vous allez chez nos voisins au Bénin c’est deux tours, nous, nous choisissons une voie et cette voie nous met dans un tunnel sans fin. Nous, nous ne pouvons pas voir ce que font les voisins pour corriger et également nous offrir un peu plus d’espérance du moins à nos populations ? Leur donner la chance au moins de rêver que demain, la situation va s’améliorer pour eux ? Nous sommes aujourd’hui les derniers au niveau de la sous-région avec tous les potentiels humains et les ressources naturelles que nous avons, donc je dis, il y a un problème quand même non ? Vous pensez qu’un président élu à 30 % peut engager des réformes profondes et pouvoir obtenir la paix sociale ?

Déjà les regards sont tournés vers la présidentielle de 2010, et vous, vous proposez que les bureaux de vote s’ouvrent à 7h du matin pour se fermer à 16h. Une raison ?

D’abord nous avons réclamé de la justice dans la composition de la CENI. OBUTS est un candidat sérieux pour les élections présidentielles de 2010. Pourquoi voulez-vous que le RPT puisse disposer de dix sièges et OBUITS 0 ? Au nom de quel principe démocratique, républicain ? C’est ça la compétition ? Les règles du jeu sont faussées dès le départ. Comment voulez-vous que OBUTS qui soulève les foules, qui est accueilli avec enthousiasme par les populations ne puisse disposer d’aucun représentant à la CENI et donc de facto puisque les autres démembrements de la CENI sont paramétré par rapport à la CENI donc n’auront personne. Nous considérons cela comme un acte attentatoire à la liberté d’expression des populations. Deuxièmement, si nous avons demandé que les bureaux de vote s’ouvrent à 7h du matin et se ferment à 16heures, c’est simplement pour nous garantir l’authenticité du suffrage exprimé par les populations parce que à 16 heures, c’est clair tout le monde voit, on publie les résultats dans tous les bureaux de vote, chacun a sa copie, on peut téléphoner à une radio, on peut communiquer avec son état major, cela éviterait que la nuit qu’on nous dise on a coupé l’électricité. Cela éviterait la nuit également, le transport des urnes du bureau de vote vers un préfet ou vers un lieu administratif où les conditions de sécurité et de transparence ne sont pas garanties. Prenons le cas du pays voisin, le Bénin, les bureaux de vote sont ouverts à 7h et sont clos à 16 heures.

Vous parlez du RPT, avoir 10 membres à la CENI mais les chiffres sont clairs, la majorité parlementaire a 5

A la CENI, il y a dix sept places, le CAR a trois, l’UFC a quatre et le reste c’est le RPT et les partis qui le soutiennent.

Vous croyez ?

C’est mon point de vue. Vous voulez que je vous donne un exemple ? Moi je connais quelqu’un qui est élu au niveau de la CENI comme représentant d’une société civile, d’une ONG. En octobre dernier, cette personne était candidat du Rassemblement du Peuple Togolais aux dernières élections législatives. Et donc entre Octobre 2007, et aujourd’hui la personne n’est plus au RPT et est dans une société civile.

De qui voulez-vous parler ?

Je ne donnerai pas de nom mais suivez mon regard…

Vous, vous travaillez toujours de connivence avec le RPT ?

Pardon ! C’est une insulte. De toutes les façons pour notre engagement ; et c’est une insulte pour les hommes et les femmes qui se sont donc volontairement portés pour assurer la vulgarisation et la promotion de cette formation politique dans le pays. Nous faisons quoi ? N’essayez même pas de répéter cela sinon vous allez énerver Faure.

Ah Pourquoi ?

Vous allez l’énerver parce que de toutes les façons, OBUTS est diamétralement opposée à la politique conduite dans le pays.

Ce n’est pas pour vous énerver vous ?

Ce n’est pas pour m’énerver, je crois que c’est lui qui va s’énerver.

La candidature unique de l’opposition vous dit quelque chose dans votre parti ?

Si elle est choisie de manière consensuelle, nous la soutiendrons.

Même si le candidat ne provient pas de vous ?

Notre objectif numéro un, je crois que je l’ai déclaré encore hier, c’est qu’en 2010, il y ait alternance au Togo. Donc vous ne pouvez pas dire que je réclame l’alternance politique au Togo et prétendre que je travaille de connivence avec le RPT. Je pense que c’est une insulte pour mon intelligence.

Vous êtes accusés de faire des promesses faramineuses à la population, ce qui vous a valu 73212 adhérents en un an…

Je crois que nos propositions sont si séduisantes que nous avons des gens qui nous plagient et qui eux, au lieu d’en faire un projet de société en font un projet de campagne puisqu’ils distribuent de l’argent, nous avons des preuves.

Certains observateurs disent ne pas comprendre comment vous voulez participer à la relance de l’économie alors que vous êtes taxé d’être un des fossoyeurs…

…Je ne sais pas où vous puisez vos informations, mais je puis vous dire droit dans les yeux que, si tous ceux qui servent la République l’ont servi comme je l’ai servi, je crois que le Togo n’aurait pas eu de problèmes. Je n’ai pas 22 véhicules chez moi à la maison, je n’ai pas des comptes bourrés à l’étranger, je n’ai pas plusieurs bureaux (je crois que les togolais me comprennent) que je nourris. Alors je crois qu’il faut que les gens sachent raison garder. Je ne suis pas un fossoyeur de l’économie…

Et qu’est-ce qui s’est passé avec la SONACOM ?

Vous fouillez dans les tentatives d’accusation, vous prenez le port ça ne marche pas, vous prenez la primature ça ne marche pas, vous prenez l’assemblée ça ne marche pas, alors on retourne. A la SONACOM, j’étais un brillant directeur commercial. Ce n’est pas que la SONACOM a fait faillite. Elle était un monopole d’état. La banque Mondiale et le Fond monétaire Internationale ont demandé qu’on lève le monopole et c’est au moment où on levait le monopole que moi j’étais appelé au ministère de la jeunesse, des sports et de la culture. En fait réfléchissez bien ! Si j’étais un mauvais gestionnaire on ne peut pas de toutes les façons me faire une promotion lorsque la société était appelée à changer de statut

Pensez-vous que les togolais sont prêts à oublier votre passé qualifié « d’entaché » ?

Je vais vous dire ceci ! Si demain je veux t’accabler pour des raisons qui m’appartiennent j’ai des moyens de le faire. Agbéyomé Kodjo, c’est vrai, il a servi au Rassemblement du Peuple Togolais. Mais n’oubliez pas que les grandes réformes démocratiques qui ont permis à la Russie de s’affirmer comme une puissance à l’échelle internationale, c’est ceux qui étaient dans le bureau politique du parti unique qui ont été reconvertis, qui l’ont fait. Gorbatchev, la paix et le changement c’est lui qui l’a amené. Vous voulez combattre quelqu’un dont vous ne connaissez pas le mode opératoire, quelles sont ses pratiques ? Ayant vécu là-bas, je considère que aujourd’hui j’ai plus d’atouts que les autres parce que j’ai une double expérience. Je ne vois pas en quoi j’étais entaché. De toutes les façons, je n’étais pas là ! Je dis que c’est des comportements criminels dans le pays qu’il faut arrêter. Le 25 janvier 1993, j’ai dit aux togolais, que ce qui s’est passé à Fréau jardin, les armes utilisées n’appartiennent pas à la police. Que Faure Gnassingbé, à qui j’ai renvoyé plusieurs fois, le message sur les ondes d’ouvrir une commission d’enquête sur Fréau jardin s’il est courageux, mais il n’a pas pu le faire. Maintenant, qu’il confie ce dossier là, à la Commission Vérité Justice et Réconciliation pour que l’Evêque qui est là, dans le respect de sa soutane, puisse faire les investigations nécessaires et dire la vérité au x Togolais, vous verrez que ni de près ou de loin, je ne suis associé à aucun crime de sang dans ce pays.

Et si comme vous le souhaitez, vous arrivez au pouvoir en 2010, vous êtes prêts à ouvrir toutes ces enquêtes ?

Chaque chose en son temps. Le dossier de Fréau jardin, je l’ai. Mais, je peux vous donner cette assurance que si vous continuez par m’emmerder, alors que ceux qui l’ont fait sont là tranquilles, je serai obligé de donner les noms des organisateurs ; mais nous n’en sommes pas là.

Interview réalisée par Sylvio COMBEY et Andréas DAGAWA

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