Tiendra ou tiendra pas ? L’enjeu des législatives en vue

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Empêcher une élection ou boycotter un scrutin ne sauraient être des fins en soi. On n’avance pas si l’on se satisfait d’avoir empêché des élections, ou de les avoir boycottées les bras croisés. Car, le but de la lutte en cours pour la démocratie, c’est le changement du régime totalitaire pour permettre d’engager le pays dans une franche alternance politique et arriver ainsi à créer les  conditions de vie meilleures pour tous grâce à la mise en place et au fonctionnement normal d’institutions démocratiques.

1- Une question majeure

Une des exigences pour lesquelles l’opposition démocratique, toutes tendances confondues, s’est toujours battu depuis au moins 1998 est la transparence, la liberté et l’équité des élections au Togo. La revendication reste encore d’actualité. Le CST et les partis de la Coalition ARC-EN-CIEL l’ont reprise à leur compte depuis le 4 avril 2012. C’est une bonne chose.

Après la fixation de la date des élections dans les conditions que l’on sait, tout laisse penser que le régime poursuivra son passage en force vers le scrutin, dans le mépris des revendications du couple CST/ARC-EN-CIEL. Dès lors, la question majeure qui se pose aujourd’hui est celle-ci : les conditions d’une élection libre, transparente et équitable sont-elles réunies à la veille du scrutin en vue ?

Le gouvernement Ahoumey- Zunu/Bawara avait fini par convoquer le dialogue revendiqué jusque là par le couple CST/ARC-EN-CIEL. Mais il a organisé la rencontre de façon à mettre les deux organisations dans l’obligation de claquer la porte. C’est ce qui s’était passé le 16 novembre 2012. Le CST avait ainsi quitté la salle dès les premières minutes ; les partis de la Coalition ARC-EN-CIEL peu après.

Le régime a profité de cet échec programmé de la rencontre pour précipiter le processus électoral, en mettant à chaque fois le couple CST/ARC-EN-CIEL au pied du mur : montage de la CENI avec, dans les faits, une volonté délibérée d’en exclure les partis de la Coalition et ceux du CST ; nomination, à la tète de la commission, d’une personne que l’on sait totalement acquise au régime ; mise à l’écart délibérée des partis du CST et de la Coalition de l’organisation du recensement électoral ; fixation unilatérale des conditions d’inscription des candidats et de la date du scrutin…

Il s’agit là d’une stratégie évidente d’exclusion de l’opposition pour permettre au régime de s’assurer un contrôle total du processus électoral au mépris des protestations du couple CST/ARC-EN-CIEL, afin d’avoir les mains libres pour manipuler le scrutin à loisir, avec la complicité des alliés traditionnels, entre autres l’UFC, la CPP…

En fait, c’est la stratégie qu’Eyadema se préparait en décembre 2004 à conduire pour les législatives de 2005. Le fils a repris ce que le père n’avait pas eu le temps de faire. Mais il l’a repris de façon bien plus intelligente et plus mystificatrice : le pouvoir n’aura plus besoin de recourir à la fraude grossière ou d’intimider, les armes à la main, pour déclarer avoir « gagné » les élections.

Les conditions requises pour des élections transparentes ne sont pas réunies à la veille du scrutin en vue. Comme par le passé. Mais la situation est encore plus grave maintenant, du fait de l’état du rapport des forces.

L’enjeu du scrutin en vue : le taux de participation

A partir du moment où les conditions d’un scrutin transparent ne sont pas réunies, les élections en vue ne feront pas avancer le processus de démocratisation. Elles le feront avancer d’autant moins que les conditions d’organisation sont pires qu’avant, et le rapport des forces Opposition/Régime bien plus défavorable à l’opposition qu’avant. Le seul avantage que l’opposition pourrait tirer du scrutin dans ces conditions est de s’en servir à la limite pour montrer, une fois de plus, que la population refuse massivement le régime et de ses méthodes de gouvernance. Elle ne peut le faire que par deux voies possibles, soit en empêchant la tenue des élections, soit en boycottant massivement les urnes.

Tout en continuant de revendiquer un dialogue comme préalable à la tenue des élections, les responsables du couple CST/ARC-EN-CIEL ont choisi la première voie : « Pas de dialogue, pas d’accord, pas d’élection ». Une position tout à fait respectable. Mais l’état du rapport des forces et le faible niveau de mobilisation populaire leur permettront-ils d’empêcher la tenue des élections ?

On peut en douter. Et l’on peut en douter d’autant plus que le discours est ambigu, et par conséquent difficile à décoder. « Nous ne boycotterons pas les urnes. Si Faure ne convoque pas le dialogue, les élections n’auront pas lieu ». Mais le dialogue pourra-t-il contraindre le régime à recommencer le processus électoral sur des bases nouvelles dans l’état actuel du rapport des forces ? Que fera le couple si le scrutin a lieu en dépit de tout, et que le régime continue de contrôler l’Assemblée ?

Par contre, les Togolais peuvent décider de ne pas aller aux urnes pour exprimer leur refus du régime. Ils le peuvent d’autant plus qu’ils ne risquent rien en s’abstenant d’aller voter. C’est de ce point de vue que l’enjeu des élections en vue pour l’opposition est le taux de participation. Plus faible il sera, plus évident sera le refus du régime par la population. Dans tous les cas, ne pas aller voter aussi est un moyen d’expression politique. C’est un droit civique, qui peut même prendre, le cas échéant, la force d’un devoir civique.

Au-delà de tout, le changement démocratique

Ceci étant, empêcher une élection ou boycotter un scrutin ne sauraient être des fins en soi. On n’avance pas si l’on se satisfait d’avoir empêché des élections, ou de les avoir boycottées les bras croisés. Car, le but de la lutte en cours pour la démocratie, c’est le changement du régime totalitaire pour permettre d’engager le pays dans une franche alternance politique, et arriver ainsi à créer les  conditions de vie meilleures pour tous, grâce à la mise en place et au fonctionnement normal d’institutions démocratiques.

La manière dont le régime organise les législatives en vue impose aux partis d’opposition de s’organiser ensemble pour transformer ensemble la campagne électorale en une campagne de mobilisation positive, pas contre un homme mais contre le système en place. Cette mobilisation positive passe forcément par des actions multiples et variées. Il faut les inventer ensemble et les conduire ensemble dans le cadre d’une stratégie d’opposition responsable.

C’est cette transformation d’une campagne électorale en autant d’actions de mobilisation positive que la CDPA-BT a toujours appelé le boycott actif.

Lomé, le 15 juin 2013

Pour la CDPA-BT

E. GU-KONU

 

Premier Secrétaire

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