Vers un changement de cap au CAR ?

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 Le changement ne viendra qu’à travers la mise en place d’un programme nationale de reconstruction du pays, en vue d’un progrès réel et durable des conditions d’existence de la grande masse de la population.

La CDPA-BT suit attentivement la situation. Elle est heureuse de constater que la réflexion semble évoluer dans le bon sens. Elle renouvelle en conséquence sa proposition à tous les partis et organisations de l’opposition : revenir à ce pourquoi la population est descendue dans la rue à partir du 5 octobre 1990 et arrêter pour le moment de continuer de fonder la lutte d’opposition sur le principe absurde de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir.

C’est la seule condition de cesser de diviser l’opposition, et c’est la seule condition pour permettre aux partis d’opposition ou tout au moins à ceux qui le veulent parmi eux, de se mettre ensemble, sans calculs politiciens, pour travailler ensemble à faire émerger de la masse des opposants, une force politique capable de peser pour modifier le rapport des forces en faveur de l’opposition.
Nous avons suivi avec un grand intérêt la prestation de Dodji APEVON, Président national du CAR, sur LCF le dimanche 9 novembre 2014. Avant lui, M. Agboyibo assumait cette responsabilité à la tête du parti. Il est, depuis plus de 2 ans maintenant, le Président d’honneur du CAR. Il le mérite certainement.

M. Agboyibo avait été interrogé une semaine plus tôt par RFI, qui l’a présenté comme un grand «opposant modéré ». Le CAR et l’UTD s’étaient déjà affichés dans le processus de démocratisation comme des « modérés » avant même la conférence nationale. Chirac était alors le premier ministre de François Mitterrand et allait bientôt être élu comme Président des Français. Et des hommes comme Alain Madelin tenaient le haut du pavé dans la classe politique de la droite française.

Le CAR est issu de la transformation du FAR (Front des Associations pour le Renouveau) en parti politique le lendemain du jour où, sous la pression de la rue, Eyadema s’est vu contraint de proclamer le multipartisme à la place du parti unique incarné par le RPT. Les responsables actuels de la CDPA-BT avaient déjà créé dans la clandestinité un parti d’opposition appelé d’abord la CDPA, puis ensuite la CDPA-BT. Ils estimaient depuis 1985 qu’une action politique clandestine doit être menée pour amener le peuple à descendre dans la rue.
Après les arrestations massives de septembre 1985 et le procès de juillet 1986, Eyadema et son entourage furent obligés de créer une Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) pour tenter de donner au régime l’apparence d’un Etat de droit. Ils mirent M. Agboyibo à la tête de cette institution de façade.

Une des fonctions du Président de la CNDH, vous le savez, était de faire des missions pour amener les capitales européennes à croire qu’Eyadema est en train de démocratiser. C’était de bonne guerre. Les arrestations massives de 1985 et les conditions de détention dans les prisons du pays avaient fait beaucoup de bruits, au point que le régime avait grand besoin de ravaler sa façade. M. Agboyibo n’a fait que ce qu’on lui a demandé de faire. Devrait-t-il accepter de remplir cette mission ? Ce n’est pas ici la question principale.

Le FAR avait appuyé l’idée d’un Forum national de dialogue avancée par le régime pour contourner la conférence nationale demandée par le peuple, et amortir l’insurrection populaire de cette manière. Tout au long de la conférence nationale, le CAR avait toujours adopté les positions d’un parti « modéré » contre ceux qu’on qualifiait alors de vilains extrémistes, ou de vilains radicaux aventuriers.

C’est un constat et non un jugement. Chaque parti est libre de choisir la voie qu’il veut, et de prendre dans la lutte d’opposition les positions politiques qu’il veut. Ce qui importe est que cette voie et les pratiques politiques qu’elle induit aillent dans le sens des aspirations de la population insurgée contre le régime de dictature militaire en place. C’est à ce niveau que le peuple, à travers ses individus et ses organisations, a le droit et le devoir de juger. Mais la préoccupation de cet article n’est pas de juger.

Le CAR est l’un des partis de ce que la CDPA-BT a toujours appelé « le courant majoritaire de l’opposition ». Dans ce courant, les principes fondateurs de la pratique politique dans la lutte d’opposition sont la compétition entre partis d’opposition pour la conquête du pouvoir et la fausse affirmation suivant laquelle « on ne boycotte pas les élections ». Ce qui veut dire que les partis d’opposition doivent se battre entre eux sous la barbe du régime, et qu’ils doivent aller aux élections, même si les conditions ne sont pas en faveur de l’opposition, ou encore si le scrutin « n’a pas de sens » pour l’opposition, comme M APEVON le dit si bien pour 2015.

Planter ce décor est nécessaire pour apprécier ce que M APEVON a dit devant le journaliste en sa qualité de Président du CAR. Nous avons été très agréablement surpris d’avoir entendu dire des choses sur lesquelles la CDPA-BT avait commencé à attirer l’attention des autres partis d’opposition depuis 1992. Par exemple « … les conditions ne sont pas remplies » pour des élections normales dans le pays. « Les élections n’ont pas de sens si les conditions ne sont pas réunies pour les gagner ». « Nous avons [toujours]mis trop en avant la conquête du pouvoir… ».
Mr Agboyibo, de son coté, avait parlé quelques jours plus tôt, sur RFI, de « malades du pouvoir », en regardant dans une direction que chacun a deviné sans peine. M APEVON a, à juste titre, lancé un cri du cœur en direction des autres partis d’opposition en disant qu’il faut « s’arrêter pour réfléchir ». Et comme une sorte de conclusion provisoire, il dit : « On ne prendra jamais le pouvoir dans la situation actuelle …» et j’ajoute : si nous ne faisons pas un effort commun pour la changer.

La CDPA-BT avait déploré et déplore toujours l’orientation électoraliste imprimée à la lutte d’opposition à partir de février 1992. Et depuis, elle n’a pas cessé de le proclamer. A la veille de chaque élection présidentielle, elle a toujours fait observer que « les conditions ne sont pas réunies », pas pour gagner, mais pour prendre le pouvoir. Et aucun des partis, qui passent pour être les « vrais » partis d’opposition et le plus grand de tous, n’a pu prendre le pouvoir pendant ces 22 années de lutte d’opposition depuis 1992. Elle a toujours dit qu’aller aux urnes dans ces conditions défavorables à l’opposition, c’est accompagner le régime au lieu de le combattre en tant que régime antidémocratique, en tant que « monarchie » comme M APEVON le qualifie à juste titre.

Nous avons à plusieurs reprises invité les autres partis d’opposition à accepter de nous mettre ensemble pour créer les conditions du changement avant de commencer à nous battre entre nous, chacun pour la conquête du pouvoir. Nous avons toujours estimé que créer d’abord les conditions du changement est un objectif minimum, le plus petit dénominateur commun qui peut nous unir et nous amener à faire ensemble quelque chose d’utile pour le peuple rongé par la misère. Nous avons toujours été couverts de mépris toutes les fois que nous disons ces choses, alors que, objectivement, la compétition entre partis d’opposition pour la conquête du pouvoir oppose ces partis les uns aux autres et divise l’opposition toute entière.

Enfin, nous sommes particulièrement heureux d’entendre, ces jours-ci, le mot boycott sortir de la bouche de quelques chefs de parti du courant dominant de l’opposition. Nous espérons qu’on ne nous enverra plus en enfer la prochaine fois que nous appellerons encore les électeurs togolais à boycotter des élections organisées pour faire le lit du pouvoir, aux dépends de l’opposition démocratique.

Dans tous les cas, comme M APEVON l’a si bien dit, aucun parti d’opposition réduit à lui-même, ou aucun agrégat de partis du genre de ces « regroupements » à caractère étroitement électoral, ne prendra jamais le pouvoir. Même si un quelconque de ces partis en vient à prendre le pouvoir par accident, il ne parviendra pas à l’exercer pour réaliser le changement auquel la grande masse des opposants aspire. Le changement ne se réduit pas à donner de l’eau, des écoles ou du riz à la population, ou à transformer les pistes en routes… Le changement ne viendra qu’à travers la mise en place d’un programme nationale de reconstruction du pays, en vue d’un progrès réel et durable des conditions d’existence de la grande masse de la population.

Le CAR est-il en train de changer de cap ? La CDPA-BT suit attentivement la situation. Elle est heureuse de constater que la réflexion semble évoluer dans le bon sens. Elle renouvelle en conséquence sa proposition à tous les partis et organisations de l’opposition : revenir à ce pourquoi la population est descendue dans la rue à partir du 5 octobre 1990 et arrêter pour le moment de continuer de fonder la lutte d’opposition sur le principe absurde de la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir. C’est la seule condition de cesser de diviser l’opposition, et c’est la seule condition pour permettre aux partis d’opposition ou tout au moins à ceux qui le veulent parmi eux, de se mettre ensemble, sans calculs politiciens, pour travailler ensemble à faire émerger de la masse des opposants, une force politique capable de peser pour modifier le rapport des forces en faveur de l’opposition.
Lomé, le 16 novembre 2014

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
E. GU-KONU

 

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