Retour de Compaoré en Côte d’Ivoire :Alassane Ouattara joue avec le feu

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Après un bref séjour au Maroc, Blaise Compaoré est de retour en Côte d’Ivoire. Au regard de la prise de position très partisane des dirigeants ivoiriens dans la crise burkinabè, en faveur de Blaise Compaoré, cette présence pose problème. S’il s’agissait d’une terre d’exil neutre, où le président déchu sera contraint à l’obligation de réserve et où ses actes seront étroitement surveillés afin de ne pas nuire au Burkina, il n’y avait pas grand-chose à redire. Mais la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara et de Guillaume Soro n’inspire pas confiance aux Burkinabè dont certains sont tombés en martyrs pour libérer le pays du joug des Compaoré.

 Bien qu’ils se proclament démocrates, le président Ouattara et celui qui se présente comme son dauphin ont soutenu jusqu’au bout l’inacceptable, c’est-à-dire la possibilité pour Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles et après 27 ans de règne. Cette prise de position a totalement discrédité les deux hommes, dont l’image était positive au Burkina depuis qu’ils ont réussi à mettre hors d’état de nuire Laurent Gbagbo et son système xénophobe. Bien sûr, il est de notoriété publique que cette victoire, ils la doivent en grande partie grâce au Burkina et à son président d’alors, Blaise Compaoré. Mais en aucun cas, ils n’étaient obligés de soutenir un régime vomi par son peuple. Ils auraient mieux rendu service à leur mentor, en lui conseillant d’écouter la vox populi. Ils se sont donc grandement fourvoyés malgré la note confidentielle de Boureima Badini qui faisait ressortir les risques encourus en voulant effectuer un passage en force. Le comble, c’est qu’ils persistent dans l’erreur. En offrant un exil doréà Blaise Compaoré, le régime ivoirien joue avec le feu.

L’ex-« homme fort » du Burkina pourrait en effet être sous le coup de poursuites judiciaires, si l’on s’en tient aux demandes insistantes de la société civile burkinabè. Celle-ci exige que Blaise Compaoré vienne s’expliquer sur tous les crimes économiques et de sang qui lui sont reprochés. Que fera alors Ouatara si une demande d’extradition lui était adressée? Invoquera-t-il la nationalité ivoirienne dont bénéfice son hôte encombrant du fait de son mariage avec une Ivoirienne? Ou alors se murera-t-il derrière le traditionnel argument de l’hospitalité africaine utilisée à tout-va? Ce qui est sûr, le climat risque d’être encore plus lourd entre les deux pays.

La présence de Blaise Compaoréà Yamoussoukro comporte des germes dangereux pour la paix et la stabilité au Burkina. Tel qu’on le connait, s’il n’est pas rappeléà l’ordre, l’homme pourrait être tenté par la vengeance.

Sa proximité d’avec le Burkina et de ses anciens partisans pourraient l’amener à vouloir peser sur la situation politique et sécuritaire au Burkina. Blaise Compaoré et Alassane Ouattara étant très complices, il est évident que si la rancune de l’un et de l’autre demeurent tenaces, la possibilité d’influencer le jeu sociopolitique au Burkina est réelle. Cela commence du reste par le vote des Burkinabè de l’étranger. La Côte d’Ivoire est un vivier électoral dont peuvent se servir les deux larrons pour réaliser leurs desseins. La sagesse commande donc que Alassane Ouattara soit très prudent dans le cas Compaoré. Car si le Burkina venait à demander son extradition, cela pourrait créer une situation inconfortable dans les relations entre les deux pays. On ne serait même pas surpris de voir des manifestations devant l’ambassade de Côte d’Ivoire au Burkina pour protester contre la présence de Compaoréà Yamoussoukro. Un homme avertit en vaut. Pour éviter une issue préjudiciable à la bonne entente entre les deux pays, Alassane Ouattara doit prendre la bonne décision concernant Blaise Compaoré.

 

Le Quotidiien.bf

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