CDPA-BT : Au delà de la marche du 12 janvier 2012

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Comme prévu, les organisations des droits de l’homme ont réussi à mobiliser ce 12 janvier 2012 contre les violations des droits de l’homme et contre la “vie chère”. La CDPA-BT a pris part, comme d’autres partis politiques, à la marche organisée depuis la Colombe de la paix jusqu’à l’esplanade de la place de l’Indépendance. Aucune organisation luttant pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit en vue d’une vie meilleure dans le pays, ne peut pas ne pas se sentir concernée par l’initiative, et ne peut donc pas ne pas participer à cette marche pour soutenir la cause commune. La CDPA-BT s’en félicite et remercie les organisateurs.

Le besoin totalement justifié de cette manifestation est une des preuves irréfutables que le changement politique, pour lequel le Peuple togolais s’est insurgé contre le régime d’Eyadema voici plus de 20 ans, n’est pas encore réalisé. Ceux qui ont laissé croire le contraire depuis 2006 ont manipulé l’opinion et trompé le Peuple. Et ceux qui continuent de le faire croire d’une façon ou d’une autre, manipulent eux aussi l’opinion et trompent les Togolais.

Ceci étant, les violations des droits de l’homme ne datent pas de l’accession de Faure Gnassingbe au pouvoir en 2005 dans les conditions inadmissibles que l’on sait. Elles ont été permanentes depuis janvier 1963. Et elles font partie intégrante de la nature du régime militaire despotique institué en 1967-1969 par Eyadema et son entourage d’intellectuels associés aux militaires : arrestations arbitraires au nom du parti unique, parti-Etat ; intimidations ; brimades gratuites pour dissuader toute contestation… Le besoin ressenti de manifester ce 12 janvier 2012 montre bien que le pays vit toujours dans la continuité de ce vieux régime despotique et antidémocratique qui, pendant plus de 40 ans, a fait de la violence d’Etat, du mensonge, de la manipulation de l’opinion, de l’achat des consciences, de l’opacité dans la gestion des affaires publiques…, des  méthodes de gouvernement et de confiscation du pouvoir d’Etat.

En conséquence, la violation des droits de l’homme, l’irrespect de la dignité humaine, la torture, l’impunité, la “vie chère”… ne sont pas des problèmes en soi. Ils sont inséparables de la nature profonde du régime politique en place depuis plus de quatre décennies. Ils sont l’expression d’un problème plus fondamental, celui de l’absence de démocratie dans le pays.

Ce problème plus fondamental est un problème de nature essentiellement politique. Aussi, ne concerne-t-il pas uniquement une catégorie de la population, ni un parti politique exclusif, ni exclusivement des chefs de partis d’opposition, ni seulement les responsables des organisations associatives d’opposition, ni un leader particulier charismatique ou supposé tel.
 
Ce problème politique concerne toutes les citoyennes et tous les citoyens sans distinction d’appartenance à une organisation politique ou associative, tous ceux qui veulent voir à la place du vieux régime politique despotique un régime réellement démocratique, respectueux des libertés politiques, compatible avec une justice juste, capable de définir et de conduire une politique de développement susceptible de transformer les conditions de vie de la population.
La solution à ce problème ne passe pas par le rituel électoral. L’expérience de ces 20 années de lutte le montre bien. Elle ne passe pas non plus par un quelconque “partage du pouvoir” avec qui on sait, pas plus qu’elle ne passe par une collaboration de l’opposition démocratique avec ceux qui entendent se maintenir au pouvoir à tout prix. Elle ne passe pas non plus par une mobilisation olé-olé visant des buts inavouables.

La solution passe par un préalable à tout : une organisation de la masse de la population sur la base d’objectifs clairs et avec pour but premier l’émergence d’une force réellement organisée et donc capable d’exercer une pression soutenue pour renverser le rapport des forces en faveur du changement démocratique.

La CDPA-BT regretterait beaucoup, si cette marche du 12 janvier, à laquelle elle a pris part, ainsi que celles qui vont probablement suivre, ne s’inscrivaient en réalité que dans la perspective des élections en vue. L’expérience a suffisamment montré que les élections, telles qu’elles ont été faites depuis 1993, n’ont jamais été qu’une manière d’accompagner le régime et de diviser l’opposition. Et en réalité une manière de marginaliser la masse des opposants en en faisant rien de plus qu’un simple électorat.

C’est pour éviter que les mascarades électorales confortent à chaque fois le régime et divisent à chaque fois l’opposition, que la CDPA-BT a proposé, depuis 2002, la nécessité pour tous les opposants de se mettre ensemble pour organiser la population, afin d’en faire une force alternative  capable de se constituer en un mouvement de pression efficace et durable. La CDPA-BT considère que l’émergence d’une telle force est un préalable incontournable à la lutte partisane pour la prise du pouvoir.
Fait à Lomé, le 16 Janvier 2012.

Pour la CDPA-BT
Son Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU

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