Voici ceux qui rendent difficile la réconciliation en Côte d’Ivoire !

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Nous sommes profondément touchés par le pardon des Évêques de l’Église catholique demandé aux Ivoiriens à cause de la discordance de leur voix et de leur mutisme coupable. Nos guides spirituels nous exhortent cependant, d’une seule voix, à ne pas nous enterrer dans le passé mais à nous investir dans le présent. Il est malheureusement impossible aux Ivoiriens de mettre en pratique ces paroles sages s’ils traînent à leurs pieds les boulets de la crise ivoirienne, si continuent de saigner eneux les plaies de leur histoire, à savoir la récente arrestation du ministre Blé Goudé qui a exprimé, à travers la formation d’un parti politique, sa volonté de s’engager sur la voie de la réconciliation, de s’inviter aux débats politiques au sein des institutionsde son pays, où se tissent des alliances politiques, en vue de la paix sociale. En politique, il n’y a pas, dit-on, de trahison, il y a des différences d’opinions; ce qui signifie que la formation d’un parti politique par Blé Goudé, en dehors du FPI, ne fait pas de lui un traître mais un leader qui a des objectifs politiques qui lui sont propres.

La Réconciliation, pour paraphraser Houphouët, n’est qu’un vain mot si nos oeuvres, notre comportement n’expriment pas notre désir d’aller sincèrement à la paix véritable. La réconciliation sera, entre autres choses, un moyen par lequel le peuple ivoirien sera asservi, pris en otage, si elle est entravée par des procès, par des arrestations intempestives qui pourraient être interprétés comme un refus du régime d’Alassane Ouattara de trouver d’une part une solution politique à la crise ivoirienne, et d’instaurer d’autre part les bases véritables d’une nation démocratique. Aller à la réconciliation c’est panser les coeurs blessés, meurtris, comme le relèvent les Évêques de notre pays, mais c’est aussi identifier le mal à l’origine de ses blessures profondes, l’Ennemi qui nous a conduits sur le sentier de la violence verbale, morale, psychologique, et physique. Nos ennemis ne sont, en réalité, ni Alassane, ni le RDR, mais les dérives d’un système, du monde de la Finance qui se sert des institutions politiques pour continuer de mener une politique humiliante, coloniale, dans nos payspauvres, tout en consolidant les démocraties européennes. Les faits politiques sont là:

des soldats sous le président Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara sont accusés de crimes contre l’humanité, Laurent Gbagbo et les siens sont mis en prison, les autres sont en liberté parce que soutenus par le FMI qui nous invite à accorder un autre mandat à Alassane, si nous voulons rééditer le miracle économique ivoirien. Le président Houphouët, sous lequel se réalisa le premier miracle économique de notre pays, ne s’empêcha pas, contrairement à Alassane Ouattara, de dénoncer les dérives du monde de la Finance, en refusant de payer nos dettes parce que l’on nous avait déjà assez volés. Le président burkinabé Thomas Sankara abonda dans le même ordre d’idée, dans son discours prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba, quand il affirma : «La dette c’est encore les néocolonialistes ou les colonisateurs qui se sont transformés en assistants techniques. En fait, nous devrions dire qui se sont transformés en assassins techniques. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des bailleurs de fonds, un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez d’autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés. On nous a présentés des montages financiers alléchants, des dossiers. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est à dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus. Mais la dette, sous sa forme actuelle, contrôlée et dominée par l’impérialisme, est une reconquête savamment organisée, pour que l’Afrique, sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est à dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser». Ce témoignage du jeune président Burkinabé doit nous amener à réfléchir face à toutes les promesses du FMI, et ses propos ne sont pas des affirmations gratuites puisqu’un éminent économiste Alain Cohen nous dit au sujet de toute politique d’endettement qu’un particulier, lorsqu’il s’endette est obligé de rembourser sa dette avant sa mort, voilà pourquoi il lui est demandé de prendre une assurance décès quand il contracte un prêt immobilier. Les administrations publiques (les pays) ne meurent pas, ce qui signifie que si nous avons à leur tête des représentants légitimes, elles peuvent, en théorie, s’endetter de manière perpétuelle dans le but de favoriser la croissance afin que les générations futures puissent avoir elles-aussi le droit de s’endetter grâce à cette croissance. S’il n’y a pas de croissance ce sera la catastrophe pour elles (tiré de l’article du Figaro du 15/10/2007). En Côted’Ivoire où malgré l’endettement de notre pays nous n’observons aucun signe palpable de la croissance, nous allons sûrement vers la catastrophe à moins qu’Alassane Ouattara nous démontre le contraire, car générer la croissance sans faire circuler l’argent est une prouesse économique qui est difficilement concevable.

Notre véritable ennemi, ce sont donc ces dettes qui conduisent à la catastrophe des paysdéjà pauvres. Tout est savamment organisé comme l’affirme le défunt président Sankara pour faire de nous des esclaves financiers, des esclaves tout court. Blé Goudé extradé, arrêté au moment où la société civile organise des grèves, à cause de la cherté de la vie ou pour des motifs particuliers, et les mouvements se transforment en

partis politiques dans le but de défendre le président Laurent Gbagbo et leursidéologies communes est, sur le plan politique, un écran de fumée pour faire diversion et nous éloigner des véritables enjeux politiques de notre pays. De Laurent et Simone Gbagbo à Blé Goudé, en passant par Laurent Akoun, Douaty, toutes ces arrestations démontrent qu’Alassane Ouattara et le monde de la Finance ne veulent pas de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Des maîtres (les hommes de la finance) peuvent-ils concéder sincèrement la liberté aux esclaves qui refusent de continuer de travailler dans leurs plantations? Non ! surtout lorsque ces maîtres sont en faveur de l’esclavage et prêts à faire l’expérience d’une éventuelle guerre de sécession pour assouvir leurs ambitions. Au sujet des dettes qui compromettent l’avenir des Africains, Thomas Sankara s’adressa en ces termes à cette assemblée d’Addis Abeba: « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer sa dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence. Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai besoin avec le soutien de tous, nous pouvons éviter de payer. Et en évitant de payer nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement (notre croissance) ». Sankara fit cette proposition à ses paires dans un contexte qui était le sien, le combat du président Laurent Gbagbo consiste, au contraire, à payer ses dettes en faisant siens les conseils du FMI et de la Banque mondiale en matière économique (l’exemple du budget sécurisé), en discutant d’égal à égal avec les nations européennes afin que l’exploitation de nos ressources minières génère la croissance pour nos enfants.Thomas Sankara fut assassiné quelques mois après avoir tenu ce discours, et Laurent Gbagbo est emprisonné à la Haye pour avoir choisi, comme Africain, de réduire la dette de notre pays, d’entrer dans l’Histoire, en défendant les ressources de son peuple qui ne sont pas infinies afin de produire de nouvelles richesses pour les générations futures, si elles venaient un jour à manquer. Alassane Ouattara n’est pas notre ennemi car nous luttons pour le futur de nos enfants en combattant une dette, un système oppressif capable de décider dans un avenir proche de qui doit vivre ou mourir, être repu ou affamé, être au chômage ou au travail, de qui doit veiller ou dormir, être en prison ou en liberté, être dans l’Église ou en dehors puisqu’il se substituera à Dieu Lui-même.

Que Ouattara infirme les propos de Thomas Sankara ou d’Alain Cohen.

Isaac Pierre BANGORET (Écrivain)

 

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