Gouvernement de Transition: Le Premier ministre ZIDA plus que jamais affaibli

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Michel KAFANDO n’a pas suffisamment d’autorité pour ne pas se faire…

Poussé par ses compagnons d’armes du Régiment de sécurité présidentielle(RSP), Yacouba ZIDA, s’était autoproclamé chef de l’Etat le 31 octobre 2014 au nez et à la barbe du chef d’Etat major de l’armée d’alors, le général Honoré Nabéré TRAORE. Nommé par la suite Premier ministre et ministre de la Défense, l’homme a «oublié son hier » comme on dit vulgairement. Des nominations aux accents de copinage au sein du RSP ont failli lui coûter son poste à deux reprises. D’abord le 31 décembre 2014 puis ce 04 février 2015 où il fut sommé par ses compagnons d’armes d’hier, de rectifier le tir où de rendre le tablier. Le président de la Transition et la haute hiérarchie de l’armée ont dû s’employer à la va vite pour lui sauver la mise. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que ZIDA s’est isolé du RSP, voire de l’armée qui l’a fait président. S’il ne s’en trouve pas affaibli, ça y ressemble beaucoup.

Entrée sur la scène politique avec la déclaration fracassante du « plus rien ne sera comme avant », le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac ZIDA, semble avoir été rattrapé par les réalités du terrain. Obligé de pousser deux de ses ministres à la démission pour insuffisance d’intégrité, c’est aujourd’hui sa personne, en qualité de Premier ministre et ministre de la Défense qui a été fortement contestée d’abord le 31 décembre 2014, puis ce 04 février. Ce mouvement d’humeur des soldats du Régiment de sécurité présidentielle, vient rappeler au Premier ministre Yacouba ZIDA que, malgré les manifestations de rue cette fin octobre 2014 qui ont poussé Blaise COMPAORE à la démission, son pouvoir vient de l’armée, plus précisément du RSP.

Yacouba ZIDA a oublié son récent passé

C’est connu, le 31 octobre 2014, l’armée a choisi le Lieutenant-colonel plutôt que le général pour conduire la Transition. A ce titre, ZIDA est comme un missionnaire à la tête de l’Exécutif. C’est une donne dont il doit avoir constamment à l’esprit pour gouverner sinon avec un consensus de l’armée, tout au moins, en large concertation avec les officiers généraux. Or l’homme s’est vite mis dans les habits d’un héros solitaire, pressé de reformer la société burkinabè, y compris l’armée notamment le RSP. Sa connaissance du milieu, aurait dû lui dicter la prudence du « qui va lentement va sûrement ». Au contraire, il a pêché par sa trop grande assurance au risque de s’être isolé du reste de son corps d’origine, voire du reste de la troupe. La conséquence, ce 04 février, il a été obligé de négocier, une sortie de crise par la petite porte en ce dédisant sur les nominations du chef d’Etat major particulier du président du Faso et du chef de corps du RSP.

Si on ne peut applaudir ce mouvement d’humeur d’une partie de l’armée, intervenant dans la gestion de l’Exécutif, on ne doit pas non plus applaudir qu’un Premier ministre, de surcroit officier de l’armée, foule au pied les règles du commandement militaire. C’est là une faute de gouvernance qui achève d’affaiblir le Premier ministre. En effet, n’est-ce pas risible qu’un Premier ministre se refugie chez une autorité coutumière, fut-il le Moro Naba, et orchestre des manifestations de rues, épouvantail de soutien à sa politique ?

A quelque chose, malheur est bon. Ce mouvement d’humeur de la garde présidentielle confirme ce que bien d’observateurs de la scène politique burkinabè avaient noté : le gouvernement de la Transition, contre toute attente, n’a pas bénéficié de la période dite de grâce que les gouvernés ont tendance à accorder à des nouveaux gouvernants à leur arrivée aux affaires. Elle dure, cette période de grâce, plus ou moins, cent jours durant lesquels, les citoyens observent avec bienveillance les nouvelles autorités. Mais dans la situation présente, malgré les manifestations importantes qui ont précédé la prise de pouvoir du Lieutenant-colonel ZIDA, de nombreux citoyens ont montré tout de suite leur défiance vis-à-vis des nouvelles autorités chargées de la transition. Et pour cause !

La Transition peine à rassurer les Burkinabè

Les autorités de la Transition promettent beaucoup mais agissent peu et non sans incohérences qui mettent à nue leur inexpérience dans les charges d’homme d’Etat. Conséquence, la Transition peine à rassurer les Burkinabè qui ne cachent pas leur scepticisme sur « le plus rien ne sera comme avant ». A qui la faute ? A ces nouvelles autorités qui ont, dans des déclarations tapageuses, placé très haute la barre de la satisfaction des aspirations des populations. Elles doivent aujourd’hui, ces autorités, faire face à l’impatience des Burkinabè. De fait, l’attelage Michel KAFANDO, Isaac ZIDA, dans ses premières déclarations à donné à voir en lui une paire de magiciens qui allaient, en un clin d’œil, régler tous les problèmes de gouvernance et de société que connait le pays. Le régime défunt accusé de tous les péchés de mal gouvernance, le gouvernement de la Transition apporterait illico presto le renouveau. Au pied du mur, les deux hommes peinent à faire bouger l’appareil d’Etat dans le sens d’une meilleure gouvernance. Pire, la machine de la Transition toussote. Si ce ne sont pas des promus à des postes de responsabilités dont la probité est contestée par les administrés, ce sont certaines actions du nouvel Exécutif notamment des travaux d’infrastructures routières et de voirie qui sont l’objet de gorges chaudes. Les nouvelles autorités, notamment les décideurs du ministère des Infrastructures et du Désenclavement sont soupçonnés de n’avoir pas passé les marchés d’exécution de ces travaux dans les règles de l’art et de les avoir mis en chantier pour le bon plaisir du président et de son Premier ministre.

De fait, ces travaux n’ont aucun caractère prioritaire. Peut-on alors donner tord à l’opinion publique de porter les accusations de privilèges indus quand ont sait que les premiers travaux de voirie commandés par le nouveau gouvernement s’exécutent autour du domicile privé du chef de l’Etat, pendant que des ralentisseurs étaient construits sur l’avenue bordant le temple où va prier le Premier ministre. En moins de trois mois de pouvoir, beaucoup d’erreurs ont été commises qui ont vite montré que derrière leurs discours pompeux, le désintéressement patriotique n’est pas toujours au rendez-vous des actes des nouvelles autorités.

De mémoire de journaliste, jamais l’opinion publique n’aura montré aussi rapidement de la défiance à l’égard d’un gouvernement après sa formation que ne l’est actuellement le gouvernement ZIDA. Le casus belli, ce n’est pas seulement le mauvais casting dans la formation de l’Exécutif et le mauvais choix de certaines personnalités militaires à nommer aux postes de responsabilité. Il y a aussi l’absence de tout geste en faveur de la réduction du coût de la vie, à part cette baisse insignifiante de 25F sur le litre des carburants. Toute chose qui n’a pas dissipé la méfiance aiguë de la coalition contre la vie chère à l’égard des autorités de la Transition. Ainsi critiqué de toutes parts, le gouvernement de la Transition ne trouve pas mieux pour se justifier que d’indexer les difficultés à changer des pratiques ancrées depuis vingt sept ans. Une fuite en avant. En effet, le régime de Blaise COMPAORE a bon dos pour expliquer les insuffisances actuelles de la Transition. La vérité c’est que Michel KAFANDO n’a pas suffisamment d’autorité pour ne pas se faire déborder par un Premier ministre agissant à la hussarde en complicité avec un ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité publique quelque peu zélé. Dans ces conditions, difficile pour le bateau de la Transition de ne pas tanguer. Tiendra-t-il le cap, les 09 mois restants ? On attend de voir ! En attendant, le Premier ministre Yacouba ZIDA est plus que jamais affaibli au sortir du bras de fer qu’il avait engagé avec ses anciens compagnons d’armes. Affaire à suivre.

Djibril Touré

L’OPINION

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