Togo. Pascal Bodjona: Le gros s’effondre, Dessous d’une « CHUTE » et Fin…

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Vingt ans au service du régime togolais et le plus « Puissant » des ministres de Faure Gnassingbé a été remplacé par l’un de ses éternels rivaux, Gilbert Bawara. Sur fond d’une nébuleuse affaire d’escroquerie d’Etat dans laquelle il serait impliqué, Pascal Bodjona est écouté par la justice à Lomé. Entre une affaire d’escroquerie d’Etat et les multiples montages du Colonel Masssina pour le manger cru, Le « Bulldozer Noir » vit le comble de l’humiliation après avoir été l’incontournable pilier d’un régime qui ronge à petits feux l’un de ses derniers « inconditionnels ». Chronologie d’une chute brutale!

Quelques randonnées discrètes de la gendarmerie autour de son domicile de Cacavéli-Adidoadin et la nuit d’hier 13 août fut longue pour Pascal Bodjona. Après de chauds échanges épistolaires avec la justice, il aurait fallu un bouclier humain autour de chez lui pour lui éviter temporairement une arrestation. Mais la machine est en cours et il aura du mal à échapper à une interpellation alors que deux places de prisons lui sont déjà apprêtées, à Atakpamé et à Mango respectivement à 160 et 530 Km de Lomé… mais au lieu de répondre à une convocation à lui parvenue vers 11h30 le 13 août, l’ancien ministre de l’Administration territoriale a préféré adresser une lettre à la justice pour relever des failles « dans le souci d’une bonne administration de la justice » selon le courrier dont nous avons copie, espérant « protéger ses droits« . Que se passe-t-il exactement ? Pourquoi  Faure veut la peau de son ministre ? Comment en sont-ils arrivés à ce grand ping-pong du désamour ? Qu’en sera-t-il les prochaines semaines ? Analyses et enquête !

Son intuition qui le rattrapera…

Il a une forte intuition. A une réunion de Cadres de la Kozah, au bureau de Patassé, à la Direction de la station Cap de Lomé, capitale du Togo, il dira, encore sous le choc de l’arrestation de Kpatcha Gnassingbé, frère du chef de l’Etat, « Quand cela arrive à Kpatcha Gnassingbé, tout le monde a raison d’avoir peur…« . Il a vu juste. Après sa sortie inattendue du gouvernement, la justice togolaise rode déjà autour de Pascal Bodjona qui a été longuement écouté le vendredi dernier. « Selon le plan orchestré par le chef de l’Etat avec son ministre de la justice, il ne devrait pas repartir, mais les vices de procédure étaient flagrants » remarque un proche du dossier. Les avocats de Bodjona sont en colère et dénoncent des mains invisibles derrière une affaire « qui devrait être purement juridique« .  Dans la foulée des rumeurs folles et des supputations de la presse, l’ex puissant ministre d’Etat a dû élever le ton avant de pouvoir échapper à la justice. Les échanges avec le juge d’instruction furent houleux. Le goutte d’eau qui déborda le vase est que, se laissant aller à la légèreté des ordres qui lui parvenaient, le juge lui a rappelé qu’il ne devrait pas continuer à manipuler son téléphone portable. Le « Gros » monte aussitôt le ton et grâce à ses avocats, s’en sort libre. Partie remise pour lui ce vendredi 10 août. « Après Kaptcha, nul n’est intouchable et Bodjona doit répondre de ce qu’on lui reproche naturellement » insiste l’un de ses détracteurs, proche de Faure Gnassingbé, hier soir, certain que les heures qui suivront le verront sous les verrous. Un détachement de gendarmes mené par une élite de l’ANR, Agence Nationale des Renseignements devrait venir chercher Bodjona qui résistait à une convocation pour le même jour à 17h et ce n’est que vers 19h que le chef  de l’Etat a demandé que l’intervention soit « temporairement » reportée. Jean Pierre Fabre, Agbéyomé Kodjo et même Zeus Adjavon se sont concertés de toute la nuit d’hier pour faire de cette affaire une affaire politique. « On ne peut pas arrêter des citoyens, fut-il des caciques du régime, dans des conditiosn aussi floues » a remarquer au téléphone de Tribune d’Afrique Agbéyomé Kodjo. Le chef de l’Etat a craint que cela ne mobilise les populations de la Kozah à l’occasion d’ultérieure manifestations de l’opposition et a instruit Gilbert Bawara, successeur de Bodjona de recevoir ce 14 août le CST, collectif Sauvons le Togo pour en discuter. « J’aurais été loyal et je le resterai… le Président décide de ce qu’il veut, de là où il veut nous mettre, de ce qu’il veut faire de nous » avait pourtant confié habillement celui qui était encore ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation du Togo à l’équipe de Tribune d’Afrique qui était à Kara, 450Km de Lomé, pour les fêtes Evala, luttes traditionnelles en pays kabyè (Ethnie de du Nord du Togo, Ndlr) fin juillet dernier. Dans l’intimité de son domicile de Kouméa, il s’ouvre à nos journalistes, avec la souplesse qu’on lui connaît, évoque même sans scrupule son éventuel départ du gouvernement. Il insistera, aux côtés de son éternel ami, Kpabré Silly, encore ministre du tourisme, « Faure m’a donné beaucoup d’occasions de servir le pays, je ne resterai pas éternellement ministre« . Trois jours après, il n’était plus ministre. L’un des plus grands collaborateurs de Faure Gnassingbé s’éclipse dans les collatéraux d’un remaniement qui était des moins attendus. Alors qu’un poste de ministre d’Etat aux affaires présidentielles était en gestation, Faure demande le jeudi 26 juillet à son nouveau Premier Ministre, Ahumey-Zunu d’y mettre fin. Il veut réduire la porte de sortie de son ministre, il ne veut plus rien entendre, « il veut le mettre en prison« . « L’ordre vient de très loin… » croit un membre du cabinet présidentiel pour qui, « on a longtemps attendu qu’il en soit ainsi… Pascal Bodjona est impliquée dans cette affaire jusqu’à la lit ». Une intervention récente de Blaise Compaoré, président du Burkina Faso avait failli éviter cette humiliation publique à Pascal Bodjona, mais selon des notes récentes de l’ANR, « c’est risquant pour le fauteuil du chef de l’Etat…« . Et Faure qui a pris goût à son pouvoir ouvre ouvertement la guerre à son ex-ministre pour le mettre hors d’état de nuire.

« Je veux être président, moi-non-plus »

« Je n’ai jamais eu d’ambitions présidentielles, à aucun moment de ma vie. Moi, je veux servir le Président, il est la personne la mieux indiquée pour diriger le pays en ce moment, il n’y a aucune alternative à lui, ni dans notre parti, ni dans l’opposition… ». En parlant ainsi avec fermeté à l’un des auteurs de cet article, Pascal Bodjona savait déjà que ses ambitions présidentielles, réelles ou supposées étaient sur tous les toits. Mi 2011 et le ministre de l’Administration demande expressément à voir le chef de l’Etat. La rencontre fut brève. Une trentaine de minutes. Faure le reçoit dans son petit bureau de réunion de la nouvelle Présidence, en périphérique nord de Lomé. Le chef de l’Etat se montre distrait, il manipule un téléphone, fait semblant de prendre quelques notes et laisse son ministre débiter une longue histoire, essayant de démontrer que le penchant pour le pouvoir qu’on lui prête est « une fable de détracteurs« . Faure accepte de gestes de tête. Sans mot dire. Le ministre repart, certain de l’avoir convaincu. Quelques jours après, le président togolais apprend avec satisfaction le départ de l’Ambassadeur de l’Allemagne au Togo. Pour Faure Gnassingbé, Alexander BECKMANN n’avait plus la réserve diplomatique. « C’est un opposant pur et dur » grogne-t-on au cabinet présidentiel. Une information aux origines aléatoires, attribuée à l’ANR raconte que Pascal Bodjona était le nœud d’un plan B en gestation dans les milieux diplomatiques à Lomé et dont BECKMANN serait « un instigateur sérieux« . Ce plan qui impliquerait de loin François BOKO, un dissident du régime réfugié à Bruxelles, ancien ministre de l’intérieur de son état, poste Pascal Bodjona comme l’homme à qui profiterait le plan qui devrait déboucher sur une transition démocratique et aboutirait à l’installation d’un « régime décent » pour utiliser les termes d’un document top secret à notre possession. Si Faure ne s’est pas trop inquiété de ces informations, en recevant un mardi matin d’août 2010 à son bureau des relevés de comptes de Agba Bertin, opérateur économique togolais et un cousin de Pascal Bodjona, il ne s’en revenait pas. Il lance Massina sur les pistes d’un enrichissement qui l’inquiète.  Résultat : « la fortune de Bataclyx (surnom donné par l’ANR à Agba)….. est forte de plusieurs milliards de cfa », la somme de 39 milliards en espèces a été évoquée sans compter les investissements directs et la valeur de ses sociétés. Si entre temps, les relations entre Bodjona et Agba se sont faites timides, le colonel Massina s’est fait son idée, Agba veut soutenir Bodjona financièrement pour en faire le président du Togo, depuis que Faure a pris ses distances avec cet homme d’affaires avec lequel il a toujours eu des relations mitigées teintées de méfiance. Cette affaire d’escroquerie tombe alors à pique, elle a permis aussitôt de mettre en prison Agba et de réfuter toute libération, même si elle est demandée par la justice, sous caution. Kpetchelebia, Président de la cour Suprême, sulfureux magistrat originaire de Kouméa, fief de Pascal Bodjona, qui s’est longtemps illustré comme un instrument du régime au service de la manipulation de la loi en a fait les frais, pour avoir dénoncé des vices de procédure et avoir prononcé la libération sous caution. Il a perdu son poste depuis plusieurs semaines et est harcelé par le régime en sourdine.

Supposé être soutenu par certaines ambassades et éventuellement par Bertin Agba son cousin, Massina n’a pas hésité à faire le lien entre Bodjona et les troubles de Kara. Une fronde estudiantine a fait quelques casses dont la maison de Pascal Bodjona dans la principale ville du Nord du pays. Une note des Renseignement accuse Bodjona d’avoir contribué, directement ou indirectement à manipuler les étudiants contre le régime, alors que tout porte à croire que ces soulèvements sont avant tout, l’expression d’un ras-le-bol général face à l’incompétence du gouvernement et à son incapacité de sortir le monde estudiantin de la précarité et des conditions d’études aléatoires. Voulant se disculper de n’avoir pas vu venir les manifestations, le Colonel Massina a trouvé son bouc émissaire. Il faut rappeler qu’entre lui et le puissant-ministre, les relations ont  toujours été exécrables. Pascal Bodjona paie donc pour ses ambitions présidentielles supposées car pour Faure Gnassingbé, élu dans des conditions sans cesse contestées, nul ne doit convoiter son fauteuil… « Il paraît que le trône est un fauteuil et non un banc ??? » s’amuse-t-il à demander un jour, comme une mauvaise blague, à son ministre de l’Administration territoriale avant d’insister sur le fait qu’il voulait juste paraphraser Laurent Gbagbo, ancien Président de la Côte d’Ivoire. Etant permanemment au-devant de la scène et n’ayant jamais cessé de prendre des coups, Bodjona s’est aussi constitué, au sein de l’opposition, de la société civile et de la presse, un réseau d’amis qu’il manipule à volonté… Il aurait, selon des notes de l’ANR, dit un jour, « même si l’opposition prend le pouvoir, j’aurai peu à perdre ». Pour un membre de son cabinet au ministère, « il est trop prudent pour dire une telle ânerie » mais en attendant, Massina a la bonne grâce de Faure, qui le croit, dur comme l’évangéliste des temps modernes et le Colonel de l’ANR en profite pour orchestrer tous les coups bas et obtenir la tête de qui lui plait. Chez les Swazi, on appelle cela, « la grâce du diable » et elle ne dure jamais très longtemps.

Le génie Bodjona

Il était à Lomé quand mourut Gnassingbé Eyadema, l’ex dictateur qui dirigea le Togo d’une main de fer pendant quatre décennies. « Trop suspecté par le département d’Etat dans divers trafics, il était rappelé à Lomé, mettant fin à son exceptionnelle longévité (11 ans) à la tête de l’Ambassade du Togo à Washington » chuchotte aujourd’hui encore l’un de ses principaux ennemis, Le Colonel Massina Yotrofeï, Directeur Général des Renseignements Togolais. Faure, plébiscité par le hasard et une certaine précipitation militaire, s’embrouille dans les méandres du pouvoir. Il fait appel à son ami de 12 ans, avec qui il roulait dans les Night Clubs américaines… Pascal connaissait le pouvoir. Longtemps leader du Hacam, mouvement politique et pernicieuse milice à la solde du régime, il s’illustre au début des années 1990 comme un cacique en filigrane, téméraire et fougueux, prêt à tout pour maintenir le régime dandinant de Gnassingbé Eyadema. Dans l’ombre de Faure, il fabriquera le nouveau chef de l’Etat. Faure le nomme Porte-parole personnel et directeur de Campagne, Bodjona lui révèle le plan de fraudes électorales et l’encourage à relire Le Prince de Nicolas Machiavel. Il lui expliquera, lors de leurs nombreuses ballades dans le jardin de l’ex chef d’Etat  » qu’un chef pense d’abord à son pouvoir, l’assoit contre tout et tous…« . Il insiste qu’il a l’expérience de la diplomatie mondiale et que quel que soit les massacres, « la communauté internationale finira par céder… ». « Il est important de vous installer, le reste viendra » aimait-il répéter à son ami, pendant que Faure était à son école. Depuis l’agneau a poussé des molaires et veut tuer le maitre.  Il dope le jeune chef de l’Etat qui s’installe malgré les massacres dénoncés par l’Onu dans un rapport après la présidentielle de 2005. Désormais, tout est permis à Bodjona. Il est le Prince ainé, accumule sans cesse de pouvoirs, devenant Directeur de Cabinet avec rang de ministre et la pierre d’angle du régime. Mais il oubliera  vite « que Prince ainé n’est pas Prince héritier« . Aux élections législatives de 2007, il trouve la formule magique, la proportionnelle et obtient, en tant que Secrétaire national aux affaires politiques du parti au pouvoir, une majorité écrasante.

Mais déjà, les rumeurs d’une gestion hasardeuse le rattrapent. « Directeurs de sociétés d’Etat, investisseurs nationaux et étrangers, fortunés proches du régime… il rackettait tout le monde » selon un rapport que l’ANR, l’Agence Nationale des Renseignements adressera à Faure Gnassingbé. Désormais et avec l’approbation tactique du chef  de l’Etat, l’ANR adresse des notes directement au Président de la République, sans passer par sa Direction de cabinet. D’ailleurs l’essentiel des notes peignent en noir un Directeur de cabinet qui, lui aussi a du mal à se montrer blanc.  » Mon pote est dans toutes les sauces, pourvu qu’elles soient noire » dira un jour, en humour cynique, Faure Gnassingbé à l’un de ses conseillers, en tête à tête. Mais Pascal n’est pas que le « pote » de Faure, c’est aussi un génie qui, quand il est au bas de l’échelle, remonte toujours très rapidement, à la surprise de tous. A la nomination de Gilbert Houngbo comme Premier Ministre, Faure confie qu’il veut « un gouvernement sans Pascal » et tente de le convaincre d’accepter le poste de Médiateur de la république. Mais la réponse fut aussi habile que l’homme n’est rusé, « Je suis encore jeune et le prestige de ce poste me fait trop d’honneur, pensez Monsieur le Président, à quelqu’un de plus sage« . La réponse séduit Faure, le président demande au premier Ministre une grâce, Pascal est maintenu. C’est d’ailleurs lui qui organise les premières sorties de Houngbo et l’aide à découvrir les secrets du pouvoir, mais aussi ses délices au point où un jour, dans le bureau du chef de l’Etat, le Premier ministre se laisse aller,  » j’aime travailler avec lui, il est pragmatique« . Mais Bodjona pense déjà aux lendemains d’un régime qui l’a fait et auquel il doit tout. Il monte et « réussit » le rapprochement entre l’Ufc, Union des Forces du Changement de Gilchrist Olympio, historique opposant et le parti au pouvoir. Avec les proches de Blaise Compaoré qui lui voue pour une admiration excessive, il obtient la tête de l’opposition sans prévoir la naissance de l’ANC, résidu extrémiste de l’Ufc.

Il reste pour le régime un génie, d’une intelligence particulière et d’une habileté sacramentelle. Même ses détracteurs le disent « incontournable ». Blaise Compaoré, président du Burkina Faso parle de lui comme « d’un généreux animal politique » et n’a jamais caché son envie de le recevoir en exil, un jour chez lui, « si nécessaire… ». « Quand on est très haut comme toi, on finit toujours pas tomber » lui avait prévenu le président du Faso. Pour la plupart des Togolais qui ont accueilli la nouvelle de son départ du gouvernement avec une certaine indifférence, il aurait été le point le plus « cardinal » du régime, sauf que puisque la révolution ne mange que ses enfants, le régime togolais ronge déjà son fils le plus inconditionnel. Faure dit l’avoir fait, Pascal dit que Faure lui  a donné toutes les chances, mais pour un Expert européen qui connait bien le Togo, « ils se sont faits l’un l’autre… ». En attendant, il espère que le départ du Gros réduise les risques de fraudes électorales et de manipulations d’opposants et de journalistes, « pas si sûr…« , prévient un patron de presse.

Puis Ingrid Awadé manipula…

Pascal Bodjona. Le nom sonne du poids sinon du surpoids, sans doute génétique mais ironie du sort, à l’image réelle de l’homme dans un système qui aujourd’hui le ronge. L’image qu’on en garde est celle d’un homme à tout faire, des fraudes électorales aux manipulations d’opposants, des coups bas politiques aux simagrées diplomatiques, mais aussi celle d’un magnanime distributeur de billets qui, depuis le début du règne de Faure Gnassingbé, a renforcé sa puissance. Et son contrôle d’un système qu’il connait dans ses tréfonds. L’image d’un ministre bouclier, qui, pour défendre son mentor, le chef de l’Etat, aurait pris tous les coups, sans manquer aucune occasion d’en donner, et tous les risques. Pascal Bodjona, c’est l’homme puissance… et c’est cette puissance qui dérange Ingrid Awadé, une des maitresses « officielles » du chef de l’Etat togolais qui s’est octroyée, contre toute attente, la partie la plus juteuse de l’économie nationale, les Impôts dont elle est l’indéboulonnable directrice depuis plus d’un quinquennat. Elle est la femme puissante dont les volontés même dans un rêve deviennent des ordres d’Etat. Si elle a contribué à précipiter le départ, dans l’humiliation, du Premier Ministre Houngbo, elle ne supporte plus les puissances « réelles ou virtuelles » de Pascal Bodjona. Elle sent des rivalités partout et si elle a réussi à minimiser toutes ses rivales « femelles », elle n’adore pas non plus qu’un « mâle » s’acoquine trop à son « mari ». Gilbert Bawara, longtemps ministre de la coopération en a fait les frais avant de demander pardon et de revenir, résultante de la dextérité de la « Première copine », non, « Première dame », devant la scène et de remplacer sur insistance d’Ingrid, Pascal Bodjona à la tête du Ministère de l’Administration territoriale.

Après la disgrâce de Bawara dans l’ombre de la dame forte, Bodjona s’est taillé progressivement sa place, l’a occupé pendant quelques mois, histoires d’aider la « dame de bronze » à réussir sans doute quelques coups et le revoilà, distant. Depuis début 2011, ses relations avec Ingrid Awadé ont commencé par s’enfoncer. D’abord à cause de son omniprésence sur la scène politique, où, à défaut d’avoir les qualités de s’y inviter, la dame aurait souhaité y voir le chef de l’Etat en personne. Ensuite, à cause de l’opposition supposée de Pascal Bodjona à la création du nouveau parti. Etant à l’image du Rpt, bouillant et sulfureux, le ministre porte-parole du gouvernement n’aurait pas applaudi l’idée d’un nouveau parti. Il en ferait les frais. Ingrid Awadé le prend en ennemi et lors de l’une de ses soirées champagne à son domicile de la caisse, le qualifie de « mesquin, rusé et roublard » et « d’opportuniste de première classe ». Pour elle, le départ de Pascal Bodjona est une bonne nouvelle. Si elle était informée depuis plusieurs jours de sa sortie du gouvernement dès la démission de l’ancien Premier Ministre, elle a attendu que l’information soit confirmée pour s’offrir quelques bouteilles de champagnes de plus. Elle fêtait aussi le retour d’un autre épouvantail à sa solde, Gilbert Bawara qui a eu le temps de comprendre que « mieux vaut rester dans les bonnes grâces de dame Awadé que celles de Faure… ». Bodjona en tirera toutes les leçons ! Encore que dans l’affaire Agba, une copine du chef de l’Etat serait impliquée et aurait tirée près de 2 milliards… sans qu’Ingrid ne le sache ! Elle ne le pardonnera jamais.

Un coup dur au régime

Sa maison est encerclée, discrètement… tous les coins. Dans tous les bars, des Agents secrets en civil, tous discrets. Le mot d’ordre est clair. Ses mouvements sont suivis de près. Lui et tous ses proches mis sous écoute. Son épouse ayant une nationalité française et libanaise, le Colonel Massina s’est assuré que « Pascal ne dispose pas de passeport étranger… » et « en a informé qui de droit » selon une source présidentielle. Il s’est aussi assuré que son passeport ordinaire ne dispose plus de visa schengen valide, celui diplomatique ne lui permettant de quitter le pays qu’avec une lettre de mission. Mais, « le plus important est de le suivre de près, c’est lui qu’il faut suivre et non ses papiers… » aurait fait remarquer le chef de l’Etat en personne, en milieu de semaine dernière, à l’endroit du Directeur général des Renseignements. Des rumeurs l’ont dit à Ouagadougou (pour voir Compaoré), à Abidjan (pour des soins) puis à Accra (en fuite) avant d’être démenties. A l’heure où nous achevons ce papier, Pascal Bodjona était à son domicile d’Adidoadin-Cacaveli, la nuit ayant été longue. Mais il serait allé rapidement fin juillet, à la demande du président burkinabé, au pays des Hommes intègres pour une journée. Avec une autorisation du chef de l’Etat togolais. Contactés par notre rédaction, plusieurs proches et conseillers de Faure Gnassingbé refusent de commenter l’information. Par contre, une source à Ouagadougou confirme l’information au correspondant de Tribune d’Afrique. Pascal est donc tranquillement, en ce moment, sauf coup inattendu, chez lui, refusant toute visite, un peu insomniaque après s’être consacré depuis début août, avec Antoine Junior, son fils ainé, au sport… les Jeux olympiques de Londres étant une occasion pour ne pas si vite s’ennuyer. Il a éteint tous ses téléphones, a acheté un récent « togocel qu’il utilise prudemment » selon l’un de ses frères. Mais la situation qu’il vit est quoiqu’on dise, celle d’une ingratitude qui ne fera aucun bien au régime, déjà affaibli par de nombreuses manifestations de contestations, dans tout le pays. La manière habile de Faure Gnassingbé d’humilier ses proches est un signal aux caciques du régime pour qu’ils calment leurs ardeurs, mais aussi et quoiqu’on pense, c’est un coup dur pour tout le régime. Qu’un homme de cette importance, de cette influence, de ce parcours politique se retrouve dans une situation aussi humiliante et dégradante n’est pas sans précédent. Après Théophile LACLE, zélé ministre de l’intérieur, mort dans le dénuement et l’humiliation, après l’arrestation et l’incarcération du frère du chef de l’Etat, Kpatcha, celui-là même par qui le Généraux Bassar (ethnie du Nord Ouest du Togo) ont été poussés à faire allégeance à Faure au soir de la mort de son père, « plus personne n’est à l’abri de rien » clame un proche de Pascal Bodjona. Si les poursuites continuent, si un jour, Bodjona est mis en prison dans cette affaire ou une autre, ce serait aussi le début de la fin d’un régime qui opprime son peuple depuis un demi-siècle. Mais capable de tous les revirements, disposant d’un réseau d’amis dans la sous-région, l’apaisement reste une voie possible. Même si dans l’entourage de Faure Gnassingbé, le discours est tout autre, « quand quelqu’un veut votre fauteuil, vous lui arrachez son tabouret et le faites assoir sur des braises» tacle un baron kabyè du régime, pour paraphraser un proverbe tchokossi, ethnie minoritaire du septentrion togolais.

Vengeance inévitable

Dans l’affaire Agba, vaste escroquerie qui couterait à Bodjona son avenir politique, la presse togolaise, au sein de laquelle le ministre à de bons contacts ne lui a pas rendu service. Elle s’est investie pour innocenter ou défendre Agba, au lieu de créer l’ambiance de la clémence pour Faure Gnassingbé, trop orgueilleux pour ne pas sanctionner celui que défend une presse qui s’en prenait violemment à lui et à sa gestion. C’est donc et avant tout la presse qui a contribué à enfoncer le ministre de l’administration territoriale. Depuis que la situation est devenue sérieuse et que l’ANR aurait prouvé son implication « certaine » dans cette affaire, Bodjona a tenté d’abord des négociations directes avec le chef de l’Etat. Au sujet de cette affaire, les deux hommes ont eu plusieurs rencontres dont la dernière date de quelques jours avant les Evala, donc de début juillet. « Bodjona n’a fait profil bas au départ, il a essayé de se défendre et de prouver qu’il est victime de conspiration…, ce n’était pas le meilleur choix », déplore un ministre du gouvernement togolais. Depuis, il se serait fait bonne raison dans cette affaire, aurait demandé, à l’occasion d’Evala, pardon au chef de l’Etat pour « tout raté dans son parcours à son côté« . « Mais Faure ne croit plus à sa sincérité » constate une source proche du dossier qui pense qu’il serait très difficile aujourd’hui de rapprocher les deux hommes. « Le président a pris le temps de rassembler des preuves, les bonnes… », celles sans doute montées par l’ANR, si défavorable à Pascal Bodjona. En attendant que toutes ces initiatives portent ou non leurs preuves, il ne faut pas surtout oublier que dans les moments durs, Bodjona a le secret du rebondissement… mais dans celle-ci, il aura du mal à éviter le pire, l’humiliation, alors qu’il clame son innocence depuis. Malheureusement, au lieu de nous éclairer, la justice à la solde du régime amusera la galerie, ajoutant de l’obscur au flou. Il est aussi certain que le CST qui prépare des manifestations pour les prochains jours à Lomé pourrait saisir cette opportunité d’associer le peuple kabyè, si favorable à Bodjona à ses manifestations. Cette affaire aux rebondissements imprévus ne finira pas de si tôt, une  assignation à domicile pourrait intervenir dans les prochaines heures avant une éventuelle arrestation. Une chose est certaine, Faure ne mange jamais ses proies à moitié. Mais avec Pascal Bodjona, il lui faudrait des gangs, sans doute.

Tribune d’Afrique

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