Togo. Complément d’enquête / Panama Papers : De nouvelles révélations accablantes sur la nébuleuse indo-togolaise et leur méthode d’évasion fiscale…Miss Togo 2004 citée !

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Après la suite du dossier spécial réalisé par L’Alternative dans la parution N°540 du mardi 26 juillet dernier, sur comment des Indiens propriétaires de Wacem, Daimond Cement, Togo-Rail, Amexfield Togo Steel (ATS) et leurs complices font évaporer leur fortune du Togo, nous vous proposons de nouvelles révélations accablantes sur l’organisation.

« C’est quoi Ballyward. C’est vous qui me le dites. Je ne la connais pas », ces propos sont de Mawulé Ahialey Clément, Directeur d’Amexfield Steel Togo (ATS), Directeur de Togo-Rail, Président du Conseil d’Administration de Diamond Cement Togo, Directeur Administratif et chargé de relations extérieures de Wacem, Directeur de Mae Clay…

Ballyward Limited est le nom d’une société écran créée par Manubhai Jethabhai Patel et Siva Rama Vara Prasad Motaparti, deux Indiens qui sont à la tête d’un empire industriel au Togo et en Afrique. Créée avec l’aide du cabinet panaméen Monsack Fonsecka, au centre du scandale international Panama Papers, Ballyward Limited est une société écran, qui a vu le jour en 2000, sur les Iles Vierges Britanniques, un paradis fiscal, et qui leur sert à faire évaporer leur fortune.

Lors de nos investigations, notre Rédaction a pu joindre M. Ahialey. Il a soigneusement décliné notre demande de rendez-vous, le jugeant « inopportun ». Il est resté vague sur l’actionnariat de la société ATS et a surtout nié connaitre Ballyward. Contacté par un confrère ghanéen sur la question, Manubhai Jethabhai Patel, lui, a dû reconnaître l’existence de Ballyward mais s’est contenté d’avancer qu’elle est une société de « management ». Tous les deux ont ainsi tenté de noyer la vérité.

Ballyward est une société qui, au vu des documents dont L’Alternative est en possession, est destinée à faire le commerce international de l’acier. Elle est soigneusement dissimulée derrière un réseau complexe d’intermédiaires destiné à brouiller la piste des vrais propriétaires. Pis, cette société est l’un des plus gros fournisseurs de matières premières à l’ATS de Clément Ahialey. C’est donc un gros mensonge si ce dernier dit ne pas connaître son existence. On comprend bien la réaction de la nébuleuse indo-togolaise sur la question de Ballyward. S’ils tentent de nous dérouter, c’est qu’ils sont conscients de la nature des activités qui se mènent avec cette société et montrent clairement qu’ils n’ont aucun intérêt que l’information soit publique.

La création de Ballyward comme société écran s’inscrit dans le cadre d’un schéma classique d’évasion fiscale. « Lors de la création de ces structures fiscales, les multinationales ou individus ci-visés ont pour soucis d’utiliser une société établie dans un paradis fiscal – appelée société relais – placée entre la société opérationnelle en Afrique, et le siège du groupe ou une société mère, située dans un pays développé, certainement en Inde, aux Royaume-Unis, ou aux Etats-Unis. Cette structuration permet ainsi aux sociétés relais de transférer les revenus et / ou des coûts tout en réduisant considérablement le paiement d’impôts », a expliqué à L’Alternative le Conseiller principal en matière de politiques fiscales et industries extractives au sein de l’ONG internationale Oxfam, Tatu Ilunga.

« Ces sociétés sont utilisées, dans la grande majorité des cas, à des fins frauduleuses: pour faire de l’évasion fiscale par exemple ou pour dissimuler l’identité du bénéficiaire économique réel voire des opérations frauduleuses. Pour créer une société offshore, on recourt la plupart du temps aux services de comptables, de sociétés spécialisées ou d’avocats établis dans les pays concernés. Dans le cadre de certains montages fiscaux, sont souvent utilisées plusieurs sociétés intermédiaires pour renforcer l’opacité du schéma », complète le confrère français www.lemonde.fr.

En effet, la société Ballyward appartient aux mêmes propriétaires que Wacem, ATS, Diamond Cement, Togo-Rail. Elle est utilisée comme une centrale d’achat qui achète et revend plusieurs matériels et matières premières aux autres sociétés de base appartenant au réseau. En réglant les factures (souvent salées) de la société écran, les sociétés de base déplacent ainsi les fonds de leurs activités vers le paradis fiscal. « C’est en gonflant les factures d’importation de pièces détachées pour les usines qu’on sort les devises. C’est pourquoi les douaniers pourraient être impliqués. Un écrou qui coûte 1$ peut-être facturé par exemple à 1000 $. C’est là où les douaniers mangent ; au lieu de calculer les frais de douanes sur 1000 $, ils le feront sur 1$, mais la banque, elle, paiera une facture correspondante à 1000 $ au fournisseur, qui est une société écran indienne », explique un économiste.

Il arrive bien souvent que les sociétés de base se retrouvent ainsi très endettées vis-à-vis de la société écran (ici Ballyward). En tout cas, les charges sont donc artificiellement élevées et les bénéfices sont minimisés, évitant ainsi un paiement équitable d’impôts. C’est le cas d’ATS par exemple qui doit fréquemment de fortes sommes à Ballyward, dans l’ordre de plusieurs millions d’euros.

En 2013, la société a par exemple évoqué une situation d’endettement pour licencier une trentaine d’agents qui venaient à peine d’introduire à son niveau une demande de revalorisation salariale. En lieu et place de cette revalorisation, ils se sont retrouvés en situation de licenciement. Une grande partie des dettes évoquées pour justifier les difficultés économiques de l’entreprise était due à la société écran, basée dans un paradis fiscal, Ballyward. On voit bien là les conséquences sociales dramatiques que peut provoquer la question des évasions fiscales.

Plus grave, ce sont les services des douanes et la direction de l’économie qui donnent les autorisations de change (de devises) aux banques. Il apparaît donc que les banques commeciales et la banque centrale dont Clément Ahialey, un membre du comité de crédit, sont interpellés.

Clément Ahialey, le Golden Boy

En dehors des deux gourous indiens, Mawulé Clément Ahialey est le Togolais le plus élevé de la nébuleuse. Tantôt Président de Conseil d’Administration, tantôt DG, tantôt Directeur administratif, il est partout. Il les suit même au-delà du Togo. On apprend d’ailleurs qu’il est aussi patron de Diamond Cement Congo Brazzaville. Il n’est pas exclu qu’il soit aussi dans l’administration de leurs société au Ghana, au Niger, au Burkina, au Mali, etc.

Ingénieur sidérurgiste, il était déjà agent de la Société nationale de sidérurgie, société d’Etat, créée en 1978 par le gouvernement togolais, mais cédée en 1985, à des actionnaires américains qui fondèrent la Société Togolaise de Sidérurgie, qui elle-même, sera reprise en 1994, par les Indiens pour en faire ATS. Déjà au Ghana, avec une société d’aciérie, Tema Steel Company, les Indiens se sont installés au Togo via ATS. C’est par la suite qu’ils aquerront l’ex-Cimao devenue Wacem, et crééront les sociétés. Et en arrivant au Togo, les Indiens ont croisé sur leur route Clément Ahialey, qui a les qualifications professionnelles que Prasad Motaparti (actionnaire majoritaire de ATS et PDG de Wacem). L’ancien agent de l’aciérie devient alors un des propriétaires de son ancienne maison. Il détient le quart de l’actionnariat de la boite.

Aujourd’hui l’ancien employé de l’Etat est devenu un véritable crésus. En dehors des sociétés dont il partage l’actionnariat avec les Indiens, il détient une autre société personnelle du nom de Maeclay, qui distributeur agréée de Fortia Cement et Diamond Cement, les deux cimenteries des Indiens. Avec cette société qu’il gère depuis son bureau d’ATS, il achète puis revend des milliers de tonnes de ciment et brasse des centaines de millions de nos francs par mois.

Quoique discret, il est très introduit dans les grandes sphères de décisions sur le monde des affaires dans notre pays. Deuxième Vice-Président de la Chambre de Commerce, Membre du Conseil de crédit de la BCEAO, Membre du Conseil Présidentiel pour l’Investissement, Clément Ahialey est un décideur des premières sphères. Un statut qui lui permet de se livrer, en toute impunité, à des excès et des impairs, autant à l’égard de ses personnels que dans ses affaires.

Pendant que près de 700 agents de Wacem et la trentaine d’ATS sont à la maison, Clément Ahialey passe du bon temps, avec sa nouvelle compagne Edwige Badakou, Miss Togo 2004 et Miss Coupe du Monde 2006. Cette dernière a fait un enfant avec l’homme d’affaires divorcé et est d’ailleurs, elle aussi, actionnaire dans Wacem. Le nom de M. Ahialey rime avec ripailles, grand luxe et vie princière. On apprend par exemple que ses chaussures sont de hautes marques italiennes, Berluti par exemple, tissées à la main, griffées de son nom et la paire pourrait coûter jusqu’à deux millions de nos francs. Un seul de ses trolleys (petite valise) ne coûte pas moins de 3 millions de nos francs. Ses propriétés immobilières à Lomé et au Togo sont innombrables. Des pierres précieuses telles que l’or et le diamant font partie du trésor personnel de l’homme de 61 ans, complice du duo indien Patel et Prasad.

L’impressionnant trésor de M. Ahialey n’est pas sans attirer autour de lui des personnalités de l’Etat. Depuis son bureau d’ATS, situé dans la zone portuaire, le magnat voit défiler toutes sortes de personnalités qu’il alimente avec les fruits de ses « bonnes » (sic) affaires. Ministres, anciens ministres, hommes d’affaires, hommes politiques, officiers supérieurs de l’armée, Ahialey en fréquente plusieurs. Il laisse quelques-uns parmi eux rentrer dans son intimité et prendre du plaisir avec le confort de ses résidences privées de la capitale. Comme on le voit bien, Clément Ahialey est incontestablement une figure discrète mais importante de la minorité dont a parlé, il y a quelques années, Faure Gnassingbé.

Mensah K. (L’ALTERNATIVE)

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