CDPA-BT : Retour sur le Burkina

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  La CDPA-BT souhaite vivement que la révolution burkinabè ne soit pas passée en pertes et profits dans les négociations qui ont conduit à la production de la charte.

Tout le monde convient à présent que l’armée néocoloniale burkinabé, qui avait soutenu Blaise Compaoré pendant 27 ans, n’a aucune habilitation à conduire la transition au Burkina. Les organisations internationales et des puissances étrangères, qui n’ont rien dit contre ce régime pendant 27 ans, sont finalement rentrées dans la danse, bien après le Peuple burkinabé qui n’entend pas laisser la transition entre les mains de cette armée-là.

Une chose est claire désormais : l’armée n’est qu’un corps dans la nation comme tous les autres corps. Elle et les citoyens qui la constituent ne diffèrent des autres corps que par la nature du rôle qu’ils jouent dans la société. Ils sont chargés de ce rôle par l’autorité civile politique incarnée par les organisations politiques, notamment les partis politiques. Ils n’ont donc rien qui justifie leurs prétentions à se mettre au-dessus de la nation toute entière et à vouloir faire la loi. Comme tous les autres corps, ils doivent se soumettre à l’autorité civile.

La question de savoir qui, de l’autorité civile ou de l’autorité militaire, doit exercer le pouvoir politique, même pendant une période transitoire, est désormais réglée au Burkina Faso. Et grâce à la révolution du peuple burkinabè, elle doit être considérée comme définitivement réglée pour les autres pays du continent aussi.

Qui choisir hors de l’armée pour conduire la transition est la question qui semble préoccuper dorénavant. Ce n’est pas parce que tout le monde pose la question de cette manière qu’elle est forcément juste et acceptable. Car, cette manière de la poser ne peut que diviser la révolution burkinabè ou accentuer les divisions en son sein et l’affaiblir. La vraie question est de savoir quelle politique conduire pensant la période transitoire, et pour quelles finalités. Que doit-on faire pendant la transition et que doit-on s’interdire de faire. Quel Burkina Faso les Burkinabè sortis dans la rue veulent désormais pour eux et pour les générations à venir et comment le construire ?

Ce sont là les questions essentielles. Elles sont de nature essentiellement politique et non corporatiste. Il revenait aux organisations politiques d’opposition engagées dans la révolution d’y avoir réfléchi dans un cadre donné pour tenir à la disposition du Peuple descendu dans la rue une politique alternative répondant à ses aspirations profondes. C’est cette politique alternative qui devra donner à la politique de la période transitoire son orientation et ses finalités. Et ce sera un signe que les organisations politiques d’opposition ont le contrôle de la situation. Un signe pour les masses populaires descendues dans la rue comme pour tous ceux qui sont venus de l’extérieur, sur le tard, s’ingérer dans la révolution burkinabè.

Mais si –et on peut le craindre– les organisations politiques d’opposition se sont laissées surprendre par l’ampleur du mouvement populaire et n’ont pas une alternative politique claire à offrir par conséquent, alors la révolution burkinabè court un grand risque de devenir une foire d’empoigne dominée par des voix discordantes, celle des chefs de l’armée, celle des organisations politiques ; celle de la pléthore d’organisations de la société dite civile, celle des jeunes, celle des femmes… Une foire d’empoigne où la transition, qu’elle soit conduite demain par un militaire ou un civile, risque bien de déboucher sur une restauration ouverte ou insidieuse du régime néocolonial.

Un projet de charte devant régir la transition vient d’être rédigé. Le document serait déposé sur le bureau des chefs de l’armée. De quel poids le peuple descendu dans la rue a-t-il pesé sur le contenu de ce document ? On ne saurait le dire.

La CDPA-BT souhaite vivement que la révolution burkinabè ne soit pas passée en pertes et profits dans les négociations qui ont conduit à la production de la charte de la transition.

Paris, le 10 novembre 2014
Pour la CDPA-BT section de France
Emmanuel Boccovi
 

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