Exclusif ! Arsène Dogba : Nous avions compris la logique du « simple rattrapage » de Ouattara !

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Lynx.info : Y a-t-il des bribes de réconciliation entre ivoiriens depuis le transfèrement de
Laurent Gbagbo à la Haye ?

Je ne crois pas du tout car les deux parties en conflit ont quitté la table de discussion depuis
la déportation du président Gbagbo à La Haye et le pouvoir refuse d’y retourner. Néanmoins,
vous entendrez en Cote d’Ivoire dire que tel groupe X se réconcilie avec tel autre groupe Y.
En fait ce sont les mêmes militants du RHDP qui se divisent et se ressoudent par la suite.
C’est le pouvoir qui organisent toutes ces mascarades grossières pour donner l’impression
que les choses bougent du coté de la réconciliation nationale. Surtout que la paix, la sécurité
et la stabilité politique sont devenues les conditions majeures pour l’arrivée des investisseurs
étrangers en Cote d’Ivoire. En vérité, il n’y a pas d’avancée du tout en ce qui concerne la
réconciliation. L’opposition réunie autour du FPI, parti créé par Laurent Gbagbo, a posé des
conditions que le camp Ouattara ne semble pas prêt à examiner. Alors que si vous examinez
bien les conditions de la reprise du dialogue du camp Gbagbo, vous verrez qu’elles sont
légitimes. A l’opposé, quand l’on regarde de prêt les agissements du camp Ouattara on se
rend compte que les vainqueurs de la guerre postélectorale de 2010-2011 ne sont pas prêts
à laisser exister les vaincus. Nous en avons pour preuve les mandats d’arrêts contre les
partisans de Gbagbo que les autorités d’Abidjan continuent de leur délivrer. En Cote d’Ivoire
comme partout ailleurs où vous trouverez une communauté ivoirienne, le constat est le
même; la fracture sociale s’est agrandi considérablement entre les pro-Ouattara et les pro-
Gbagbo depuis la déportation de ce dernier à La Haye.

Lynx.info : Mamadou Koulibaly parle d‘un État d‘exception en Côte d‘Ivoire. Ouattara ne semble pas être sur la même longueur…

Personnellement, je suis arrivé à la conclusion que Ouattara ne changera jamais ; ni dans sa
façon de percevoir la politique, ni dans sa façon de concevoir les rapports entre le pouvoir
et l’opposition, encore moins dans sa vision pour la Côte d’Ivoire. Le temps passera et il
restera égal à lui-même de ces points de vue là. A-t-il une idée scientifique de l’Etat de Droit
( Rule of Law) ? nous en doutons maintenant. Il se sent bien dans la démagogie. Ouattara est
parvenu au pouvoir par le mensonge, la délation, la manipulation et la violence politique, des
vices qui ont malheureusement fini par prendre de la valeur dans la conscience de Ouattara.
Il ne peut donc pas y renoncer. Sur le terrain, en Côte d’Ivoire, la réalité a pour noms;
arrestations arbitraires, exécutions sommaires, violence quotidienne des forces pro-Ouattara
sur les populations civiles, notamment à Vavoua, Sikensi, Tai, Arrah, Yopougon, etc…..

Les libertés individuelles et collectives sont inexistantes pour tous ceux qui ne sont pas
favorables à son régime où simplement pour les pro-Gbagbo. La Cote d’Ivoire est devenue
un véritable état de nature où règne la raison du plus fort, notamment celle des FRCI, forces
pro-Ouattara. Peut-on parler d’Etat de droit à l’absence d’une machine pénale équitable qui
aurait pu garantir la sécurité des uns vis-à-vis des autres ? La réalité est que les pro-Ouattara
ne sont pas inquiétés par la justice ivoirienne. Nous l’avions déjà dit dans nos interviews
précédentes ; Ouattara n’est pas pris le pouvoir pour le bonheur de tous les ivoiriens. Il vient
de nous donner raison à Paris en affirmant qu’il a pris le pouvoir pour les seuls ivoiriens du
nord.

Lynx.info : Le FPI n‘est-il pas aujourd‘hui victime d‘une culture démocratique que Ouattara ne connaît
pas ?

Evidemment, Ouattara et les dirigeants du FPI n’arrivent à s’entendre parce qu’ils ne parlent
pas le même langage. Vous avez là un dialogue de sourds où l’un (Ouattara) utilise le
langage des armes, pour se faire comprendre tandis que l’autre (le FPI) utilise celui de la
démocratie. Ouattara n’a jamais cru en la démocratie, c’est un tyran qui n’a aucun égard pour
les lois républicaines. Il veut que le monde entier le vénère et que tous les ivoiriens fassent
allégeance à son régime. Alors, pour Ouattara, tant que le FPI ne se sera pas mis dans cette
position il restera fermé à tout dialogue franc et à toute réconciliation véritable. Le parti de
Gbagbo a donc le choix, soit il renonce aux principes démocratiques qui le fondent et obtient
dans ce cas les faveurs du souverain, soit il reste digne et fidèle à son idéal démocratique et il
continue de subir les humiliations de la part de Ouattara.

Lynx.info: Alassane Ouattara dit vouloir corriger l‘injustice par une session de « rattrapage » que ses frères du nord qui constituent 40% de la population ont connu…

C’est encore de l’intox, nos frères du nord ne représentent qu’environ 22% de la population
ivoirienne sans les ressortissants de la CEDEAO. C’est la première remarque sur la
déclaration honteuse et indigne faite par Ouattara à Paris. Deuxième remarque ; ce n’est pas
sérieux de la part de Ouattara d’affirmer que les ressortissants du nord ont été mis à l’écart de
la gestion du pouvoir par les régimes précédents; surtout quand on sait qu’il est en alliance
avec le PDCI qui a dirigé le pays pendant plus de quarante ans. Soyons sérieux ! Quand on a
tant de mépris pour son adversaire (FPI), on respecte au moins son allié (PDCI). Troisième
remarque ; quel est ce chef d’état, tout à fait inconscient qui affirme sur la place publique
qu’il a pris le pouvoir pour le nord, alors qu’il est censé diriger l’ensemble du pays. L’on
comprend maintenant pourquoi Ouattara ferme les yeux sur les nombreux crimes commis par
son armée tribale sur le reste de la population ivoirienne.

Lynx.info: Avez-vous une idée de l‘avenir politique de Gillaume Soro?

Oui j’ai une idée très claire de l’avenir de cet autre criminel de guerre. Sa place est à la Cour
Pénale Internationale. Si la communauté internationale veut qu’on lui accorde un minimum
de crédit, elle devrait peser de tout son poids pour que Soro Guillaume, ses chefs de guerre et
Ouattara Alassane répondent de leurs actes devant la CPI.

Lynx.info: Alassane Ouattara déclare : « Aucun crime ne restera impuni ». Finalement les crimes sesuccèdent sans qu‘aucun juge ne lève le doigt. Comment l‘expliquez-vous? Peut-on parler de la banalisation des crimes en côte d‘Ivoire?

Nous avons fini par connaitre la raison de l’impunité dont bénéficient les forces pro-Ouattara
depuis sa prise du pouvoir en Avril dernier. C’est dans la logique du « simple rattrapage »
a affirmé M. Ouattara lors de l’une de ses nombreuses visites à Paris. Ce monsieur a
certainement en tête un chiffre des ressortissants du nord qu’il pense que ceux du sud ont
tués depuis l’indépendance de la Côte d’Ivoire. A ceux là il ajoute les nombreux voleurs et
coupeurs de route burkinabés tués en Côte d’Ivoire. Dans sa logique de rattrapage, Ouattara
voudrait que les victimes des FRCI atteignent son chiffre tenu secret qu’il bonifiera peut
être avant de demander à ses hommes d’arrêter de tuer les ivoiriens du sud. Ce n’est donc
pas pour rien que les différentes unités de l’armée, de la police et de la gendarmerie sont
commandées par les hommes du nord pro-Ouattara qui ne sont pas du tout inquiétés par la

justice ivoirienne. M. Ouattara ne fait que des déclarations creuses quand il s’agit des crimes
commis par son armée. L’unique raison de l’impunité est donc liée à son fameux principe de
rattrapage.

Lynx.info: Des voix s‘élèvent pour dire que les ivoiriens ne peuvent se réconcilier qu‘après le départ de Ouattara. Ne faut-il pas lui donner un peu de temps pour voir ce qu‘il peut faire ?

Que faisons-nous pendant ce temps? Regarder les ivoiriens mourir tranquillement en exil,
être exécutés en toute impunité en Cote d’Ivoire, et perdre leurs emplois pour avoir voté
pour Gbagbo? Les morts ne se comptent plus. L’élite ivoirienne essentiellement pro-Gbagbo
continue de mourir de stresse, il faut mettre un terme à cela.

Lynx.info : L‘économiste et technocrate Alassane Ouattara peut-il remettre la Côte d‘Ivoire sur pied après les licenciements abusifs dont sont victimes les ivoiriens ?

Il faut d’abord relever la Côte d’Ivoire avant de la remettre sur pied. La descente aux enfers
continue onze mois après l’irruption du fameux technocrate au sommet de l’état ivoirien.
Malheureusement. Il faut le savoir, la Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’économiste pour se
relever, même si celui-là s’appelle Ouattara. Simplement parce que le problème réel de la
Cote d’Ivoire n’est pas économique, le pays est riche de ses matières premières. Le problème
de la Côte d’Ivoire est plutôt politique. Notre pays a donc besoin d’un leader charismatique
qui peut recoller tous les morceaux du tissu social dispersés ça et là par les deux décennies
de crise créée de toutes pièces par Ouattara. Les ivoiriens ont donc besoin d’une personnalité
dont l’influence s’étend sur toute l’étendu du territoire national. Cette personnalité existe.
Elle se nomme Laurent Gbagbo. C’est aussi lui qui a un sens élevé du pardon, il l’a démontré
en faisant revenir Ouattara et Bédié d’exil après son élection en 2000. Et c’est encore lui qui
a accepté le chef rebelle Soro comme premier ministre. C’est donc lui qui peut rassembler
les ivoiriens. Par ailleurs, pour la stabilisation et la relance économique, Gbagbo seule pourra
faire accepter les mesures d’austérité budgétaire qui s’imposent à la Côte d’Ivoire post crise.
A présent, le calme plat qui accompagne les nombreux licenciements en Côte d’Ivoire est
très inquiétant. C’est une bombe à retardement. Il suffit que la peur des forces pro-Ouattara
s’éloigne définitivement des Ivoiriens pour que le peuple s’oppose violemment aux mesures
de licenciements massifs de Ouattara.

Lynx.info: Après avoir combattu farouchement Gbagbo, le PS Français semble le réhabiliter.
Calcul politique ou humanisme pour un homme qu‘il pense affaiblit ?

Je suis de ceux qui pensent que toute ligne politique n’est pas toujours linéaire ou du
moins ne devrait pas toujours l’être. Il faut encourager les deux partis (FPI et PS) qui
tentent de reprendre langue. Je pense que la démarche du PS est plutôt motivée par des
considérations politiques que par l’humanisme. Il faut le noter, on ne fait pas la politique
avec l’émotion mais avec la raison. En le faisant les dirigeants du FPI n’ont pas trahi la lutte
pour l’indépendance économique de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. Nous avons besoin de
gagner cette bataille pour la liberté du continent noir par les actions conjuguées de la rue, de
la diplomatie et de la communication. Pendant que les résistants battent le pavé à travers le
monde, les politiques occupent le terrain de la diplomatie souterraine pour non seulement
faire le bilan des onze premiers mois Ouattara avec les partenaires au développement, mais
aussi et surtout engager de nouvelles perspectives avec eux. Sans toutefois compromettre la
lutte. Dans le même temps le front communication doit lui-aussi être actif de sorte à soutenir
effectivement les actions de la résistance et de la diplomatie. Ce serait une grave erreur de la part des politiques si les actions de la résistance n’étaient pas soutenues par des actions
diplomatiques.

Lynx.info: Le rapport est clair: les forces pro-Gbagbo n‘ont plus une capacité de nuisance. Paris sembleregarder ailleurs quand il s‘agit de parler des méfaits de Ouattara. C‘est ça ?

Je ne suis pas d’accord avec vous. La capacité de mobilisation des pro-Gbagbo est restée
intacte. Elle est toujours réelle et c’est ce qui justifie par exemple la volonté soudaine du PS
d’ouvrir à nouveau des discussions avec le FPI. On se rappelle qu’un dirigeant du PS l’avait
jugé infréquentable. A Abidjan comme dans plusieurs capitales à travers le monde, les pro-
Gbagbo sont mobilisés et mènent la vie dure au plan diplomatique au régime Ouattara à
travers des marches, meetings, sit-in et autres actions de mobilisation.

Lynx.info : On croyait le PDCI plus proche de la non-violence. Bédié semble être plus à l‘écoute de ce
que dit et fait le RDR. Comment l‘expliquez-vous ?

Les cadres du PDCI ont peur des représailles de l’armée tribale du RDR et des menaces de
gèle de leurs avoirs par les alliés occidentaux de Ouattara. En Cote d’Ivoire, les dirigeants
du PDCI ont peur d’être exécutés par les FRCI s’ils cherchaient à affaiblir Ouattara par leurs
actes. Tout comme à l’extérieur, ils ont peur de perdre leurs. Même s’il n’est pas d’accord,
Bédié ne peut avoir la force et le courage de se dresser contre Ouattara. Il est condamné à
demeurer dans la position actuelle pour une simple raison de survie.

Lynx.info : Je vous remercie

C’est moi qui vous remercie.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

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