Toulabor Comi : La sagesse élémentaire leur recommanderait de reporter ce scrutin qui s’annonce mal

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Lynx.info : Le président Faure veut des élections sans violences au moment où des membres de la CENI désapprouvent le président de l’institution. Beaucoup disent que le Togo va droit vers les tueries de 2005….

Toulabor Comi: Si Faure et les siens (du moins ceux qui n’ont pas encore pris la tangente à l’allure que prend la déliquescence de l’Etat-clan) avaient un peu de dignité et de sens de responsabilité, la sagesse élémentaire leur recommanderait de reporter ce scrutin qui s’annonce mal. La pauvre CENI n’est pas du tout armée, à tous les niveaux, pour superviser une élection et encore moins l’organiser dans les normes du standard international. Elle est une structure qui concentre et reflète tous les manques qui caractérisent l’administration publique qui dysfonctionne énormément, avec des agents pas du tout impartiaux, pas du tout neutres, pas du tout compétents. Elle est une coupure du RPT parsemée de quelques autres colorations pour accréditer l’idée de diversités politiques. Elle manque de moyens humains et de logistique technique à la hauteur de l’enjeu. Elle manque d’indépendance ou d’autonomie et dépend trop directement du ministre Pascal Bodjona son véritable patron. Son président, Issifou Taffa Tabiou, feu follet de son patron hiérarchique, est à plaindre et on assiste en direct au blanchissement de ses cheveux. Il est écartelé entre l’exigence d’organiser une présidentielle transparente et sincère officiellement reclamée par tous les acteurs (Faure, opposition, communauté internationale, société civile) et l’exigence officieuse, néanmoins lourde, d’organiser la mascarade qui écrasent ses épaules.

Face aux multiples défaillances constatées et reconnues par la CENI elle-même, on comprend que son vice-président Jean-Claude Hamawoo, son président de la sous commission des opérations électorales Jean-Claude Codjo et son rapporteur de la sous commission des finances et des affaires électorales Essem Amelewonou se désolidarisent en prenant leur distance avec leur président et en prenant l’opinion à témoin. L’autisme de la CENI qui n’entend pas redresser la barre, faute d’humilité (depuis quand a-t-on appris à être humble au RPT?) conduit tout droit dans le mur, car tout le monde mesure l’importance des enjeux de cette présidentielle. Et la population, surtout les jeunes, n’est pas prête à se laisser voler de nouveau sa victoire, d’autant que Faure et les siens comme leur père savent que la transparence et la sincérité d’un scrutin ne jouent pas en leur faveur.

Il y a lieu de craindre fortement la répétition des tueries et des massacres de février-avril 2005. Quand bien même Faure affûte son dispositif de répression (armée, milices et autres supplétifs sécuritaires), aura-t-il les mêmes marges d’action qu’en 2005? Car il a fragilisé les trois ou quatre piliers qui soutiennent son pouvoir : le clan familial avec l’affaire Kpatcha, le parti dont il a pris ses distances en se créant un stock d’associations stipendiées, l’armée dont les officiers supérieurs rongent leurs freins depuis l’éjection incompréhensible de certains parmi eux, et la France sarkozyste qui ne veut plus entendre parler de ces enfants voyous, mafieux et narco-trafiquants qu’adulait Jacques Chirac. Il y a des raisons d’être optimiste, mais vilgilant, car le RPT a mille tours dans son sac. S’il urge que l’opposition arrive à sortir de son chapeau la fumée blanche du candidat unique lors de sa rencontre à Paris, il lui faudra dès lors surveiller comme du petit lait sur le feu « la gestion des affaires de la CENI »  et sa « conduite du processus électoral » pour ne pas se laisser surprendre.

Lynx.info :Mais il faut respecter les délais prévus par  la constitution….

Cet argument juridique est souvent mis en avant par le RPT pour empêcher que ne s’effectue tout travail sérieux et crédible. Cet argument est un foutage de gueule venant de la part de dirigeants voyous qui vivent superbement et constamment dans l’ignorance voulue des lois qu’ils ont eux-mêmes élaborées. Cet argument du « vide constitutionnel » est avancé par le think tank du RPT, c’est-à-dire le prisonnier en cavale Charles Debbasch qui, voyou lui-même, a trouvé refuge auprès d’un pouvoir qui lui va parfaitement comme une cagoule de cambrioleur.  C’est la doctrine qu’il a développée dans son livre à compte d’auteur, bassement hagiographique, dont sous-le titre est une auto-qualification : « La succession d’Eyadéma : le perroquet de Kara ». Ce que le droit a bétonné, la volonté politique peut aussi le reconsidérer. Cela veut dire que si l’opposition avait été sérieuse et responsable à Ouaga, le fameux APG aurait mis sur la table et négocié tous ces aspects de la crise.
 
Lynx.info : Que fait courir Faure ?

Ce qui fait courir Faure : c’est de sauver sa peau. Faure est en difficulté. Il a peur de perdre le pouvoir pour laquelle le clan Gnassingbé est psychologiquement déjà préparé. Il a peur de son ombre. Il a peur du bruit de sa propre respiration. Il a peur de Pascal Bodjona. Il a peur de Gilbert Bawara, de Yark, de Titikpina, de Bitenewe, de Kadangah, de tous ces officiers nouvellement  promus. Il a peur de respirer, de manger, d’uriner, de déféquer, de copuler, et c’est tant mieux ! Il a peur de contracter le sida. Il a peur de l’œil de Caïn, c’est-à-dire de l’œil de Kpatcha, et surtout de l’œil de son grand frère Ernest dont il a accaparé la femme. Il a peur de tous ces officiers qu’il a cocufiés. Mais comme tout peureux, ses réactions sont imprévisibles et peuvent être brutales, incontrôlées.  Observez-le un peu sur les écrans de télévision, on sent qu’il a peur. C’est seulement hors du Togo, en Italie, au Tchad, au Gabon, en Libye qu’il sent un peu à l’aise. Pour lui le pouvoir est un lourd fardeau  dont il cherche à se débarrasser, mais comment ? Tous les yeux des Caïn le regardent, et ils sont nombreux! Il veut et il ne veut pas perdre le pouvoir à la fois. Il ne sait pas ce qu’il veut et il ne sait pas ce qu’il ne veut pas non plus. Si la main vigoureuse de son feu père pouvait venir le chercher et l’emmener dans la tombe : voilà l’issue qui arrêterait Faure de courir comme un feu follet, comme Issifou Taffa Tabiou et sa CENI!

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

Comi Toulabor
CEAN-Sciences Po
Bordeaux le 9 février 2010
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