Année 2011 : Retour en force de la colonisation

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C’est le titre d’une leçon du livre de lecture  » Mamadou  et Bineta sont devenus grands » , livre écrit par les colons français  à l’usage des écoliers africains jusqu’au début des années 1950 .Tous les africains ayant appris la lecture dans ce livre sont aujourd’hui  capables de réciter des paragraphes entiers de ce livre. Ils sont donc bien placés pour comparer la politique coloniale de la France à cette époque et sa politique actuelle.

I-Le système colonial français :

L’administration coloniale française est fondamentalement différente de l’administration anglaise. Les deux principales puissances qui se sont partagé l’Afrique de la fin du 19ème  siècle à 1960 ont des cultures diamétralement opposées. Dans les colonies anglaises l’administration était indirecte : les anciens souverains africains (par exemple l’empereur de Sokoto au Nigeria) furent maintenus et l’administration locale leur fut abandonnée, les administrateurs ou résidents britanniques se limitant à la haute direction des affaires.

Par contre les colonialistes français appliquèrent le principe de l’administration directe. Tout le pouvoir fut réservé aux administrateurs coloniaux : gouverneurs des colonies, commandants de cercles, chefs de subdivisions ou de postes, suivant la hiérarchie descendante.  Tous les grands chefs ou souverains, même ceux qui avaient  aidé les français, furent supprimés ou réduits à un titre honorifique. La chefferie dite  coutumière, en réalité administrative, fut réduite au rôle d’instrument d’exécution subalterne au niveau des circonscriptions administratives les plus petites, cantons et villages. D’autre part les colonialistes français mirent en place une politique d’assimilation visant à faire des colonies ce qu’ils appelaient la .

En fait se  traduisait uniquement par le mépris et la destruction de tout élément de culture nationale, au profit d’une culture française tronquée et adaptée. Il  ne fut jamais question d’introduire les lois sociales ou les libertés démocratiques existant en France. On sait que même de nos jours la France ne brille que par son intolérance vis – à – vis des cultures étrangères (voile intégral). L’indigène, sujet français, était en fait privé de tout droit.  L’école était utilisée comme le plus puissant moyen d’aliénation culturelle. Tous les Chefs qui avaient héroïquement résisté à la pénétration coloniale étaient présentés aux élèves africains comme  des tyrans, des roitelets sanguinaires  et des esclavagistes.

La France au contraire était enseignée  comme modèle de civilisation, de générosité, d’abolitionnisme et de pure beauté. Dans tout le secondaire les programmes étaient exactement les programmes français. Le système était conçu de manière que les africains ne pensent qu’en français et se sentent français jusque dans la moelle des os. A titre d’exemple voici l’un des chants qu’on nous faisait chanter à l’école primaire dans les années fin 1940-début 1950 (les points virgules marquent la fin des vers) :

On comprend alors qu’avec une telle mentalité les colonialistes français ne soient jamais disposés à lâcher la proie coloniale, à moins d’y être contraints par la force des armes. Mais l’Histoire évolue. Au lendemain de la dernière guerre mondiale il se trouvait que les colonies  françaises, qui avaient pris une part active à la libération de la France du joug colonial nazi, aspiraient elles  aussi à l’indépendance.

Certaines d’entre elles avaient entrepris une guerre de libération nationale. C’est le cas de l’Indochine qui, après une guerre de 8 ans (1946 – 1954) conquit  de haute lutte son indépendance totale. A la bataille de Dien Bien Phu en 1954 l’armée coloniale assiégée, commandée par un général et des officiers formés dans les plus hautes écoles militaires françaises, n’eut d’autre choix que de se rendre à un général vietnamien formé dans la jungle. C’était la correction la plus exemplaire qui pût être infligée à une armée d’occupation coloniale.

Le ton était donné. En 1954 c’était le tour de l’Algérie qui obtint l’indépendance en 1962 après une guerre qui dura également 8ans. Au sud du Sahara un autre mouvement de libération armé était déclenché au Cameroun,  malheureusement réprimé dans le sang et décapité.

L’on sait en Afrique qu’un peulh ne peut vivre heureux sans vaches. Vaches à lait certes, mais il les aime du fond du cœur. Pareillement la France ne peut être la France sans colonies. Des colonies qu’elle domine, exploite, considère comme ses champs, ses jardins, mais dont elle méprise cordialement les habitants, les « indigènes ». Afin de ne pas avoir plusieurs guerres coloniales à gérer  simultanément elle décida en 1960 d’accorder l’indépendance à ses colonies restantes,  toutes africaines car depuis 1954 cette puissance avait été définitivement  chassée d’Asie.

Mais  ces indépendances,  dont on célèbre aujourd’hui çà et là le cinquantenaire avec faste et fracas ne sont que des indépendances factices. En dehors de la reconnaissance par l’O.N.U. les Etats ne jouissent d’aucun attribut fondamental de la souveraineté. Par exemple la France ne conçoit pas qu’un Etat puisse contracter des relations économiques  ou politiques contraires à ses  intérêts égoïstes.

Un élément important de souveraineté est la monnaie. Presque toutes les anciennes colonies anglaises disposent aujourd’hui de leur propre monnaie, vaille  que vaille. Toutes les ex – colonies françaises (sauf la Guinée) sont dans la zone franc. Lorsqu’une ex – colonie ex porte un produit et acquiert de l’argent elle doit verser une partie de cet argent (j’ignore la fraction exacte) dans un compte du trésor français. C’est l’intérêt  produit par cette réserve qui nous est servi sous forme d’aide au développement.

La France ne peut pas vivre sans colonies. Au lendemain (J+1) de la proclamation de l’indépendance du Congo Belge (actuellement R.D.C) en 1960 ce pays( la France) avait rappelé à la Belgique un accord secret passé entre les deux pays dans les années 1880, accord qui stipulait que le jour où la Belgique quitterait le Congo la France serait prête à le reprendre. Je tiens cette information d’un de mes professeurs en France lors d’un meeting qu’il avait animé. Et le conférencier de s’insurger : . Vive émotion dans l’assistance. Il y a quelques mois lors d’un débat sur France 24 un Français disait : . Rappelons que le Rwanda est une ancienne colonie Belge.

Il ressort de tous ces faits que de 1885 à nos jours le fond de la politique coloniale française n’a pas évolué. Seules les méthodes  ont été adaptées à l’Histoire. De 1960 à la date d’aujourd’hui tout chef d’Etat  d’une ex – colonie qui dit non à la France est renversé par un coup d’Etat fomenté par la puissance coloniale. Il est présenté comme un dictateur par les médias français. La radio RFI donne le micro à ses opposants et suggère qu’il soit jugé et condamné, en sorte qu’il ne puisse plus jamais revenir au pouvoir. Pour la France nous sommes toujours dans son empire colonial. Par les temps qui courent la situation est particulièrement préoccupante.

L’on assiste à un retour en force du colonialisme et de l’impérialisme par des méthodes d’agression armée sauvage et barbare plus dévastatrices  que celles des années 1880. La situation qui prévaut en Libye nous interpelle  tous. Le Niger risque de se trouver à terme quasiment  entouré de régimes fantoches à la botte des colonialistes français. Dans la capitale on constate avec douleur la réhabilitation du monument et de la place Monteil, ce qui constitue une insulte au peuple nigérien et à sa dignité souveraine en ce début du 21ème siècle. Ce monument doit être immédiatement démoli et la place rebaptisée « Place de la République ». De  même le monument Cazemazou de Zinder doit disparaître sans délai. Ces deux monuments constituent des lieux de pèlerinage pour les néocolonialistes français.

L’Afrique n’ira jamais de l’avant tant qu’elle n’aura pas définitivement tourné la page de l’histoire coloniale. En effet tous les rapports sur le développement mondial placent les pays africains francophones en bas de liste alors que certains pays anglophones donnent des signes visibles de décollage économique. Ceci devrait amener l’Afrique à réexaminer ses relations avec la France.

II – LA POLITIQUE AFRICAINE DE  N. SARKOZY

Sarkozy est le fils d’un refugié économique hongrois. D’origines modestes, c’est un homme pétri de complexes au sens le plus complexe du terme. Pour lui la diplomatie, les relations entre les peuples et entre les individus, tout doit se ramener à une question de rapport des forces. Dans sa vision politique du monde il y’a de grands pays au dessus  de tous les autres, qui méritent  le respect, d’autres pays moyens inférieurs  aux premiers et enfin une troisième catégorie de  pays arriérés qui n’ont que le droit d’être dominés, exploités et méprisés. Tous les Africains se rappellent encore le discours qu’il a tenu à Dakar en juillet 2007 lors de sa première sortie en Afrique, discours offensant , outrageant et exécrable  .

Depuis  lors cet homme n’a cessé d’afficher son mépris à l’égard des Africains. On serait surpris de constater le zèle avec lequel il fait la cour aux Américains.  Sarkozy lèche les bottes du mulâtre Obama tout en remuant la queue. L es Français l’appellent « le caniche des Américains » tandis que ces derniers le nomment   »  le plus pro – Américain des Français ». Comment expliquer une telle platitude ? La réponse est toute simple. Sarkozy veut copier les méthodes américaines en matière de politique extérieure.

Pour  cela il a besoin  des grands moyens dont disposent les Américains, en particulier l’O.N.U.  Sorti du néant il ambitionne de marquer l’Histoire à l’ombre des yankees. Jamais la France ne s’est donnée  un chef d’Etat aussi nul, d’une nullité totale et absolue. Totale quant à son parcours scolaire, universitaire, professionnel et politique. Absolue parce qu’il bat le record de nullité dans tous ces domaines. Comment donc a – t – il réussi à convaincre les Français pour accéder au pouvoir ? Sarkozy a une arme et une seule, le mensonge. Dans son propre fief à Neuilly il a été vomi pour n’avoir pas tenu ses promesses électorales.

Sur le plan diplomatique Sarkozy veut établir avec certains pays du Sud des « partenariats stratégiques ».  Ces pays  sont choisis en fonction de leur poids économique dans leurs sous – régions respectives. Sa stratégie consiste à s’appuyer sur ces pays  pour dominer les sous – régions. En Afrique Australe c’est l’Afrique du Sud, en Afrique centrale le Gabon, en Afrique de l’Ouest le Nigeria, en Afrique du Nord l’Egypte, en Amérique centrale le Mexique et en Amérique du Sud  le Brésil. Sarkozy utilise aussi de petits chefs d’Etat fantoches  pour déstabiliser les Etats d’une sous – région. En tout état de cause il se considère comme étant au – dessus de tous les chefs d’Etat du Sud. En particulier il traite ceux des anciennes colonies comme ses boys. D’ailleurs ce comportement ne lui réussit pas toujours. C’est le cas du Mexique où il a contesté une décision de justice de ce pays et même celui du Tchad où, dans son arrogance insensée il a dit à propos de l’affaire Arche de Zoé : . Les instincts sataniques de cet homme joints à l’irresponsabilité de l’Union Africaine marqueront pour longtemps le continent africain.

III-LA CRISE IVOIRIENNE :

La Côte d’Ivoire est pour la France la poule aux œufs d’or dans l’ouest africain. Son PIB représente les 40% du PIB de l’UEMOA. La plupart des grosses entreprises sont entre les mains des étrangers, les Français notamment. Il y a quelques mois un sénateur américain déclarait au Congrès que lorsque la Côte d’Ivoire mettra en exploitation toutes ses réserves pétrolières la production de pétrole du Golfe de Guinée atteindra celle de Moyen Orient. Il est clair qu’une telle éventualité sera de nature à modifier tout l’équilibre géostratégique dans le monde. On comprend alors que la France, de nature colonialiste, ne supporte pas de voir au pouvoir un homme qui ne lui garantit pas la pérennité de ses intérêts  dans ce pays et la sous – région,  alors qu’elle a un candidat prêt à jouer ce rôle. Après l’échec d’une tentative de coup d’Etat  elle utilise l’ONU pour parvenir à ses fins. Le Secrétaire Général de cette organisation est originaire de la Corée du sud, un Etat vassal des Etats Unis. Pour mener à bien le complot ourdi par la France le chef de l’O.N.U. se fait représenter en Côte d’Ivoire par un de ses  concitoyens, un autre coréen qui allait être à l’origine de la crise post – électorale dans ce pays de la CEDEAO.

Le monde entier se rappelle les conditions scandaleuses dans lesquelles se sont déroulées ces élections, notamment le bourrage des urnes dans le nord non désarmé, l’ingérence prétentieuse des ambassadeurs de France et des Etats Unis dans le processus électoral, l’ultimatum inacceptable de Sarkozy à Gbagbo. Dans ces conditions quoi de plus normal que de recompter les voix ? Entre celui qui demande le recomptage et celui qui le rejette qui est  le voleur ?  La solution la plus simple et la plus juste aurait permis d’éviter à l’Afrique une guerre fratricide et tout son cortège de malheurs et de ressentiments. Dans ce dossier il faut condamner avec la plus grande énergie la CEDEAO qui, une fois de plus a fait preuve d’incapacité et de lâcheté devant la pression de Sarkozy. Je demanderai spécialement au président du Nigeria d’ôter son chapeau et de se regarder dans une glace : il est noir des pieds à la tête et doit se dire que jamais un Chef d’Etat blanc ne se mettra du côté  d’un Chef d’Etat noir contre son semblable. Il doit se trouver ridicule en  se laissant appeler dix fois par jour par Sarkozy. Son comportement de pantin n’honore pas l’Afrique. Peut – être ne se sent – il pas concerné par le discours de Dakar et  qu’il souhaiterait  revenir aux anciennes  amours entre la France et le Biafra. En tout état de cause, engager une guerre  contre un pays suite  à un contentieux électoral relève de la pure démence.

D’autant plus que dans  toute la CEDEAO il y a au plus trois  pays réellement  démocratiques. Le Nigeria n’en fait pas partie. Un pays gangrené par la corruption et incapable d’organiser dans la transparence même l’élection d’un chef de service peut – il imposer par la guerre  la démocratie à un autre pays ? Au nom de quoi ? De toute manière l’ONUCI coalisée avec la horde de Ouatara n’aurait jamais pu déloger  Gbagbo. Il fallait l’intervention de l’armée coloniale française qui, pour des raisons évidentes connaissait la topographie des lieux. Tout le monde attendait au tournant Goodluck pour son élection. Le président des Etats-Unis Obama n’a même pas attendu la fin  du processus pour féliciter son candidat. Quant aux observateurs occidentaux ils ont minimisé les irrégularités qui ont émaillé les élections. Devant les violences meurtrières qui  en ont résulté Obama- le- mulâtre est resté bouche cousue .Mieux, il a invité Goodluck  et Bongo afin de les féliciter pour leur vote au Conseil de Sécurité .Tous  ces faits prouvent que ce n’est pas la démocratie que les impérialistes veulent en Afrique mais des régimes qui leur soient favorables et  sauvegardent leurs intérêts.

LA GUERRE DE LIBYE

Tout comme l’intervention en côte d’Ivoire la guerre de Libye a été initiée sous le même prétexte par la même personne, à savoir Sarkozy .Il s’agissait de faire adopter  par le Conseil de Sécurité une résolution visant à  protéger  les populations civiles .Argument  grossier, idiot, complètement ridicule. Depuis quand les impérialistes sont-ils devenus sensibles aux souffrances d’autrui alors même qu’ils les ont toujours provoquées là où  elles n’existaient pas? Leur but réel  est partout le même : S’emparer des richesses du pays, notamment pétrolières. Après l’adoption de la  résolution Obama-le- mulâtre  pousse le cynisme jusqu’à dire que malgré les termes de la résolution il s’agit bien de faire partir Kadhafi.

Comment les représentants africains au Conseil se sont – ils laissés berner dans ce jeu malhonnête ? Sarkozy laisse entendre à tous les pays qu’il appelle ses qu’il est entrain de lutter en leur faveur afin qu’ils soient admis comme membres  permanents au Conseil de Sécurité. Les dirigeants  de ces pays sont – ils naïfs au point de prendre au sérieux un professionnel du mensonge ? Quoi qu’il en soit voici déjà  plusieurs mois que tout l’occident est engagé dans une guerre injuste contre la petite Libye sans parvenir à déloger Kadhafi. A Dien Bien Phu quand l’armée française s’était sentie perdue la France avait lâchement demandé aux Etats Unis de lui prêter main forte, mais n’avait pas obtenu satisfaction. Cette fois – ci c’est la plus grande coalition impérialiste qui s’est abattue sur la Libye grâce à l’appui des américains.

Aujourd’hui ce sont les patriotes du monde entier qui vivent des jours tragiques sous le terrorisme de bandits sans foi ni loi, sans honneur et sans honte. Mon ami Hugo Chavez avait dit il y a quelques mois que l’actuel Président des Etats – Unis commençait à sentir aussi mauvais que son prédécesseur. Je dois l’informer que le mulâtre Obama avait déjà suffoqué de sa puanteur tout le continent africain depuis le jour où il avait foulé le sol ghanéen en2009. Bush, Obama et Sarkozy sont les trois chefs d’Etat les moins sérieux des deux derniers siècles. On se doit de rappeler à chaque occasion que sous le voile du plus gros mensonge de l’Histoire, Bush et ses acolytes  avaient envahi l’Irak dans le but de piller son pétrole et de s’enrichir, semant ainsi le chaos qui agite le pays depuis dix ans. Aucune organisation, aucune institution, aucun média en occident n’a condamné cette agression,  encore moins évoqué le Tribunal Pénal International pour les crimes de guerre et contre l’humanité commis par les coupables.

S’étant rendu compte qu’ils font face à une résistance imprévue, les coalisés se tournent vers l’Union Africaine qu’ils ont jusqu’à présent ignorée et méprisée. La  Sécrétaire d’Etat américaine Mme Clinton s’est rendue au siège de l’Union non pas pour négocier le départ de Kadhafi, mais pour l’imposer malgré tout ce que Kadhafi a fait pour l’institution et qu’elle reconnaît d’ailleurs. D’après ses propos c’est l’Occident qui confère la légitimité d’un chef d’Etat et non son peuple, et l’Union Africaine doit l’accepter car l’occident ne lui reconnaît de rôle que celui de convaincre Kadhafi. Jamais la dignité de l’Afrique n’a souffert à ce point. J’ai déjà dit que les impérialistes yankees ont élu Obama pour qu’il joue le gendarme de l’Afrique.
Ayant  été chassés d’Amérique latine ils veulent se rabattre sur l’Afrique. Le meilleur moyen de dominer l’Afrique est d’utiliser un demi – africain. Je voudrais demander à Mme  Clinton : Au temps de l’esclavage le nègre désigné par son maître pour fouetter ses frères était- il aimé et respecté ou au contraire haï et méprisé des siens ? Il est évident aux yeux de tous que la présence des Africains à l’O.N.U ne sert pas l’Afrique mais les Occidentaux. Si l’Afrique du Sud, le Nigeria, et le Gabon s’étaient simplement abstenus dans le vote de la résolution 1973 celle – ci n’aurait pas été adoptée car la Chine ou la Russie aurait voté contre. Mais on ne peut pas être plus royaliste que le roi. Il est triste de constater aujourd’hui que l’Afrique fait le jeu de Sarkozy, mais ne le réalise que quand le mal est fait.

Le chef d’Etat français ne croit plus maintenant à la solution militaire malgré l’aide américaine. Il cherche donc à isoler politiquement Kadhafi en faisant pression sur les fantoches africains et en racontant des mensonges à des diplomates européens qui ne seraient même pas capables de retrouver la Libye sur une carte. Les médias français sont en première ligne de cette campagne de discrédit en diffusant les informations mensongères les plus infamantes. Sur ce point on ne saurait passer sous silence le comportement de Mr Abdoulaye Wade. De même qu’il s’est singularisé dans la crise ivoirienne par son soutien inconditionnel au fantoche Ouattara, de même il veut intervenir de façon théâtrale dans la tragédie libyenne. Embarqué à Paris sous la couverture aérienne de la chasse française, il débarque à Benghazi avec l’unique intention de tenir  des propos surprenants, ahurissants et délirants. Prétendre que Kadhafi n’a rien fait pour l’Union Africaine ne relève pas seulement de la mauvaise foi mais de l’effronterie.

La Lybie et l’Algérie sont de très loin les plus gros contributeurs pour la mise en place du fonds Monétaire Africain. Elles donnent ainsi le vrai, le seul contenu crédible à la coquille vide que constituait cette organisation. L’agression de la Libye par la coalition des bandits occidentaux n’a d’autre but que d’empêcher  la réalisation de cette opération capitale pour le développement économique du continent. Par ailleurs Mr Wade s’emploie à discréditer l’Union Africaine, prenant ainsi fait et cause pour les impérialistes et les colonialistes qui sont les ennemis jurés du progrès du continent. Dans ces conditions force est de conclure que cet homme non seulement ne croit pas à l’Union Africaine mais ne veut même pas de cette organisation. Alors pourquoi tant de bruit et de manifestations grandioses autour de la renaissance africaine ? Pour masquer sa servilité vis – à – vis du colonialisme français. Au lieu de la faire renaître Mr Wade est entrain de pousser l’Afrique vers une deuxième mort par sa lâcheté qui n’attire au continent noir qu’insultes et mépris de la part des colonialistes.

V – CONCLUSION :

L’année  2011 aura été la plus éprouvante pour l’Afrique depuis les indépendances tcha – tcha  de 1960. L’Afrique est le seul continent où les bandits impérialistes et colonialistes  de tout acabit peuvent se permettre d’agresser sous l’égide de l’ONU des armées régulières d’Etats souverains au motif qu’il faut protéger  les populations alors que le monde entier sait que ce sont les populations qu’ils respectent  le moins. Cet irrespect n’est pas seulement dû au sous- développement de l’Afrique. Il est surtout la conséquence du comportement des dirigeants africains.

Si  dans la crise ivoirienne les dirigeants de la CEDEAO avaient fait preuve de dignité et de responsabilité l’Union Africaine n’aurait pas été négligée et ignorée dans la guerre de Libye. C’est parce que ces deux organisations ont plié sous la pression de Sarkozy que la médiation de l’Union Africaine a été rejetée. Les  impérialistes considèrent les organisations africaines comme de simples instruments de domination et d’exploitation de l’Afrique. Pour les patriotes africains ceci est inacceptable. L’Afrique du Sud et l’Angola qui ont versé leur sang pour obtenir l’indépendance connaissent le prix de la liberté et ont eu une attitude digne et réfléchie dans la crise ivoirienne, mais n’ont pas été suivies.

De façon générale il faut déplorer et même condamner la lâcheté des dirigeants actuels face aux agissements de Sarkozy. Aucun d’entre eux n’a réagi ni de près ni de loin au discours insultant de Dakar en 2007, pas même Mr Wade au nez duquel l’insulte a été proférée. Une loi psychologique veut que la docilité et la soumission encouragent l’arrogance, le mépris et l’agression tandis que la réaction active les décourage. L’intervention colonialiste de l’armée française en Côte d’Ivoire consistant à transporter les troupes fantoches du Nord au Sud et à déloger Gbagbo a été vécue par les africains comme une humiliation. Mais cela n’a pas suffi.

Devant l’Assemblée  Nationale française le Premier Ministre François Fillon laissait entendre que c’était là un signal (pour les autres pays africains). Même  s’il est vrai que l’Union Européenne contribue pour 80%  au budget de l’Union Africaine comme le dit RFI, cela ne saurait justifier ni l’agression de la coalition impérialiste, ni l’attitude passive de l’organisation continentale. Rappelons qu’en 1957 les chefs de gouvernements de l’A.O.F., qui étaient à l’époque de nationalité française et futurs premiers présidents des Etats indépendants de l’Afrique occidentale, avaient demandé conjointement à la France de ne plus engager des africains dans la guerre de répression contre la rébellion algérienne.

Rappelons aussi que la France finançait à 100%  les budgets de ces Etats qui étaient des colonies françaises. La recolonisation par les armes de la Côte  d’Ivoire et de la Libye sera lourde de conséquences car les destructions et dégâts causés par ces deux guerres seront réparés avec l’argent du pétrole et des ressources de ces pays. Il faut ajouter à cela la perte de leur indépendance et de leur dignité. Il n’y a aucune comparaison possible avec le financement de la CEDEAO et de l’Union Africaine par l’Union Européenne. L’Afrique n’a pas à s’embarrasser de scrupules inutiles, d’autant plus que Kadhafi et Gbagbo ont financé la campagne de Sarkozy et que ce dernier, comme on le voit, le leur rend à sa manière.

On se rappelle qu’après les deux guerres du golfe la part de la France dans les contrats de reconstruction et d’exploitation pétrolière au Koweït et en Irak était insignifiante. Voilà pourquoi Sarkozy fait de la guerre de Libye une affaire personnelle.   Les impérialistes et les néocolonialistes sont des gens détestables et méprisables.

Tous ceux qui connaissent  l’histoire de  la colonisation peuvent constater aujourd’hui que les colonialistes n’ont jamais  changé de caractère de puis 1880. Menteurs, malhonnêtes, perfides, traîtres, sans parole, déloyaux, ils ont toujours abusé de la bonne foi des africains pour leur arracher leurs terres. De nos jours leur mauvaise foi les a conduits dans un état d’imbécillité tel qu’ils ne sont même plus conscients de leur ridicule et de leurs contradictions. C’est ainsi que le ministre français des affaires Etrangères Alain Juppé dit, avec toute l’arrogance d’un imbécile heureux : , et quand par ailleurs on traite les dirigeants français de colonialistes il s’insurge et prétend le contraire car selon lui l’intervention a lieu dans le cadre de l’ONU. Il faut espérer que les dirigeants africains sont finalement édifiés sur la psychologie des impérialistes et tireront les conséquences de leurs erreurs.

L’Afrique réalise aisément que le monde actuel, devenu unipolaire, est régi par la loi de la jungle. En Irak, en Côte d’Ivoire, en Libye, partout ce sont les impérialistes qui, avec la complicité de leurs valets locaux installent les régimes fantoches qui doivent leur permettre de  dominer et exploiter les pays concernés. Dés lors le salut de l’Afrique  ne réside que dans l’union. On constate avec stupeur la solidarité de l’occident dans les questions les plus immorales face au Sud. Pourquoi l’Afrique n’est –elle pas capable d’une attitude réciproque ? Pendant que l’Union Européenne se renforce sans cesse de nouvelles adhésions elle s’évertue à diviser l’Afrique. Le principe est bien connu .Les pays africains que Sarkozy  considère comme ses  partenaires stratégiques doivent comprendre que quelles que soient leurs puissances économiques d’ailleurs relatives ils ne seront respectés que dans la mesure où ils défendent les intérêts de l’Afrique et rien d’autre.

Même armés du droit de veto (d’ailleurs utopique) au Conseil de Sécurité ils ne seront jamais que les plus petits  des grands et seront toujours instrumentalisés par les impérialistes car ces derniers ont une vision lointaine de l’Histoire pendant que l’Afrique se débat dans ses problèmes quotidiens de subsistance, de sécurité, de paix et de développement. Je ne le dirai jamais assez, le problème de l’Afrique est d’abord le développement. Les africains ont certes besoin de démocratie, mais celle – ci doit être une et non une démocratie à l’occidentale qui les divertit et leur fait oublier l’essentiel. La priorité des priorités de l’Afrique étant le développement, l’ennemi commun des africains est l’impérialisme car ce dernier ne veut pas de notre développement. Les contradictions entre l’Afrique et l’impérialisme sont les contradictions fondamentales. Elles sont plus importantes que les contradictions interafricaines qui, elles, sont secondaires et disparaîtront dés que sera réalisée l’unité de l’Afrique.

Une Afrique solidaire et parlant d’une seule voix pourrait s’imposer mieux que si elle disposait d’un droit de veto au conseil de sécurité. Car actuellement l’Afrique jouit de bons atouts qui sont ses ressources énergétiques et minières tandis que l’Europe n’a pratiquement plus rien dans son sous – sol. En cas de rupture des relations Nord- Sud l’Europe a plus à perdre que l’Afrique. Mais notre continent ne peut survivre que dans l’union. Il est révoltant de constater que l’Afrique de l’Ouest n’est pas encore libérée de la tutelle coloniale. On peut le comprendre quand on sait que le système colonial français est le plus aliénant du monde et quand on relit le dernier vers du chant que j’évoquais tantôt. Par contre il est surprenant et inexplicable de voir un Président du Nigeria travesti  en marionnette par un Président français. Comment  peut – on quitter le joug colonial britannique et se faire recoloniser par la France, puissance coloniale indécrottable. Cependant  il faut remarquer que ce phénomène lamentable ne se produit au Nigeria que quand un homme du Sud est au pouvoir.

Dans ce monde sauvage et immoral l’Afrique est le continent le plus riche et  de ce fait le plus vulnérable. Hormis l’Afrique du Sud aucun autre pays africain ne peut être qualifié d’émergent car il ne développe pas une industrie lourde ni une industrie de pointe. La survie du continent dépendra de son unité. A  défaut d’une union fédérale les Etats africains doivent être solidaires et  parler d’une seule voix. Une union de peuples n’est pas nécessairement un mariage d’amour, mais une alliance en vue de résister à une domination extérieure. La France et l’Allemagne se sont livrées trois grandes  guerres en l’espace d’une vie d’homme, à savoir en 1870, en  1914 et en1939. Si ces deux pays constituent  aujourd’hui l’axe central de l’Union Européenne c’est bien pour faire face à la domination économique américaine après la deuxième guerre mondiale. Nous vivons dans un monde où ceux qui prétendent aimer la démocratie sont ceux – là mêmes qui ne croient qu’à la loi du plus fort.

Pour l’Afrique la première priorité n’est pas la démocratie mais le développement. Pour les impérialistes occidentaux il s’agit avant tout d’avoir la mainmise sur toutes les ressources de la planète, notamment énergétiques. Sous le couvert de la démocratie ils veulent installer dans tous les pays  en voie de développement des régimes à leur botte qui leur assurent le contrôle et le pillage de ces ressources. Ces dernières années la faillite du système économique occidental conjuguée à la montée en puissance des pays émergents exacerbe l’agressivité des impérialistes et des néocolonialistes. Les impérialistes yankees ne supportent pas l’idée de voir une superpuissance autre que la leur. Quant aux néocolonialistes européens, notamment les Français qui ont fondé leur système économique sur l’exploitation des colonies, ils sont prêts à se relancer dans une nouvelle aventure coloniale au nom de la démocratie et du droit d’ingérence humanitaire.

Après la reconquête de la Côte d’Ivoire, la France veut rependre à l’Italie son ancienne colonie la Libye. Dans la perspective de leur déclin inexorable les pays occidentaux sont plus solidaires que jamais. Même  à l’intérieur de ces pays la classe politique n’affiche plus ses différences idéologiques lorsqu’il s’agit de domination et d’exploitation coloniale, alors que ce n’était pas le cas en 1885 quand, en France par exemple, la politique coloniale de Jules Ferry (conquête du Tonkin) provoqua la chute de ce dernier.

Le nouvel ordre mondial et l’expérience vécue par l’Afrique cette année doivent interpeller et inquiéter les dirigeants africains, du moins ceux d’entre eux qui entendent  rester africains et servir l’Afrique. Un constat s’impose à tous : L’Afrique n’a pas d’avenir dans la désunion. Elle perdra ses ressources naturelles, sa dignité et même son âme si elle ne prend pas en main sa destinée.

L’Afrique de l’Ouest n’est pas encore libérée du carcan colonial. La CEDEAO est une organisation fantoche pilotée par la France. On parle aujourd’hui d’une monnaie de la CEDEAO alors qu’une monnaie africaine est à l’ordre du jour. Il s’agit encore manifestement d’une manœuvre de division de la puissance colonialiste.

La prochaine guerre mondiale ne sera pas une guerre de civilisations ni une guerre de religions, mais une guerre économique. Peut – être  a – t – elle déjà commencé. Elle opposera d’une part l’Occident impérialiste et colonialiste, d’autre part les pays émergents. Son théâtre d’opérations sera le continent africain. Le grand vainqueur de cette guerre pourrait être l’Afrique si elle prend à bras- le- corps le problème de son avenir. Dans le cas contraire elle est condamnée à disparaître. Car après la mainmise sur ses ressources les ennemis de l’Afrique déferleront sur le continent à la recherche d’espace vital. Raison de plus pour accélérer le développement du continent.

APPENDICE

Le dénouement de la crise ivoirienne est considéré comme un succès pour l’ONU et une victoire pour la France, mais il est clair que c’est un drame pour l’Afrique. La recolonisation de la Cote d’Ivoire est aujourd’hui totale. Les lâches dirigeants de la CEDEAO doivent réfléchir à leur propre cas, à leur responsabilité devant l’Afrique et devant l’Histoire.  En effet c’est leur attitude qui a encouragé Sarkozy à inventer de toutes pièces le problème de la Libye. La résolution  de l’ONU ne prévoit le départ de Kadhafi. Au nom de quoi le guide de la révolution libyenne doit – il partir ? Parce qu’une coalition de bandits et de voyous en a ainsi décidé dans le seul but de piller les ressources pétrolières de la Libye ? Les néocolonialistes ne connaissent pas l’histoire de l’Afrique et ont misé sur la reddition ou la liquidation physique de Kadhafi dès les premiers bombardements.

Exaspérés par leur échec ils cherchent une solution politique bâtarde sans Kadhafi. Quand bien même les bandits occidentaux enverraient des troupes au sol l’armée libyenne doit  continuer à se battre. Les agresseurs doivent savoir que lors de la pénétration coloniale, dans tous les sièges que les colonialistes ont mis devant les villes africaines, les dignes fils du continent, hommes, femmes, enfants se sont battus jusqu’aux extrêmes limites des possibilités humaines et ont préféré se donner la mort par familles entières plutôt que de se rendre à l’envahisseur blanc.

En tant que soldat et grand combattant de la cause africaine, Kadhafi n’a pas le droit de se rendre à des bandits lâches, déloyaux et méprisables.

En tant que musulman et grand militant de la foi islamique, Kadhafi n’a pas le droit de se rendre  à des cafres sans foi ni loi et sans aucun scrupule.

La nouvelle Côte d’Ivoire est une honte pour l’Afrique. La reddition de Kadhafi n’aura d’autre effet que d’accroître l’arrogance des colonialistes français et leur faire croire que l’heure a sonné pour la reconquête totale de tout l’Ouest africain d’Est en Ouest et du Nord au Sud. En témoigne les nouvelles prétentions de la France vis – à – vis du Ghana (visite récente de  F.Fillon dans ce pays).

En ce début du 21ème siècle une recolonisation de l’Afrique par les méthodes du 19ème  est inacceptable.

Kadhafi doit mourir les armes à la main.

Pr Abou TRAORE

Université de Niamey – Département de Mathematique

 

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