Revenir à l’idéal démocratique

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Si le Fpi a pu faire un score aussi honorable à l’élection présidentielle de 2010, ce n’est pas dû au hasard. Dans l’histoire de notre pays, s’il est un parti qui incarne la lutte pour la démocratie, c’est bien le Fpi. Ce parti a mené le combat pour l’avènement du multipartisme en Côte d’Ivoire avec comme corollaire la conquête de la liberté de la presse. Je préfère garder cette image du Fpi plutôt que celle du parti qui a banalisé l’introduction de la religion dans la politique. Prétendre agir avec l’onction du Saint Esprit et justifier une prise de position, par la prédiction de prétendus pasteurs est affligeant à plus d’un titre. Dans un pays  où la majorité de la population n’est pas chrétienne, imposer le référentiel du Saint Esprit à ceux qui sont musulmans, animistes ou adeptes d’une toute  autre religion, c’est nier la laïcité  de l’Etat, qui elle est un grand  principe démocratique. Cette dérive religieuse conduit forcément à l’obscurantisme,  au repli sur soi et à la stigmatisation de l’autre qui n’est plus seulement un adversaire politique mais aussi un ennemi religieux, qui doit être châtié. La religion n’a pas sa place dans le débat politique, car elle n’y entre que si des leaders en mal d’arguments, cherchent  à l‘instrumentaliser pour justifier un combat qui n’a pas sa raison d’être. L’intrusion de la religion dans le débat politique ivoirien l’a pollué et a pesé très lourd dans le clivage meurtrier des populations de notre pays. Le premier pas vers la réconciliation devrait être celui qui nous ramène à la laïcité  républicaine.

Avec cette image de parti ayant permis de véritables avancées démocratiques en Côte d’Ivoire, je reste sidéré lorsque je constate que certains des ténors de ce parti prônent la reconquête du pouvoir par les armes. La logique derrière cette position étant que les actuels détenteurs du pouvoir y ont accédé par les armes et que seules les armes pourront les déloger. On ne peut arriver à une telle dérive que lorsque l’on fait du combat politique non pas une lutte pour faire avancer des idées, mais plutôt une lutte pour le pouvoir.

Quand la conquête du pouvoir devient une obsession, l’argument de la force prime sur tout et le recours à la manipulation psychologique des masses devient  le moyen le plus sûr de les transformer en chair à canon. Lorsque l’on accède au pouvoir par les armes, on est obligé, soit de se débarrasser de ceux qui pensent vous avoir fait roi, soit d’accepter d’être leur otage. Dans ce cas, les faiseurs de roi deviennent des intouchables qui s’octroient le droit d’agir comme bon leur semble, en général hors des règles de la République. Si celui qu’ils ont fait roi s’amuse à limiter leur liberté, ils l’éliminent tout simplement. La conquête du pouvoir par les armes est le meilleur moyen d’aboutir à un pouvoir paranoïaque et profondément injuste.

Croire en l’idéal démocratique c’est refuser d’avoir recours à l’argument de la force. C’est balayer devant sa porte pour montrer l’exemple plutôt que de brandir des préalables à toute discussion autour de la paix et de la réconciliation. C’est assainir sa propre presse sans attendre que les autres en fassent autant. C’est mobiliser autour d’un idéal qui seul pourra garantir la liberté d’esprit et de corps à ceux qui en auront été privés par une justice au service des plus forts du moment. Croire en l’idéal démocratique, c’est accepter la longueur du combat et se consacrer au changement de mentalité, indispensable à l’avènement d’un citoyen nouveau. Citoyen qui sera convaincu que l’on vote, non pas par idolâtrie, mais pour porter à la tête de l’Etat, des gestionnaires des ressources communes qui auront des comptes à rendre à la nation. Enfin croire en l’idéal démocratique, c’est comprendre qu’on ne peut débarrasser la nation de ses va-t’en guerres d’hier et de demain, qu’en acceptant de soutenir avec la dernière énergie tout acte que l’adversaire pourrait poser pour nettoyer les écuries.

J’entends déjà les défenseurs du Fpi me dire que c’est à leur adversaire que je devrais dire tout ça. Peut-être, mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est qu’il faut que la classe politique ivoirienne accepte de sortir de l’intelligence politique qui la caractérise. Intelligence qui se traduit par des stratégies pour la conquête du pouvoir faisant l’omerta sur les conséquences qu’elles induisent à long terme. A cette intelligence, la nation préfère de loin  la sagesse politique qui, elle, prend en compte les conséquences  à court moyen et  long terme de la mise en œuvre d’une stratégie politique. L’intelligence politique nous a engouffrés dans l’ivoirité, la xénophobie et autres concepts fumeux, mais la sagesse nous en aurait certainement éloignés.

Jean-Antoine Zinsou |

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