TOGO (Afrique) : la stratégie des armes qu’on n’a pas ou l’éloge de l’immobilisme

0

Il est une pratique qui retarde non seulement la prise de conscience de nos masses mais encore la chute des régimes tyranniques que le système colonial a installés dans les territoires africains. Cette pratique, c’est celle qui consiste à vouloir mener la lutte avec des moyens qui ne sont pas à notre disposition. C’est de « lutter » avec des armes qui n’existent que dans nos têtes et dans les plans les plus fous élaborés en dehors des réalités. On cible inlassablement le but, l’objectif et on ne s’interroge jamais suffisamment sur les moyens à utiliser pour atteindre ce but. Ou si la question est formulée, elle l’est faussement. Cette pratique est celle de ce qu’on appelle dans le territoire du Togo les « opposants ».

Les « opposants » au Togo ne cessent de rêver que des armes. Lesquelles ? Les fusils, des cargaisons d’armes à feu et des tonnes de matériels militaires pour renvoyer le satrape et sa bande qui « ne connaissent que le langage des armes ». Mais lorsque la question est posée pour savoir où trouver ces armes, on est confronté à des schémas qui frisent au bas mot, l’irréalisme. Ainsi, l’interlocuteur curieux est conduit dans les sentiers pour le moins obscurs d’Al Qaeda, des rebelles Touareg, des rebelles de Côte d’Ivoire, des groupes en lutte au Nigeria…Certains « stratèges » vont jusqu’à évoquer des liaisons avec des pays occidentaux qui finiront par rejoindre la marche du peuple africain du Togo vers la liberté dès l’instant que les « opposants » les auront rassurés de ce que le renversement du pouvoir des Gnassingbé ne signifierait pas la fin de leurs privilèges coloniaux. C’est, sans rire, assez imaginatif ! Seulement tous ces « plans » et autres « solutions » confinent notre marche commune dans le rêve et dans des stratégies fondées sur des moyens qu’on n’a pas. Et ces fameuses stratégies ont le don de permettre au régime en place de prolonger tranquillement son espérance de vie. Aussi longtemps que ces stratégies imaginaires seront en vogue, aussi bien au Togo qu’ailleurs en Afrique, les satrapes se la couleront douce aux yeux du peuple noir étranglé par la misère dans sa forme la plus honteuse.

En mai 2010, nous énoncions dans un texte abondamment commenté (avec de grandes injures et de graves menaces à la clé) la nécessité d’utiliser les armes qui sont à notre portée. Nous énoncions la nécessité d’un bilan qui conduirait au renversement du « combat mené jusqu’à la victoire finale » avec des moyens imaginaires au profit d’une démarche étudiée, bien organisée qui conduirait « l’opposition » à aller dans un gouvernement, et ceci pour plusieurs objectifs tout en continuant et en renforçant le travail de mobilisation, de formation et d’organisation devant aboutir à une insurrection populaire victorieuse.

Il s’agissait de montrer par là que dans la situation qui est la nôtre où nous ne sommes pas dans l’offensive, il nous faut nécessairement trouver ou construire un terrain où nous pourrons être amenés à ne plus subir les tactiques de l’adversaire mais à utiliser les moyens à nous dans l’optique de l’atteinte du but qui est d’en finir avec le pouvoir en place et établir de nouvelles institutions issues du peuple et à son service. En toute logique, nous avions énuméré publiquement certains de ces objectifs tandis que d’autres avaient été gardés sous silence afin de leur conserver toute leur efficacité. Autrement dit, nous esquissions le recours aux armes multiformes que notre espace nous fournit gratuitement et immédiatement pour nous permettre de trouver des solutions aux difficultés qui s’imposent à nous. Quand bien même les armes à feu nous seraient utiles, faire d’elles des moyens absolument incontournables au point d’ignorer que le milieu dans lequel se déroule notre scène regorge d’autres, est suicidaire.

Nos anciens qui n’étaient certainement plus idiots que nous, nous avaient légué pourtant une piste relative à la stratégie dans un adage populaire qui dit : « c’est la taille du bâton que l’on a entre ses mains qui détermine celle du serpent à tuer ». Autrement dit, opter pour la confrontation directe, les mains vides avec des forces désorganisées sans théorie, ni tactique, ni feuille de route, ni structuration, ni moyens de communication, c’est choisir la voie de la défaite. C’est dire donc que lorsqu’on n’a pas les fusils de longue portée, se rapprocher de la cible pour utiliser les armes qu’on a en main, c’est faire preuve d’inventivité et d’efficacité. Quand on n’est pas capable de se doter ici et maintenant d’une rébellion armée avec des moyens sophistiqués que cela requiert face à une armée dont la profession est de tuer et de terroriser les civils en faveur d’un système criminel, aller prendre des moyens supplémentaires dans le camp adverse n’est pas une trahison mais un signe d’intelligence et une capacité à faire croire à l’adversaire qu’on est là où on n’est pas en réalité.

Ces dernières armes, beaucoup plus diffuses et apparemment inefficaces voire inexistantes pour les yeux non avertis ou détournés par la lutte armée rêvée, utilisées à leur optimum nous donneront celles dont nous rêvons. Mais ce type de réflexion est proscrit dans nos milieux et au Togo, l’inquisition oppositionnelle le perçoit même comme une tentative de s’offrir du repas à la table du régime criminel en place. D’aucuns estiment que ce type de réflexions aussi séduisant qu’il paraît, repose au fond sur des bases fragiles. D’autres enfin crient au scandale et, prenant les débauchages opérés ça et là par le pouvoir dans les rangs de « l’opposition » pour un changement de stratégie par ces débauchés qui cachent leur palinodie sous la formule d’aller « changer les choses de l’intérieur », disent qu’on déjà essayé tout ceci sous nos cieux. Bref, l’idée de combinaison de moyens ou de variation de moyens ou même leur complémentarité selon beaucoup au Togo, relève de la fourberie, de la recherche de gains privés et d’un appel à la démission collective. Ainsi, la porte reste hermétiquement fermée à d’autres idées que celles qui louent les fusils légendaires.

Dans une guerre, et ce que nous faisons en est une, il faut savoir utiliser les moyens dont on dispose pour combattre. A défaut, en restant là avec le rêve des moyens mythiques, la défaite est la plus sûre des garanties et la mort, la destination finale. Puisque ces armes que les thuriféraires falots louent ne tomberont pas du ciel, le fameux combat jusqu’à la victoire finale se retrouvera fracassée sur la dureté de la réalité du terrain : le vide.

Il faut le répéter : dans une lutte de libération, seul l’objectif ne varie jamais. Les moyens et les stratégies eux peuvent et doivent varier en fonction des ressources aussi bien humaines que matérielles disponibles, de l’état moral des troupes combattantes, des faiblesses et des forces de soi et de l’autre camp et du développement de nouvelles tactiques et alliances par le camp d’en-face. En rendant immobiles les moyens d’action et la stratégie, la paralysie guette et il ne sera pas étonnant de constater la lassitude, des désillusions voire une panne totale de la machine. Et c’est ce qui se fait voir aujourd’hui au Togo. En consacrant ces « armes » qui nous seront hypothétiquement données par des entités hors de notre portée et donc insaisissables, nous avons réussi tout seuls à nous enfermer dans une posture victimaire, pleurnicharde et sans issue qui renforce le système contre notre peuple. Cette posture nous pousse à ne voir la solution au mal togolais que par le viseur des armes à feu que nous n’avons pas et que nous n’aurons pas compte tenu du contexte géopolitique qui est le nôtre. Cette posture est sans issue tout simplement parce qu’elle nous enferme dans l’étau des armes à feu imaginaires et d’une rébellion armée mythique.

La force d’un mouvement qui veut en finir avec un système, c’est d’utiliser au mieux les moyens qui sont les siens avec des ressources humaines bien formées, bien préparées à se servir de toutes les occasions pour tendre vers la réalisation de l’objectif et redoutablement bien organisées pour porter l’estocade au moment opportun. C’est en étant capable de se servir de ses propres moyens que ce mouvement peut en acquérir d’autres qui lui sont inaccessibles jusque-là. Mais la démagogie proclame le contraire et cloisonne ainsi la marche commune avec un discours puriste et gauchiste dont le gain est d’élever ses auteurs au rang des « vrais opposants ». De « vrais opposants » qui se contentent de leur titre chèrement acquis alors que la masse crève sous tous les maux et la jeunesse se retrouve en débandade vers des cieux rêvés meilleurs où la désillusion les attend patiemment.

Lorsque nous aurons enfin compris que la lutte contre le colonialisme se mène non pas avec des moyens rêvés mais avec ceux qu’on a, nous aurons débuté la montée des étapes vers la victoire. Nous commencerons donc par utiliser le plus intelligemment possible et le plus efficacement possible les armes qui sont à notre portée et que seuls la rupture avec notre espace, avec notre environnement immédiat et le manque de confiance en nous-mêmes nous empêchent d’utiliser parce que nous ne les voyons pas ou parce que nous refusons de les voir ou même en les percevant, nous n’avons manifestement pas des ressources humaines capables, en toute sérénité et froideur, de s’en servir. Nous sortirons alors des stratégies des armes qu’on n’a pas pour embrasser les stratégies des armes que nous avons sous la main et nous nous fonderons sur celles-là pour avoir d’autres. Nous disons ceci fondamentalement à ces compatriotes qui ne cessent de nous échafauder des « stratégies » fondées sur le fusil et des cargaisons d’armes à feu qu’ils espèrent avoir auprès des entités aussi insaisissables qu’éloignées des intérêts qui sont les nôtres, et sur la confrontation directe les mains nues dans un mouvement de désorganisation globale. Or, la stratégie de la confrontation directe ici et maintenant n’est victorieuse que si l’on a une force de frappe équivalente ou supérieure à celle de l’adversaire. En l’absence de cette supériorité, « l’art de la guerre » prescrit une approche réaliste appliquée avec méthode et intelligence.

Un peuple en lutte, ça compte avant tout sur ses propres moyens. Lesquels moyens doivent exister et non des moyens oniriques. Les premières de ces armes sont pêle-mêle : sa faculté infaillible de garder à l’esprit l’objectif à atteindre, son aptitude à analyser ses forces et faiblesses et celles de ceux qu’il combat, son intelligence à déjouer les pièges immobilisateurs, son adresse à utiliser les outils qui lui sont immédiatement accessibles, sa capacité à varier ces outils, sa capacité à faire le mort quand sa survie en dépend, son génie à former des ressources humaines capables de projeter et d’implémenter les stratégies des plus fécondes aux fins de réaliser l’objectif fixé tout en étant aptes à faire avancer la marche révolutionnaire en toute circonstance…

Komla Kpogli

Secrétaire Général
J.U.D.A
Jeunesse Unie Pour la Démocratie en Afrique
Web.
http://lajuda.blogspot.com

Laisser une réponse