Regardons dans le rétroviseur (1919-1963) Première Partie [Par Dr David IHOU]

0

               Première Partie                        

 

A la fin de la Première Guerre Mondiale, les grandes puissances créèrent la Société des Nations (SDN), dont le siège est à Genève. Le Togo allemand fut dépecé, les 2/3 jouxtant le Dahomey sous administration française, et l’autre 1/3, voisinant la Côte d’OR (GOLD COAST), attribué à la grande Bretagne…

La France, tout en ayant le droit d’administrer le pays, comme ses autres colonies, avait l’obligation, en ce qui concerne le Togo, de ne pas l’annexer au Dahomey, d’assurer le progrès social, économique, et même politique , et d’en faire un rapport, chaque année , à la SOCIETE des NATIONS (SDN)…

Le Gouverneur BONNECARRERE avait dirigé le pays du 30 janvier 1922 au 27 décembre 1931, et institua le Conseil des Notables, dont les membres portaient un badge et étaient convoqués régulièrement en vue de donner leurs avis chaque fois que le gouverneur avait une décision importante à prendre. Ce Gouverneur fut l’artisan de l’électrification de la ville de Lomé…

Puis arriva le Gouverneur MONTAGNÉ, en 1936. Il créa un Conseil Economique à Lomé, destiné à promouvoir le développement économique du Togo, créa ça et là des stations agricoles, des écoles, des léproseries dont celle d’AKATA… Il donna une telle conscience de l’unité nationale, pour faire du Togo, une nation, du Sud au Nord. Il voulait que chaque natif du pays eût conscience d’être togolais. C’est ainsi que fut créé et mis sur pied, avec la collaboration active de Mr Jonathan Savi de TOVE, l’association dénommée « UNITÉ TOGOLAISE », dont le but était de toute évidence, « de réunir et de rapprocher les Représentants les plus qualifiés de toutes les régions du pays , chefs et grands notables ».

Un Comité Directeur fut désigné. Ce Comité, dit « COMITÉ de L’UNITÉ TOGOLAISE », C.U.T., avait pour Président, Mr Augustino de SOUZA, et pour Secrétaire Général, Mr Sylvanus OLYMPIO… L’association fonctionna harmonieusement, et à la satisfaction de tous, jusqu’au départ définitif du Gouverneur Montagné, en février 1941…

Nous sommes en pleine Deuxième guerre mondiale. Le Gouvernement de Vichy dépêche alors au Togo, le Haut Commissaire SALICETTI. La destruction de la flotte française à MERS-el-KEBIR amena la rupture des relations entre le gouvernement de Vichy et le Royaume-Uni. Dès lors, on procéda à la chasse aux sorcières dans les colonies françaises. On arrêta et déporta à DJOUGOU, au NORD Dahomey, tous les ressortissants anglais et tous ceux qui étaient considérés comme opposants au régime de VICHY du Maréchal PETAIN…
Bien que francophile, à l’époque, on déporta aussi Sylvanus OLYMPIO sans doute que ses relations amicales avec le gouverneur MONTAGNÉ, y étaient pour quelque chose…

L’avènement du gouvernement provisoire libre d’Alger, dirigé par le Général de GAULE permit la libération de Sylvanus OLYMPIO et des autres déportés. SALICETTI, l’homme de Vichy, fut limogé, et le nouveau Haut Commissaire NOUTARY lui succéda, mais Sylvanus OLYMPIO, très remonté contre les français, devient franchement francophobe et ses relations avec le gouverneur NOUTARY devinrent très tendues…
La Seconde Guerre Mondiale prit fin le 8 mai 1945, et l’Organisation des Nations UNIES naquit, en remplacement de la SDN. Le chapitre XII, traitant du régime international de tutelle, annonce, dans son article 73 :
« Les membres des Nations Unies qui ont ou qui assument des responsabilités d’administrer des territoires dont les populations ne s’administraient pas encore complètement elles mêmes, reconnaissent le principe de la primauté des intérêts des habitants de ces territoires. Ils acceptent comme une mission sacrée l’obligation de favoriser dans toute la mesure du possible, leur prospérité dans le cadre du système de paix et de sécurité internationales établi par la présente Charte et à cette fin… »

La France, qui a le TOGO sous sa tutelle est donc soumise à cette Charte de l’ONU, mais dans son entendement, pas question de parler d’autonomie pour des pays sous tutelle…

En réalité, les choses avancèrent pour les colonies, après le débarquement, en 1944, en Afrique du NORD, couronné de succès et qui permit la formation et l’installation à ALGER du gouvernement français, sous la direction du Général de GAULE. Le général organisa alors dans la foulée la CONFERENCE de BRAZZAVILLE qui bouleversera totalement les mentalités et surtout les habitudes établies. Elle imposa dans chaque chef-lieu de territoire, la création d’une Assemblée Représentative(AR) au suffrage universel des adultes. Bien que ces AR n’eussent qu’un rôle budgétaire essentiellement, elles n’en n’influencèrent pas moins les décisions des gouvernants.

Depuis la fin de la Guerre, le 8 mai 1945, le Gouvernement provisoire d’Alger s’installa à PARIS et il fallait une Constitution nouvelle. Au cours de la deuxième moitié de l’année 1945, une ordonnance demanda aux français d’élire les membres devant siéger à l’Assemblée Constituante, et le champ d’application de cette ordonnance fut étendu à toutes les colonies et territoires sous tutelle de la France. Le Togo et le Dahomey étaient appelés à élire en commun un seul et même député pour les représenter à l’Assemblée Constituante à PARIS (SOUROU MIGAN APITHY sera l’heureux élu). Beaucoup de togolais voyaient que même avec un député commun avec le Dahomey, capable d’exposer directement au gouvernement français les doléances de la population, c’était une chance à saisir…

Ce fut dans la perspective de ce scrutin que le premier Parti politique vit le jour au Togo.

Le 9 avril 1946, sous la présidence du Dr Pedro OLYMPIO, et de Mr Samuel ACQUEREBURU, Secrétaire, une Assemblée Constituante naquit, réunissant :

– John ATAYI – Salomon ATAYI – NicolaS GRUNITZKY – Frederic BRENNER – Jonathan SANVEE – Robert SANVEE – Augustin Dossou – Hospice COCO – Paulin AITHNARD – Emmanuel BRUCE -Antoine d’ALMEIDA – Paul RUFFINO
– Barthélémy ADOTEVI – Michel SEGLA -Vitus MENSAH – Christian OLYMPIO – Ignace TREZISE – Paul DOSSAH – Gabriel FUMEY – Basile Paraizo – Cosme DECKON – Nicholas JOHNSON – Paul DORKENOO – Renault DOUFODJI – Augustin DUEVI – Dominique de SOUZA – André AMEGAN – Julien KOUKPAKI
– Pierre Dossevi – Georges AMAH -William E. LAWSON – Alexandre d’ALMEIDA – Salomon AHODIKPE – Simon KPODAR -Michel AKO – Pedro SANTOS – Victor GnASSOUNOU -Jean-Baptiste KUASSI – Jacintho Da SILVA – Michel FOLLY -Robert WILSON – Harry MENSAH – André JOHNSON – Célestin NOBIME – Emmanuel ATAYI – Sylvestre Kponton – Mathias KITISSOU – Cuthbert BRUCE – Francis CHARDEY – Bertin ADOUKONOU – Pierre DESCOUS – Samuel EYEBIYI – Titus THEOPHILE -Jules DAWSON – Felix PINDRA – Germain LIMOAN.

Ces Messieurs jetèrent les bases du PARTI TOGOLAIS du PROGRÈS, le PTP, dont le statut fut arrêté et adopté au cours de la même réunion…

Le PTP, dont les membres portèrent le nom de progressistes, élèvent à sa tête Mr JOHN ATAYI comme Président, Mr Nicolas Grunitzky comme Secrétaire Général et le Dr Pedro OLYMPIO comme Représentant international.TOGOLAISE, dont il était secrétaire général en Parti politique.

La naissance du PTP conduisit tout naturellement Mr Sylvanus OLYMPIO à transformer l’Association de l’UNITE Togolaise, dont il était Secrétaire Général, en parti politique …

Son Comité Directeur, le C.U.T. restait toujours présidé par Augustino de SOUZA…

Puis, la nouvelle Constitution dite de la IVème République française accorda au Togo, un Député et deux sénateurs, avec, prévue, l’élection d’une Assemblée représentative siégeant à LOME, et ayant vocation budgétaire. Pour le scrutin, à l’exception de celui, législatif, deux collèges étaient prévus : le premier Collège dit des « INDIGÈNES » et le deuxième, collège dit des « Citoyens français ».

Sylvanus OLYMPIO et son Parti décidèrent de participer aux différents scrutins à l’avenir. Pour les élections à l’ASSEMBLEE nationale française, Dr Marti AKU fut élu, et pour le Sénateur du Premier Collège, désigné par les membres du C.U.T. à l’Assemblée Représentative, un certain GUSTAVE, d’origine antillaise, Chef des Travaux Publics du Togo.

En 1951, naquit un autre parti, la Juvento, créée par Mr AITHSON, et qui sera dirigé plus tard par ANANI SANTOS…

Le mandat du député AKU expira, et les nouvelles élections eurent lieu le 17 juin 1951, et Mr Nicolas GRUNITZKY fut élu à une forte majorité , grâce au soutien des grands chefs OUATCHI, KALIPE de Vogan, Michel AYASSOU de KOUVE, et Messanvi AGBEZOUHLON de ATTITOGON, au grand dam du Gouverneur YVES DIGO, qui avait remplacé, le 4 mai 1950, le gouverneur CEDILE…
Entre temps, un nouveau Parti, l’UNION des Chefs et des POPULATIONS du NORD (U.C.P.N.) naquit, et qui sera dirigé plus tard, par des cadres du Nord dont ANTOINE MEATCHI

Voilà planté, en cette fin d’année 1951, le décor, où quatre partis politiques, le C.U.T. de Sylvanus OLYMPIO, la JUVENTO de ANANI SANTOS, le P.T.P. de Nicolas GRUNITZKY, et l’U.C.P.N. de ANTOINE MEATCHI, allaient s’affronter…

A suivre…

Dr David IHOU

Consultant en Géopolitique et Stratégie Sécuritaire

 

 

 

 

Laisser une réponse