Un gendarme sans foi, c’est une ruine de la République

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Ils sont très occupés ces temps-ci, nos gendarmes et policiers. Très actifs. Tout muscle dehors, bardés de bâtons, de grenades et de fers. Tels de vulgaires dépeceurs. Dans des opérations conjointes avec des miliciens, en réalité des militaires en civile. C’est de cette façon singulière, à l’approche de chaque élection, que nos forces de l’ordre préparent le terrain pour assurer le triomphe du RPT, leur parti naturel. Ces trublions ont donc repris du service. Business as usual. Certains ne gagnent rien de leur mission quotidienne qui se résume à la chasse aux opposants. Leurs chefs, eux, visent à préserver l’hégémonie du clan qui leur apporte beaucoup de dividendes. Quoi dire pour aider les premiers qui ignorent qu’à côté de la Loi il y a la Foi ?

Il y a un niveau d’inculture inquiétant chez nos forces de l’ordre. Et pour cause. Lorsque, au plus haut sommet, les notions de violence et de force, de l’Etat et du Parti, sont confondues par ignorance, les gendarmes et les policiers qui reçoivent des ordres sont mis dans un état d’esprit tel que les citoyens deviennent pour eux des cibles à abattre. Quand des officiers de la gendarmerie et de la police sont incapables d’aller au-delà d’une compréhension au premier degré des missions régaliennes de l’Etat, ils se transforment tout bonnement en brutes, n’hésitant pas à tenir des propos les plus cruels comme « il faut leur rentrer dedans »  qu’on entend souvent.

Nos forces de l’ordre pêchent quand elles oublient, ou ignorent que l’honneur de leur métier,  ce n’est pas seulement LA LOI, c’est aussi LA FOI. D’où la formule « UN HOMME SANS FOI NI LOI ». De nos jours, un gendarme qui obéit aveuglément ne peut pas être un homme honorable; mais une  bête méprisable pour qui tuer sans comprendre est dans l’ordre naturel des choses. L’on ne dit jamais assez que les criminels nazis n’étaient pas des psychopathes, ils obéissaient à la loi. L’esclavage transatlantique était parfaitement légal. Tous les types d’Etat, même les Etats totalitaires sont des états de « droit » en ceci qu’ils représentent tous un ORDRE JURIDIQUE. Malheureusement !

Lorsque Marx Weber définissait l’état comme le seul instrument qui a « le monopole de la violence légitime », cette pensée était profonde, tellement elle exprimait un des aspects les plus descriptifs de la fonction de l’état. Cette fonction suspecte et ingrate de l’état, lorsqu’elle est mal comprise par des autorités dont le niveau de culture est sujet à caution, alors, c’est la voie ouverte à toute sorte d’escalade.

L’insuffisance de culture qui existe chez la plupart de nos hommes en kaki les conduit à une obéissance aveugle aux ordres, ordres présentés à eux par la hiérarchie comme fondés sur la loi. Lorsqu’une loi est injuste personne n’est tenu de la respecter. Une loi inique produit toujours des criminels. Au reste, le comportement violent de la police et de la gendarmerie dans notre pays révèle des survivances de pratiques coloniales que le RPT a perpétuées  dans le but d’assouvir ses sombres desseins. L’administration en générale est restée « coloniale »sur certains aspects. Il y a lieu d’affranchir la police et la gendarmerie de cette idée « coloniale » qui veut que l’ordre repose essentiellement sur la peur.

« Tant que le citoyen a peur, l’ordre est sauf » pensent nos autorités. L’on oublie que nous sommes supposés être en démocratie, un système qui repose sur la liberté. « En Grande Bretagne, lorsqu’on sonne à votre porte à cinq heure du matin, c’est la laitière et non le policier » affirmait Winston Churchill, illustre homme d’état. Autrement dit, la différence entre l’ordre colonial et l’esprit républicain c’est la forme, la manière. En démocratie même si les forces de l’ordre ont des griefs à l’encontre d’un citoyen, d’une catégorie ou un groupe de citoyens, elles y mettent la forme pour que « force reste à la loi ». Mais lorsque les autorités, parce qu’elles veulent à tout prix rester là où  il y a de l’argent à se faire et du pouvoir à exercer, ne sont pas suffisamment hautes pour agir intelligemment, c’est la porte ouverte à la sauvagerie primaire. Il appartient aux gendarmes, policiers et gardiens de préfecture aux ordres de ces autorités d’apprendre à se rebeller, de faire comprendre à leur chef, suprême soit-il, qu’ils n’ont pas vocation à embastiller la République, à traumatiser ou supprimer des vies humaines, sauf dans les cas de menaces extrêmes sur la population civile et là aussi, l’autorisation très procédurière et clairement définie est requise.

Ici l’idée fondamentale est que les forces de l’ordre appartiennent à la nation. Il serait contradictoire que cette frange agisse contre le peuple qu’elle est sensée défendre et protéger contre des malfaiteurs dangereux. Cela montre  toute la gravité des événements douloureux que subit notre peuple, simplement parce que Faure Gnassingbé, malgré toutes les humiliations que son père a fait subir à notre peuple, malgré qu’il ait fréquenté la grande démocratie américaine pendant ses années d’étude, il est incapable de  comprendre ces petites notions dont la mise en pratique dans son propre pays aurait pu faire de lui un homme d’état. Il préfère la police politique. Il préfère la république des gendarmes et des milices, celle dans laquelle la résistance du peuple à l’injustice, la volonté des citoyens de choisir librement leurs représentants, sont des crimes de lèse-majesté.

Il n’y a pas plus laid que des autorités qui croient pouvoir indéfiniment gouverner par la peur, qui sont donc portées à l’excès en toute chose. Les gouvernants qui pensent que seule l’obéissance est la vertu mère et qu’il faut l’appliquer à sens unique sur les citoyens, ne sont pas dignes d’avoir entre leur main la destinée d’un peuple et, en aucun cas,  ne peuvent travailler pour les intérêts vitaux de celui-ci. Au-dessus des autorités  il y a la loi. Au-dessus de la loi il y a Dieu, l’être suprême. C’est Platon qui pensait justement qu’ « il y a mieux que la loi : c’est l’homme noble, plein de vertu. ». Noblesse et vertu ? Nos gendarmes et policiers, ces agents que le RPT a réussi à chosifier, à abrutir bref, à déshumaniser, sont à des années-lumière de ces qualités cardinales. Encore une des raisons pour qu’au Togo, tous les moyens soient mis en œuvre aux fins de donner des chances à la démocratie de prendre forme et de s’enraciner dans les mœurs.

Pour le moment, nous assistons à ce qu’il convient d’appeler une démocratie de massue, un système militaro-totalitaire qui fait la part belle au gendarme et au policier dans le débat politique. C’est le règne de la barbarie, exactement opposée à l’état de droit qui, chez nous, reste à construire de zéro. Il est enfin temps que les forces de l’ordre apprennent à placer la raison avant l’exécution des ordres inique qui ruinent, chaque jour davantage, les chances de la réconciliation nationale.

Une LOI n’est pas sans s’accompagner d’une FOI qui la rend humaine. Autrement, une loi sans conscience de l’exécutant est comme une hache entre les mains d’un psychopathe. Dès lors, la balle est dans le camp de la Gendarmerie, de la Police. C’est à ces forces de l’ordre, à elles seules, qu’il revient de rebâtir leur image pourrie, de démontrer à la face de l’opinion qu’ils ne sont pas d’intelligence médiocre, c’est-à-dire des hommes et femmes sans Foi ni Loi. Et, prendre exemple sur François Akila Esso Boko sera déjà, pour eux, le début de la sagesse.

Kodjo Epou

Washington DC

USA

 

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