Togo: Des candidats-motards pour Faure

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La campagne pour la présidentielle du 4 mars a démarré. Le président Faure , candidat naturel du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) ne s’est pas fait prier pour l’entamer. En fanfare, il part à la conquête d’un second mandat qui lui permettra d’asseoir cette légitimité que toute l’opposition lui avait contestée lors de la succession mouvementée de son père.

Mais dans l’arène, que d’absents de marque : Gilchrist Olympio et Kofi Yamgnane n’ont pu déposer leur candidature pour diverses raisons. Des cinq autres candidats finalement en lice contre lui, trois viennent de faire défection. Le candidat de l’UFC, Jean Pierre Favre, celui du CAR, Me Agbohibo et l’unique femme candidate, Mme Adjamagbo-Johnson.

La machine RPT, n’aura donc pas à sortir le grand jeu pour conserver les rênes du pouvoir face à des candidats aussi inconnus les uns que les autres. Nicolas Lawson, candidat du PRR est prêt, quant à lui, à prêter ses services au futur président, c’est-à-dire à Faure Gnassingbé. Un faire-valoir donc, sans ambitions réelles. Mais ne fait-il pas ainsi preuve de réalisme ou plutôt d’opportunisme politique ? Tout comme Abgéyome Kodjo qui lâche à la dernière minute le candidat de l’UFC qu’il soutenait pour se présenter. Un adage africain ne dit-il pas qu’à défaut de pouvoir neutraliser son voleur, il est préférable de l’aider à transporter son butin pour garder la vie sauve. C’est la stratégie des candidats motards.

Même dans leur rêve, ils sont perdants d’avance. Mais le fait d’être là et de faire la figuration, d’aider l’autre à conserver son pouvoir en sauvant les formes, vaut bien quelques prébendes post-électorales.

Faure Gnassingbé, comme nous l’avions déjà souligné dans ces mêmes colonnes, est en roue libre. Son triomphe sera donc sans gloire, faute de vrais combattants. Mais qu’importe la manière. Ce qui intéresse le président sortant, c’est la conservation de son fauteuil doré. Pour la forme, il a juste accepté un report de moins d’une semaine du scrutin sachant au fond de lui-même que rien de ce que ses opposants irréductibles exigeaient, ne leur sera concédé. Pour l’opposition, la vraie, si ce boycott de la présidentielle est maintenu, ce sera encore une occasion manquée. Le pouvoir aura encore réussi à la pousser à la faute, celle de la non-participation. Les vraies préoccupations de l’opposition n’ont pas été prises en compte par la CENI. Son retrait de cette institution, puis la suspension de sa participation à la campagne est peut-être logique.

Mais l’impression générale qui se dégage est que les adversaires irréductibles de Faure Gnassingbé ont fait preuve de certaines maladresses dans la mise en place du processus électoral. Leurs plus grandes revendications n’ont été vraiment perçues qu’en fin de processus, alors qu’il fallait discuter de ses préalables longtemps avant la phase terminale du processus. Cette suspension de leur participation à la présidentielle les préserve d’une certaine façon, d’une défaite prévisible, tant leur impréparation parait criarde.

Abdoulaye TAO

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