Gilchrist Olympio disqualifié ? Les raisons de soutenir Jean-Pierre Fabre

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Dès que la nouvelle de la non candidature de Gilchrist Olympio à la prochaine kermesse électorale est tombée, beaucoup de compatriotes s’en étaient allés de leurs commentaires et analyses sarcastiques comme pour épuiser une dernière fois les munitions qu’ils avaient emmagasinées et atteindre cette « cible » de prédilection avant qu’elle ne disparaisse totalement. On en oublierait que c’est une maladie qui a un tant soi peu contraint le chef de l’UCF a jeté prématurément l’éponge. J’ai cherché en vain des « souhaits de prompte guérison » du Leader de l’UFC dans les contributions parues sur les sites et dans la presse. Au contraire on s’est empressé ici et là de prononcer l’oraison politique d’Olympio. En attendant sans doute de prononcer l’ultime oraison, l’oraison funèbre de celui qu’un internaute qualifie de «mythe usé par l’âge de sa révolution » (sic).
La disqualification de Olympio est un acte illégal et illégitime

Au lieu des commentaires désobligeants auxquels on a assisté, j’aurais souhaité que l’on pose la question même de la légitimité de la disqualification de Olympio pour défaut de dossier médical. Je rappelle qu’on est dans un pays dont le régime, arrivé au pouvoir dans un océan de sang et agissant en toute illégalité, s’arroge le droit de modifier la Constitution et tous autres textes qui ne lui seraient pas favorables. La question qu’on n’a donc pas posé à mon avis est la suivante : pourquoi faut-il absolument que le dossier médical d’un candidat à la Présidence soit dressé par un médecin ou une équipe de médecins désignés sur place à Lomé par un organe qui n’a jamais brillé que par sa soumission au pouvoir en place ? Vous avez dit Nationalisme, Patriotisme ? N’exagérons donc pas. N’a-t-on pas l’habitude d’évacuer des « patients togolais » vers des hôpitaux à l’étranger pour qu’ils y obtiennent des soins appropriés ? Où était mort Eyadema ? En Tunisie ? Dans l’espace aérien nigérien, soudanais, Burkinabé ? On ne sait pas vraiment. Ce n’était pas à Lomé en tout cas ; on est bien d’accord sur ce point « n’est-ce pas » ? Si les médecins étrangers sont capables de sauver la vie du « Président » en exercice, pourquoi ne seraient-ils donc pas qualifiés pour dresser les dossiers médicaux aux « simples » candidats à la Présidence. Oui ! On n’a pas besoin d’être devin pour imaginer comment le cas Olympio aurait été traité par les juristes mafieux qui souillent notre pays si c’était l’actuel usurpateur de Lomé II qui s’était retrouvé ainsi « cloué » sur un lit d’hôpital à l’étranger à la veille d’une échéance aussi importante.

Le combat pour une élection à deux tours n’a pas abouti. L’opposition est donc au pied du mur. Pour le moment nous ne réalisons pas encore le handicap que cela représente d’aller à une élection sans celui qui, même s’il ne fait pas l’unanimité au sein de l’opposition, apparaît aux yeux de la majorité des électeurs comme l’adversaire le plus crédible face au régime oppresseur. Selon le dernier décompte officiel, six des candidats ont l’intention de solliciter le suffrage populaire au nom de l’opposition le 28 février 2010. Les prompts appels à la candidature unique de l’opposition après l’annonce du retrait d’Olympio ne doivent pas faire illusion. Ces appels risquent de n’être que le début d’une pagaille annoncée dont personne ne peut prévoir les conséquences. En l’absence de critères objectifs, si jamais il y en avait eu quelque part, il est permis de considérer que tous les candidats se valent, au moins dans leur intention de servir le pays. La quadrature du cercle c’est comment sera désigné le candidat unique alors qu’il n’existe aucune structure prévue à cet effet. Les slogans du genre « alignez-vous derrière moi car je suis le meilleur » ne tiennent que le temps d’annonce.

Les amateurs de football connainssent bien ce genre de situation: à la veille d’un match chaque supporter est un entraîneur en puissance qui croit connaître mieux que l’entraîneur attitré quel joueur doit être sélectionné  à quelle position.

Je ne partage pas tous les arguments que les différents comités de soutien avancent pour vanter les mérites du candidat qui a leur faveur. Je respecte cependant les différents candidats qui se sont déclarés au nom de l’opposition et me réjouis de ce qu’à travers eux l’opposition montre au Système RPT qu’elle est en mesure de lui tenir tête non pas avec un, deux ou trois mais avec jusqu’à cinq ou six candidats. En d’autres circonstances moins dramatiques, on dirait que la relève est assurée. Seulement voilà, il n’échappe à personne que l’étalage de la richesse du personnel politique à travers la « variété apparente » des candidatures de l’opposition est plutôt l’étalage de la faiblesse des Leaders de cette opposition qui s’obstinent à défendre contre vents et marées leur réputation de politiciens imperméables aux leçons de l’histoire.

Pourquoi il faut soutenir Jean-Pierre Fabre

J’ai pu lire sous la plume d’un compatriote que l’humilité est la qualité indispensable pour décerner le titre d’Homme d’Etat à un Etre humain et que si le « mythe togolais usé par l’âge » n’a pu récolter les fruits de « sa révolution » c’est parce que « le principal opposant togolais » n’aurait pas été humble.  Humilité ou pas, le problème à l’heure actuelle c’est que l’excuse « Olympio »  à qui on faisait tirer les marrons du feu chaque fois que la situation est critique ne tient plus puisque Olympio est disqualifié pour un opportun mal de dos qui, pour le régime ne pouvait pas venir à meilleur moment. Alors,  puisque l’humilité est la qualité sine qua non en ces temps de flous politiques ou chacun se croit le plus humble, et me référant à l’adage qui dit que « charité bien ordonnée commence par soi-même », je me dis que c’est peut-être maintenant le moment pour nous autres intellectuels de faire preuve pour une fois d’humilité. Soutenons et appelons à soutenir Jean-Pierre Fabre, en tant que candidat désigné par le parti politique ayant le plus grand nombre de députés à l’Assemblée Nationale. Ce sera à mon avis une façon de prouver à ce peuple courageux qu’au-delà des ambitions légitimes des uns et des autres et des combats démocratiques pour avoir la faveur de son suffrage, la classe politique togolaise dans son ensemble est en mesure de respecter la voie du peuple. Certes, nous tous connaissons les conditions dans lesquelles ce qui actuellement tient malheureusement lieu de parlement dans notre pays a été mis en place. Citons quelques uns de ces anachronismes qui caractérisent la « démocratie version RPT »: des listes électorales qui permettent facilement de savoir quel opposant se cache dans quel « maquis » mais qui laissent de coté des centaines de milliers d’électeurs sans carte  d’électeur ou attribuent des cartes-à-votes-multiples à d’autres y compris à des mineurs et des fantômes, un découpage électoral dont seul le régime détient les secrets, des manœuvres d’intimidation avant et après le scrutin, des bourrages d’urnes, la création de zones de non droit et d’enclaves « soviétiques » dans lesquelles les résultats en faveur du régime ont laissé dubitatifs même les alliés les plus farouches du régime etc. etc.

Le spectacle d’auto flagellation que nous avons livré ces derniers temps en tirant à boulets rouges sur le « mythe » Olympio ne doit pas être reproduit. Il existe parmi nous des gens qui connaissent bien, voire très bien Jean-Pierre Fabre, comme il en existe qui connaissaient Olympio, Agboyibor et les autres. Ceux qui connaissent l’homme Jean-Pierre Fabre, rendront un grand service à la lutte pour la démocratie dans notre pays en mettant en valeur ce que le nommé Jean-Pierre Fabre a de bien ou fait de bien. En ce qui me concerne, n’ayant ni le privilège ni la prétention de connaître Jean-Pierre Fabre, je fonde mon soutien à sa candidature sur le fait qu’il soit le candidat du parti démocratique ayant rassemblé sous sa bannière le plus grand nombre de suffrage lors des dernières élections un tant soit peu pluralistes. Si je devais ajouter une appréciation personnelle et donc forcément subjective, je dirais que Fabre est un militant qui a été de toutes les luttes et qui doit donc connaître les pièges à éviter. Dans un pays où parfois l’âge qui devrait être symbole de sagesse devient objet de moquerie, Jean-Pierre Fabre a du répondant en matière de dynamisme. L’intéressé lui-même qui pour autant « n’est pas né de la dernière pluie » ne serait pas le dernier à ne pas savoir qu’il est plein de défauts comme toute créature humaine. Mais comme telle, il a heureusement aussi des qualités et c’est cette partie de lui qui nous intéresse dans la situation que nous vivons et dans la fonction suprême à laquelle nous aspirons à travers sa personne.

Revoir notre façon de penser notre pays

Dans le politiquement correct à la Togolaise, il est banal, lorsqu’on évoque le  tribalisme qui serait « pire que la dictature » (sic), de ne voir que le RPT avec sa rhétorique Nord-Sud que les tenants de ce parti de malheur (Djobo Boukari) ont fini par imposer à force de martèlement médiatique comme « élément incontournable » dans toute analyse de la situation politique de notre pays. Qu’il y ait des « nombrilismes politiques » suicidaires à l’intérieur de chacune de ces deux entités ou plutôt dans ces deux régions artificielles, cela ne préoccupe guère ou en tout cas que très peu de gens. Certains évoquent à mots couverts ce « torchon rouge » pour expliquer leur retrait des formations politiques dans lesquelles ils ne se sentent plus à l’aise car victimes disent-ils d’ostracisme de la part du courant dominant. A l’inverse, on évoque l’origine (j’allais dire le lieu géographique de naissance) comme stratégie de conquête de pouvoir. Untel est le candidat qu’il faut parce que de part son origine il serait mieux à même d’être accepté par les m…Il faut se méfier d’untel parce qu’il est issu d’une région où la couardise est le sport local le plus populaire. Il y a peut-être, Non ! Sûrement, une part de vrai dans tout cela. Mais n’est-on pas là en train de prendre l’exception pour la règle ?

En guise de conclusion, j’invite les uns et les autres à se souvenir des appels répétés que ne cessait de lancer le vieux briscard  de la politique togolaise le professeur Emmanuel Gu-Konu dans le cadre du MFAO (Mouvement des Forces Alternatives de l’opposition). Pour avoir participé à une séance de travail à Paris puis à un forum de ce mouvement à Bayreuth, j’ai acquis la conviction que les idées défendues dans ces appels offrent une piste sérieuse de réflexion et d’action sur la crise politique de notre pays et les voies et moyens permettant de la combattre efficacement. Dire que le MFAO est perfectible et doit être adapté à la situation n’est pas un scoop. En particulier l’idée de « maillage sociopolitique » (l’expression est de moi) du pays grâce aux « associations MFAO »  peut s’avérer une réponse adéquate et efficace pour combattre à la fois la paupérisation de la population à la base et placer les préoccupations de la population au centre du débat politique et non l’inverse comme c’est le cas actuellement.

Mais en attendant d’en arriver là, montrons que nous sommes en mesure de maîtriser nos « réflexes nombrilistes » et prouvons que nous savons appliquer à nous-mêmes ce que nous exigeons des autres. Ayons l’humilité de soutenir le candidat présenté par le parti d’opposition ayant le plus de députés à « l’Assemblée Nationale ». Ce sera une façon de montrer aux électeurs que nous ne jugeons pas leur choix mais qu’au contraire nous respectons ce choix au nom des valeurs démocratiques auxquelles nous sommes attachés. Cela sera un gage de confiance entre les électeurs et les hommes politiques pour des joutes électorales à venir après le 28 février. Si le 28 février a lieu, bien sûr.

Dr Moudassirou Katakpaou-Touré
Francfort le 28 janvier 2010.

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