Togo : Lomé, capitale du panafricanisme de la Françafrique ou des peuples?

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Résumé :

Le lundi 22 mai 2023 a eu lieu à Lomé le lancement officiel des travaux préparatifs du 09ème Congrès panafricain prévu en 2024 sur le thème “Renouveau du Panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources pour mieux se réinventer. ” Cette énième initiative du régime togolais est au service des puissances impérialistes et de la Françafrique et non des populations africaines qui sont asservies par les tyrans africains dont le Togolais Faure Gnassingbé…

——————————————————- :Lien : https://www.youtube.com/watch?v=w9QfmkQB4RA

Principales questions du journaliste M. Olivier DOSSOU : Contributions du Dr. Yves Ekoué AMAÏZO

1. Le lundi 22 mai 2023 à Lomé, a eu lieu le lancement officiel du 9ème Congrès panafricain prévu en 2024 sur le thème « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer ». Qu’est-ce que ça vous inspire cette initiative au Togo ?

YEA. Merci pour l’invitation et mes salutations à mes co-débateurs et à vos auditeurs et téléspectateurs. Je voudrais d’abord faire trois remarques, puis proposer ma définition du panafricanisme.

Première remarque : il faut rappeler que les définitions du « panafricanisme » sont multiples et variées, ce qui expliquent que chacun peut se réclamer du panafricanisme, ce qui ne veut pas dire que la personne est un panafricaniste. Par ailleurs, le fait d’affirmer que l’on est « panafricaniste », ne signifie pas non plus que l’on est panafricain. L’habit ne fait pas le moine, même si l’on reconnaît certains moines à l’habit. Le panafricanisme concerne en priorité les Afrodescendants, mais pas que. Toutes celles et ceux qui s’en réclament sont les bienvenues.

Deuxième remarque : le panafricanisme n’est pas contrairement à ce qui est affirmé un peu partout dans les livres d’histoires, souvent racontés par des non-panafricanistes, un mouvement qui trouve ses racines dans la Diaspora, à l’extérieur de l’Afrique car toutes les histoires des panafricains à savoir des Africains et des Afrodescendants éparpillés dans le monde, ne peut commencer uniquement par rapport à la contestation de l’abus de pouvoir et l’abus de droit de ceux qui ont dominé le monde par le passé, que ce soit des militaires, des politiques, des commerçants, des ecclésiastiques ou de simples citoyens persuadés d’être supérieurs à un autre citoyen, que ce soit des blancs, des métis/mulâtres, des arabes, ou même des noirs et plus récemment des « jaunes ».

Troisième remarque : le panafricanisme est d’abord une philosophie de vie, une éthique du comportement, et une foi dans une histoire et une destinée commune. Aussi, le panafricanisme relève de la politique, l’organisation de la cité, en l’espèce d’abord de l’Afrique et des Africains et demain du monde pour tenter de rétablir et d’y faire régner l’harmonie entre les êtres humains. Cela ne peut advenir que grâce à des règles spirituelles, éthiques et juridiques qui doivent être respectées par chacun et par tous. Aussi, il s’agit d’abord d’un système auto-géré et auto-entretenu reposant sur la responsabilité personnelle et collective pour reconquérir un destin glorieux commun et promouvoir les principes fondateurs du panafricanisme. Les agressions extérieures et intérieures subies par le Peuple noir (esclavage, exploitation, colonisation et postcolonisation sous diverses formes) ont passé sous silence l’essentiel du message éthique, et tendent à valoriser des messages alternatifs aux principes fondateurs, ce qui peut conduire à du révisionnisme, de la récupération ou alors de la conscientisation, voire du renouveau par des groupes restreints du panafricanisme.

2. Quelle est votre conception du panafricanisme ?

YEA. Alors, mon concept du panafricanisme doit être replacé dans un contexte historique. Il s’agit d’abord d’un ordre social, politique, économique en harmonie avec le monde spirituel et physique tiré de la Maât de l’Egypte ancestrale des pharaons noirs. Un ordre social où l’inégalité doit être combattu. On en est bien loin.

Premièrement, le panafricanisme trouve son unité dans l’histoire ancestrale des Africains avec la primauté de la communauté sur l’individu, avec un système de gouvernance et d’organisation fondé sur le respect de l’autre et du respect d’un ordre social, aux plans individuel et collectif. Autrement dit, il s’agit d’accepter de mettre en pratique les principes de la Maât, notamment la vérité, la justice, l’équité, la de la solidarité (partage des biens et des charges), la loyauté, la probité, et la dignité au point de pouvoir déclarer au moment de sa mort, que l’on (un individu ou une communauté) est innocent, c’est ce que l’on désigne sous le nom de « confessions négatives » dans l’Egypte ancestrale. C’est donc le respect de la vie et de l’autre qui va permettre de préserver le lien harmonieux entre l’humain et le monde de vivants d’une part, mais aussi entre l’humain et le monde spirituel, pour ne pas dire entre un Dieu unique.

Deuxièmement, le panafricanisme s’est décliné en dehors de l’Afrique en réaction au non-respect de la Maât par des peuples ignorants des lois de la paix et de l’harmonie spirituelle et physique du monde. En effet, les principes de la Maât inhérents au panafricanisme d’avant l’agression des mondes arabes et occidentaux envers l’Afrique, ont été purement et simplement évacuées par les nouveaux arrivants qui les ont substitués, par ignorance, à leurs formes d’organisation de la société avec des manquements graves, notamment la valorisation de la ségrégation et du racisme, la valorisation de l’individualisme au dépens de la communauté, la valorisation des mœurs défiant la vie, et l’accumulation sans objectif de redistribution et de solidarité, pour ne citer que ces points. Aussi, le panafricanisme, dont tout le monde parle et que l’on retrouve dans les livres d’histoire, n’est qu’un volet partiel et partiel de la réalité du panafricanisme.
Ce panafricanisme s’est mué en un mouvement politique d’émancipation du Peuple noir, individuellement et collectivement de l’oppression subie par l’absence de vérité, de justice, de l’égalité, de solidarité et de respect de l’autre. Ensuite, ce mouvement initié en dehors de l’Afrique, à savoir dans les Caraïbes suite à l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804, a trouvé son origine dans la création d’un Etat noir indépendant en dehors de l’Afrique, d’où aujourd’hui la volonté des politiciens de l’Union africaine de le redécliner sous la forme de l’Etat diasporas, la 6e région de l’Union africaine.

Troisièmement, et par la suite, le panafricanisme s’est alors décliné en trois grandes familles non homogènes :

  1. Celle de la liberté, l’égalité et les droits civiques d’une part notamment avec un métis intellectuel William Alphonse Du Bois, qui est à l’origine des conférences panafricaines entre 1900 et 1945 ; Il fut le président de la National Association for the Advancement of Colored People qui prônait une forme d’intégration des personnes de couleurs ; Il importe de citer, entre autres, le haïtien Anténor Firmin (1850-1911) qui prônait l’égalité des races, le haïtien Bénito Sylvain (1868-1915) , le jamaïcain-américain Joel Augustus Rogers (1880–1966) qui tous ont contribué à l’affirmation et la promotion du projet politique panafricain. L’Egyptien Samir Amin (1931-2018) ou le sénégalais Cheik Anta Diop (1923-1986) ont rappelé l’urgence du « recentrage » de l’Afrique sur elle-même en référence à l’unité linguistique, culturelle héritée de l’Egypte ancestrale…et
  2. Celle de la liberté et de l’indépendance totale avec un retour sur le continent africain des noirs avec le jamaïcain Marcus Moziah Garvey, (né le 17 Août 1887, à St. Ann’s Bay, en Jamaïque et mort à le 10 Juin 1940 à Londres en Angleterre), qui repose sur une large mouvement populaire et d’unité d’actions communes. Cela a encouragé la pratique de la solidarité entre les Africains et les personnes d’ascendance africaine. Son influence a grandi grâce d’une part, à son Association « Universal Negro Improvement » qui trouvait de larges échos auprès des communautés noires et assimilées au nord-est des Etats-Unis, et d’autres part, à la promotion de slogans fondés sur la « fierté d’être noire » et la volonté d’établir une nation noire indépendante en Afrique… En 1919, plus de deux millions de ses partisans dans les années y ont cru… Le Libéria et la Sierra Leone (Projet récupéré par la suite par les responsables américains et anglais) sont le prolongement de cette vision. Mais, Marcus Garvey était un « radical » et prônait la séparation entre noir et blanc, et souhaitait écosystème noir autonome au sein d’une Amérique majoritairement blanche, et face à l’impasse a opté pour avoir une Afrique totalement noire. Cela l’a conduit à avoir des liens incestueux avec le Ku Klux Klan au plan idéologique à savoir : les Etats-Unis au Blancs, l’Afrique au Noirs, non sans des transactions peu transparentes pour soutenir son projet de retour sur le sol africain…
  3. Celle de l’émancipation de l’Africain noir sur son continent, contrôlé et partagé par tous ceux du monde occidental qui ont participé au partage unilatéral de l’Afrique lors du congrès de Berlin 1885. C’est tous les héritiers des mouvements de la libération, de l’indépendance juridique, de l’autonomie des années 1960. On peut citer alors toutes les grandes figures africaines comme le ghanéen Kwame Nkrumah (1909-1972), le Kenyan Jomo Kenyatta (1897-1978), le Tanzanien Julius Nyerere (1922-1999), le guinéen Sékou Touré (1922-1984), et plus proche de nous Thomas Sankara (1949-1987), avec un panafricanisme progressif et pragmatique, le sud-africain Nelson Mandela (1918-2013), pour ne citer qu’eux…

Aussi, le panafricanisme est à la fois une vision sociétale d’une Afrique recherchant les fondements de son harmonie spirituelle et physique, tant aux plans social, économique, monétaire, culturel, environnemental et politique. Il n’y a pas de panafricanisme sans une volonté d’émancipation des Africains de la tutelle de ceux qui ont déstabilisé sa trajectoire historique et pour cela, un mouvement unitaire dans la diversité des Africains du continent, de la diaspora africaine, et des Afrodescendants tend à se reconstituer lentement, mais est encore loin d’une communauté africaine mondiale. L’unité repose sur le fait que les Peuples d’Afrique, la Diaspora et les Afrodescendants partagent un lien spirituel commun avec le Dieu des Africains et de fait, une histoire d’agression commune et donc une destinée commune. Pour retrouver les chemins sans embûches de cette destinée commune, il est question de retrouver une unité politique (les Etats-Unis d’Afrique ainsi que les attributs d’un Etat fédéral (sécurité, monnaie, communication, technologies, etc.)… Or, l’Afrique a été maintenue dans l’ignorance de son histoire. C’est contre cela que de nombreux panafricanistes ont pris consciences en utilisant les réseaux sociaux comme des vecteurs de conscientisation, de réveil collectif, pour une vérité, une justice et une solidarité en référence, explicite ou implicite, à la Maât.

Entre le 1er Congrès organisé par des Afrodescendants de la société civile, et le 9e Congrès que veut organiser les politiciens du Togo, il y a problème ! Et beaucoup d’hypocrisie et de volonté de « redorer » son image à l’aune de ce que le Peuple africain souhaite, tout en faisant tout que cela n’advienne pas.

Il faut préciser que les « politiques » n’étaient pas présents au premier Congrès… Le 9e Congrès organisé par le Togo a pour objet de neutraliser, pour ne pas dire, faire disparaître la société civile indépendante. Il devient impératif de faire une conférence sur le panafricanisme par les représentants des Peuples africains issus de la société civile. Il faut clairement expliquer au Peuple africain, que les dirigeants africains ne représentent plus la société civile indépendante.

3. À quoi joue le Togo de Faure Gnassingbé qui, le mercredi 10 mai 2023 a été reçu par Macron à l’Elysée ? Est-ce une opération pilotée par la Françafrique pour neutraliser les mouvements panafricanistes résistants contre l’impérialisme en Afrique ?

YEA. On ne sait pas si Faure Gnassingbé et Emmanuel Macron jouent. Mais, la résistance, voire la création de courants révisionnistes ou contradictoires au sein d’un mouvement panafricaniste sans véritable unité, ne peut être exclues. C’est le 22 mai 2023 que le Togo décide de lancer en 2024, sans l’Union africaine, sans la CEDEAO et toutes les autres organisations sous-régionales africaines, une conférence dites le 9e Congrès panafricain » sous le thème :  « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer pour agir». Alors qu’en réalité, il s’agit surtout d’avoir une position proche de la France sur la réforme des institutions multilatérales de la coopération internationale. Autrement dit, une démarche dissidente de l’approche de l’Union africaine pour parler d’une seule voix.

La question est des savoir comment un régime anticonstitutionnel et illégal, contrôlé par des militaires devenus pour l’essentiel des Hommes d’affaires, parfois des mafieux, peuvent proposer un tel thème alors que le régime Gnassingbé est incapable de Renouveau du Togo basé sur la vérité des urnes et la vérité des comptes publics, et de réformer les institutions notamment la justice pour les rendre indépendants du pouvoir. Aussi, il va de soi que la mobilisation des ressources humaines va se limiter à un cercle fermé de légitimateurs et d’accompagnateurs du système Gnassingbé. Alors, comment peuvent-ils se réinventer pour se pérenniser au pouvoir devient le leitmotiv pour agir.

Lorsque l’on note la présence de personnalités tous membres importants de cercles ésotériques peu transparents comme :

  • le sud-africain, Dr. Naledi Pandor, Ministre des relations internationales et de la Coopération de l’Afrique du sud qui avait rappelé en 2022 que le parlement panafricain doit jouer un rôle actif dans le renforcement de la démocratie en Afrique, et ce Monsieur vient légitimer le régime de Faure Gnassingbé.
  • le congolais Jean-Claude Gakosso, Ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Congolais de l’étranger qui a rappelé dans un discours à l’Assemblée générale des Nations Unies que la « nouvelle Constitution de la République du Congo « renforce le principe de séparation des pouvoirs, consacre l’indépendance de la justice, abolit la peine de mort, parie sur la parité homme-femme, reconnaît les droits fondamentaux des peuples autochtones et pose les jalons d’une démocratie participative ». La notion d’alternance politique, fondamentale en démocratie, n’a jamais figuré dans ses propos ;
  • certains experts tels que le Sénégalais Doudou Ndoye Diène, ex-rapporteur des Nations Unies et actuellement à la retraite, et qui a eu la charge de la coordination du rapport sur le massacre d’au moins 500/800 morts et plus de 2000 blessés et des disparus lors de l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir en 2005. La présence de l’ivoirien Dr. Gervais Gnaka Lagoké, assistant professeur d’Histoire et d’Études Panafricaines à Lincoln University, en Pennsylvanie qui va servir de caution. Est-ce seulement l’argent du consultant qui est en jeu, ou existe-t-il des Africains qui ont choisi d’accompagner un régime illégal, anticonstitutionnel et surtout ayant du sang sur la conscience en Afrique ? Il n’y a pas de vérité qui ne brille pas à la lumière.

Il y a effectivement une panne de la responsabilité collective de certains Africains face au respect des valeurs de la Maât. S’attribuer de manière opportuniste le « leadership » du panafricanisme comme souhaite le faire Faure Gnassingbé, relève d’un doux rêve que constitue l’illusion, à l’instar du concept de l’émergence africaine que ces mêmes responsables politiques africains ont promu et vanté jusqu’à ne plus en parler aujourd’hui.

4. Comment décrypter l’implication du Mali du Président Assimi Goïta et la Guinée du Président Mamady Doumbouya dans cette Alliance Politique Africaine (APA) ?

YEA : L’Alliance politique africaine est une plate-forme informelle créé par le Togo. Cette diplomatie souterraine, non transparente, permet de se parler sans protocoles. Ce cadre de concertation politique offre des opportunités de nouer des alliances contre nature pour des actions communes permettant de défendre les intérêts des Etats, et moins ceux des Peuples africains.

La maladie congénitale de non-transparence des objectifs et des résultats, le refus de rendre de compte aux populations (le fameux « accountability en anglais) semble faire consensus entre les principaux représentants des Etats représentés à l’APA. Il s’agit principalement des pays suivants : Angola, Burkina Faso, Centrafrique, Gabon, Guinée, Libye, Mali, Namibie et Tanzanie.

APA tente de fédérer les nations africaines tout en reconnaissant que l’Union africaine et les organisations sous-régionales ne permettent pas « ces concertations franches et discrètes ». Alors, il fallait habiller le tout sous les idéaux du panafricanisme. Croire alors que tous ces pays sont des pays non-alignés et seront capables d’influencer la gouvernance mondiale, apparaît comme un euphémisme pour l’alignement sur certaines puissances en fonction des négociations.

Au plan du panafricanisme économique, aucun projet concret n’est venu donner un début de crédibilité à la fameuse « alliance politique africaine » initié par le Togo. Le Togo n’a ni les moyens, ni la crédibilité pour servir d’exemple. Il s’agit en réalité de faire dans l’influence, à travers le Togo, pour convaincre les pays qui sont en train de remettre en cause ou pourraient rejoindre les relations avec la France ou les pays de l’OTAN, d’opter pour une relation stratégique dans le giron occidental, si possible français. En retour, ne s’agit-il pas d’apprendre les recettes pour rester au pouvoir en référence à la démocratie togolaise de la contre-vérité des urnes ?

Dès lors que le Mali comme la Guinée, voire même le Burkina-Faso ont des velléités de rester au pouvoir après la période de transition, il y a comme un lien ombilical de venir faire des « stages » au Togo pour se maintenir au pouvoir.

5. Faure Gnassingbé serait panafricaniste selon son ministre des Affaires Etrangères Robert Dussey. Et Lomé se veut capitale du panafricanisme alors que des dizaines de prisonniers politiques sont en prison avec une répression féroce. Mgr Kpodzro et l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo sont toujours en exil. Comment analysez-vous ces contradictions ?

YEA. Il n’y a en la matière pas de monopole d’une quelconque propriété du terme « panafricanisme ». Toutefois, il n’y a aucune contradiction. Si Mgr Kpodzro et celui qui gagné les élections présidentielles de 2020, Dr. Agbéyomé Kodjo, selon la grande majorité du Peuple togolais, étaient au Togo et en poste, est-ce que Faure Gnassingbé ne serait pas rattrapé par son passé ? Peut-être devra-t-il, peut-être, répondre de ses actes devant des tribunaux ? Si Les prisonniers politiques qui ne font que dire la vérité sur l’usurpation du pouvoir politique par les militaires et la famille Gnassingbé pouvaient parler, est-ce que Faure Gnassingbé et son système pourraient résister à la pression populaire ? La réponse est négative.

Donc, dans la logique de toutes dictatures, il faut empêcher la vérité et la justice de s’exprimer. Aucun de ceux qui ont gagné les élections présidentielles au Togo n’ont pu expérimenter l’alternance politique (Gilchrist Olympio, Bob Akitani, Jean-Pierre Fabre et récemment Agbéyomé Kodjo). Il y a donc une constante du refus de l’alternance politique au Togo, un refus que reçoit un soutien objectif de la France et des pays occidentaux et européens.

C’est donc à nous tous -citoyennes et citoyens, au Togo, dans la Diaspora, et les Afrodescendants- de trouver les voies et moyens pour rétablir la vérité et la justice au Togo. Ce n’est pas facile puisque des puissances étrangères soutiennent le système en lui fournissant les moyens militaires, de renseignements, financiers, etc. de conserver le pouvoir et de protéger leur image au niveau des médias politiquement corrects à l’international, en Afrique et au Togo.

Les réseaux sociaux échappent même s’il y sévit des informations erronées, falsifiées et parfois fausses pour créer la confusion. Le ministre togolais est aux ordres de son patron. Il est dans son rôle. Que voulez-vous qu’il dise puisque sa mission est de rendre Faure Gnassingbé fréquentable au plan africain et international, et de lui nettoyer son image de fils de dictateur arrivé au pouvoir dans le sang, l’illégalité et l’anticonstitutionnalité.

6. Que cache l’activisme diplomatique togolais sur le front du panafricanisme ? Panafricanisme de la Françafrique ou des Peuples africains ?

YEA. Il s’agit principalement de nouvelles alliances comme cela a eu lieu pour le Franc CFA pour torpiller la monnaie ECO de la CEDEAO. La même approche semble prendre corps avec l’initiative togolaise. Il s’agit plus d’une volonté de neutraliser le panafricanisme africaine, -la vraie-, qui émane de la société civile et des Peuples africains. Faure Gnassingbé est une courroie de transmission d’intérêts étrangers, la France en particulier. Aussi, il est question de travailler en catimini et en toute non transparence pour une sécession au sein d’un panafricanisme véritable. Aussi, l’imposture et la mystification ont besoin d’acteurs opportunistes. Il faudra que les panafricanistes véritables s’organisent pour ne plus travailler de manière dispersée, et surtout apprendre que sans organisation collective, l’indignation ne pourra pas remplacer l’organisation et les actes que seule un projet politique alternatif pourra permettre de fonder l’unité de ceux qui luttent pour leur dignité. Avec les politiciens africains, il ne s’agit assurément surtout pas d’une panafricanisme des Peuples africains, mais d’une forme informelle du retour du syndicat déconcentré de chefs d’Etat africains, non sans conditions de participation active dans le monde ésotérique parallèle des Etats en Afrique.

7. Votre mot de fin ?

YEA. La dynamique panafricanisme ou fédéraliste a besoin de passer par des étapes opérationnelles. Le panafricanisme ne peut être limité ou circonscrit à un « discours anti-occidental », sinon il s’agit d’une réaction sans solutions… L’Afrique doit retrouver sa trajectoire historique que le monde occidental a stoppé avec préméditation. Ceux qui décrète unilatéralement et souvent dans la violence et la barbarie qu’ils ont une créance sur l’Afrique ne sont pas disposés à s’arrêter. Ne pas le comprendre risque de brouiller les pistes vers un panafricanisme véritable. Il y a beaucoup de carriéristes et de traitres !

Cet enjeu de puissance oblige à des alliances, à la de la crédibilité… c’est cela qui oblige toutes les forces citoyennes de la société civile à s’organiser sans les responsables politiques pour un Conférence citoyenne en 2024, conférence alternative à celle des forces réactionnaire sur le panafricanisme, instrumentalisé par un Togo, courroie de transmission de puissances occidentales.

Aussi, il est proposé une Conférence panafricaine sans les représentants politiques pour pouvoir avoir une position citoyenne reflétant les Peuples africains, de la Diaspora et des Afrodescendants. C’est cela qui permettra de ne plus faire l’amalgame avec les opportunités du panafricanisme.

Mais, il faudra avoir un consensus sur un document écrit. Ce document écrit consensuel permettra une crédibilité retrouver sur l’action collective et sera l’occasion d’aller chercher des alliances ailleurs qu’auprès de ceux qui ont et continuent de neutraliser la reprise de la trajectoire africaine vers des formes de solidarité communautaires sans usurpation. En effet, le premier Congres de 1900 était l’œuvre d’intellectuels et de la société civile. Il n’est pas acceptable que le 9e Congrès soit l’œuvre de politiciens opportunistes sur la même question, et qu’en plus, cela se prépare dans l’informel et dans la non-transparence.

Il n’y a rien à cacher lorsque l’on lutte pour sa liberté et son autodétermination, en référence aux valeurs de la Maât, à savoir : vérité, justice, solidarité. En définitive, il faut être innocent face aux Peuples africains. Ce que prépare le Togo relève plus de l’Isfet, qui génère tôt ou tard, le chaos. Le cas du Soudan est la résultante de ces tractations informelles faites dans la non-transparence. Les guerres de procuration que se livrent des puissances étrangères à l’Afrique est pathétique.

Tous ceux qui iront dans le sens contraire de l’histoire risque d’être surpris par les soubresauts de la puissance de la justice et de la vérité. YEA.

30 mai 2023. Mise en ligne le 31 mai 2023 sur Afrocentricity Think Tank.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur de Afrocentricity Think Tank

Contact : yeamaizo@afrocentricity.info

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