Alassane Ouattara, de l’illégitimité à l’inéligibilité [Par BALOU BI Toto Jérôme*]

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Au moment où s’instaure un débat autour de l’éligibilité ou non de Monsieur Ouattara, il est bon de rafraîchir la mémoire des ivoiriens sur la situation que vit notre pays, afin de lui éviter d’autres drames. En effet, l’histoire récente de la Côte d’Ivoire nous a enseigné que la démocratie ne se bâtit pas uniquement autour de la question des élections, celles-ci n’étant qu’un pendant. La démocratie se bâtit autour d’institutions fortes et pérennes ; et ce sont ces institutions qui rendent les grands états modernes forts, stables et donc viables. La preuve, après toutes les péripéties que la Côte d’Ivoire a vécues depuis le coup d’état de 1999, ainsi que celui de 2002, nous sommes allés d’accord en accord, pour que les ivoiriens se retrouvassent, autour de l’essentiel, notre pays, ce bout de terre que Dieu nous a seulement prêté, pour aboutir aux accords politiques de Ouagadougou en mars 2007,issus de ce que le Président GBAGBO nommait à juste titre le « dialogue direct » entre la rébellion incarné par SORO Guillaume et ses mandants Alassane Dramane OUATTARA et ses tuteurs, et l’Etat de Côte d’Ivoire incarné par le gouvernement de Laurent GBAGBO.

Alors que les ivoiriens espéraient raisonnablement être arrivés au bout du tunnel,
La France, sous le couvert de la Communauté Internationale, cette nébuleuse politico-mafieuse, va contraindre le Président Laurent GBAGBO à organiser l’élection présidentielle, dans un pays encore divisé, occupé aux deux tiers par l’armée de SORO Guillaume, et aux mépris de tous les accords signés avec le sang de milliers d’ivoiriens. On nous disait alors que l’élection présidentielle allait ramener la paix et la stabilité dans notre pays, la suite, nous la connaissons et nous la vivons avec cette grosse fracture entre les ivoiriens avec une nouvelle dictature avec tous ces sanguinaires, qui a institué la justice des armes, parce que moi je ne parlerai pas de justice des vainqueurs, puisqu’il n’y a jamais de vainqueurs définitifs.

Aujourd’hui la question que nous sommes en droit de nous poser, c’est de savoir d’où le pouvoir de Monsieur Ouattara tient-il sa légitimité, est-il même légitime ? Ou bien encore, Monsieur Ouattara aime-t-il vraiment la Côte d’Ivoire ?

Mais avant de répondre à cette question, tentons de cerner la personnalité de Monsieur Alassane OUATTARA, au travers de ce que Max Weber, sociologue et économiste allemand, l’un des fondateurs de la sociologie moderne définit comme les trois types idéaux de domination légitime à travers les âges : la domination traditionnelle, la domination légale, et la domination charismatique.

La première est fondée sur la croyance en l’intangibilité des coutumes qui confère la légitimité à ceux qui gouvernent au nom de la tradition. Sous cet angle, Monsieur Ouattara aurait été légitime, si la Côte d’Ivoire n’était pas diverse et variée, avec la cohabitation de plusieurs types de pouvoirs, allant du système de la royauté chez les akans en passant par le système du bois sacré chez les sénoufos, etc. Et même là on ne saurait classer Monsieur Ouattara, puis que finalement on ne sait même pas grand-chose sur ses affiliations traditionnelles.

La seconde qui se base elle sur la validité de la loi et des institutions en vigueur, est établie par voie rationnelle et régulière. Dans ce deuxième cas, nous pouvons affirmer haut et fort qu’avec Monsieur Ouattara, aucune institution étatique n’est revêtue de la légalité constitutionnelle en Côte d’Ivoire. En voici quelques illustrations:

– La Présidence de la République : le titre de Président de la République a été attribué illégalement à Monsieur Alassane OUATTARA parce qu’au regard de la Constitution Ivoirienne, ce sont les résultats définitifs du scrutin qui confèrent la qualité de Président de la République (Articles 39 et 94). Or la décision du Conseil Constitutionnel du 04 mai 2011, proclamant Monsieur OUATTARA, Président de la République, ne fait aucune référence aux résultats définitifs du scrutin du 28 novembre 2010 ; le Conseil se contente de dire qu’il « fait siennes, les décisions du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, sur le règlement de la crise en Côte d’Ivoire ». Ce n’est donc qu’un habillage juridique voulu par la France et la « communauté internationale pour légitimer leur coup d’Etat militaire ;

– Le renouvellement illégal du Parlement : selon l’article 59 de la Constitution, « les pouvoirs de l’Assemblée Nationale expirent à la fin de le deuxième session ordinaire de la dernière année de son mandat. Les élections ont lieu vingt jours au moins, et cinquante jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale ». Ainsi, si l’on admet que 2011 était la dernière année du mandat parlementaire en cours, les élections pour le renouvellement du Parlement auraient dû se tenir entre le 27 octobre et le 27 novembre 2011. Or celles-ci auront lieu le 11 décembre 2011, donc hors délais constitutionnels.

– Le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur SORO Guillaume a été élu en violation des conditions d’éligibilité prescrites par la Constitution en ses articles 65 et 35. En effet, l’article 65 alinéa 2 énonce : « le Président de l’Assemblée Nationale et le Premier Vice-Président sont soumis aux mêmes conditions d’éligibilité que le Président de la République » ; l’article 35 alinéa 1 dit : « le candidat à l’élection présidentielle doit être âgé de quarante au moins et soixante-quinze ans au plus ». Or Monsieur SORO Guillaume avait moins de quarante ans lorsqu’il a été élu Président de l’Assemblée Nationale.

– Le renouvellement illégal du Conseil Constitutionnel : aux termes des articles 90 et 91 de la Constitution, « le Président du Conseil Constitutionnel est nommé par le Président de la République pour une durée de six ans non renouvelable… ».

Ainsi alors que le Premier Conseil mis en place le 08 août 2003 a été renouvelé en août 2009, conformément à la Constitution, un autre renouvellement a eu lieu sou Ouattara, en juillet 2011, soit seulement deux ans après, en violation flagrante de la loi fondamentale.
– La réforme de l’armée ivoirienne, intervenue le 17 mars 2011 par l’ordonnance de Ouattara instituant les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) issues des anciennes Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN), n’a pas échappé à la violation de la Constitution. En effet, elle a été faite sans le support d’une loi, comme l’exige l’article 11 de la Constitution.

Enfin la domination charismatique elle, prend sa source dans l’adhésion et la dévotion à un chef en raison de son aura, de sa valeur personnelle et de ses talents exceptionnels. Autrement dit, le leader au lieu de détenir son autorité de la loi ou de la tradition, la tient d’un don, c’est là sa grâce, son charisme.

D’où de la part de la population, la soumission au caractère sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire d’une personne.

Le charisme du chef, il le tient de sa capacité à répondre à une conjoncture faite de menace, de peur, de détresse, de catastrophe imminente, en apportant une voie de salut, qui incarne la délivrance, en retournant psychologiquement la situation, en substituant la confiance à l’anxiété, en insufflant la croyance au succès. Cette posture induit inévitablement l’affectivité et la fidélité au leader.

On aura compris que même là Ouattara n’a aucune légitimé, lui qui a endeuillé la Côte d’Ivoire pour en devenir le chef. Incapable de rassembler la Côte d’Ivoire, il a d’abord mis en place une Commission Dialogue Vérité et Réconciliation dont on attend toujours les résultats de 2 ans de travail de l’équipe de Charles Konan Banny. Et alors qu’aucun véritable dialogue n’a été entamé entre les différents protagonistes de la crise ivoirienne, afin que la vérité sur ce drame soit enfin dite et que nous allions à une réconciliation réelle, Monsieur Ouattara, pour gagner du temps crée un nouveau machin appelé Commission Nationale de Réconciliation et d’Indemnisation des victimes qui s’apprêterait d’ailleurs à indemniser les bourreaux d’hier qui se sont inscrits sur la liste des victimes, puisque lesdites victimes sont presque toutes du camp de Ouattara, pour partager encore les ressources de notre pays

A en juger la dérive dictatoriale et meurtrière dans laquelle Monsieur Alassane OUATTARA a plongé la Côte d’Ivoire, on comprend qu’il n’a aucun des attributs de la légitimité, car il ne suffit pas d’être autoritaire pour faire autorité, parce que justement, il n’a ni histoire, ni géographie communes avec la Côte, il n’est qu’une excroissance suscitée et nourrie par ses mandants. Il est donc l’antithèse-même de la légitimité et de la légalité.

Oui cette posture de va-t-en-guerre démontre bien que Monsieur Ouattara est inéligible selon les règles constitutionnelles. Tout entêtement serait donc suicidaire pour lui, car il doit savoir que toute société qui inflige à des hommes l’humiliation, accumule dans ses propres fondations, l’explosif sous l’effet duquel elle volera un jour en éclats. Notre pays ne mérite pas un autre drame. C’est pourquoi tous ceux qui aiment la Côte d’Ivoire, se doivent de se mobiliser pour faire barrage à cette autre imposture, car nous ne devons pas devenir une société d’amnésiques au risque de faire la part belle à tous les imposteurs et tous les aventuriers du pouvoir d’Etat.
Si non au lieu de sacrifier chaque fois les ivoiriens sur l’autel de ses intérêts ainsi que ceux de ses mandants et de sa coteries, pourquoi, pour dire comme Tiburce Koffi, Ouattara « ne sacrifierait-il pas, pour UNE FOIS, son égo, pour donner au pays une chance de se réconcilier avec lui-même ? » Il doit au moins cela à la Côte d’Ivoire d’Houphouet-Boigny.

*Ancien Secrétaire Général de l’Université de Cocody,
Ancien Président du Réseau Africain des Secrétaires Généraux des Universités Francophones,
Exilé en France
 

 

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