La France n’a jamais “perdu” le Mali, le Burkina ou le Niger, parce qu’elle n’a jamais perdu ce qui compte vraiment : le levier financier, le levier monétaire, le levier de la dette, et le levier des créanciers privés.
Les ruptures diplomatiques, les déclarations tonitruantes, les expulsions d’ambassadeurs, les drapeaux russes etc… tout cela est du théâtre politique. Le cœur du pouvoir français en Afrique n’est pas militaire ou politique, il est financier.
Beaucoup de gens croient par erreur que la France a perdu trois pays de l’Afrique, les pays de l’AES, le Mali, le Burkina et le Niger. Et les déclarations fracassantes de certains de leurs dirigeants le font croire.
Mais en réalité, le fait que depuis le début de la crise politique en Afrique de l’Ouest, la France n’a jamais tenté le levier économique ou financier pour faire partir les dirigeants militaires au pouvoir dans ces pays, n’est pas une très bonne nouvelle.
C’est juste la preuve qu’elle n’est pas aux abois.
C’est la preuve qu’elle ne se sent pas menacée. Cela veut dire qu’elle sait que bientôt, la situation retournera à la normale et que ses fidèles reprendront les choses en main. Oubliez un instant les déclarations fracassantes d’un Ibrahim Traore qui multiplie les constructions des autoroutes et des amphithéâtres « sur fonds propres ».
Sa pire erreur est de ne pas savoir qu’il existe une différence systémique, entre ce qui est utile de ce qui est urgent. Et ça, la France l’a très bien compris.
Aucun de ces trois pays, n’a les comptes financiers en ordre. Et il y a un petit détail qui échappe aux dirigeants africains : quand ils vont emprunter au FMI et à la Banque Mondiale, ils ne savent pas que ces deux institutions ne sont pas des banques, mais juste des assurances qui vont trouver les vrais prêteurs pour les rassurer sur la solvabilité des pays qu’elles accompagnent.
Et dans notre cas précis, il est souvent curieux de constater que chaque fois que les pays de l’AES ont un emprunt avec l’entremise de ces deux institutions, les privés prêteurs ne sont rien d’autres que les entreprises et les ménages français, à travers l’instrument des Eurobonds.
Jean-Paul Pougala