Togo: Après 50 ans seul, cloitré sur lui-même, comme s’il avait honte de se « découvrir » au reste du monde

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Nous vivons ces jours ci des moments excitants mais combien sensibles de l’histoire de notre pays. 27 avril 1960, 27 avril 2010 : voici cinquante ans que le Togo a accédé à la souveraineté internationale ! Même si dans la vie d’une nation, cinquante ans c’est peu de chose, mais fêter le cinquantième anniversaire de l’indépendance d’un pays est toujours un évènement important pour tout citoyen, quel que soit son pays : dans la vie d’un être humain, cinquante ans c’est beaucoup.

Nous devons donc dire merci à Dieu pour nous avoir donné la chance et le bonheur de vivre cet instant. Nous devons dire merci à Dieu pour nous avoir aidé à traverser toutes les vicissitudes de la vie et pour nous avoir permis de respecter une des dispositions de notre constitution celle qui dispose que le Togo est un et indivisible.

Pour notre part et nous sommes convaincus que ce sentiment est largement partagé par la majorité des Togolais, nous aurions souhaité vivre ce cinquantième anniversaire dans une allégresse générale et dans l’unité. Malheureusement, il faut reconnaître avec grande amertume, nous le fêterons divisés, chacun de son côté. Des institutions de l’Etat, supposé prôner le dialogue entre Togolais, convaincues a priori que l’opposition boycottera les manifestations prévues dans le cadre de cet évènement qui n’arrive qu’une fois, ont cru bien agir en s’abstenant d’inviter même un seul leader de l’opposition. D’autres ont attendu les dernières heures pour informer les leaders de l’opposition de la disponibilité de leurs cartes d’invitation aux manifestations. Ce comportement sera retenu dans l’histoire !

Le Togo qui, le 27 avril 1958, a montré aux autres pays de l’Afrique francophone, la voie à suivre, a fêté cet anniversaire historique, seul, cloitré sur lui-même, comme s’il avait honte de se « découvrir » au reste du monde. Aucun invité extérieur, ami du régime en place, n’était présent. Et pourtant le régime claironne à qui veut l’entendre qu’il a plein d’amis!

Il est probable que l’opposition puisse être également taxée de responsable de ce résultat. Mais il revenait à ceux qui nous dirigent depuis plus de 40 ans de tout mettre en œuvre pour éviter ce désastre international, cette humiliation. Comment cela aurait été autrement quand un groupe d’individus agissant au nom de l’Etat embrigade les institutions supposées garantir l’unité nationale et la paix sociale et ne fait aucun effort réel pour l’unité nationale. Dans tous les cas, nous tous, citoyens de ce pays sont interpellés à trouver une solution à cette crise dont la profondeur vient d’être étalée au grand jour face au monde entier.

Et c’est pour ce là que l’opposition manifeste depuis près de deux mois contre des résultats proclamés par les institutions en charge des élections ! Elle manifeste pour que les choses ne soient plus comme avant au Togo. En manifestant, elle veut donner un sens à cette souveraineté que nos parents ont acquit non pas à la suite d’un dialogue mais après une lutte. Car notre constitution dispose en son article 4 notamment que : « la souveraineté appartient au peuple, il l’exerce par ses représentants ». Le peuple doit donc désigner ses représentants ; et la constitution dispose que ce soit à la suite d’élections. En ce début de ce millénaire ces élections sont supposées être libres, transparentes et démocratiques. La population manifeste au moins tous les samedis pour donner un sens au vote prévu pour la désignation des représentants du peuple. Comment penser que l’opposition pourra participer encore à des élections futures si les résultats du scrutin du 4 mars sont validés, comme si de rien n’était ! Quel pays, nous les Togolais, voulons-nous bâtir si les fraudes les plus rocambolesques (vol, mensonge, intimidations, achat de conscience) deviennent des références pour le choix de nos gouvernants ? Quelle est cette morale que nous voulons donner à nos enfants si par exemple les enseignants qui doivent les former s’impliquent à la demande du pouvoir en place dans ces actes aussi répréhensifs ? Voulons-nous bâtir un pays sur la base du principe : « la fin justifie les moyens » ?

Nous sommes convaincus que ceux qui participent aux manifestations appelées par le FRAC ne représentent qu’un échantillon de ceux qui pensent comme nous. Combien sont-ils ces Togolaises et Togolais qui félicitent leurs compatriotes qui reviennent de ces marches des samedis ? On nous demandera alors pourquoi ceux là ne prennent pas part personnellement à ces manifestations ? Nous pouvons aligner des facteurs tels que la peur et les intimidations. Si ces arguments ne sont pas acceptables ils traduisent cependant que vingt ans après le discours de la Baule, ce pays est toujours gouverné par la peur !

Nous pouvons cependant reconnaître que certains esprits mal intentionnés voulant amputer des dérapages à notre mouvement et décrédibiliser le FRAC posent des actes qui sont aux antipodes de la logique prônée par le FRAC. D’ailleurs ces comportements le fait que certains de nos concitoyens, qui approuvent notre objectif, hésitent à manifester ouvertement avec nous. Mais nous rappelons que le FTAC n’st associé ni de près ni de loin à ces dérapages.

Pour revenir à l’incident relatif à la violence faite aux journalistes, nous voulons faire observer ce qui suit : S’en prendre à du personnel des média après l’avoir identifié est un comportement qu’en tant que responsable du FRAC, nous ne saurons accepter ni tolérer. Nous appelons ainsi nos militants que tout acte de violence à l’endroit du personnel des médias et de la population ne devrait provenir d’un militant de l’opposition. En effet, j’ai un ami qui ne cesse de me rappeler que « la liberté de s’informer est une valeur fondamentale à la démocratie ; pour que cela soit ainsi, le personnel des medias doit être libres de ses mouvements. » Que des journalistes ne rendent pas compte des exactions qu’ils subissent de la part de nos adversaires cela est possible.

Que certains journalistes n’effectuent par leur travail avec professionnalisme, est une réalité fort probable dans un environnement où la corruption est régie en système de vie ! Ceux là auront pour mission de nous attaquer de chercher les « poux sur nos têtes rasées » ; ils déformeront probablement nos déclarations et faits ; mais il monteront aussi en épingle tout ce que nous ferons de mauvais. Et c’est en cela que leur rôle pourra nous servir grandement. En nous attaquant peut être parfois injustement, ils nous rendent un service inestimable : ils nous font découvrir nos faiblesses que nous devons corriger. Il ne nous revient pas de leur faire la morale, laissons les avec leur conscience. Nous devons toujours nous rappeler qu’il y a heureusement parmi ce personnel des medias beaucoup qui respectent la déontologie de leur profession. Nous ne devons pas oublier que par le passé lorsque l’opposition togolaise végétait, c’est à la presse qu’il est revenu la responsabilité de maintenir le flambeau de la lutte pour la démocratie.

La lutte dans laquelle nous nous sommes engagés est longue et peut être encore longue. Dans des situations analogues, les populations ont eu recours à des leaders charismatiques. Un leader charismatique ne se construit pas de manière spontanée, du jour au lendemain ! Le FRAC a réussi en moins de trois mois à cristalliser derrière lui une grande partie du mouvement qui conteste le régime en place. Se réjouir de ce qui se passe au sein de l’UFC est pour nous irresponsable de la part d’un leader et d’un parti qui recherche une véritable démocratie par l’alternance au Togo. Chaque parti membre du FRAC apporte une contribution inestimable pour l’adhésion de la population au mouvement de contestation. Dans un pays ou les partis politiques son à tort identifié à l’origine ethnique de ses premiers responsables, la diversité ethnique et géographique des leaders des partis politique composant le FRAC donne une légitimité certaine à notre Front. Cependant, il faut également noter que l’UFC est et demeure l’épine dorsale du FRAC. C’est pour cette raison que nous ne devons en aucun cas nous permettre le luxe de laisser perdurer les luttes intestines au sein de l’UFC. Il nous revient de tout mettre en œuvre pour que tous les militants de l’UFC se retrouvent unis derrière leur leadership.

Nous invitons tout le monde à réfléchir sur ce passage de la bible : Exode 17 (combat avec Ameleq), notamment les versets 8 à 13 :

Les Amalécites survinrent et combattirent contre Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisi-toi des hommes et demain, sors combattre Amaleq ; moi je me tiendrai au sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. » Josué fit ce que lui avait dit Moïse, pour combattre Amaleq, et Moïse et Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline. Lorsque Moïse tenait ses mains levées, Israël l’emportait, et quand il les laissait retomber, Amaleq l’emportait. Comme les mains de Moïse s’alourdissaient, ils prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s’assit dessus tandis qu’Aaron et Hur lui soutenait les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi, ses mains restèrent-elles fermes jusqu’au coucher du soleil. Josué défit Amaleq et son peuple au fil de l’épée. »

Comportons nous tous afin que nous fêtions ensemble dans l’allégresse le 51ème anniversaire de notre pays !

Bon anniversaire à toutes les Togolaises et à tous les Togolais.

Bonne fête.

Aimé Tchabouré GOGUE

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