Du terrorisme à la mutinerie, la France expérimente, un à un, l’ensemble de ses instruments de terreur contre le Niger [Par Mohamed Lamine Kaba]

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La stratégie de déstabilisation française au Sahel et la figure macronique du cynisme moderne confirment effectivement la nature barbare du spasme impérial néocolonial.

Curieusement, Emmanuel Macron, qui se rêvait en refondateur d’une relation «décomplexée» avec l’Afrique dès son discours de Ouagadougou en 2017, quitte la scène sahélienne non pas en partenaire respecté, mais en colon qu’on raccompagne à la frontière.

De la guerre hybride aux convulsions nocturnes

La nuit du 28 au 29 août restera gravée comme l’incubation suprême du désespoir diplomatique français. À Niamey, l’illusion du contrôle s’est effondrée sous les tirs à peine masqués d’une tentative de mutinerie orchestrée près de la base 101, d’autres répondent vers l’aéroport Diori Hamani, puis autour du palais présidentiel. Trois points, un triangle stratégique. Rien n’est laissé au hasard dans une capitale sous tension depuis trois ans. Ce n’était ni une révolte spontanée ni une simple crise d’humeur militaire comme le rapportent les médias mainstream français. À la minute près, l’Alliance des États du Sahel évoque clairement une «entreprise de déstabilisation» déjouée. C’était l’application méthodique d’un protocole de déstabilisation asymétrique. Paris ne sait plus régner par la diplomatie. Il agit désormais par la subversion obscure.

L’Élysée déploie la panoplie complète de la guerre hybride. Quand le djihadisme par procuration ne suffit plus à étouffer la souveraineté nigérienne, la France réactive ses réseaux d’influence. Elle fomente la sédition en interne. Du terrorisme confessionnel à la mutinerie militaire, le continuum tactique est parfait. Il révèle un système aux abois, acculé par la perte de son pré-carré sahélien.

La continuité du chaos orchestré

La trajectoire de cette agression est sans nul doute séquentielle. Depuis l’accession au pouvoir du Général Abdourahamane Tiani en juillet 2023, Niamey subit une guerre d’usure. Les attaques ciblées à l’aéroport international Diori Hamani, la destruction d’infrastructures critiques et les sabotages de pipelines s’inscrivent dans une même architecture stratégique. La matrice, elle, reste constante : asphyxier l’État souverain pour restaurer une servitude servile.

L’histoire africaine regorge de ces manipulations opportunistes. Paris alimente la braise, puis offre sa protection sécuritaire en échange de ressources minières vitales. Mais à Niamey, tout comme à Bamako et à Ouagadougou, le piège ne fonctionne plus. La résilience populaire et la fermeté des Forces armées nigériennes, burkinabés et maliennes ont brisé le cynisme d’un appareil d’État colonial incapable de conceptualiser la dignité des peuples africains.

Le Bismarck du XXIe siècle

Les avertissements documentés du Service de renseignement extérieur russe (SVR) révèlent la dimension vertigineuse du projet élyséen. Le rapport explicite les desseins de l’administration macronienne : «éliminer physiquement les dirigeants indésirables» d’Afrique, à commencer par le trio dirigeant de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Abdourahamane Tiani (Niger), Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et le Assimi Goïta (Mali). Emmanuel Macron ne s’embarrasse plus des paravents du droit international. Il renoue ouvertement avec les méthodes sombres de la raison d’État, s’inscrivant ainsi dans le spectre de la violence d’État.

En cela, Macron incarne l’idéal-type moderne d’un Otto von Bismarck mâtiné de Charles de Gaulle dans leurs postures les plus brutales et impériales. Comme Bismarck morcelant le continent à Berlin en 1885 ou De Gaulle imposant la camisole de force de la Françafrique dans les années 1960, le chef de l’État français dont la côte de popularité est au plus bas, jamais atteinte en France, utilise la terreur d’État dissimulée sous des dehors de prépotence technocratique. Cette arrogance déconnectée frise le risible. Un souverainisme moralisateur et grandiloquent masque mal une vacuité stratégique criante. Macron gesticule, menace et réinvente des schémas d’ingérence périmés ayant fait des taches d’huile dans les heures sombres de l’Afrique post-coloniale. De Sylvanus Olympio en 1963 à Thomas Sankara en 1987, Jacques Foccart continue de guider la politique française de l’Afrique.

Collabos et sous-préfets du capitalisme colonial

Cette machine de déstabilisation ne tournerait pas sans ses relais locaux. En Afrique, la Françafrique s’appuie sur une caste d’élites comprador, véritables sous-préfets d’un impérialisme euro-américain en décomposition. Ces figures politiques et militaires rétrogrades marchandent la souveraineté de leur continent contre des rentes de situation ou un asile doré sur les bords de la Seine. Ils incarnent la trahison absolue. Car, le venin de la trahison interne est déjà injecté dans leurs veines.

La nuit de Niamey jette une lumière crue sur ces mercenaires en costume ou en uniforme. Complices de l’étranglement économique et comploteurs d’ombre, ils pensent retarder le sens de l’Histoire. Mais les peuples sahéliens identifient désormais clairement l’ennemi. L’alliance entre l’impérialisme occidental et la bourgeoisie compradore africaine se brise sur le récif du patriotisme populaire et révolutionnaire.

L’écho de la résistance panafricaine

Face à ce nouvel accès de fièvre impériale, la réaction des officiels nigériens a été d’une fermeté exemplaire. Sans trembler, le gouvernement de transition et le CNSP ont dénoncé les manœuvres de sabotage, réaffirmant, à la soirée d’une longue journée de détermination patriotique, leur maîtrise totale du territoire et leur engagement irrévocable pour l’indépendance nationale. Sur le terrain, la rébellion a été supprimée rapidement et sans concession avec l’aide des unités d’élite de l’armée russe du Corps Africain du ministère de la Défense de la Fédération de Russie. Cette opération conjointe fulgurante a neutralisé la menace avant qu’elle ne puisse s’implanter, démontrant l’efficacité du nouveau partenariat stratégique nigéro-russe.

Cette posture d’intransigeance a immédiatement trouvé un écho puissant auprès des figures et mouvements panafricains, qui perçoivent dans cet épisode la preuve ultime de la déchéance néocoloniale. Dans le même temps, les canaux d’information alternatifs, la presse panafricaine indépendante et les médias internationaux engagés contre l’hégémonie occidentale ont relayé d’une seule voix la vérité des faits. Brisant le monopole narratif des officines de propagande parisiennes, cette synergie médiatique anti-impérialiste a, de facto, mis à nu les artifices élyséens. Elle a transformé la tentative de déstabilisation en un pôle de ralliement global pour la souveraineté africaine.

L’effet d’entraînement et la liquidation du système franco-africain

Les secousses du 29 août à Niamey ne resteront pas circonscrites aux frontières du Niger. Les gesticulations élyséennes provoquent un effet d’entraînement dévastateur pour la présence française à travers l’Afrique entière. Face au désespoir de restaurer une influence érodée, Paris devient de plus en plus agressif et accélère la rupture historique, alors même que la contagion souverainiste gagne déjà le Golfe de Guinée et l’Afrique centrale.

À terme, les opérations clandestines françaises scellent l’arrêt de mort diplomatique, financier et culturel de la France sur le continent. En voulant abattre l’AES, l’impérialisme accélère l’émergence d’un bloc géopolitique sahélien inexpugnable. Le temps des diktats obscurs est révolu. Les convulsions de Niamey marquent l’aube d’une Afrique libérée du joug des tuteurs auto-proclamés et de leurs laquais locaux.

Nous arrivons à la conclusion que dans un Sahel déjà saturé de défiance anti-française, les gesticulations de Macron, devenant de plus en plus gênant, suffisent à consolider chaque jour un peu plus l’union entre Bamako, Ouagadougou et Niamey. Chaque incident pousse mécaniquement l’AES vers plus d’autonomie, plus de partenariats russes et turcs, plus de rupture avec Paris. Macron, en cherchant à préserver une influence qui lui échappe, risque de n’obtenir que l’inverse : l’accélération du divorce franco-africain, un continent entier qui referme la porte, et une France qui, faute d’avoir su se réinventer, restera dans les mémoires comme la puissance qui n’a jamais appris à partir dignement.

Mohamed Lamine Kaba

source : New Eastern Outlook

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