Togo. Faut-il lire les nuances ?

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Divers communiqués,  déclarations, prises de position  etc. de nos divers partis, associations, regroupements sont publiés ces jours-ci sur nos sites. Faut-il lire les nuances, aussi bien dans le choix des mots et expressions que dans les  différents contenus? En tout cas, j’inviterais nos compatriotes à le faire non seulement pour y voir clair, mais aussi pour savoir jusqu’où chacun des mouvements et même chacune des personnalités qui s’expriment, peuvent aller dans ce qui semble être la réponse, apparemment unanime à l’invitation au dialogue lancé par le gouvernement. L’heure, au moment où un semblant d’unanimité se dessine, n’est pas au procès d’intention même si cette diversité, ces nuances d’expression de la volonté du peuple togolais de voir les détenteurs actuels du pouvoir s’en aller, est au moins le signe de l’absence d’un débat interne au sein de l’opposition avant toute déclaration publique.

 

Ce que l’on remarque, c’est que tous les partis politiques ayant une existence officielle,  de l’ANC au PRR, en passant par le CAR, la CDPA, tentent, parfois au prix d’une certaine acrobatie verbale  qui ne manque pas d’amuser des citoyens comme moi, de rester dans le « politiquement correct ». Qu’est-ce à dire, sinon que le clin d’œil à ce que l’on appelle la Communauté Internationale, concept qui peut être flou, à mon avis, par son contour réel et son rôle dans les crises mondiales en général, africaines en particulier, ce clin d’œil ne sert pas forcément notre cause? Il est flagrant dans la « Lettre ouverte aux représentants de l’UE et du PNUD », du président du PRR, Nicolas Lawson.

Politiquement corrects aussi sont les titres de « chef de l’État » et de « Président de la République » attribués à un homme qui s’est imposé ou que l’on a réussi à imposer aux Togolais par la fraude et la violence. Apparemment, la remise en cause du procédé par lequel Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir n’est pas à l’ordre du jour; sur ce plan, les détenteurs du pouvoir et leurs soutiens extérieurs, les faiseurs de roi en quelque sorte, ont atteint leur objectif. Et si une fois, Zeus Ajavon a pu déclarer oralement que le pouvoir actuel «  n’est plus légitime, n’a jamais été légitime… » jusqu’où est-il prêt à aller? Personne n’adresse de reproche à Ajavon. Tactiquement, c’est bon car le coordinateur du CST est l’un de nos leaders qui ont le plus  besoin d’être soutenus dans leur action, pendant ces moments révolutionnaires. Yves Ekoué Amaizo du Collectif pour la Vérité des Urnes ( CVU) a juste fait remarquer que la prise de position du CST est venue un peu tard, par rapport à celle de son propre mouvement, formé pour protester contre les élections frauduleuses qu’a connues le pays depuis la mort d’Eyadema.

La grande question,  à mon avis, est que cette vérité des urnes devrait être réclamée et logiquement exprimée en faveur de l’élection en 2010 de Jean-Pierre Fabre. Là aussi, nous nous situons dans une logique proche du politiquement correct qui interdirait de réclamer en 2012, la vérité des urnes exprimée en 2010. De la même manière, l’APG signé en 2006, par presque tous les partis politiques « politiquement corrects », n’est pas remis en cause, dans son principe, alors que ses signataires, côté opposition, n’ont jamais cessé de dénoncer ses violations par le pouvoir. Tout comme il viole à tour de bras la Constitution de 1992.

Les petits détails ne sont pas à négliger : « Faure Gnassingbé doit partir! Faure Gnassingbé must go! » clame Zeus Ajavon, donc en français et anglais! En dehors de la boutade que nous lui lancerions, gentiment, que le français, comme langue étrangère, mais langue de travail, nous suffit pour être entendus à l’extérieur, même en Grande Bretagne et aux Etats-Unis et que la traduction du slogan dans l’une de nos langues nationales ne ferait de mal à personne, on pourrait suggérer à Ajavon de s’assurer que Brigitte Adjamagbo-Johnson dit la même chose que lui quand, au nom de la CDPA, elle attend « un signe fort du gouvernement, » un engagement  de Faure Gnassingbé de ne pas briguer un nouveau mandat  en 2015. Les Togolais doivent sourire, à commencer par Madame Adjamagbo-Johnson elle-même, dont je ne sous-estime nullement l’intelligence et l’expérience, puisque nous avons déjà entendu un engagement du même genre, solennel, pris par Eyadema avant l’an 2000, et pas dans n’importe quelles circonstances, mais devant Chirac ( son mentor?  son protecteur? son ami personnel et celui de la France, en tout cas) à l’occasion de la visite de ce dernier au Togo. Concernant le mandat du fils d’Eyadema, la formulation exacte du communiqué de la CDPA est « La CDPA est convaincue qu’un engagement clair sur la limitation du mandat présidentiel avec effet immédiat est seul à même d’instaurer un climat apaisé et serein pour des discussions débouchant sur des solutions durables à la crise socio-politique dans notre pays. »

Cette formulation a-t-elle la même force que celles de Zeus Ajavon au nom du CST?  Après celle qui fait l’objet de notre boutade, celle-ci en date du 9 septembre :

« Le CST a décidé de ne plus participer à un dialogue, si ce n’est pour discuter des conditions du départ du Président Faure Gnassingbé et de son gouvernement »

Ce n’est pas que la force d’une expression, d’un slogan…puisse réellement changer quoi que ce soit.

Mais, il faut peut-être tenir compte de la rumeur publique : « Les leaders de l’opposition nous tiennent un langage en public, en plein jour, et un autre à Faure la nuit quand ils vont le voir». Alors, comment dissiper ce soupçon de double langage? La tâche pour nos leaders n’est pas facile, je le reconnais. Mais, le peuple togolais est comme celui qui, selon le proverbe, a déjà été mordu par le serpent et se méfie désormais du ver de terre. Surtout que certains craignent que, derrière les formulations trop alambiquées, trop enrobées dans un langage politiquement correct ou simplement mesuré par crainte de choquer, ne se cachent des intentions inavouées, des possibilités envisagées, calculées de retournement de veste. Les Togolais sont habitués aussi à voir des politiciens suivre le mouvement du vent, avec l’opposition quand celle-ci semble avoir le vent en poupe, aux côtés du régime quand celui-ci réussit à retourner la situation en sa faveur. Je ne cite plus de noms.

Je comprends que certains partis ayant été au gouvernement, ayant donc cautionné hier un système qu’ils combattent ou  par rapport auquel ils prennent simplement leurs distances aujourd’hui, éprouvent quelque gêne à adopter le même vocabulaire que ceux qui n’ont jamais eu à faire allégeance à un tel système. Cependant, nous avons tous à répondre à la question de savoir si ce qui s’est amorcé au Togo est ou non une révolution ( aurions-nous peur du mot?). Si c’en est une, nous devons aussi inventer un langage nouveau pour l’exprimer. J’ai une fois eu un entretien avec Isidore Lazoo ( qu’il me pardonne de le citer sans lui en demander l’autorisation et surtout d’écrire pour le public ce qu’il m’a dit en privé, mais nous avons tous besoin de cette vérité-là ): Ðekadjɛ ŋua, wo   ɖo  la do ŋusu be gbe ne (A ce jeune homme-là, il faut parler un langage d’homme!) Je ne dis pas forcément que dans le cadre de la désobéissance civile lancée par le CST, il faille, en s’adressant à l’intéressé, remplacer les mots « Son Excellence Monsieur le Président, ou Chef de l’État, » par un vulgaire( avec une nuance de mépris?) « Ðekadjɛ ». Mais il faut trouver en commun le langage de la fermeté, le langage direct qui exprime vraiment, clairement et définitivement ce que nous voulons.

Sénouvo Agbota ZINSOU

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