Ahoomey Zunu : Un pantin inconnu des Togolais premier ministre de Faure Gnassingbé !

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Les géniteurs de la Constitution togolaise du 14 octobre 1992 avaient voulu tempérer le pouvoir chaud et bouillonnant à 1500° Celsius du président de la République. Pour ce faire, ils avaient créé le poste de premier ministre, chef du gouvernement. Celui à qui il revient de former le gouvernement et qui est le patron de l’administration publique. Une personnalité dotée de pouvoirs. Mais à l’heure qu’il est au Togo, ce vœu des concepteurs de la Loi fondamentale se révèle pieux vu que le régime présidentiel a fini par l’emporter au détriment de celui semi-présidentiel ou parlementaire. Le premier ministre tel que conçu dans la Constitution est arrivé mouillé par l’acide sulfurique versé sur lui par les tenants du pouvoir. Un arrosage qui a eu raison de celui-ci au point de le transformer en pantin, valet ou suppléant forcé du président de la République. En tout cas, le rêve d’un premier ministre capable s’est évaporé dans la savane de Lomé II. Le régime n’a pas changé depuis lors et ceux qui tiennent solidement le fauteuil présidentiel en mains au Togo n’ont aucun intérêt à ce qu’un premier ministre soit un homme de pouvoirs.

 

Dans le contexte constitutionnel et institutionnel actuel du Togo, le poste de premier ministre se révèle une coquille vide. Dépouillé de ses pouvoirs et obligé d’inaugurer les chrysanthèmes, l’homme que d’aucuns qualifient de premier des ministres, encore faudrait-il qu’il le soit vraiment, a une autorité qui ne dépasse pas le cadre de son bureau à la Cité UA. Sa marge de manœuvres est aussi réduite à sa portion congrue qu’on pourrait demander la suppression du poste sans que personne ne crie. La preuve, depuis bientôt quatre mois que le sieur Ahoomey-Zunu en poste à la primature lutte contre la maladie, la machine gouvernementale n’a pas pris la moindre grippe.  Dans ce cas, que fait-on avec lui?

Au Togo, tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains d’un seul homme, le Président de la République, garant de la continuité de l’Etat et des institutions de la République. C’est lui qui nomme et met fin aux fonctions du premier ministre et ce, en vertu des pouvoirs que lui confère l’article 66 de la Constitution de la IVè République. Il préside le conseil des ministres, signe les ordonnances et les décrets délibérés en conseil des ministres. Le Président de la République nomme le Grand Chancelier des Ordres Nationaux, les Ambassadeurs et Envoyés Extraordinaires, les préfets, les Officiers Commandants des armées de terre, de mer et de l’air et les directeurs des administrations centrales. Le Président de la République, par décret pris en Conseil des Ministres, nomme les Présidents d’universités et les Professeurs inscrits sur une liste d’aptitude reconnue par les conseils des universités. Le Président de la République, par décret pris en Conseil des Ministres, nomme les Officiers Généraux. Sans oublier les articles 71, 72 et 73 qui confèrent aussi d’importants pouvoirs au chef de l’Etat.

Avec tout ceci, que reste-t-il alors au chef du gouvernement pour que l’on veuille coûte et coûte le garder dans l’organigramme?

Quant au premier ministre, il est obligé de se contenter de la portion congrue contenue dans l’article 78 de la Constitution qui stipule : « Le Premier Ministre est le chef du gouvernement. Il dirige l’action du Gouvernement et coordonne les fonctions des autres membres. Il préside les comités de défense. Il supplée, le cas échéant, le Président de la République dans la présidence des Conseils prévus aux articles 66 et 72 de la présente Constitution. Il assure l’intérim du chef de l’Etat en cas d’empêchement pour cause de maladie ou d’absence du territoire national.» Mais il ne peut pas remplacer le Président de la République en cas de décès, démission ou empêchement définitif. C’est le président de l’Assemblée nationale qui est habileté à le faire.

Le premier ministre togolais n’est pas en mesure de former le gouvernement sans se référer au Président de la République car la Loi fondamentale dit que, le Président nomme les membres du gouvernement sur proposition du Premier Ministre et met fin à leurs fonctions. D’ailleurs au Togo, les plus importants postes ministériels notamment l’Administration Territoriale, l’Economie et Finances, la Justice, la Communication, les Affaires Etrangères, la Défense, la Sécurité sont du ressort du Président qui en fait ses chasses gardées. Hormis le premier ministre Joseph Kokou Koffigoh de la transition qui avait profité des pouvoirs à lui conférés par la Conférence Nationale pour se permettre des libertés, aucun autre chef du gouvernement ne s’est plus aventuré sur les prés du président. A chaque formation de gouvernement, le premier ministre se délecte avec des strapontins. Lui-même étant assis avec une seule fesse sur une chaise éjectable à tout moment. Et même son cabinet à la primature, le chef du gouvernement n’est pas libre de le composer comme bon lui semble. L’actuel premier ministre  Ahoomey-Zunu ne nous démentirait pas, lui qui s’est vu imposer son directeur de cabinet en la personne de Simféitchéou Pré, ancien ministre et inamovible depuis Komlan Mally. Si le premier ministre togolais avait un grain de pouvoir, il formerait au moins son cabinet, au moins ça aussi. Mais comme nous sommes dans un pays où le chef du gouvernement est là pour le décor pour certains, suivez très bien nos regards, l’on a tout fait pour réduire la fonction à sa plus simple expression. Comme pour dire à tous ceux qui ont manœuvré pour un bicéphalisme au sommet ceci: Vous avez voulu un premier ministre, le voilà dépouillé et dépourvu de réels pouvoirs. Le premier ministre ne peut même pas limoger un ministre ou un directeur d’administration centrale au Togo. Que peut le chef du gouvernement devant les tout puissants directeurs des régies financières notamment la douane, les impôts, la LONATO et des sociétés publiques comme la CNSS, la SNPT, TOGO TELECOM, le port, la Télévision pour ne citer que celles-ci ? Ceux-ci n’ont affaire qu’au chef de l’Etat qu’ils craignent d’ailleurs car lui seul est capable de signer un décret les relevant de leurs fonctions.

Il est stipulé à l’article 78 de la Constitution que le premier ministre « dirige l’action du Gouvernement et coordonne les fonctions des autres membres » alors que dans les faits, celui-ci ne dirige rien et ne coordonne rien du tout. Ahoomey-Zunu dirige-t-il l’action du gouvernement et coordonne-t-il par exemple les fonctions des ministres comme Bawara Gilbert et Ayassor Adji Otèth ?

Le premier ministre togolais est tellement déshabillé au profit de son chef hiérarchique que l’on en vient à s’interroger sur la nécessité du maintien de ce poste dans l’organigramme gouvernemental. Que vaut encore un chef du gouvernement qui n’a pas d’emprise sur ses ministres dont la plupart, surtout les amis du président sont obligés de se tourner vers ce dernier pour la conduite à tenir ? Pourquoi encore un premier ministre si le Président de la République a déjà tout dans ses mains ? Pour grever le budget de l’Etat à l’heure des économies ou permettre simplement à certains de se faire une santé financière ? Le débat ne fait que s’ouvrir.

Taffa Biassi Lynx.info

 

 

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