Togo. La sorcellerie au cœur du pouvoir : Le sang est toujours versé pour renouveler le règne

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« Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire », nous instruit dans ses Pensées Blaise PASCAL pour  que nous puissions faire le choix du discernement, de la raison et nous dégager l’itinéraire de la sagesse à partir de nos vécus, de nos réalités et du cours des évènements.

Les pratiques « sorcellaires » à base de sang font le corpus du pouvoir GNASSINGBE. Etienne Eyadéma réclamait avec avidité et vanité l’assassinat de Sylvanus OLYMPIO le 13 janvier 1963. Cet assassinat crapuleux est l’acte fondateur de la sorcellerie au cœur du pouvoir, de sa mythification et le support d’un occultisme assidu, la médiane avec le monde invisible. La répétition de cet assassinat est simulée chaque année, comme si l’histoire se répète dans une analogie rituelle, le jour anniversaire, dans l’ombre de la nuit  avec toutes sortes de sacrifices pour revitaliser le pouvoir. Derrière le Camp RIT encore appelé Camp GNASSINGBE  Eyadéma à la façade du marécage herbacé, les nuits du 12 au 13 janvier sont chargées d’immolations. Des journaux ont fait une large diffusion du phénomène, des photos des lieux aménagés pour les cérémonies « sorcellaires » sont publiées sans la moindre protestation. Les faits sont les faits ; en-dehors d’eux, il n’y a que des conjectures, des suppositions, des chimères.

L’histoire du règne des GNASSINGBE prend siège sur un désastre humain, un gouffre moral, de constants rituels de sang et d’assassinats dans une quête de pérennité assurée par des pratiques fétichistes, « sorcellaires » qui se nourrissent du sang d’hommes valeureux. Ce règne a l’art du soupçon et sait lire les rêves de chaque citoyen, surtout ceux des gens bien éduqués qui ont le malheur de prendre des précautions de distance après avoir découvert l’horreur, le substrat de la déchéance d’un régime hibou. Seul l’exil forcé apparait comme une alternative de préservation de soi, un cocon de protection à peu près assuré pour échapper à la furie sanguinaire.

Le régime RPT/UNIR se fait dans le temps, dans le sang et par le sang. Du père au fils, un écheveau de vies sacrifiées pour que triomphe la dynastie. M. Godwin TETE, éminence grise de l’histoire togolaise, dispose d’une kyrielle de références en dates et en évènements à ravitailler notre mémoire collective, nos bibliothèques et la postérité sur la culture du sang qui jalonne le règne des sorciers sur ce pauvre bout de terre où la vie des citoyens pèse moins qu’une plume d’oiseau.

Faure GNASSINGBE se complaît dans ses legs qu’il active avec exactitude dans une criminalité froide dont il sait tirer profit comme le témoignent les enquêtes  onusiennes dans notre pays. La dynamique de sa personnalité est pétrie d’obscur, d’introversion, de silence, de jouissances coupables, de coups bas qui font l’armature psychologique d’un vrai sorcier. Après avoir bu le sang des contestataires de son pouvoir, tous ceux qui l’ont aidé dans son aventure funeste de prise du pouvoir sont la plupart dans  sa ligne de mire. Dans un étrange destin de faiseurs de roi, Assani Tidjani, frappé de chagrin d’humiliation se dessèche et meurt à l’autel des sacrifices d’un pouvoir pour lequel il dansait. Kpatcha, Bodjona, Agba Bertin, sont encore dans les brides, dans l’arrière-cour de la Présidence, à la disposition d’une Justice trompe-œil où se prépare dans la pure tradition d’une patience vindicative leur lente agonie. Le toréador prend plaisir à poignarder de toutes parts ses victimes avec une délectation de sorcier avant l’opportunité dramatique de leur éteindre le jour.

Le petit Prince est un sorcier. Sa froideur et son ingratitude proverbiales tiennent les âmes des victimes au cachot du désespoir sans jamais lâcher ses griffes sataniques. Alexandre DUMAS père a raison d’écrire dans son œuvre Mes mémoires : « Il y a des services  si grands qu’’on ne peut les payer que par l’ingratitude ». Tous ceux qui s’agitent autour du sorcier mangeur d’âmes qui nuit à notre pays et à l’humanité en brisant ses principes, ses règles, ses lois, ses codes  doivent mesurer le danger qui est à leurs pieds.

Si l’empire qui se conquiert par le sang se maintient également par le sang, Faure GNASSINGBE peut-il se résoudre à la grandeur sans perdre le pouvoir ?

Du simple fait que nous tenons à notre vie et que nous ne pouvons pas laisser notre pays aux forces occultes, notre attitude doit-elle être dans la collaboration ou dans le combat ?

Comment comprenons-nous le malheur récurrent qui abat ceux qui de leur zèle portent à bout de bras le régime du sang et qui n’épargne non plus nos frères et sœurs de Kara, transportés pour voir un fantôme ?

1) L’itinéraire macabre de l’homme

Que personne ne se trompe : c’est par le cœur que les hommes sentent les hommes. Les choses les plus belles et les plus dignes sont celles que nous souffle le cœur et que la raison organise pour protéger la vie, la faire épanouir. Le fils d’EYADEMA est un sosie dégradé du « Timonier » par rapport à notre époque son cursus supposé universitaire et sa jeunesse relative. Dans le viol des principes, des lois, de la Constitution, de la morale et des Droits humains, il est de près l’égal du père. Dans les escapades indifférenciées en jouissances charnelles, dans les crimes de masse, dans les fausses promesses, dans les crimes économiques, le champion des parjures dépasse de loin son géniteur.

Face à l’ambition dont il n’a pas les moyens, le recours à toutes les pratiques surréalistes lui font des sillons dans l’invisible, avec des sacrifices, et le sang pour sauver son pouvoir. Sa quête de puissance s’édifie dans un syncrétisme occultiste, un mélange maçonnique aves des principes dévoyés, une assistance de pasteurs évangéliques et un fétichisme rituel. Ce cocktail a une apparence angélique et un fond rouge-vif, un goût prononcé pour le sang qui lui est transmis par un père à qui il se réfère en puisant de son caveau, par des visites constantes dans les heures troublantes, l’inspiration fétichiste sans laquelle la fragilité le priverait de toute assurance de conserver le pouvoir.

A suivre à la loupe les pas du rejeton d’EYADEMA, chaque étape de son pouvoir est marqué par un acte sacrificiel, des vies humaines toujours coulées pour « transfuser » son pouvoir. N’oublions jamais les crimes de masse confirmés par une enquête onusienne qui l’ont porté au pouvoir. Dans l’affaire Kpatcha, des gardes désarmés, attachés et froidement abattus, les mains ligotées ne sont guère sur le registre de l’oubli dans notre mémoire. Les protestations spontanées des Togolais à la suite des augmentations abusives des prix des produits pétroliers ont aussi leurs morts. La chasse aux chômeurs qui se débrouillent dans le commerce à la sauvette de l’essence, comme, du reste, on le note au Bénin voisin, enregistre régulièrement des tués. L’émeute récente des populations d’Adidogomé révèle le malaise du crime insoutenable et habituel du régime d’un prince aphone et fantôme qui veut pourtant pérenniser le règne par l’absence. Les veines des Togolais sont régulièrement rompues par l’habitude « des bavures » parce que le pouvoir ne tient que par la faiblesse du crime. Pour taire le mouvement citoyen dont l’effervescence est en deux exemplaires coalisés, le Collectif « Sauvons le Togo » et la Coalition « Arc-en-ciel », la répression fauve a déjà fauché des citoyens à Lomé et à Sokodé sans compter les blessés graves.

Celui qui est trempé dans le sang se nourrit du sang pour exister exactement comme un vampire. Faure GNASSINGBE, ne nous trompons pas, est d’appartenance cannibale, il est sorcier. Être sorcier n’est pas seulement être englué dans des pratiques rituelles pour s’enraciner dans l’invisible, en user pour faire du mal, détruire ses adversaires potentiels ou supposés. C’est aussi demeurer dans les transgressions les plus ignobles et dans les abominations les plus insoupçonnées avec un mépris souverain de la vie, ses valeurs. Le petit prince use de deux crans de sorcellerie qui l’éloignent totalement d’une possibilité à rendre heureux les Togolais. Lui-même se dispense du fait de sa posture de sorcier du bonheur de servir. Car, pour être heureux, il faut savoir tout au moins faire le bonheur des autres.

Le pouvoir du Petit est un peloton d’exécution de paisibles citoyens Togolais. Toutes les questions humaines, sociales, morales et éthiques sont sous le nouveau règne des questions mineures. Le constat général de l’ « Esprit nouveau » est qu’il est plus disposé à faire ce qu’il est qu’à s’encombrer des valeurs qui définissent la grandeur humaine. Il n’ a ni la force de simuler le bien, ni l’esprit de combat pour le juste, le beau. Ce spécimen désolant de sa personnalité entretient la chute de notre pays dans la pénombre de l’histoire. Il suffit de lever nos yeux par-delà nos frontières pour nous en convaincre. VAUVENARGUES dans ses Réflexions et Maximes fait l’éloge de la puissance du cœur pour sauver l’humanité : « Les grandes pensées viennent du cœur ». Un cœur desséché est privé de toutes créativités, de toutes inventions, de toutes régénérescences morales parce que le vrai génie de l’homme se trouve dans son cœur. Sans étincelle humaine, le régime Faure se fourvoie devant un peuple écrasé de honte par les habitudes d’une gouvernance de la médiocrité supérieure qui se réfugie dans des pratiques sataniques, avilissantes pour espérer mettre à sa remorque un peuple mûr, clairvoyant, expérimenté qui sait lire son propre destin.

La mise en jachère des questions sociales et humaines, l’accumulation de la criminalité, toutes les abominations, tous les sacrilèges, y compris la profanation de l’église Saint Augustin d’Amoutivé confirme l’auréole démoniaque de ce pouvoir qui ne pourrait, malgré ses sacrifices rituels, insuffler un jour à nos concitoyens une quelconque fascination. Aujourd’hui les massacres d’écoliers dans une petite ville de la Nouvelle Angleterre aux Etats-Unis ont embué les yeux de Barack OBAMA de larmes. Il invite tout le peuple américain à être solidaire des familles éplorées. Le drapeau américain est mis en berne pour rendre hommage aux disparus ainsi qu’à leurs familles. Hier, c’était Alassane OUATTARA, l’homme le plus froid des politiques ivoiriens qui décida d’honorer des ivoiriens noyés dans la lagune d’Abidjan à la chute d’un bus de la SOTRA (Société de Transport Abidjanais). Les couleurs ivoiriennes étaient mises en berne pour un deuil national de trois jours avec la prise en charge totale de l’organisation des cérémonies funéraires. Qu’en est-il des Togolais noyés, il y a peu, dans le Lac Togo ? Nous avons un frémissement en nous rappelant les conditions de conservation des corps arrachés le même jour du Lac et la gestion révoltante de cette catastrophe par le « Club du petit ». C’est à ce royaume de la bêtise, de la tricherie et du diable que s’adresse PASCAL : « Diseur de bons mots, mauvais caractère ». Voilà, ce que vaut le faux label UNIR.

2) Le nombrilisme d’un sorcier.

Tous les sorciers ont une double carapace. Ils ont des grâces inimitables pour avoir leurs proies. Le « Petit », réfractaire à la transparence et récidiviste dans l’achat de consciences sait mettre les appâts, l’argent et les femmes pour réaliser ses desseins funestes. La Convention des femmes du RPT/UNIR est une manœuvre de ratissage de tous ceux qui ont l’esprit faible et qui prennent tout ce qui brille pour de l’or. Les animatrices principales de ce groupe d’intérêt défendent la prolongation de leurs jouissances intimes au détriment des vies et des tombes  que les Togolais pleurent. Le pari de ce pouvoir sur le rang des enfants du Togo est entretenu par des Togolaises qui ont perdu tout leur instinct maternel. Nous ne nous étonnons pas : le couvent de la sorcellerie fonctionne par la déshumanisation de ses adeptes.

Il y a juste une semaine nos frères, nos sœurs du Nord ont encore versé leur sang pour «transfuser » le pouvoir anémié de Faure GNASSINGBE. Pour tenir le pouvoir, il lui faut du sang. Transportés comme du bétail humain pour découvrir la résurrection depuis Jérusalem d’un Président aphone et fantôme au terminus d’un règne invisible, ils ont donné leurs vies dans ce piège de mythification et d’occultisme qui a un nouveau visage, celui de la Terre Sainte d’Israël. Des vies toujours sont broyées pour ce petit club. Le mode de renouvellement de la force de ce pouvoir s’opère par le sang. Le parlement d’accompagnement est périmé. Cette vacuité se compense par une agitation autour d’une mystérieuse résurrection de Faure GNASSINGBE, un homme inconnu, invisible dans la pénibilité de la vie au Togo et qui, subitement se proclame ressuscité en chair et en os pour entamer une campagne pour un supplice mortel des Togolais. L’histoire de son règne de sang est une effroyable tristesse qui appelle tous les Togolais à la méfiance et à la prudence. Il est à la fin d’un cycle et tous ceux qui vont s’y opposer trouveront malheur en chemin.

La nature a une autorégulation. Ses sentences sont inviolables parce qu’elles participent d’une autodétermination des évènements eux-mêmes que HEGEL nomme, « phénoménologie de l’Esprit », c’est-à-dire, l’ordre d’évolution de tout ce qui participe de la nature et qui comporte en lui-même son déclin, sa chute, sa disparition inexorablement. Tous ceux qui sont dans le jeu hasardeux de solidarité avec ce machin d’UNIR doivent se résoudre à l’évidence des forces naturelles qui conduisent les évènements. Les offrandes, les sacrifices, le rituel du sang ne suffiront à museler l’expression naturelle d’un déclin, d’une disparition. Le soupir d’impuissance d’un peuple martyrisé et sans défense maudit la force oppressive et finit par rompre ses amarres. Le pouvoir de Faure GNASSIGNBE navigue dans le  néant  parce qu’il s’est empoisonné de tueries et de fautes lourdes. Tous ceux qui s’activent autour de ce règne en péremption s’empoisonnent. L’accident de Kara n’est qu’un avertissement. Le pire surgira de l’entêtement de tous ceux qui optent pour le gain facile sur les cadavres des Togolais.

Toutes les pratiques « sorcellaires » ont ceci de particulier qu’elles commencent à «manger les âmes» des autres avant d’entamer celles des proches, des intimes. Le narcissisme du « Petit » est d’être dans la peau du Chef quoi qu’il advienne.il tient à sa vie à lui ; celles des autres n’est rien  du tout. Il oublie que l’homme n’est rien sans les autres. Il est dans une logique du désert sans savoir que même les vents de sable sont capables d’ensevelir toute vie.

La renaissance d’un régime n’est nullement dans la mythification, dans les immolations et dans les pratiques sataniques. Elle est dans le sens souverain du Bien, le choix qui édifie l’homme, ses valeurs, son épanouissement. En sept années d’évolution à rebours, l’esprit retors de la dynastie livre tout le Togo à une aventure détestable où l’indigence s’étale avec un rebond foisonnant de crimes économiques et de crimes de sang. Ce régime sans étoffe a assombri notre horizon commun, de l’avenir de tout un pays meurtri sous des pratiques obscènes et démoniaques. Ce ne sont pas les leviers de mobilisation sur des considérations  dérisoires d’un miraculé qui serviront à embarquer nos populations. La plupart savent que l’obole de générosité qu’on leur offre de façon circonstancielle est une condition de leur servitude.

Du visible à l’invisible, les sacrifices n’ont plus de force. Le trépas est certain pour le pouvoir et ceux qui s’agitent autour de ce pouvoir. Faure GNASSIGNBE est déjà mort dans le cœur des Togolais. Aucun sacrifice ne parviendra à le ressusciter. Tout le vacarme autour d’une fourberie du miraculé de Jérusalem est quasi inutile. Il livrera encore des Togolais ignares à des sacrifices sans aucune garantie pour renouveler, transfuser le pouvoir. Dans La Chute, Albert Camus tire les conséquences immédiates du désastre que nous semons : « N’attendez-pas le jugement dernier, il a lieu tous les jours ». A nos yeux, dans nos cœurs, il se déroule.

Didier Amah DOSSAVI

L’Alternative

 

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